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Les médias sont morts, l’information continue

A la veille des Etats généraux de la presse, l’avenir est sombre, voire désespéré pour les journalistes. La presse traditionnelle est menacée d’un repli généralisé, si ce n’est de quasi disparition. La rentabilité des sites d’info sur le net semble si introuvable qu’on en vient sérieusement à affirmer qu’elle ne sera probablement pas trouvée avant bien longtemps. L’espoir d’un “transfert” des anciens médias vers internet se révèle très illusoire…

La stratégie qui s’exprime dans la refonte récente du site web de Libération illustre cette impasse : elle traduit une logique qui conduit à transformer les médias – réduits aux acquêts – en agences de presse abandonnant à Google toute intervention sur la sélection et la hiérarchie de l’information. L’alternative serait de fondre les rédactions dans de grands groupes multimédias dominés par le divertissement et sous l’emprise du marketing, ce qui n’est guère plus enthousiasmant…

Cette évolution des médias ne satisfait pas nombre de lecteurs qui expriment une demande pour une autre information, un autre traitement, une autre hiérarchisation, que le produit de plus en plus banalisé, normalisé et appauvri proposé par les médias.

C’est dans les blogs qu’on trouve aujourd’hui cette “autre information” et c’est en marge des médias que se développent aujourd’hui de foisonnantes réflexions et des expérimentations en tous genres, qui laissent entrevoir un régime de l’information très nouveau, qui se passe largement des journalistes…Comme je le fais de temps en temps sur ce blog, je tente une petite synthèse réactualisée de mes réflexions personnelles à hautes voix sur l’avenir du journalisme, menées ici depuis huit mois… 😉

A mesure de la dégradation aiguë de la situation économique de la presse, en France comme aux Etats-unis, les médias et les journalistes ont vécu dans le mythe d’un “transfert”, à terme, de l’ensemble de leur activité sur le net qui les sauverait du désastre. C’était sans voir que le journalisme qui s’expérimentait en ligne “sous l’emprise du marketing” s’éloignait de plus en plus du modèle initial, comme en témoigne le “laboratoire” qu’est lepost.fr. C’était surtout tabler sur une perspective de rentabiliser à court ou moyen terme les sites web d’information, qui s’échappe aujourd’hui…

L’introuvable rentabilité de la presse en ligne

Tous les sites de presse en ligne sont lancés dans une course éperdue après une introuvable rentabilité. Un billet de Cédric Motte, sur Chouingmedia, réapparu hier par magie dans mon agrégateur s’interrogeait déjà en avril dernier : “Sites web d’actualité : et s’il n’y avait pas de business model ?” Aujourd’hui Frédéric Filloux, sur Monday note fait le même constat (en anglais. Présentation en français sur Media Trend : “Frédéric Filloux : l’information sur le web n’est pas rentable”), relayé par Benoît Raphaël, sur Demain tous journalistes ?, qui fait aussi ses petits calculs un brin provocateurs : “Et si on laissait tomber le papier?”, pour estimer à son tour qu’il n’est guère réaliste d’envisager une rentabilité à court ou moyen terme pour de gros sites d’information avec des rédactions professionnelles nombreuses… La presse et le journalisme sont réellement dans une impasse.

Et je ne dis pour ma part rien d’autre que la même chose : “Si les médias meurent, est-ce si grave que ça ?” :o)

Il est un peu paradoxal dans ce contexte de s’interroger sur la stratégie de liberation.fr, qui vient de mettre en ligne sa nouvelle formule. Combat perdu d’avance ? Peut-être bien, d’autant que la direction dans laquelle s’engage libération.fr, après d’autres, pourrait bien se révéler à l’analyse plus suicidaire qu’autre chose, accélérant la chute de la marque plus qu’elle ne la sauve, traduisant une autre forme de repli du journalisme. Scott Karp aux Etats-Unis invite même les sites de presse à faire machine arrière toute, en revoyant totalement leur stratégie face à la concurrence de Google.

Et si la question était en effet prise par les professionnels de l’information par le mauvais bout : une tentative brouillonne de sauvetage d’un journalisme et d’une forme de presse condamnés ? N’est-il pas plus pertinent de se demander d’abord quels sont les besoins réels aujourd’hui du public en matière d’information, comment sont-ils satisfaits et qu’est-ce qui permettrait d’améliorer la situation ? C’est en reconstruisant le problème dans cet ordre, et non l’inverse, que l’on identifiera peut-être des besoins sociaux non ou mal satisfaits, qui pourraient présenter des opportunités pour proposer des services nouveaux. Ça bouillonne en réalité déjà pas mal dans cette direction…

Le nouveau libé.fr : une stratégie perdante ?

Penchons-nous donc un moment sur le nouveau liberation.fr. Le principal changement de la nouvelle formule, en ligne depuis quelques jours, me semble être le ralliement complet à la nouvelle logique initiée par 20minutes.fr et suivie par Le Figaro en ligne : délaisser la logique “portail” d’un site organisé autour de sa page d’accueil (en abandonnant la présentation hiérarchisée des titres “à la Une”, au profit d’un “format blog” : un fil unique “kilométrique” présenté par ordre anté-chronologique de parution) et en transformant chaque page d’article en page d’accueil, reprenant en bas de page l’essentiel des titres “à la Une”).

Mise à jour (et rectification), le 01/10/2008 : Samuel Laurent, du Figaro.fr, précise en commentaire de ce billet que la “Une kilométrique” de ce site n’est pas uniquement chronologique et conserve une certaine hiérarchisation de l’information :

“Ce n’est pas nécessairement l’information la plus récente qui est placée tout en haut, mais bien celle que le chef d’édition (chez nous) considère comme la plus importante.”

 

Dont acte. Voilà qui est précisé. 😉 Il n’en reste pas moins c’est une hiérarchisation faible et en recul par rapport aux pratiques antérieures des sites de presse…]

Après tout, cette logique de site semble avoir plutôt réussi au Figaro.fr et à 20minutes.fr, qui ont enregistré de belles progressions d’audience depuis qu’ils ont adopté ce modèle…

Mais pourtant Scott Karp sur Publishing 2.0 appelle aujourd’hui les sites de presse à faire machine arrière toute, pour revenir justement à la logique de la “Une”, et son argumentation ne manque pas d’intérêt :[ “Comment les journaux ont renoncé à l’influence de leur page d’accueil et comment ils peuvent la retrouver en mettant des liens” (en anglais)

La logique de 20minutes.fr, lefigaro.fr et maintenant celle de liberation.fr, c’est bien d’abandonner entièrement à Google le rôle de portail de l’information, qui définit la hiérarchisation des nouvelles, ravalant les sites à des simple producteurs d’articles à l’unité, en concurrence les uns avec les autres pour placer “leur” article en tête des listes de référencement dans les moteurs et les agrégateurs.

Abandonner à Google “l’agenda de l’information”

Cette approche semble s’adapter à la nouvelle donne d’une information devenue liquide et vendue à l’unité par les agrégateurs qui disloquent les médias en tant que tel. Mais c’est accepter, en fait, un avenir d’agence de presse pour tous les médias…

C’est abandonner à Google le rôle de faire “l’agenda de l’information”, souligne Scott Karp, ce que l’on est bien tenté de voir comme une véritable démission des journalistes de ce qui était au coeur de leur métier. C’est accepter la victoire de Google et cesser de combattre sur ce terrain, en se repliant sur un tout petit territoire où il n’y aura pas de place pour tout le monde.

D’autant qu’une telle évolution est appelée à se poursuivre jusqu’au bout de sa logique, jusqu’à ce que ce déclin de la page d’accueil mène à la pure et simple disparition des sites eux-mêmes, transformés en de simples bases de données bien référencées, dont les contenus sont distribués par Google.

Scott Karp appelle les journaux en ligne à se ressaisir et à faire en sorte que leur “Une” redevienne pour les lecteurs un rendez-vous de l’information, un portail ouvrant sur l’ensemble du net, en multipliant les liens externes. Si l’analyse est bonne, on peut se demander s’il n’est pas trop tard pour les journaux, et si l’enjeu ne s’est pas déjà déplacé aujourd’hui hors de leur espace…

Des lecteurs insatisfaits

Les lecteurs de libération qui s’expriment nombreux dans le forum ouvert sur la nouvelle formule pointent le plus souvent deux problèmes à leurs yeux.

En se coulant dans ce “moule” bien formaté pour Google, le site de Libération finit par ressembler étrangement à celui de ses confrères basés sur le même modèle : il perd son identité, c’est une dilution de sa marque de presse. C’est en définitive accepter que la seule valeur ajoutée apportée, dans la pratique, à une information par rapport à l’offre concurrente, c’est la qualité de son référencement ; pour le reste tous les articles et tous les sites se valent…

L’expérience d’André Gunthert avec le défunt Flipbook, comme “blogueur embedded” sur la plate-forme de 20minutes.fr, est à ce sujet édifiante : un bon nombre de lecteurs ne fait déjà pas bien la différence sur le site entre les billets des blogueurs et les articles des journalistes de la rédaction. On a toutes les raisons de supposer qu’il est finalement plus ou moins égal à ce lectorat que Google le renvoie vers un article sur le site de Libération, ou sur celui de 20minutes… Une logique de masse indifférenciée qui conduit au nivellement.

La logique actuelle d’audience de ces sites web, c’est de se lancer dans une concurrence acharnée, en dopant leur audience par tous les moyens, pour capter ce seul lectorat peu qualifié, peu attentif, qui ne générera jamais qu’une publicité peu chère. Et cela au détriment des autres lecteurs…

Par contraste, nombre de lecteurs de libération.fr disent aussi regretter l’ancienne page d’accueil du site, qui présentait un panorama de l’actualité du jour, très hiérarchisé, classé par rubriques, permettant de se faire rapidement une idée d’ensemble. Le principe du fil chronologique, format blog, ne permet plus ça en effet, et ramène, là-encore, le site à être une sorte de fil d’agence de presse, diffusant les informations au kilomètre les unes derrière les autres, à mesure que la rédaction les produit…

Il y a tout de même une sorte de paradoxe à renoncer délibérément à continuer de satisfaire une demande des lecteurs, qui est toujours présente et qui s’exprime clairement : la demande d’une information qui reflète une identité affirmée et d’un panorama hiérarchisé de l’information. C’est le renoncement, dans la pratique, à ce qui formait l’essentiel… d’une ligne éditoriale.

Autant aller tout de suite au bout de cette logique… et tout lâcher à Google, le seul avenir du journalisme, ou encore à fondre les marques de médias – et l’information – dans des conglomérats multimédias centrés sur le divertissement et gouvernés par le marketing éditorial…

Une demande pour une autre information

Cette logique ne satisfait pas tous les journalistes, dont certains se replient dans les blogs pour y inventer un “néojournalisme”, mais elle semble surtout ne pas satisfaire non plus un certain nombre de lecteurs. Ils ne sont peut-être pas la majorité. Ce sont peut-être les plus exigeants. Mais la dégradation de la qualité de l’information qui s’annonce dans le système médiatique en formation pourrait bien les rendre bientôt plus nombreux.

Deux demandes s’expriment, et qui ne sont pas satisfaites par le nouveau “système médiatique” qui se met en place : celle d’une information non formatée, non aseptisée et impersonnelle, comme celle que servent de plus en plus des médias qui se banalisent et s’uniformisent sous la puissante poussée conjuguée du lois du marketing et de celles du référencement ; et une proposition de sélection et de hiérarchisation de l’information qui ait du sens.

Réflexion et expériences en marge des médias

Une réflexion passionnante et des expérimentations foisonnantes se développent autour d’une nouvelle approche de l’information et de son traitement. Mais elles se déroulent très largement en dehors du journalisme, qui se marginalise lui-même en ne participant pas à ces recherches.

C’est aujourd’hui dans les blogs que l’on retrouve ce traitement de l’information humanisé, personnalisé, indépendant, et qui s’affiche en toute transparence comme subjectif, voire engagé. Peu importe finalement que la blogosphère ne fasse très largement que recycler une information qui vient des sites-agences professionnels, puisque c’est pour lui apporter le “re-traitement éditorial” qui la rend justement intéressante et que l’on reproche aux médias de ne pas faire.

D’ailleurs, un site d’information de journalistes un peu “décalé”, tels que Rue89, qui joue délibérément la proximité avec la blogosphère, est plutôt un succès d’audience, même si le site court toujours après sa rentabilité et diversifie ses activités (en proposant un service de conception de sites web).

Pour ce qui est de la sélection et de la hiérarchisation de cette information, ça bouillonne un peu partout, avec la recherche de nouvelles manière d’agréger l’information… La recherche comme l’agrégation automatisées ne sont en effet pas très satisfaisants, car ils hiérarchisent essentiellement l’information sur des critères – plus ou moins sophistiqués – de popularité. Des critères de qualité, de pertinence, d’orientation, de type de traitement ou de ton, leur échappent totalement. Certains comme l’universitaire Jean Véronis cherchent à améliorer ces robots. Mais d’autres pistes de recherche se dessinent également.

Des initiatives de regroupements, de réseaux ou de fédérations de blogs se multiplient (surtout dans l’espace de la blogosphère politique) pour leur assurer une meilleur visibilité : le vétéran Lieu-Commun, le réseaux LHC, les Vigilants, le réseau Kiwi, les Left Blogs. Plus ambitieux et transversal, le “métablog politique” PoliticLab est en gestation du côté de chez Nicolas (quelqu’un qui utilise la police neuropol pour les titres de son blog ne peut pas être mauvais :o) ).

De Smallbrother à Zutopik et quelques autres, c’est tout “le paysage du tri et de l’éditorialisation de l’information online, à direction humainement assistée, (qui) est en pleine ébullition”, signale encore Nicolas Voisin, sur Nuesblog..

Ces projets qui tournent autour de la notion d’agrégation éditorialisée, répondent à des interrogations qui sont menées aux Etats-Unis également autour de l’agrégation de lien (humaine ou automatisée) comme nouvelle manière d’accéder à l’information. Certains de ces projets sont d’ailleurs montés par des journalistes (tel Publish2)

Le site américain Drudge Report montre une forme de convergence de plusieurs de ces tendances : une information politique très engagée (à droite en ce qui le concerne), qui fidélise son lectorat, et une offre constituée uniquement d’une sélection de liens vers d’autres sites : du pur “journalisme de liens” engagé. Et d’après Scott Karp, c’est une vraie stratégie d’audience.

Toutes ces expérimentations sont balbutiantes. Certains journalistes leur reprochent de ne pas déboucher sur des perspectives de professionnalisation, car elles ne dégagent pas de ressources. Ce n’est peut-être pas l’objectif, du moins pas pour toutes. Et de toute façon, les sites de presse ne sont pas rentables non plus… 😛

14 Comments

  1. Frédéric Filloux se demande si l’information sur le web n’est pas rentable, relayé par Benoît Raphaël, sur Demain tous journalistes.

    Mais l’information est-elle rentable en général ? Sur le web ou ailleurs ?

    JR

  2. @ Narvic
    Pas certain de comprendre en quoi la question est mal posée. L’information a-t-elle de la valeur en soi ? Et, je réponds, selon moi, non. Je ne pense pas, d’ailleurs, que l’on dise quelque chose de très différent.

    Je crois que l’information a de la valeur par destination (par usage). Autrement dit, un lecteur trouvera de la valeur dans telle info, un autre ni prêtera même pas attention. Un annonceur, un investisseur, un journaliste y trouveront une/des valeurs différentes. La valeur est donc dans ce que l’on en retire (ou pas). Pas dans l’info en soi. La valeur est dans ce qu’on en fait (ou pas). Il n’existe pas de valeur universelle pour l’information. Un apport qui serait commun à tous.

    Quand je dis valeur d’usage, je ne pense donc pas à une valeur pratique uniquement. Ce n’est qu’un exemple. Un apport émotionnel est un apport de valeur. Un apport intellectuel est un apport de valeur. Etc. J’évite donc toute restriction dans la définition de la valeur. Et, au contraire, j’admets que la valeur de l’information repose dans le choix individuel de chacun. Difficiel de faire plus large. Non? On est bien d’accord que la valeur d’échange est une valeur importante… pour certains lecteurs. Mais l’échange est un usage comme un autre.

    Pour ce qui est des médias “journalist centrics” c’est un constat que je fais. Combien de rédactions travaillent-elles avec des chiffres pour évaluer la pertinance de leur travail ? La profession manque d’outils de mesure. Ceux qui me connaissent et travaillent avec moi savent combien je pousse à adopter ces outils de mesure… et combien je me heurte au refus des rédactions. Je ne suis pas le seul à faire ce constat. Il ne s’agit pas de dire que tout doit être dirigé par l’audience, il s’agit de dire qu’il faut faire rentrer ce type de critères dans les rédactions. C’est ce que dit Frédéric Filloux dans un excellent post que je conseille à tout le monde : “Such tools are still in infancy (Weborama’s “Lab” is merely eight months old). Again — sorry to repeat myself — I don’t think a news organization should be run solely by such methods. Unfortunately, it turns out that mainstream media are, by and large, out of touch with their audience (just look at newspapers circulation figures and audience of the evening news if you have any doubt). More than ever, we need numbers, we need probes to understand fast moving, fluid, widespread audiences.”
    http://www.mondaynote.com/?p=941

    Je suis de ceux qui n’opposent pas journalisme et marketing. On peut faire du très bon journalisme tout en satisfaisant son audience. Je ne vois pas de contradiction. Bien au contraire. Je ne vois pas non plus en quoi les journalistes vendraient leur âme à qui que ce soit en s’intéressant à leur audience de très prêt.

    C’est vrai que l’information avec valeur est plus chère à produire que l’info brut. Mais pas toujours. Et puis les médias dépensent tellement d’argent à couvrir de l’info de commodité. Par exemple : 15 000 journalistes à la convention démocrate (et 500 blogueurs). Pourquoi faire ?

    On est d’accord dans l’ensemble. Non ?

    En revanche, il est clair que se profile derrière cette question de valeur, celle des compétences des journalistes. Tu l’évoques avec Benoît Raphaël. Quelle place pour le journaliste généraliste ? En quoi un expert est-il moins qualifié qu’un journaliste ? Ce profile aussi la question de l’avenir de la presse généraliste. Sans spécialisation et sans localisation, il ne sera pas facile d’apporter de la valeur.

    Des réponses à laquelle la profession va devoir répondre et vite, car quand on n’apporte plus de valeur, dans une économie de marché, on disparaît. C’est qui est arrivé aujourd’hui au New York Sun.

  3. Bonjour Narvic,

    je ne commente pas assez votre blog, que je suis pourtant régulièrement et dont j’apprécie la pertinence, mais je souhaiterais tout de même y apporter une précision : vous évoquez les pages d’accueil du figaro.fr et de 20minutes commes “fil unique « kilométrique » présenté par ordre anté-chronologique de parution”. Ce qui est faux : il y a (pour lefigaro.fr ou je travaille, de manière certaine, et je sais que c’est également le cas à 20minutes.fr) une hiérarchie de l’information.

    Ce n’est pas nécessairement l’information la plus récente qui est placée tout en haut, mais bien celle que le chef d’édition (chez nous) considère comme la plus importante.

    Ce qui ne change rien à la pertinence de votre analyse sur le rôle de hiérarchie que la presse en ligne tend effectivement, sinon à abanBonjour Narvic,

    Je suis très régulièrement votre blog, dont j’apprécie la justesse et la précision, mais je souhaiterais tout de même apporter une petite rectification à un point de votre analyse, par ailleurs pertinente (même si elle est cruelle à lire pour un journaliste web) : vous évoquez les pages d’accueil du figaro.fr et de 20minutes.fr comme des “fil(s) unique(s) « kilométrique » présenté(s) par ordre anté-chronologique de parution”. Ce qui est faux : il y a (pour lefigaro.fr ou je travaille, de manière certaine, et je sais que c’est également le cas à 20minutes.fr) une hiérarchie de l’information.

    Ce n’est pas nécessairement l’information la plus récente qui est placée tout en haut, mais bien celle que le chef d’édition ou le rédacteur en chef (chez nous) considère comme la plus importante, ou la plus pertinente à un moment donné. Il peut choisir de valoriser un contenu “maison”, une production multimédia de l’équipe web, par exemple, ou une exclusivité du journal, ou encore de mettre en avant un sujet original, décalé…

    Même si nous sommes dans une logique de “hard news” et donc avons tendance à privilégier l’information “chaude” du moment et à “faire bouger” la homepage régulièrement pour qu’elle reste dynamique, il s’agit tout de même de choix. De même que celui de donner à une information un titre de taille moyenne ou grande, avec ou sans photos. Le terme de fil chronologique me semble donc réducteur…

    Ce qui ne change rien à la pertinence de votre analyse sur le rôle des journalistes dans la construction d’une hiérarchie de l’information, que la presse en ligne tend effectivement, sinon à abandonner, du moins à laisser de côté, pour privilégier un format proche de celui des blogs (pour le coup anté-chronologiques), par confort de lecture et simplicité de mise en oeuvre.

    De ce que j’en sais, une homepage très hiérarchisée comme celles d’elpais.es, du monde.fr en France ou du NYTimes, demandent du temps et du personnel pour les éditer, ce qui peut nuire à la réactivité des sites (quant à savoir si cette réactivité est un but en soi, c’est un autre débat…)

    Petit chiffre qui en dit beaucoup également : un tiers de nos internautes accèdent désormais au site directement depuis Google News. ce qui explique d’ailleurs l’ajout du déroulé de la “home” – en fait de celle de la rubrique concernée – sous chaque article, afin de donner au lecteur d’autres entrées vers le site que le simple article ou le retour à la homepage)….

  4. tu évoques à juste titre les “besoins sociaux”.

    > Je me demande juste combien de directeurs de rédactions se sont posés la question en ces termes lors de la refonte d’une stratégie cross-media… ou d’une simple home-page.

    C’est, sans aucun mauvais esprit, une véritable interrogation 😉

  5. @ Jacques Rosselin

    Il y a eu un modèle économique pour vendre de l’information qui a été très rentable, voire florissant, avec l’âge d’or de la presse quotidienne. Mais ça ne marche plus vraiment aujourd’hui pour les médias de masse (mais ça reste rentable dans un certain nombre de niches).

    @ Jeff

    On n’est pas si éloigné que ça, c’est vrai. On bute en partie sur des questions de terminologie (valeur d’usage/valeur d’échange).

    Je tente de m’exprimer autrement :

    Chaque information a une valeur subjective pour chaque personne, selon sa vie et ses envies. On peut avoir une approche économique de l’information qui se concentre sur ce seul aspect des choses (“consumer centric”), mais c’est une démarche uniquement marketing, qui ne sort pas de la subjectivité du consommateur. A mon sens, ça présente des dangers.

    Il y a une autre approche, qui tente d’objectiver la valeur de l’information pour des groupes de personnes, et ce n’est pas une simple addition de subjectivités. Il ne s’agit pas de se placer dans une position où l’on prétendrait détenir l’objectivité, mais de se placer dans une démarche où l’on tente de voir les choses de manière plus objective, en se dégageant du point de vue personnel et des situations particulières.

    Il s’agit bien d’une approche qui tente de dépasser les subjectivités individuelles. C’est ça la démarche “journalist centric” traditionnelle.

    Ça ne va pas aussi loin que la démarche scientifique (en sciences sociales par exemple), qui ne s’intéresse qu’à l’objectivation des observations, et garde toujours à distance son objet d’observation.

    Le journaliste, lui, est dans une relation d’interactivité avec son public : il lui parle de lui. Voilà pourquoi je disais que les deux démarches (journalist et consummer) ne sont pas opposées, ou alternatives. L’objectif est de trouver leur convergence.

    Ça veut dire, bien entendu, que les journalistes soient à l’écoute et en interactivité avec leur public, ce qu’ils ne font pas du tout suffisamment, tu as tout à fait raison d’insister là-dessus. Etudier son public avec des statistiques, des enquêtes et des sondages, ce n’est pas sale du tout, et c’est même indispensable. (le blog est un très bon laboratoire au niveau individuel pour appréhender l’audience et son fonctionnement. Tous les journalistes devraient tenir un blog et plonger dans leurs statts !)

    Mais ça ne veut pas dire pour autant que le journaliste doive abandonner sa position “à distance relative” de son public, et qu’il ne cherche pas en permanence à dépasser la vision subjective et individuelle de chacun. Ça ne se théorise pas tant que ça, c’est pas une science, ça reste un “art”, voire un artisanat.

    Si on industrialise trop ce processus, le marketing devient dominant et la relation interactive est perdue. C’est ce qui se passe avec la presse de masse, à mon avis. Qui a perdu le lien avec son lectorat. Et c’est dans les blogs que cette relation se reconstruit.

    @ Samuel Laurent

    Dont acte sur la hiérarchisation des infos à la une du Figaro.fr (je rajoute une précision dans le texte 😉 ). Mais, vous le notez vous-mêmes, il s’agit d’une hiérarchisation bien plus faible (au point qu’elle échappe au regard :o) ), et c’est bien un abandon de la part des journalistes.

    C’est suivre le mouvement initié par Google et la pratique des internautes. Il est probablement difficile de lutter contre ça, tellement ce mouvement est puissant. Pourtant, à mon avis, et en écoutant Scott Karp notamment, je crois qu’on doit quand même lutter.

    La hiérarchisation de l’information à la “une” de Google News n’est pas du tout satisfaisante, et du coup la manière dont il distribue l’audience non plus. Les critères appliqués par l’algorithme sont secrets, ce qui est déontologiquement très gênant en matière d’information (l’algorithme de Google, c’est sa politique éditoriale. C’est un vrai problème politique qu’elle soit secrète). Et puis la hiérarchisation à laquelle aboutit cet algorithme n’est pas du tout “lisible”, elle n’est pas compréhensible pour l’usager. Elle n’a pas d’identité éditoriale.

    Elle n’aboutit qu’à présenter un panorama de l’information du jour qui est fondamentalement confus. Et elle accrédite l’idée que tous les articles et tous les médias se valent, quel que soit le traitement apporté à l’information.

    J’ai l’impression que de plus en plus de gens sont insatisfaits de l’information qui leur arrive par ce système (même s’il leur est peut-être difficile d’identifier les causes réelles du malaise, et qu’ils ont tendance à tout rejeter sur le dos des journalistes).

    Il y a urgence, à mon avis, à s’occuper de cette question de la hiérarchisation, et ce n’est pas du tout ce que font les journalistes dans les sites de presse, en se lançant à corps perdu dans une course à l’audience de masse qui accentue le mal, et dont le seul bénéficiaire sera Google au bout du compte (et ni les journalistes, ni surtout… le public !).

    C’est malheureusement surtout en dehors du cercle professionnel des journalistes que se tient aujourd’hui la réflexion sur ces questions. Et c’est bien dommage. Mais tant pis pour eux !

    @ Nicolas

    Sans mauvais esprit, je crois que tu connais la réponse. 😉

  6. Un aspect m’échappe: pourquoi une présentation façon blog ou “fleuve d’actu” devrait-elle être uniquement chronologique et empêcherait-elle de hiérarchiser l’information?

  7. Internet vient de prouver que les “journalistes” n’étaient journalistes que par le monople dont ils disposaient, à savoir un journal imprimé et diffusé avec toutes ses structures et son “arsenal”.
    Ce monopole est désormais aboli. N’importe qui sachant écrire peut receuillir des infos, les traiter et faire son papier. La qualité de son papier se mesurera à l’afflux des internautes sur son site. Il est clair que face aux journaux traditionnels, ce journaliste blogueur est désavantagé coté référencement, maquette etc… mais avec le temps, parmi les milliers qui tentent l’aventure, surgiront des équipes de 2 ou 3 personnes qui brilleront par leurs analyses, leurs commentaires de l’actualité.
    Cette diversification des points de vue est un plus pour ceux qui cherchent à s’informer. Il y a cependant un risque : la manipulation. Ceux qui ont du fric n’abandonneront pas de sitôt leurs pulsions hégémoniques et leurs motivations de faiseurs d’opinion.
    Quoiqu’il en soit, internet reste, restera et sera un moyen relativement démocratique (peu coûteux) permettant à chaque voix de se faire entendre.
    Honnêtement, je suis de ceux qui effectuent rarement des visites sur les sites des journaux traditionnels.
    Je jette un coup d’oeil aux actualités google, yahoo, et certains sites généralistes. Ensuite, je fais mon petit tour quotidien sur les blogs d’actualités. J’ai mes choix bien évidemment, plus conformes à mes idées politiques.
    J’attends d’avoir plus de temps et d’argent pour lancer mon propre blog d’infos.

  8. @ Laurent Mauriac

    Bon nombre de lecteurs de Libération qui s’expriment dans le forum ne semblent pas s’y retrouver en tout cas… 😉

    Ensuite, le format blog privilégie dans son principe même un mode de classement : l’ordre chronologique (complété éventuellement par des catégories et des mots-clés). C’est un format de hiérarchisation vraiment minimum.

    On peut bien sûr “emprunter” ce format et le faire fonctionner différemment, mais ça commence à devenir compliqué pour la perception du lecteur. Je vois d’ailleurs comme une petite difficulté à définir ce que c’est : un “fleuve” qui ne serait pourtant pas “chronologique” ?!? 😉

    Ça reste une hiérarchisation minimum par rapport aux unes très structurées. Pas sûr que la “une” soit le seul et le meilleur moyen de hiérarchiser d’ailleurs, mais il me semble qu’il faut tout de même remettre en chantier cette question de la hiérarchisation, qu’il n’est pas satisfaisant de laisser à Google.

    Peut-être les journalistes n’ont-ils d’ailleurs plus leur mot à dire là-dedans et que ce sont les outils de recherche sociaux basés sur la réputation qui donneront une meilleure solution…

  9. On est évidemment d’accord sur la nécessité de ne pas se contenter de la seule chronologie. La hiérarchisation de l’information dans les médias ne s’est-elle pas toujours appuyée sur au moins deux critères, l’importance et la nouveauté? Le “fleuve d’actu” est ainsi constitué de plusieurs courants. Les articles dérivent vers le bas plus ou moins vite, en fonction de leur importance.

    L’autre question, passionnante, que ce débat soulève, est celle des mises à jour des articles. Sur le Web, un article n’est pas un “produit fini”, mais un processus, quelque chose de vivant, susceptible d’évoluer au même titre que la page d’accueil.

  10. ” mais il me semble qu’il faut tout de même remettre en chantier cette question de la hiérarchisation, qu’il n’est pas satisfaisant de laisser à Google.” narvic

    Assertion complètement fausse concernant Google News.

    La page de Google News est paramétrable de bout en bout par l’utilisateur.

    La hiérarchisation proposée en ouverture de compte est sommaire et généraliste. Google incite l’utilisateur à personnaliser sa page.

    Donc il ne saurait être question de hiérachisation laissée à Google mais bien de celle de l’utilisateur, celle de ses préférences.

  11. @ Un autre pseudo

    Assertion complètement fausse concernant Google News.

    Comme vous y allez fort, et surtout beaucoup trop vite…

    Combien d’usagers de Google News utilisent le moindre paramétrage et ont ouvert le moindre compte ? Allez, même si je n’ai pas de chiffres précis, je suis prêt à parier que le pourcentage commence par un zéro, avec quelque chose derrière la virgule…

    L’écrasante majorité des usagers de Google News se borne à entrer l’adresse dans son navigateur et utiliser l’interface par défaut.

    Et puis vous éludez vite la question de fond : pourquoi Google News place-t-il, sur le même sujet, un article du Point devant celui de l’Express, ou celui du Monde devant celui du Figaro ?

    Les critères sont plus qu’obscures : ils sont tout simplement secrets.

    J’aimerais pourtant bien savoir, sur un sujet sur lequel je m’y connais un peu et sur lequel je m’autorise à considérer que mon avis est éclairé :-), comment Google s’y prend pour évaluer la pertinence informationnelle respective de deux articles de presse.

    Je constate pourtant que je suis tellement peu souvent en accord avec lui sur ses choix éditoriaux, que j’en viens à me dire que ces accords relèvent de la coïncidence et de rien d’autre.

    Mais vous connaissez peut-être fort bien les secrets de l’algorithme de Google News… Soyez donc assez gentil pour les partager avec nous. 🙂

  12. pour lefigaro.fr, je vous trouve quand même bien sévère (ou aveugle ?) concernant la page d’accueil, qui est quand même très hiérarchisée. J’ai l’impression que seuls 5-6 titres ont droit à la 1ère place par jour, et ils sont réactualisés en continu. Le reste de la page est divisée en plusieurs sections, et c’est bien dans la dernière section qu’on trouve les sujets les plus légers. Bref, on est pas loin du déroulé d’un journal TV par exemple

  13. Bonjour Narvic,

    Je n’ai pas eu la disponibilité pour commenter vos derniers billets. Si j’apprécie souvent vos analyse, là je ne suis pas convaincu. Pas du tout.

    Très rapidement quelques points en vrac :
    – il n’y a pas vraiment un pb de valeur de l’information (ni d’usage, ni d’échange, ni individuelle, ni collective), mais une question de valeur du système de l’accès à l’information ce qui est très différent. Autrement dit, le problème ne vient pas du contenu, mais du mode d’accès et de sa rémunération.
    – il est naturel que les blogueurs s’autovalorisent et il y a un très fort biais du discours sur les médias dans la blogosphère. Tout comme il y a un biais inverse sur les supports traditionnels. Ceci est encore accentué par l’actualité franco-française, mais la grenouille ne doit pas se faire aussi grosse que le boeuf. Le financement de la presse sur le Web est très loin d’être acquis. Il est dangereux et grave (oui) de prôner la mort de la presse sans une alternative économique sérieuse.
    – les exemples que vous avez pris dans le billet précédent pour valoriser l’information passant sur le web m’ont fait sourire. On pourrait très facilement aligner autant de contre-exemples en faveur de la presse traditionnelle. Il y a toujours eu depuis leur origine connivence entre les pouvoirs politiques et économiques et les médias et en même temps volonté d’émancipation d’une parole, c’est naïveté que croire qu’il en est différemment sur le Web, même si les formes et les canaux sont adaptés à ce média.
    – Mais je suis d’accord pour dire que nous assistons à la naissance d’un nouveau média qui prend sa place sans ménagement entre les anciens et que ces derniers devront réviser à la baisse leurs ambitions.
    J’ai conscience que ce commentaire est un peu lapidaire. Si vous désirez mieux percevoir mon raisonnement, vous pouvez visionner cette séance de cours, mais cela risque d’avoir le défaut inverse : un peu trop long. 😉
    http://cours.ebsi.umontreal.ca/blt6355/sequences/03/03.html

  14. @ Jean-Michel Salaün

    J’ai bien conscience de ce que mon discours a d’excessif. 😉

    Mais je ne vois guère d’autre moyens aujourd’hui que le recours à une bonne dose de provocation pour ouvrir quelques débats que certains ne veulent pas mettre sur le tapis (on a le droit d’être provocateur dans les blogs :o) :

    • il ne me parait pas inutile de montrer à la corporation des journalistes qu’il se passe des choses sur internet auxquelles elle ferait bien de s’intéresser en profondeur, plutôt que de détourner la tête avec dédain.

    • les blogueurs ou les outils de recherche et de hiérarchisation de l’information ne sont sûrement pas en mesure de remplacer les journalistes, mais il serait bon que ces derniers admettent que blogs et réseaux sociaux tiennent une place grandissante dans le monde de l’information et qu’on ne reviendra pas là-dessus. S’il faut faire peur aux journalistes pour accélérer cette prise de conscience, allons y ! :o)

    • ce qui s’expérimente dans les blogs est d’ailleurs très riche d’enseignement pour les journalistes, quant à la relation au lectorat, à l’interactivité, au ton et à la présence de l’auteur dans son propre discours. Il serait temps que les journalistes commence à intégrer ces nouveautés, plutôt que de dénigrer un bloc, ce qui est toujours une attitude très présente dans la profession.

    • Je suis bien d’accord que la question économique n’est pas celle de la valeur de l’information mais celle de l’accès et de son coût dans un système économique aujourd’hui déséquilibré. C’est précisément ce que j’essayais de répondre à Jeff Mignon, qui ne semble pas avoir tout à fait la même approche que moi…

    • Mais je crois aussi que la crise actuelle est bien plus profonde que la seule question économique de la presse. L’entreprise des Etats généraux actuellement en cours en France traduit pourtant une volonté des propriétaires et patrons de médias et du gouvernement de cantonner le débat à ce cadre étroit. Voyez donc mon “coup de gueule”, peut-être maladroit, comme une réaction à ça. 🙂

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