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Le lien est-il en train de tuer le texte?

Le débat actuel dans les blogs américains sur la nocivité des liens hypertextes placés dans le corps même des textes ne semble pas rencontrer un grand écho dans l’espace francophone. C’est un peu dommage, car le sujet est passionnant.

ReadWriteWeb France a traduit récemment un billet de son éditeur américain Marshall Kirkpatrick, qui apportait son point de vue à ce débat lancé fin mai sur son blog par Nicholas Carr. Et puis plus rien ?

 Links. par Ravages (cc)
Links. par Ravages (cc)

“Delinkification”

Nicholas Carr, penseur de l’internet souvent iconoclaste, ne propose rien de moins que d’expérimenter la “delinkification” des textes que nous publions en ligne, pour voir si ça n’améliorerait pas grandement la qualité de notre lecture. Il ne s’agit pas de supprimer les liens hypertexte, mais de les rassembler tous en fin d’article, plutôt que de les saupoudrer au fil du texte.

C’est pour lui une question de qualité de l’attention que nous portons au texte que nous sommes en train de lire. Le lien hypertexte apporteraient selon lui une perturbation cognitive, il engendreraient une distraction, une dispersion de l’attention. Je reprends la traduction de RWW :

«Les liens sont d’une grande uti­lité, nous le savons tous (du fait de cliquer des­sus de façon com­pul­sive jour et nuit). Mais ils prêtent aussi à confu­sion. Parfois même une énorme confu­sion?–?nous cliquons sur un lien, puis un autre, et encore un autre, et rapi­de­ment, nous avons com­plè­te­ment oublié d’où nous somme parti et ce que nous étions en train de lire. Parfois, ils ne sont que de petites diver­sions, de petits insectes tex­tuels qui bour­donnent autour de nous. Même si vous ne cliquez pas sur un lien, votre œil l’aperçoit, et votre cor­tex doit acti­ver un paquet de neu­rones afin de déci­der ou non de cliquer des­sus. Vous ne vous aper­ce­vez pas for­cé­ment de cette sur­charge cog­ni­tive, mais elle a lieu, et c’est impor­tant. Les gens qui lisent de l’hypertexte com­prennent et apprennent moins bien, c’est mis en évidence par des études, que ceux qui lisent le même texte imprimé sur papier. Plus il y a de liens dans un texte, plus il est dif­fi­cile à comprendre.»

“Est-ce que Google nous rend idiot ?”

 

Nicholas Carr poursuit en fait la réflexion engagée sur ce thème depuis des années par Steve Gillmor, un autre penseur de l’internet, qui a lancé “une croisade contre l’hypertexte”, et que Carr avait lui-même nourrie en juin 2008 dans un article retentissant, “Is Google Making Us Stupid ?”, traduit en français par Framablog et publié par InternetActu au début de l’an dernier : “Nicolas Carr : “Est-ce que Google nous rend idiot ?”

Le propos, on s’y attendait, déclenche les foudres de gourous technophiles que Carr qualifie de “défenseurs autoproclamés de l’orthodoxie du web”, tels que les professeurs en (neo)journalisme Jay Rosen et Jeff Jarvis. Le premier l’accuse de vouloir “déconstruire le web” et le second le soupçonne d’écrire ça pour justement récolter plus de liens vers son propre blog. (On peut relever, en effet, que Nicolas Carr vient de publier son livre “The Shallows: What the Internet Is Doing to Our Brains”, pour lequel il est actuellement en période de promotion. :o) )

Une “conscience altérée”

Je ne peux m’empêcher, pour ma part, de rattacher ce débat aux réflexions, bien plus anciennes, de Jérémy Rifkin qui s’interrogeait dans L’âge de l’accès : La nouvelle culture du capitalisme, dès l’An 2000, sur les modifications cognitives qu’est susceptible d’entrainer l’usage des nouvelles technologies :

“En cinq siècles, l’usage de l’imprimerie a profondément altéré la conscience humaine. Il en sera de même de l’usage de l’ordinateur au cours des deux prochains siècles. Psychologues et sociologues observent d’ores et déjà certaines modifications du développement cognitif des jeunes de la “génération.com”, comme on dit.

Le petit nombre de jeunes (mais il s’agit là d’une minorité en pleine croissance) qui ont grandi face à un écran d’ordinateur et passent une bonne partie de leur temps dans des environnements stimulés et des forums de discussion sur le net a tendance à développer ce que les psychologues appellent des “personnalités multiples”. Il s’agit de mode de conscience fragmentaire et éphémère qu’ils utilisent pour négocier leur identité provisoire sur les réseaux ou dans les univers virtuels qu’ils fréquentent à tel ou tel moment.

Certains observateurs s’inquiètent de ce phénomène et craignent que les membres de cette génération n’en viennent à percevoir la réalité que comme une succession incohérente de modules narratifs et récréatifs. Leur absence d’enracinement dans des expériences de socialisation durables et stabilisatrices et leur faible capacité de concentration à long terme risquent de les priver du cadre de référence cohérent qui pourrait leur permettre d’interpréter et de s’adapter au monde qui les entoure.”

La dispersion de l’attention du lecteur par les liens hypertexte placés dans un texte, invitant à cette “lecture surf” qui ne va jamais au bout d’un texte… et d’une idée, ne serait ainsi qu’un aspect d’un phénomène plus vaste de dilution progressive d’un mode de conscience devenu “fragmentaire et éphémère”, de moins en moins capable “d’interpréter et de s’adapter”.

Comme Nicholas Carr, qui ne fait que s’interroger, Jeremy Rifkin ne veut pas trancher lui non plus et envisage que cette évolution puisse être positive :

“D’autres y voient des aspects plus positifs, comme une certaine émancipation de la conscience humaine dans le sens d’un fonctionnement plus ludique, plus flexible et même plus volatil, seul capable de s’adapter à la vitesse et à la fugacité des nouvelles réalités expérimentées par les individus.

Les enfants d’aujourd’hui, disent-ils, grandissent dans un monde de réseaux et de connectivité généralisée au sein duquel la conception agressive du domaine réservé du moi, qui caractérisait l’ère de la propriété, cède la place à une perception de la réalité en termes d’interdépendance et d’implication mutuelle, une conception plus coopérative que concurrentielle et liée à un mode de pensée plus systémique et consensuel.”

Je me garderai bien de trancher moi non plus, mais je conçois la même gêne que je décèle dans les propos que je viens de rapporter ci-dessus, vis à vis de ce monde de la connexion permanente, des flux, de la tyrannie du temps réel, de l’overdose permanente d’information brève et volatile, du texte fragmenté, dispersé, dans un vaste hypertexte global et sans fin, qui donne souvent le sentiment de s’effilocher…

Savez vous planter des liens ?

Je perçois moi aussi la “surcharge cognitive” produite par les liens dispersés à l’intérieur même des textes, au cours de ma lecture. Mais le phénomène n’est pas né pour moi avec internet. J’avais déjà la même gêne avec ces livres truffés de notes, que l’on qualifie abusivement de “notes de bas de pages” quand elles ne se trouvent justement pas en bas de la page, mais rassemblées en fin d’ouvrage, ou pire en fin de chaque chapitre. J’éprouve aussi le même frein à la lecture face à ces auteurs qui ne font pas un usage “uniformisé” de leur pratique de la note, mélangeant celles qui ne sont que de simples références bibliographique et celles qui sont de véritables commentaires.

Sur internet, je ne fais d’ailleurs pas moi-même un usage très cohérent de la pratique du lien hypertexte. J’expérimente même délibérément sur ce blog différentes manières de rédiger les liens et de les placer dans un texte : intégré à l’intérieur de la phrase elle-même ; ou bien dans le corps du texte, mais en marge de la phrase (comme ça, par exemple, ou encore par un Lire ici, ou selon la “méthode Birenbaum” par un clic, clic) ; et enfin j’utilise aussi parfois des techniques qui reportent les liens hors du corps du texte, par un renvoi de note (Comme ça 😛), ou même sans note (comme dans ce texte-ci, précisément : voir la fin :-P).

L’hypertexte a-t-il un sens ?

Ce débat n’est pas mineur, à mon avis. On pourrait le ramener à une question accessoire, une simple question de virgules, mais ce serait méconnaitre l’importance décisive de la ponctuation, justement. Avant la généralisation de la ponctuation, les textes étaient écrits d’une seule traite, il n’y avait même pas d’espace blanche entre les mots (note : en typographie, le mot espace est féminin). Cette pratique rendait la lecture extrêmement difficile et laborieuse, réservée dans la pratique à quelques clercs.

La ponctuation aura été un formidable outil d’organisation et de clarification du texte, rendant la lecture nettement plus facile et confortable, évitant aussi de nombreux contresens. On connait l’exemple fameux :

Le maire dit : “l’instituteur est un imbécile”.

Le maire, dit l’instituteur, est un imbécile.

Mais la question aujourd’hui c’est de savoir si les liens hypertexte insérés dans le corps des textes sont une aide à la lecture ou une distraction, s’ils organisent notre lecture, et donc notre compréhension du texte, ou bien s’ils la déstructurent, disloquant le texte et dispersant notre compréhension en “une succession incohérente de modules narratifs et récréatifs”, comme dit Rifkin.

Au-delà, c’est une certaine forme de l’hypertexte qui est remise en question : un hypertexte formé à partir de liens internes aux textes est-il seulement lisible ? A-t-il seulement un sens ? Cet hypertexte relie-t-il des textes ou seulement des petits bouts de textes épars. Ces petits morceaux sortis de leur contexte en viennent-ils à former un texte plus vaste quand on les relie par une “lecture surf”, ou bien tout ça ne forme-t-il qu’un immense gloubiboulga insensé ?

On peut répondre que le texte n’est pas formé par son rédacteur, mais par son lecteur à travers, justement, sa lecture, et qu’on a toujours sur-évalué le rôle de l’auteur en la matière. C’est dans son parcours de lecture que le lecteur produit lui-même le sens de ce qu’il lit, et c’est ce qui fait que deux personnes ne lisent pas la même chose dans un même texte, écrit pourtant par un seul auteur.

Il me semble utile, quoiqu’il en soit, de réfléchir à la question, avant d’être débordé par des conséquences qu’on n’aurait pas souhaitées. Et vous d’ailleurs, qu’en pensez-vous ? Vous venez de lire le premier texte sur novövision rédigé selon le modèle de “delinkification” proposé par Nicholas Carr, garanti sans aucun lien hypertexte interne au texte. C’était comment ? 😉

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Experiments in delinkification, Nicholas Carr sur Rough Type (31 mai 2010)

Links on delinkification, Nichols Carr sur Rough Type (2 juin 2010)

La Cause des liens, Marshall Kirkpatrick sur ReadWriteWeb France (14 juin 2010).

Nicholas Carr : “Est-ce que Google nous rend idiot ?”, InternetActu (23 janvier 2009).

The Shallows: What the Internet Is Doing to Our Brains, Nicholas Carr, Éditions Unabridged, juin 2010.

L’âge de l’accès : La nouvelle culture du capitalisme, Jeremy Rifkin, Editions La Découverte, 2005.

• sur novövision :

« La tyrannie du temps réel » et l’« accident intégral » (janvier 2010)

Paysage de l’information après la bataille (avril 2010)

Web de flux contre web de fond ? (octobre 2009)

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46 Comments

  1. Impression de déjà vu, tout de même… On a traité de tout ça au fil d’une multitude de formations à l’écriture web. On tournerait pas un peu en rond ? Effet pervers de ces liens hypertextes qui nous ramènent toujours vers l’article d’où l’on était parti alors même qu’on souhaitait aller plus loin.. 😉

  2. Je ne vois pas trop ce qu’on a gagné ;-). Il est plus difficile de comprendre à quoi les liens font références, présentés ainsi, car le lien entre le moment où l’on parle d’un article et l’hyperlien n’est finalement pas tangible dans cette expérience.

    Il faut dire que je suis loin d’être convaincu par les arguments de Carr. J’y reviens très vite…

  3. En tout cas, si la mode est à l’absence de liens dans le texte, les sites d’infos ont une longueur d’avance… Voir par exemple cette très intéressante série de billets par Jonathan Stray sur le Nieman Lab :
    Linking by the numbers: How news organizations are using links (or not)
    Why link out? Four journalistic purposes of the noble hyperlink
    Making connections: How major news organizations talk about links

    Au-delà de ce débat-là, je trouve assez intéressant le fait que le paysage francophone reste imperméable au débat américain. Sans aller jusqu’à dire que c’est une bonne chose, il me semble qu’il faut peut-être relativiser l’influence de ces gourous du web (les Carr, Gillmor, Shirky, Rosen et autre Jarvis) qui, en effet, ont le mérite de lancer quelques bons débats – mais ceux-ci me semblent souvent rester confinés dans le vague et l’échange d’opinion, voire la controverse et le pamphlet, là où une bonne recherche empirique pourrait faire du bien à tout le monde :] (même si je conçois que ces choses-là prennent plus de temps et montrent donc moins de réactivité)

  4. A propos de ponctuation, tu connaissais peut-être cet exercice (aux Etats-Unis il me semble). Insérer la ponctuation dans cette proposition écrite au tableau : “woman without her man is nothing”
    Les garçons écrivirent : “woman : without her man, is nothing”
    Les filles écrivirent : “woman! without her, man is nothing!”

    Pour revenir aux liens, savoir planter les liens est consubstantiel au contenu lui-même.

    Evacuons les médias, qui sont dans un cas de conscience étrange. Le lien est porteur de la potentialité d’aller ailleurs et souvent mal vu. Parfois il est promotionnel (les liens soulignés doublement sur numerama.fr par exemple), voire auto-promotionnel : les articles des Echos parlant de Twitter renvoient vers le compte des Echos, sans que ça ait un sens. Exemple : http://www.lesechos.fr/depeches/france/afp_00262568–hacker-croll—le-pirate-auvergnat-de-twitter–juge-a-clermont-ferrand.htm.

    Que lie-t-on ? Et comment fait-on ? Il m’arrive souvent de lier vers une ressource pour m’éviter une longue citation, aussi le lien sert un peu d'”encadré” numérique. L’idée est de ne pas alourdir le propos intégral du billet en facilitant une lecture in extenso, mais qui du coup peut se faire très elliptique. Certains lecteurs se sont d’ailleurs plains de la richesse de liens : “comme je n’ai pas les références, il me faut parfois lire les sources liées pour bien comprendre ce que tu dis, du coup ton billet est long comme ton billet + les liens, ce qui fait beaucoup”. Ils sont donc appréciés si la élection est pertinente, au sens où ils enrichissent le propos et donnent à découvrir.

    Les liens de fin de billet sont peut-être une bonne idée pour éviter l’ellipse, mais du coup on n’a jamais vraiment fini de lire non plus, car les renvois numérotés en cours de billet sont tentants (ce qui brise le rythme de lecture) et une simple série de liens éditorialisés peut s’avérer riche en contenu elle aussi.

    Une question de fond mérite d’être traitée : clique-t-on vraiment sur les liens ? Mon expérience personnelle montre qu’en général ils sont peu cliqués. Le ratio billet / clic est de l’ordre de 50/1, sachant qu’un billet contient souvent plusieurs liens on est dans une pratique encore faible.

  5. Personnellement, les liens à même le texte ne me dérangent nullement.
    Sauf quand j’ai besoin de lire le contenu du lien avant de continuer la lecture de l’article (genre un lien wikipedia pour mieux situer de quoi on parle), j’utilise les réglages de mon navigateur pour mettre en attente les liens potentiellement intéressants et les lire ensuite.
    Un clic avec la molette de ma souris, et voilà le lien ouvert dans un onglet en arrière-plan.
    Par contre, je n’ai pas l’habitude des liens en fin d’article, mais bon, les habitudes, on en change.

  6. Il y a aussi l’utilisation chez certains du lien pour être lu, c’est à dire du lien qu’on met vers un site pour être remarqué par l’auteur du site et qu’il vous lise. Abusive et souvent saturant le texte.

  7. Si je regarde comment ça se passe avec le papier, je me dis qu’on n’a pas fini de se poser la question. Comme vous le signalez, les références, notes et bibliographies sont loin d’être uniformes dans les livres, et l’on y perçoit nettement les préférences de l’auteur, de l’éditeur et du milieu dans lequel ceux-ci évoluent. Ma préférence serait en la matière les notes de bas de page (placées… en bas de chaque page, évidemment) pour les commentaires de l’auteur et/ou du traducteur, des notes bibliographiques commentées en bas de page ou en fin de chapitre, et la bibliographie pure en fin d’ouvrage. Je gage que cette préférence n’est pas partagée par la majorité des gens, comme les autres par ailleurs, ce qui explique assez bien cette non-uniformisation en la matière dans l’édition (française en tout cas) .

    Le lien rajoute une seconde dimension à la chose : où mettre les liens bien sûr, mais également “quel place pour quel contenu” ? :

    Un mot ou une notion complexe mis en lien peut renvoyer directement à une notice wikipedia ou un article d’explication. Il peut aussi renvoyer à un plaidoyer ou une critique sévère, exprimant à travers le lien ce qu’on n’a pas forcément l’envie d’écrire moins bien à ses lecteurs (et certains passeront en réponse au travers en ne voyant pas la subjectivité plus forte du lien) .

    Une phrase mise en lien correspond souvent à une affirmation subjective forte (le lien pouvant alors mener à un argumentaire similaire à notre position sur le sujet, le tout mis en valeur de manière plus forte que si le lien est fait sur un mot unique) , mais peut aussi renvoyer vers un développement, un à-côté ou une contextualisation.

    En bas de page, on renvoie vers des articles parallèles (ou ceux à la base de l’article comme ici) jugés dignes d’être signalés sans pour autant avoir directement leur part dans le corps du texte, ou tellement intéressants qu’on les double pour les lecteurs peu friands des liens intratextuels (ou pour ajouter des détails bibliographiques afin de ne pas surcharger l’attention au sein du texte).

    Et les recensions faites ici sont très loin d’être exhaustives, même si on devrait pouvoir dégager une quinzaines de tendances normatives dans la mise en lien. Bref, comme pour l’édition, et comme pour une langue, les processus mentionnés ici connaissent en général des cycles fort longs… et nécessiteront nombre de billet et de débats avant que la multiplicité des usages ne se réduisent (dans l’édition, on trouve toujours des variations non négligeables après des siècles) .

    Mais parlons de ce billet sans liens dans le corps du texte : on y perd tout ce que la liaison instantanée des contenus nous faisait gagner. On n’est pas porté à savoir ce qui dit machin ou machin avant votre propre avis, que vous affirmez ainsi nettement plus. On y gagne effectivement en attention, pas de doute là-dessus. Mais on y perd en sélection car une fois en bas de la page (et contrairement à un livre ou le bas de page est lisible simultanément du renvoi dans le texte) , on n’a pas de description (même brève) de ces divers liens.

    Bref, si vous voulez maintenir la liberté du lecteur (que celui-ci aime ou non les liens) , je ne voix que deux solutions link-free : soit vous revenez à la note de bas de page (avec idéalement un systême comme chez maitre Mo où un apercu du contenu est visible en passant sur le chiffre de la note) , soit vous prenez le temps de décrire synthétiquement les liens listés à la fin. La solution numéro un me semble plus efficace tout en ne gênant aucun type de lecteur. Mais vous y perdez un peu de votre pouvoir d’écrivain/éditeur du contenu des articles de novovision par rapport à la seconde solution qui maintient cette séparation et force à vous lire d’abord.

  8. @ Juliettedm

    En effet, très intéressante série d’articles de Jonathan Stray sur liens et journalisme, mais comme l’indique l’auteur (ce que note aussi (Enikao)), il y a des problématiques techniques et économiques, voire politiques, propres au médias dans cette affaire (possibilités techniques des plates-formes de publication, crainte de la concurrence, fiabilité des sources…). Certaines de ces réticences peuvent se comprendre ou se justifier, mais certainement pas toutes. On en a souvent parlé sur ce blog. 😉

  9. Parmi mes petites expériences sur ce blog sur la manière de “planter des liens ?”, j’ai tenté dernièrement :

    – • un texte entier où tous les liens sont placés en bas de page, mais avec des renvois de notes replaçant le lien dans son contexte à l’intérieur du corps du texte. Ça donne ça.

    – • des liens de “rappel bibliographique”, placés dans le corps du texte, mais dans des “boîtes à liens” dépliables. Voir ici.

  10. Sinon, j’avais fait aussi quelques expérimentations de “rédaction de liens” pour le site web de Vendredi.info. Comme ici, une revue de web sur un seul et même sujet, rédigée comme un texte qui peut se lire de manière autonome, même s’il n’est en réalité formé presque exclusivement que de liens.

    Il m’a semblé que cette technique d’écriture était finalement assez peu utilisée (c’est l’exact inverse de ce que propose Nicholas Carr :o) ). Il est vrai que c’est bien plus difficile à rédiger qu’un simple texte avec des notes en bas de page… B-)

  11. La question du lien qui tue le texte n’est pas sans rappeler celle de la TV qui nivelle par le bas.
    On en a déjà parlé ensemble Guy, et je suis plutôt partisan du netlinking, voire même d’un linkjournalism (dans le sens où il complèterait le traitement “traditionnel”).
    Si le débat est plus important aux US, c’est que là-bas, le netlinking est utilisé à outrance parfois comme seule source journalistique, d’où réaction de certains médias.
    Le protocole du web, c’est l’Hyper Text Transfer Protocol ou HTTP et le langage utilisé encore est l’Hyper Text Markup Language ou HTML. Enlever cette particularité au web n’est simplement pas possible. Surfer sur le web, c’est comme lire un dictionnaire (pour ceux qui ont connu cette époque) : on tombe sur un mot, on va en voir un autre… on surfe d’une définition à l’autre, et on apprend comme ça. ET je ne crois pas me rappeler qu’un quidam ait un jour critiqué les dictionnaires comme frein à la culture !
    PS: d’ailleurs le linkjournalisme arrive bientôt sur LeWebLab.com

  12. Qui ira cliquer sur un lien dont on ne sait même plus le pourquoi du comment ? Pour enfermer le lecteur sur un site, c’est parfait. Pour user du clic-pub, c’est pas mal aussi. Les MFA font de même. Bon, le débat est moins philosophique mais véridique.

    Je pense que tout dépend du public cible : une frange de jeunes zappeurs ? Ou un groupe de lecteurs assidus, qu’il ne faut sous aucun prétexte perturber ? Personne n’aura la peau du lien, pas même les gourous du web qui n’ont que ce titre pour se faire mousser.

  13. C’est de là qu’est parti le concept de TweetAWine. Utiliser twitter pour transmettre, et même réutilisé cette information, sans aucune redirection. Une information brute et directe

  14. On peut ajouter la réflexion de Michel Serres : dans l’évolution humaine, en matière cognitive, tout gain a correspondu à une perte (http://interstices.info/jcms/c_33030/les-nouvelles-technologies-revolution-culturelle-et-cognitive).

    Avant l’écriture, on apprenait l’Illiade par cœur. Combien d’entre nous, à part les comédiens, en sont-ils encore capables aujourd’hui ? L’écriture nous aurait donc rendus idiots ? 2500 ans avant Carr, c’est un débat déjà ouvert par Platon dans le Phèdre…

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  15. On peut ajouter la réflexion de Michel Serres : dans l’évolution humaine, en matière cognitive, tout gain a correspondu à une perte (http://interstices.info/jcms/c_33030/les-nouvelles-technologies-revolution-culturelle-et-cognitive).

    Avant l’écriture, on apprenait l’Illiade par cœur. Combien d’entre nous, à part les comédiens, en sont-ils encore capables aujourd’hui ? L’écriture nous aurait donc rendus idiots ? 2500 ans avant Carr, c’est un débat déjà ouvert par Platon dans le Phèdre…

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  16. Oui enfin bon “les choses longues” , quand le gus écrit pour faire des pages et non pas pour donner de la consistance à son histoire , bref quand il est limite payé à la ligne , on évite de se pourrir l’esprit avec son oeuvre et on se tourne vers du concis tel qu’internet .

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  17. Oui enfin bon “les choses longues” , quand le gus écrit pour faire des pages et non pas pour donner de la consistance à son histoire , bref quand il est limite payé à la ligne , on évite de se pourrir l’esprit avec son oeuvre et on se tourne vers du concis tel qu’internet .

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  18. Bonjour!
    Je ne suis pas une bien grande analyste des phénomènes du webtexte, par contre puisque vous sollicitez nos retours sur la manière de lire le texte que vous venez d’écrire, je vous le donne (retenez que je ne suis qu’une ménagère moyenne).
    J’ai lu votre article en faisant le tour quotidien de mes flux rss. C’est le seul après lequel je poste un commentaire, et même après avoir eu les liens de bas de page je ne suis pas allée cliquer. Je suis effectivement restée concentrée sur la lecture, et les seules pauses que je me suis accordées étaient pour me faire des réflexions à moi-même (oui, la ménagère moyenne se parle à elle-même). Je sors de la lecture contente de moi, j’ai pu me faire une opinion sur la question et j’ai envie de creuser davantage.
    Ne vous méprenez pas, la ménagère moyenne adore se divertir. Ainsi j’adore les liens, et les connexions improbables. J’adore perdre le fil de ce que je cherchais et me laisser mener par un courant inconnu. Et je pense que la culture générale la meilleure est la plus improbable, celle qui connecte l’inconnectable: quoi de tel que surfer en cliquant à tout va sur les liens?
    Par contre, en lisant un texte sans lien on se rend vite compte que même si c’est moins marrant (désolée d’égratigner ainsi votre prose) l’esprit critique travaille plus. Effectivement, sans lien cela permet de se définit soi, c’est à dire d’exercer sa liberté.
    Ma conclusion sur cette petite expérience (dont je vous remercie) est que le web a des usages très différents. Et que, oui, l’écriture et les liens qui vont avec doivent être pensés différemment suivant le but et le lectorat que vous recherchez, vous, l’auteur. Les liens font maintenant partie des techniques rhétoriques, en quelque sorte!

    Voilà voilà, je ne sais pas si ça fait avancer le monde tout ça, mais après tout c’est vous qui avez demandé!
    Caro la ménagère moyenne.

  19. Il me semble que certaines expérimentations démontrent qu’un lien hypertexte peut au contraire aider à parcourir une pensée difficile et exigeante, justement parce qu’elle est difficile et exigeante. Permettez-moi de renvoyer au travail qui est fait, à propos de Jacques Derrida, sur le vocabulaire de la déconstruction, par exemple à cette page :
    http://www.idixa.net/Pixa/pagixa-0508281143.html
    Le lien hypertexte est à la fois constructif et déconstructif. Il casse effectivement la linéarité du texte, mais ne casse pas la pensée – sauf pour ceux qui croient que seule la pensée linéaire est acceptable. C’est ce qu’on appelle le logocentrisme.

  20. @ Hubert

    Dommage, le lien vers mon blog est mal formé sur le monde.fr.

    Désolé. Cela leur a été signalé… Mais ça m’a tout l’air d’être le week-end. Et je n’ai pas la main… ;( – HG

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  21. @ Hubert

    Dommage, le lien vers mon blog est mal formé sur le monde.fr.

    Désolé. Cela leur a été signalé… Mais ça m’a tout l’air d’être le week-end. Et je n’ai pas la main… ;( – HG

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  22. > The Shallows qu’on pourrait traduire par le bas-fond, pour désigner quelque chose de peu profond, de superficiel, de futile

    Un “bas-fond” c’est plutôt un fond éloigné de la surface. Ce sont plutôt les “hauts-fonds” qui seraient superficiels, mais l’adjectif “haut” va un peu à l’encontre du sens initial.

    A part ça, ça reste quand même des thèses (pertinentes ou pas, là n’est pas la question) qui sont débattues et rebattues depuis des décennies. Il n’y a qu’à lire Amusing Ourselves to Death de Neil Postman (1985) qui soulevait les mêmes craintes à propos de la télévision.

    http://en.wikipedia.org/wiki/Amusing_Ourselves_to_Death

    Et encore, lui-même faisait fortement référence à Aldous Huxley et son Brave New World qui date de 1932.

    http://brott4.wordpress.com/2009/05/30/inflicting-pleasure-perhaps-huxley-was-right/

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  23. > The Shallows qu’on pourrait traduire par le bas-fond, pour désigner quelque chose de peu profond, de superficiel, de futile

    Un “bas-fond” c’est plutôt un fond éloigné de la surface. Ce sont plutôt les “hauts-fonds” qui seraient superficiels, mais l’adjectif “haut” va un peu à l’encontre du sens initial.

    A part ça, ça reste quand même des thèses (pertinentes ou pas, là n’est pas la question) qui sont débattues et rebattues depuis des décennies. Il n’y a qu’à lire Amusing Ourselves to Death de Neil Postman (1985) qui soulevait les mêmes craintes à propos de la télévision.

    http://en.wikipedia.org/wiki/Amusing_Ourselves_to_Death

    Et encore, lui-même faisait fortement référence à Aldous Huxley et son Brave New World qui date de 1932.

    http://brott4.wordpress.com/2009/05/30/inflicting-pleasure-perhaps-huxley-was-right/

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  24. Personnellement, je trouve le débat initié par Nicolas Carr trés intéressant. Il est surement à relativiser en fonction du type d’activité que l’on fait : notre attention n’est pas la même selon qu’on survole les informations du jour, que lorsqu’on à se plonger sur une question qui demande concentration. D’où, pour moi, les divergences.

    Sur la question des liens dans un article, cela fait longtemps que j’applique la méthode suivante : à chaque nouveau lien que je rencontre et qui peut m’interesser, je clique sur ‘Ouvrir dans un nouvel onglet’, et je poursuis la lecture de la page en cours. A la fin, je lirai ( ou pas ) les autres onglets que j’ai ouvert. Avec cette méthode , il n’est pas rare que je me retrouve avec beaucoup d’onglets ouverts à la fin…

    Le report des liens en bas de page : pourquoi pas. Cela nous oblige a nous rappeler à quoi il est associé, et donc si le sujet nous intéresse suffisamment pour que l’on clique avec cette sorte d’effet retard. Pas sur que les ergonomes, qui aiment placer l’action dans son contexte, soient tous d’accord avec ça.

  25. Bonne mise au point. Hubert, dans un “groupe de scientifique”, il y a au minimum 2 scientifiqueS
    Merci. Même si je connais beaucoup de groupes où il n’y en a pas tant – HG

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  26. Bonne mise au point. Hubert, dans un “groupe de scientifique”, il y a au minimum 2 scientifiqueS
    Merci. Même si je connais beaucoup de groupes où il n’y en a pas tant – HG

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  27. Plus que les liens hypertextes qui ne me dérangent pas trop (si ils sont utilisés avec parcimonie) ce qui me dérange le plus et qui commence à me faire peur, ce sont les articles rédigés dans le seul but du référencement. Là oui, google nous rends stupide. Au lieu de rendre l’information lisible et claire pour le lecteur, avec un réel champs lexicale et une belle thèse, on tente de la rendre lisible pour les ptits robots de l’ami google, en sacrifiant bien entendu la qualité de l’article.

  28. Je pense le contraire, je trouve cela très bien d’inclure les liens dans les textes. Pour moi, mettre un lien sur les mots-clés dans une phrase, c’est avant tout pour l’usabilité. Un lien sur chaussure, on sait que le lien va parler de chaussure. Alors que si l’on parle de chaussure, et que l’on met ensuite cliquez-ici, dans une parenthèse ou dans une note, ça demande selon moi un effort supplémentaire, au détriment de la lecture.

  29. David Brooks pour le New York Times revient sur la polémique en faisant à son tour sa lecture des différentes études autour de l’évolution de la lecture et explique : “Ce n’est pas la présence physique des livres qui produit le plus gros impact. C’est le changement dans la façon dont les étudiants se voient à mesure qu’ils construisent leurs bibliothèques personnelles. Ils se voient comme des lecteurs, comme des membres d’un groupe différent.”

    “Le débat opposant l’internet contre les livres est conduit sur le supposé que le medium est le message. Mais parfois le medium est juste le medium. Ce qui importe c’est la façon dont les gens se représentent eux-mêmes quand ils sont engagés dans une activité.”

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  30. David Brooks pour le New York Times revient sur la polémique en faisant à son tour sa lecture des différentes études autour de l’évolution de la lecture et explique : “Ce n’est pas la présence physique des livres qui produit le plus gros impact. C’est le changement dans la façon dont les étudiants se voient à mesure qu’ils construisent leurs bibliothèques personnelles. Ils se voient comme des lecteurs, comme des membres d’un groupe différent.”

    “Le débat opposant l’internet contre les livres est conduit sur le supposé que le medium est le message. Mais parfois le medium est juste le medium. Ce qui importe c’est la façon dont les gens se représentent eux-mêmes quand ils sont engagés dans une activité.”

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  31. Bien que le problème cognitif de l’hypertexte soit extraordinairement complexe, ce que vous dites sur les « notes de bas de pages » est en effet un argument assez convaincant pour montrer le caractère inoffensif de l’hypertexte. Bien sûr, ce n’est que mon opinion personnel et profane.

  32. Ma réaction est sans doute celle d’un référenceur truffé de sales manies. Mais quand on sait quel importance Google attache aux liens éditoriaux, nombres de site n’ont pas fini de faire des liens internes dans leurs textes…

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