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Le livre résiste et s’adapte au net

Il est probablement un peu rapide de dire que la révolution internet touche de la même manière l’ensemble des “vieilles” industries de production des biens culturels, et les met à terre.

Elles ne sont pas toutes touchées de la même manière et avec la même profondeur. Je tâche d’y revenir dès que j’ai le temps, mais il semble déjà clair que la presse et la musique sont en première ligne, menacées d’un effondrement total de leur modèle économique, alors que l’édition, le cinéma, la radio et la télévision conservent des possibilités d’adaptation. Ces dernières peuvent envisager une logique de transition, quand les premières sont confrontées à la menace pure et simple de leur disparition.

Le livre, quoiqu’il en soit, montre des signes intéressants de résistance d’un côté et d’adaptation de l’autre.

Jean-Michel Salaün, sur son Bloc-notes, signale un intéressante étude (The Reading and Book Buying Habits of Americans, Zogby International, mai 2008), dont il traduit “un échantillon suggestif”

Le sentiment qu’il en retire est que “les résultats ne sont pas favorables au numérique, du moins pour la lecture, pour l’achat c’est autre chose”. Autrement dit : on achète désormais les livres sur internet (de plus en plus), mais on continue à les lire sur du papier.

Ça me confirme plutôt dans mon intuition qu’internet bouleverse plus l’économie de la distribution du livre (Amazon se substitue aux libraires, qui, eux, ont vraiment du souci à se faire), qu’il ne remet en cause le produit lui-même : le livre sur papier. Je signale, mais j’y reviendrai, que la situation est fondamentalement différente avec la presse et la musique, dont la distribution comme le produit lui-même (le journal et l’album) sont en voie de dislocation (car internet diffuse surtout des articles et des morceaux “à l’unité”).

Lorenzo Soccavo, sur Cluster21, signale une anecdote, peut-être isolée, mais tout de même significative à mon avis, et tout cas convergente avec la remarque précédente : un technophile averti met en vente son “livre électronique” (son lecteur Cybook de e-book), car il constate à l’usage que ça ne lui convient pas : la technologie ne le rebute pas, l’offre de titres le satisfait, mais “il n’arrive pas à lire dessus”.

Hubert Guillaud, sur La Feuille, montre que même en version “purement” numérique, le livre a de la ressource et expérimente de nouvelle formules innovantes : “Traiter les livres électroniques comme des logiciels”.

Il rend compte du point de vue de Peter Kent, qui envisage des formes radicalement nouvelles de distribution du livre électronique : comme un logiciel, proposé au téléchargement sur les plates-formes qui diffusent également de la musique et des logiciels informatiques, en usant des mêmes formules d’offre “à l’essai”, à durée limitée. Des “versions d’évaluation” que l’on peut recommander à ses amis, envoyer par mail, bref qui bénéficient de toute la force virale de la diffusion sur le réseau, sans compromettre une possibilité de vente du produit “complet”.

1 Comment

  1. Je pense qu’il y a une notion d’objet qui est particulière au livre. Un journal part à la poubelle après lecture alors qu’un livre est précieusement conservé, transmis ou vendu. Il en est d’ailleurs de même pour certains magazines : je pense qu’on conserve plus facilement un National Géographic qu’un numéro de Voici par exemple.
    Il y a un marketing et une culture de l’objet qui dépasse le simple aspect fonctionnel ou économique de la diffusion en numérique.

    En fait, pour extrapoler aux autres supports, je crois que plus un contenu est conçu (et perçu !) pour garder sa valeur dans le temps, plus les consommateurs sont prêt à payer pour un objet (mp3 propre, CD, DVD, livres, mags, journaux « collectors », etc.). Je pense que tout ce qui est « jetable » (au sens premier, mais aussi au sens « mauvaise qualité ») est appelé à être fortement concurrencé par le net à plus ou moins brève échéance.

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