le salon

Le Monde et les universitaires : le divorce est-il consommé ?

La rédaction du journal Le Monde a un problème. Un de plus. La révolte de ses lecteurs, ou du moins d’une partie d’entre eux, et pas la moindre en terme d’image et d’influence : le monde universitaire.

Les voix se multiplient parmi les enseignants et les chercheurs pour mettre en accusation, de manière parfois très violente, la couverture du conflit universitaire actuel par les journalistes du quotidien. L’acte d’accusation est sérieux, d’autant qu’il émane d’intellectuels : le traitement du conflit par Le Monde serait partial et biaisé, le journal se ferait le relais de la propagande gouvernementale. Waouh !

Un appel radical au boycott du journal a même été lancé par le sociologue Jérôme Valluy sous la forme d’une ironique “charte de bonne conduite vis à vis du journal Le Monde”, qui aurait déjà été diffusée à des milliers d’exemplaires sur des listes de discussion universitaires, et qui est reproduite sur des centaines de sites et blogs sur la toile.

Le “syndrome Libération” menace

Les journalistes du Monde, mis en cause nommément par ces chercheurs qui dénoncent la qualité et l’intégrité de leur travail, semblent déroutés, voire désemparés par la tournure, assez aigre, que prend l’affaire aujourd’hui. On voit bien quelle est la menace, dont il n’est pas acquis que la rédaction du Monde ait mesuré l’ampleur : le “syndrome Libération“, la chute brutale et massive de l’audience entraînée par une véritable crise de confiance, un désamour d’un titre avec son lectorat. Libération a connu ce – très – gros problème au début des années 2000, en perdant brutalement le quart de ses lecteurs, et ne s’en est toujours pas remis, s’il s’en remettra même un jour :

Cette affaire est en tout cas très symptomatique du nouveau régime qui prévaut désormais dans la relation des journalistes professionnels établis avec leurs lecteurs, depuis que ces derniers disposent, par internet, de moyens de communication et de mobilisation qui se passent de “l’intermédiation” des journalistes. Le journalisme est désormais une activité qui se pratique sous contrôle des lecteurs, qui peuvent à tout moment demander des comptes.

On semble, au Monde, avoir quelques difficultés à admettre – ou même à comprendre – ce changement assez radical de la règle du jeu. La source de l’autorité de la parole journalistique se déplace : à la réputation professionnelle attribuée par les pairs est en train de se substituer la réputation attribuée… par les lecteurs.

“Ex-cher journal…”

A défaut de le comprendre, les journalistes du Monde sont quoiqu’il en soit conscients du différend. C’est le journaliste Luc Cédelle, l’un de ceux chargés des questions d’éducation, qui publie sur son blog (le 24 février) cette lettre de lecteur, en signalant au passage que le journal en reçoit actuellement “des dizaines de la même eau, ma foi assez corrosive” :

(noir)Ex-cher journal,

(noir)J’avais jusqu’à présent rongé mon frein sur la complaisance de Catherine Rollot qui généralement ne fait pas son travail de journaliste mais relaie complaisamment la communication du ministère.

(noir)Aujourd’hui je lis l’article de Luc Cédelle « la réforme de l’éducation face à la loi du buzz » » (daté du 13 février) et découvre avec stupéfaction ce qu’un « journaliste » indigne de ce nom se permet d’écrire dans un journal s’affirmant comme le journal de référence nationale et internationale pour l’information documentée. Le Monde se discrédite dans son traitement unilatéral et servile du mouvement des universités. Pourquoi ne fusionne-t-il pas avec Le Figaro qui au moins joue cartes sur table ?

(noir)« L’affaiblissement de la parole politique » (article voisin, 13 février) est certainement dû à la servilité des médias français qui martèlent le message simplifié d’un gouvernement de la communication, gouvernement qui malmène de plus en plus clairement les principes démocratiques que sont l’information pluraliste et le débat.

(noir)Je suis obligée de penser que les informations que mon quotidien me fournit dans d’autres domaines sont du même ordre et ne valent plus la peine d’être lues.

(noir)Je vous demande donc de me désabonner le plus rapidement possible.

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Le journaliste tente de prendre un peu de distance, par l’ironie, avec l’accusation qui lui est directement adressée et il titre son billet : “« Unilatéral et servile », pour vous servir…”, mais on le sent blessé, touché à vif. C’est que l’accusation est aussi (ou sera, pour respecter la chronologie) sérieusement étayée par d’autres…

“Des informations biaisées par des omissions flagrantes et des commentaires latéraux”

Dans son appel retentissant au boycott du Monde, l’universitaire Jérôme Valluy se livre à un véritable démontage en règle de l’un des articles du Monde (3 avril) consacré au sujet :

(noir)Ce dernier article en date de C. Rollot est seulement emblématique de ce qui s’est passé depuis trois mois: je pourrais, si j’en avais le temps, produire des analyses de ce type pour la totalité de ses publications relatives aux réformes et au mouvement en cours. (…)

(noir)Le journal Le Monde a creusé, ou simplement révélé, en quelques semaines un véritable fossé entre lui et la communauté des enseignants et chercheurs, un fossé dont la profondeur est proportionnelle au consensus, parmi eux, contre ces réformes.

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Sur le site d’Acrimed, l’universitaire Henri Maler, dans un article co-écrit avec Olivier Poche, reprennait (le 18 mars), point à point, l’ensemble du traitement du conflit par le Monde depuis plusieurs mois dans un implacable réquisitoire :

(noir)Des informations biaisées par des omissions flagrantes et des commentaires latéraux ; des analyses partisanes qui confirment et aggravent les biais de l’information : si Le Monde pouvait se résumer aux articles de ses journalistes, le résultat serait affligeant.

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Et l’analyse se poursuit en direct sur Acrimed (8 avril) de manière tout aussi documentée : Universités : Le Monde persévère…. Notons au passage que l’appel au boycott ne fait pas l’unanimité, Acrimed, par exemple, ne s’y associe pas pour une raison de fond (j’y reviens plus loin).

Il y a là matière à réfléchir. C’est que l’attaque virulente sur la ligne éditoriale du Monde, qui confinerait à la propagande gouvernementale, est précisément documentée… Elle s’ajoute à des réactions d’universitaires sur un autre registre : le pamphlet ironique, pour Pierre Jourde, la chronique amère, pour André Gunthert, et des flots de commentaires un peu partout…

Tentative de réponse, persistance de l’ambiguïté

Luc Cédelle, sur son blog, tente de répondre : “Certifié Acrimed” (le 9 avril), mais il le fait parfois de manière bien maladroite, à mon avis : “Le club des démolisseurs” (8 avril). C’est qu’il se trouve, à mon sens, dans une position réellement ambiguë. Il affirme d’un côté ne pas être “partisan” dans son traitement du conflit, mais reconnaît par ailleurs que Le Monde tout comme lui… ont pris parti dans l’affaire :

(noir)A plusieurs reprises, par voie d’édito, Le Monde s’est prononcé en faveur de la loi sur l’autonomie des universités. Cette position officielle de mon journal, je la partage et je ne la subis pas.

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Loin de moi l’intention de contester à quelque citoyen que ce soit le droit de prendre position publiquement sur un sujet politique, mais la position professionnelle de Luc Cédelle me semble du coup quelque peu… confuse.

La réponse du directeur-adjoint du Monde Laurent Greilsamer à Jérôme Valluy, me semble également plutôt décalée :

(noir)Merci de m’avoir adressé votre texte. C’est probablement un excellent levier de lobbying, et je le déplore. Vous et nous avons mieux à faire, je pense, alors que la presse tente d’esquiver bien des coups.

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Flottement au sommet du Monde

On sent un vrai “flottement” dans la rédaction du Monde, qui ne répond pas aux requêtes d’Arrêt sur images, lui offrant de réagir (avec interview de Jérôme Valluy qui explique le sens de sa démarche), et qui, selon Lucie Delaporte de Bakchich, oscille entre agacement et revirement et, en tout état de cause, refuse le dialogue comme la remise en cause :

(noir)Le Monde, qui a eu connaissance de cette Charte, avait commencé à amorcer un dialogue avec certaines figures de proue du mouvement. Et devait donc faire paraître un article qui relatait le désamour dont il est l’objet dans la communauté universitaire. Finalement, l’agacement suscité par ce texte en interne a pris le dessus et les détracteurs du journal ne devraient pas s’exprimer dans les colonnes du quotidien du soir.

(noir)Contacté hier, le directeur adjoint du journal, Laurent Greilsamer, s’est dit « surpris par cette mise en cause véhémente, ce harcèlement par internet ». Sur le fond, il affirme ne pas être ébranlé par ces attaques et défend un traitement équilibré du mouvement des enseignants-chercheurs. « Nous n’avons pas l’habitude de donner des coups de règle sur les doigts de nos journalistes », prévient-il. « Evidemment qu’il y a eu des débats et qu’on peut commettre des erreurs, mais il y a quelque chose de comique à nous présenter comme le pire ennemi des libertés », affirme-t-il. Avant de poursuivre, acerbe : « En tout cas, ce sont des gens qui ont visiblement beaucoup de temps … », persifle-t-il. La réconciliation, c’est sûr, n’est pas pour demain.

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Tout les médias sur sellette

Les journalistes du Monde ont peut-être de quoi se sentir en effet désemparés de se retrouver ainsi en position de cible, alors que c’est le traitement de ce conflit dans l’ensemble des médias français qui pose un véritable problème.

Le traitement du conflit par le Point, et singulièrement les positions de Frantz-Olivier Giesbert, suscitent la même indignation des universitaires, comme le souligne sur son blog la journaliste de Libération Véronique Soulé.

Le journaliste Gérald Andrieu, sur Marianne2, reconnait même que “la couverture médiatique du mouvement des enseignants-chercheurs laisse franchement à désirer…”

C’est d’ailleurs au nom de ce constat qu’Acrimed ne s’associe pas à l’appel au boycott :

(noir)Qui ne voit que c’est l’ensemble de l’ordre médiatique et des conditions d’activité des journalistes qui est en cause ? C’est cette question qui – avec les journalistes et leurs syndicats, avec les médias associatifs, avec les syndicats, les collectifs, les associations – doit être à l’ordre du jour. Une question politique, donc, au même titre que celle de l’avenir de la Recherche et de l’Université.

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Le cas particulier du Monde

Mais c’est pourtant bien Le Monde qui reste la principale cible de la colère universitaire, car ces réactions relèvent largement d’une sorte de sentiment de trahison.

André Gunthert le signale :

(noir)Le cas du Monde est particulier. Le Monde est le journal des enseignants et des universitaires, celui auquel il s’identifient le plus volontiers – celui auquel ils contribuent de préférence, par leurs tribunes et leurs articles. Moins bienveillant que Libération ou l’Humanité, mais guère plus raide que l’Express ou le Figaro, le traitement général du mouvement dans ses colonnes a été jugé à l’aune de cette attente et a suscité une déception à la mesure du lien supposé entre la communauté universitaire et le quotidien.

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Dans un contexte de perte de crédibilité générale des médias et des journalistes, Le Monde est donc bien dans une situation singulière, c’est bien le “syndrome Libération” qui le menace spécifiquement. Une rédaction peut-elle survivre en allant contre la communauté de son propre lectorat ? Peut-être, si c’est au nom des principes qui fondent son identité, mais en l’occurrence, c’est le respect de ces principes lui-même qui est contesté par une partie de cette communauté.

Le refus manifeste de dialogue de la part du Monde (qui ignore volontairement dans ses colonnes l’existence de cette colère), tout comme le refus de toute remise en cause extérieure de la qualité de son travail par la rédaction (Laurent Greilsamer, Luc Cédelle), ne me semblent guère encourageants. Cette réaction peut-elle être perçue autrement que comme de l’autisme ou de l’arrogance ? Ne témoigne-t-elle pas très exactement de l’incompréhension par une très large part du corps des journalistes de ce que la règle du jeu a changé : la fin d’un magistère, la chute du piédestal, la nécessité du dialogue et de la modestie ? A défaut de l’admettre – ou de le comprendre – Le Monde pourrait bien le payer fort cher…

20 Comments

  1. La qualité des articles que vous publiez ne m’ont jamais donné l’occasion de contribuer au débat! Journaliste spécialisé sur l’enseignement supérieur, je vois dans ce post une bonne occasion de me lancer.

    Depuis le début du mouvement des enseignants-chercheurs (et des chercheurs), il m’est arrivé de m’interroger sur le traitement du Monde (dans lequel il ne faut pas se limiter aux articles mais il est nécessaire d’étudier les tribunes publiées sur le sujet, qui équilibrent peut être les choses).

    En revanche le « boycott » parfois subit par les deux journalistes concernés me choque, surtout quand il émane d’universitaires, a priori sensibles à la question de la liberté de la presse.

    Surtout, il est intéressant de prolonger le débat en observant le succès de Sylvestre Huet (journaliste à Libération), dont le blog est désormais devenu le symbole (et l’outil) du mouvement de contestation. Le journaliste, qui revendique plus de 2 millions de visiteurs depuis le discours du 22 janvier de Nicolas Sarkozy sur la recherche, a pris fait et cause pour les opposants au gouvernement.

    Devenu le relais du mouvement, il a –me semble-t-il- quitté ses habits de journaliste. Ainsi, le 26 mars (http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2009/03/le-sige-du-cnrs.html), il indique que « plusieurs centaines » de manifestants occupent le CNRS. J’étais sur place, ce chiffre est totalement exagéré (entre 50 et 150 sans doute). Surtout, le journaliste a choisi (dans un premier temps avant de l’enlever) une photo plus ancienne montrant des centaines de personnes rassemblées devant le CNRS.

    L’événement pourrait sembler anecdotique. Mais il se répète sur le blog. L’article erroné de Sylvestre Huet a fait la Une du site du journal Libération.

    Clairement, sur Internet, le journalisme d’opinion trouve une seconde vie. Au moins en période de crise, cela suscite un grand nombre de visites. Et cela semble convenir à Libération et aux enseignants-chercheurs et chercheurs mobilisés. Mais c’est aux dépends d’une information de qualité.

  2. @ Théo

    J’avais noté moi aussi que le blog de Sylvestre Huet était paré de toutes les qualités par certains universitaires qui le posent en contrepoint de leurs critiques envers Le Monde. 😉

    Il y aurait peut-être en effet de quoi redire à ce sujet. Luc Cédelle, du Monde, s’en charge sur son blog, en s’interrogeant sur cette sorte de délégation de traitement du conflit universitaire de la part du journal Libération vers ce blog de l’un de ses journalistes, ce blog étant (j’aime bien la formule) “l’abre qui cache l’absence de forêt”. 🙂

  3. Pas très confraternel, l’ami Théo! Un peu surprenant de voir un journaliste en débiner ainsi anonymement un autre. Le “boycott” de deux journalistes par des universitaires choque notre ami Théo. Mais que pense-t-il d’un journaliste qui disqualifie le succès du blog d’un confrère, en laissant entendre que celui-ci est dû à la facilité et au suivisme? Pas sûr qu’il nous convainque ainsi du bien-fondé ses leçons de déontologie.

    Inutile de chercher midi à quatorze heures. Le succès du blog de Huet (que j’ai moi-même signalé très tôt), s’explique bien plus simplement par la maigreur du traitement médiatique. A raison d’un voire deux posts par jour, nourris d’une information le plus souvent issue du terrain, comment croire que la communauté universitaire n’allait pas recourir à cette source, unique par sa réactivité et sa couverture de l’événement?

  4. Il n’y a pas besoin d’être journaliste pour trouver que le blog de sylvestre huet constitue une véritable agence de presse des enseignants chercheurs en grève. N’importe quel lecteur comprend que les enseignants sont satisfaits de voir leur message retranscrit sans la moindre distance critique.

    Il faut se rendre à l’évidence les universitaires qui lui rendent hommage voit en lui un bon communicant, un outil de marketing efficace. Il rend service à sa communauté de référence et elle le rétribue en notoriété : le fonctionnement en vase clos des communauté d’appartenance.

    le seul avantage de Huet, c’est qu’il ne censure pas les rares commentateurs dissidents. ce qui n’est pas le cas de Gunther

  5. Je lis un peu cela entre les lignes…

    Si je regarde le schéma global de ce qui se passe, face à une réforme de universités et une autre de la recherche (volontairement mal expliquée par le pouvoir en place). Que personne ne semble avoir compris par une mauvaise information continue des grands formats de la presse…
    Ce qui se dégage comme conclusion, c’est qu’il serait souhaitable de revenir au statuquo bien “confraternel” entre journalistes et universitaires, de manière à ce que personne (nullement le politique donc, et surtout pas le citoyen) ne vienne fourrer son nez dans ces tours d’ivoires.

    Bref l’ordre antérieur, même si cela signifie continuer de payer sans fond pour un système opaque…

    Si c’est ce prix qu’on demande, bah à ce moment, mieux vaut la mauvaise solution actuelle qui à l’avantage de ne pas être “confraternelle”, car cette tension au moins laissera apparaître au détours d’articles quelques bribes d’éclaircissements.

    A noter par exemple qu’une des raisons pour laquelle la crise financière nous est tombée si abruptement sur les épaules, c’est que justement même les journalistes financiers les plus avisés n’ont pas cherché à comprendre ce qui se passait réellement et ont “confraternellement” faits confiance.

    Si on applique ce principe “confraternel” à la démocratie, bah où trouverons-nous un jour des points de contrôle et que penser des journalistes politiques ???
    Pas plus de démocratie donc…

  6. @ andré: loin de moi l’idée de disqualifier le succès du blog! À l’heure oú la presse est en crise, son audience m’interpelle. Mais je pense important de mettre en balance les critiques faîtes au Monde et le choix editorial de sylvestre huet.
    Son choix n’est certainement pas celui de la facilité d’ailleurs! Pour produire autant et à ce rythme c’est sans doute toute son organisation qui doit être bouleversée (comme c’est le sujet de ce blog il serait intéressant de savoir si Libé parvient à monétiser ce travail).
    Reste que je n’ai pas pu m’empêcher de souligner les travers de ce type de fonctionnement.histoire d’équilibrer un peu le débat!
    Je n’en suis pas un donneur de leçon pour autant!

  7. @ narvic

    Attention, erreur! “L’arbre qui cache l’absence de forêt”, ce n’est pas moi, c’est l’Acrimed qui s’est exprimée ainsi.

    Et je n’ai pas, à ce jour, critiqué publiquement Huet, sauf à remarquer dans un post que son blog était une sorte d’épicentre du mouvement.

    En revanche, Huet a titré un de ses billets ainsi : “Un étrange article du Monde”.

    Luc Cédelle

  8. @ Narvic

    Il faudra un jour m’expliquer comment on peut être “blessé, touché à vif” et simultanément incarner “l’autisme” et “l’arrogance” prêtés globalement au Monde. N’y aurait-il pas là comme une contradiction? Et ma présence ici à l’instant même est-elle le symptôme d’une prédisposition à l’absence d’intérêt pour les mises en cause extérieures de notre travail?
    LC

  9. Je ne suis pas un lecteur du Monde mais il me semble que les orientations de ce journal ont été déjà discutées lors de la dernière campagne présidentielle. De fait, que son traitement du mouvement particulièrement dérangeant des universitaires ne soit pas très équitable n’a rien de surprenant.

    Par contre je suis surpris de la candeur de certains universitaires lorsqu’ils se rendent compte que le couverture de leur mouvement est imparfaite, incomplète ou erronnée. Pensent-ils sérieusement que ce n’est pas la majorité des mouvements sociaux qui souffrent de cela?
    Le traitement scandaleux de la fermeture de l’usine Continental les a-t-il autant choqué? On a en effet accumulé mensonges et raccourcis dans les grands médias (pas particulièrement Le Monde) dans des propotions qui rendent impossibles leur démontage ici même. Je vous recommande l’émission “Là-Bas si j’ysuis” consacrée à ce thème pour mesurer la différence entre ce qui a été transmis par les grands méias et le détail de la lutte menée par les salariés.
    J’ai choisi cet évènement en exemple car il est encore “d’actualité” mais on pourrait multiplier les cas.

    Le problème de certains universitaires est à mon sens qu’ils se retrouvent pour la première fois dans un mode d’action “dur” et qu’ils n’ont pas l’habitude de mécanismes pourtant tout à fait traditionnnels dans de tels cas. En fin, comme le dit l’article (“La rédaction du journal Le Monde a un problème. Un de plus. La révolte de ses lecteurs, ou du moins d’une partie d’entre eux, et pas la moindre en terme d’image et d’influence : le monde universitaire”), les univeristaires ont une image et une influence que d’autres n’ont pas et certains ne sont pas habitués à se voir traités comme de “vulgaires” ouvriers.

    Que cela les encourage à développer leur lutte légititme mais aussi à continuer la critique des médias au-delà de leur cas particulier !

  10. @ Luc Cédelle

    Sur “l’arbre” : honte à moi de ne pas être remonté à la source et pardonnez-moi de m’être trompé d’attribution. Merci d’avoir rectifié. 😉

    A mon tour de pointer une petite confusion : c’est moi qui estime, à lire votre blog, que vous semblez blessé par ses attaques. C’est une appréciation personnelle et elle peut être fausse.

    L’autisme et l’arrogance : l’appréciation n’est pas du tout de même nature. Il s’agit de ma part d’une question sur la manière dont peut-être perçue la réaction du journal Le Monde :

    • qui refuse toujours de faire état dans ses colonnes de son propre conflit avec les universitaires (autisme ?)

    • qui refuse toujours (L. Greilsamer et vous mêmes) d’aborder vraiment le fond de la question qui est posée en définitive : sur quel mode avez-vous traité ce conflit ? Une approche neutre, équilibrée, tendant vers l’objectivité, ou bien une approche plus militante, défendant des convictions ?

    (Je ne lis chez Greilsamer et vous-mêmes qu’une simple fin de non recevoir sur cette question : notre traitement EST équilibré, point final. Il n’y a même pas matière à dialogue sur la question.)

    A mon sens, les deux démarches sont pourtant tout aussi légitimes en journalisme, si l’on est clair sur son approche. Il me semble que ce n’est pas tout à fait votre cas : je vous l’ai écrit en commentaire sur votre blog, et je l’ai redit ici, je trouve votre positionnement ambigu.

    Quant à l’arrogance : je ne vois pas comment qualifier autrement le mail de votre directeur adjoint à Valluy ! Et mieux encore ses persiflages rapportés par la journaliste de Bakchich. !!

    Quant à votre propre démarche “blogosphérique” : je la salue (je vous l’ai dit également sur votre blog). Peut-être allons nous pouvoir, petit à petit, engager le véritable dialogue que j’espère, déjà engagé par l’éditorial de Gérald Andrieu sur Marianne2 d’ailleurs : la couverture de ce conflit par l’ensemble des médias français est-elle satisfaisante ? Je pense que non.

    Comme le signale Acrimed, il ne faudrait pas que ce soit Le Monde cette-fois qui soit “l’arbre qui cache l’absence de forêt”. Je regrette le ton violent d’amoureux déçu de certaines attaques qui vous mette en cause personnellement, comme si vous étiez seul en cause.

    Je trouve que c’est là une bien bonne occasion pour que l’ensemble des journalistes s’interrogent sur leurs propres pratiques, et qu’ils le fassent publiquement, dans le débat avec leurs lecteurs.

    Car c’est comme ça que ça marche désormais. Si les journalistes ne veulent pas jouer selon cette nouvelle règle, ils se placeront tout simplement eux-mêmes hors de la partie.

  11. tout Le Monde est pour la réforme, tout Le Monde est pour l’autonomie, un peu comme tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil

    une fois posé le schéma “pour ou contre etc” (ici l’autonomie), tout devient plus simple

    plus subtilement, on se dit, après avoir perçu quelques mots signifiants dans le grondement qui monte, que oui, peut-etre, il y a un problème plus complexe. mais dans ce cas la réaction est de dire: si on admet qu’il y a un problème, on ne fait pas de réforme du tout, et ça c’est pas bien. (TINA)

    du coup: défendons la réforme bête malgré tout

  12. Certes, S. Huet est visiblement en faveur du “mouvement des universitaires” — mais les universitaires qui lisent son blog ne cherchent pas uniquement chez lui le réconfort d’une opinion conforme à la leur, ils trouvent aussi un lieu où puiser des informations toujours fraîches sur ce qui se passe : état de la mobilisation, communiqués du gouvernement, des syndicats, des présidents d’université, de SLU, analyses particulièrement poussées, information sur les manifestations. Ajoutons-y le renvoi à différentes analyses des textes gouvernementaux, etc. — et on voit ce qu’est le blog de Sylvestre Huet pour les universitaires: une espèce d’AFP de bonne qualité; Site d’autant plus utile que les autres médias sont quasi-silencieux et que l’Université est par ailleurs le lieu de l’émiettement, des particularismes : en général, un universitaire ne sait pas ce qui se passe dans l’Université voisine. Avec le blog de S. Huet, il obtient au contraire une très utile vision d’ensemble.

  13. Deux remarques rapides
    Monde affirme avoir pris parti pour l’autonomie des universités. Est-ce le rôle d’un journal d’information de prendre ainsi parti ? A mon sens, non. Donc la dessus, le Monde est en faute.

    Mais les universitaires ne sont pas clairs non plus vis à vis du Monde, par cette demande très explicite : vous devez publier ce que j’attend et qui conforte mes opinions ou positions. Sinon, je vous quitte.

    Dans tout ça, où erst le journalisme, le vrai, celui qui se contente de rapporter les faits, en évitant de prendre parti et de se faire instrumentaliser ?

  14. Cher monsieur je soutiens votre initiative avec d’autant plus d’ardeur que je boycott le journal de déférence gouvernementale depuis plusieurs lustres.
    Bien cordialement.
    C.R.C Marie Lys de Trescroix.

  15. @ “universitaire” anonyme #15

    Je me demande vraiment où vous avez bien pu lire quelque chose qui ressemble à : “Narvic trouve que Le Monde a tort parce qu’il n’a pas hurlé avec les loups”.

    Je me demande bien où vous avez pu lire le moindre jugement de ma part sur la réforme universitaire elle-même dans ce billet, qui ne traite que des échos en ligne de son traitement, et de quelques commentaires que ça m’inspire.

    PS: vous savez, ici vous êtes sur mon blog. Alors pas de chichi entre nous. Il n’est pas indispensable de s’adresser à moi à la troisième personne.

  16. @ Théo, vous confondez boycott et censure !
    Les libertés de parole, d’angle et de parti pris du journal ne sont pas menacées. Il s’avère qu’un certain nombre de (ex)clients du journal Le Monde ont décidé de ne plus le lire, de l’acheter ou d’y être abonné. Qui plus est, ils ont décidé de le faire savoir en expliquant leurs motivations.
    Où est le problème ? N’ont-ils pas tout autant le droit que Le Monde de s’exprimer ainsi ?

    A part cela, je ne rentrerai pas dans des débats de thuriféraires, le débat qui m’intéresse étant : quel enseignement supérieur et quelle recherche pour le futur de notre société ?

    – Pour ce qui a trait à la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (loi LRU), une synthèse plutôt bien réalisée est consultable sur : http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_sur_l%27autonomie_des_universit%C3%A9s

    De cette page, vous pourrez rebondir grâce à différents liens et à quelques données bibliographiques.

    – Deux sites sur lesquels vous trouverez des éléments de débats :

    Sauvons la recherche : http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article1513

    Sauvons l’université : http://www.sauvonsluniversite.com/

    – Une référence bibliographique qui offre un certain point de vue des enjeux. Personnellement, j’ai trouvé l’ouvrage fort intéressant : Schultheis F., Escoda M. R. et Cousin P. F. dir., 2008, Le cauchemar de Humboldt. Les réformes de l’enseignement supérieur européen, Ed. Raisons d’agir, coll. “Cours et Travaux”, 231 p.

    Une recension de l’ouvrage est consultable à l’adresse : http://www.liens-socio.org/article.php3?id_article=4226

    Puisque cet ouvrage traite des effets du processus de Bologne et puisqu’un nouvelle étape se tiendra prochainement à Louvain, j’indique un site, non neutre certes, mais qui permet de se tenir pour partie informé de ce qui va s’y jouer : http://www.louvain2009.com/

    Personnellement, je désire une réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche. Une réforme me semble absolument nécessaire, mais certainement pas celle là et certainement pas comme cela !
    Enfin, je dis cela, mais je me demande bien pourquoi. Car après des années de grands écarts pour faire tenir la baraque, et après trois années de refus, j’ai finalement accepté hier l’offre d’une université étrangère. Donc, fin juillet ciao, j’émigre. Et je pense que je ne serais pas le dernier.
    Les partisans de la grande casse vont devoir assumer.
    A force de trop tirer sur la corde, elle finit par casser, et moi de me casser !
    A bon entendeur, salut !

  17. Et dernière nouveauté: Luc Cédelle accuse de fascisme, au moyen d’amalgames douteux, ceux qui osent ne pas déférer aux oukases prononcés par le journal Le Monde. Un délice…

  18. Cher Narvic,
    Pardonnez à un nouveau venu sur votre blog de ne avoir immédiatement saisi les règles protocolaires qui vous semblent apparemment importantes. J’espère y arriver cette fois-ci.
    1) Je ne vois pas, en ce qui me concerne, où vous avez bien pu lire que je faisais référence au moindre jugement de votre part sur la réforme universitaire.
    2) Quant à l’expression “Narvic trouve que Le Monde a tort parce qu’il n’a pas hurlé avec les loups” elle visait le sens général de votre article. J’explicite puisque cela semble nécessaire. Dites-moi si je vous ai mal compris. Vous dites que Le Monde a tort de ne pas avoir épousé la posture de contestation d’une partie du monde universitaire parce qu’il va le payer sur le plan commercial.

    Puisque vous vous piquez de déontologie, je note avec étonnement que votre conception de la déontologie journalistique veut qu’un journal défende les opinions de ses intérêts commerciaux.

    Pour ma part je suis scandalisé de l’appel au boycott du Monde lancé par certains universitaires. Celui de Jérôme Valluy constitue un excellent matériau pour un enseignement sur l’éthique : comment utiliser la rhétorique universitaire pour piétiner l’éthique dont on se réclame.

  19. @ kent

    Merci de vous identifier cette fois par un pseudo : ce n’est pas tellement une question de protocole, c’est tout simplement que sinon la conversation est illisible et donc sans intérêt. On ne sait plus qui dit quoi et qui répond à qui. Pur esprit pratique de ma part. :o)

    Sur le fond : la réponse à votre n°1 est dans votre n°2.

    Votre interprétation personnelle qui fait référence à la politique commerciale du Monde outrepasse tout simplement ma pensée (elle est donc abusive), et je ne parle exactement pas de ça dans ce billet.

    Je vous signale seulement que ma question est celle-ci : “Une rédaction peut-elle survivre en allant contre la communauté de son propre lectorat ?”

    Ce n’est pas une question commerciale et elle a bien un rapport avec la déontologie, telle que je la conçois du moins, c’est à dire assez loin de la vision du journalisme imaginaire et largement mythologique. Je privilégie en effet une approche plus concrète et la question du journalisme se résume pour moi à celle-ci : pour qui écris-tu ?

    Au delà de la question du boycott, qui est contestée (vous avez remarqué ?), la question posée aux journalistes du Monde est précisément de nature déontologique. Je reste sur ma faim, pour le moment, quant à la réponse…

  20. Par rapport à S Huet, je ne sais pas si on peut vraiment dire qu’il soutient le mouvement. Il en est certainement proche, de par la couverture qu’il en fait (on ne reste pas trois mois à couvrir un évènement au plus près sans conséquences). Mais je me souviens d’au moins un de ses billets (au sujet de l’élection du président de Paris7) qui a été fortement critiqué par les EC de Paris 7. Les grévistes les plus convaincus l’accusant alors de faire le jeu du gouvernement et des pro-LRU.

    Ce qui est à mon avis intéressant dans son travail, est qu’il fait un boulot d’immersion de long terme dans le mouvement, et qu’il informe donc sur tout un nombre d’initiatives qui passent sous la couverture radar de journaux plus éloignés des grévistes comme le Monde et le Figaro.

    C’est aussi le fait de ne pas avoir fait ce travail d’immersion qui décrédibilise le Monde, à part sa position mal assumée pro-LRU: les gens en grève sur le terrain ne rencontrent pas l’envoyé du journal en dehors de quelques grandes occasions type manif nationale, table ronde, négociation officielle… Impossible dans ces conditions de rendre compte de l’état des troupes de base.

    Comme disait G Tillion, dont je relisais un bouquin hier soir: pour être capable de décrire (un groupe humain), il est indispensable à la fois d’observer froidement ET de partager une expérience avec les gens qui le composent. La froide objectivité rencontre forcément des limites dans le processus…

    PS: en réponse à votre autre billet sur le slow blogging et à vos interrogations sur le public et ses motivations : je suis venu ici grâce à cet article du Monde, recommandé je crois chez Aliocha ou L. Cedelle, même si je connaissais déjà votre blog de nom via Eolas, et si c’est ma première intervention.

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