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Le journalisme s’écrit aujourd’hui dans ses marges 3/3

Dernier volet aujourd’hui de ma “réponse” à Jean-Christophe Feraud (I wanna be a Gonzo journalist !, sur Mon écran radar), après :

Journaliste ? Redevenir un auteur, ou laisser la place aux robots… 1/3

Les journalistes finiront-ils par briser les claviers ? (2/3)

[Mise à jour : finalement, non, ce ne sera pas le dernier volet (voir à la fin) mais on en reparle dès que possible. ;-)]
Ce dernier billet vient un peu tard pour que la “conversation” dans laquelle il entendait se glisser n’apparaisse pas un peu décousue. Ainsi vont les blogs… C’est que j’ai préféré prendre un peu de temps avant d’écrire, pour m’immerger un peu plus dans ce journalisme littéraire, que Jean-Christophe évoque avec nostalgie comme une tradition en voie de disparition, alors que je crois pour ma part qu’il est au contraire plus vivant que jamais, aux Etats-Unis tout d’abord, mais en France également. Sauf qu’il ne trouve plus sa place aujourd’hui dans la presse, mais plutôt dans l’édition.

J’ai donc préféré achever la lecture de quelques parutions récentes, et notamment “Le quai de Ouistreham”, de Florence Aubenas (qui se révèle déjà un formidable succès de librairie et suscite des réactions et des débats intéressants sur le journalisme). J’ai replongé aussi dans des lectures anciennes, quelques uns de ces ouvrages qui ont été des jalons dans mon approche personnelle du journalisme : du gonzo journalism totalement déjanté (Hunter S. Thompson, Grover Lewis, Tom Wolfe…) et du new journalism, qui l’est un peu moins (Truman Capote, Norman Mailer…), qui ont marqué les années 60 et 70 aux Etats-Unis, traversant l’Atlantique pour étendre leur influence jusqu’à la France des années 80 (Yves Adrien, Alain Pacadis, Philippe Garnier…).

J’ai tâché de creuser un peu également le renouveau, actuellement aux Etats-Unis, de ce courant que Robert S. Boynton qualifie aujourd’hui de new new journalism (Jon Krakauer, William Langewiesche, et quelques autres plus difficiles d’accès pour les lecteurs francophones, leur ouvrages n’ayant pas été traduits, ou bien les traductions étant aujourd’hui épuisées…).

Ce billet prendra donc la forme d’un petit voyage, en quelques livres jalons, à travers MA lecture de quelques formes du journalisme littéraire, non comme un journalisme qui parle de la littérature, mais comme un journalisme qui appartient à la littérature… Un journalisme d’auteur qui emprunte certaines de ses formes à la fiction, mais qui n’en reste pas moins une écriture du réel… Un journalisme qui ouvre même des voies puissantes pour sa compréhension, au-delà de l’illusion d’un “journalisme objectif” à l’américaine, très largement mythologique à mon sens, qui se se prétend capable de “trouver dans on ne sait quelle dévotion aux faits une compréhension définitive de la complexité” (Denis Ruellan), mais qui oublie de tenir compte de ce que chaque mot qui est écrit est écrit par un homme, que cet homme est un auteur, et que la vérité qu’il transmet dans son œuvre jamais ne sera objective, et donc jamais ne sera accessible à des machines…

C’est même, à mon avis, le dernier refuge du journalisme aujourd’hui, et même l’espoir de son renouveau.

Du Gonzo et du pop journalism

On part de là, bien entendu, de ce journalisme gonzo, dont j’aime bien la définition proposée par les rédacteurs de Wikipédia :

Le parti pris par le journaliste gonzo est d’informer le plus possible son lecteur sur la nature et l’intensité des facteurs « déformant » son point de vue. Ainsi il peut, en faisant appel à son sens critique, recomposer ensuite une image vraisemblable de la réalité. Décrire les ondulations d’un miroir aide à retrouver la forme réelle du reflet anamorphosé qu’il projette. Il s’agit, pour l’auteur, d’assumer jusqu’au bout la subjectivité de son propos.

Le journalisme gonzo fait la part belle à l’anecdote et au récit de beuveries et prises de drogues (on se rapproche plus alors du sens originel du mot « gonzo ([Selon Cardoso, Gonzo (de l’argot (slang) irlandais du Sud de Boston) décrit le dernier homme debout après un marathon alcoolisé.)]» que de l’ultra-subjectivité).

Trois livres, et surtout un auteur, auront marqué pour moi cette approche :

Hunter S. Thompson reste pour moi la figure centrale du gonzo journalism, mais d’autres mettraient peut-être plus en avant Grover Lewis (voir Philippe Garnier, ci-dessous), ou Lester Bangs (ici par exemple).

Le livre emblématique de Thompson reste Las Vegas Parano, le récit d’un reportage sur une course automobile dans le Nevada qui vire au cauchemar halluciné et sauvage (adapté au cinéma par Terry Gilliam, en 1998, avec Johnny Depp). Mais c’est par un autre livre que je l’ai découvert : La grande chasse au requin, Le Nouveau testament Gonzo, publié par les Humanoïdes associés en 1981, dans la collection Speed17 dirigée alors par Philippe Manœuvre (C’est la collection dans laquelle fut également publié un livre qui m’est particulièrement cher : NovöVision et les cobayes d’un nouveau siècle.). Le livre est malheureusement épuisé aujourd’hui, et je ne prêterai mon propre exemplaire à personne, de peur de ne jamais revoir “mon précieux”. B-)

Même si Tom Wolfe s’est fait le théoricien du new journalism (sur lequel je reviens plus loin), je range néanmoins dans la catégorie gonzo son célèbre livre Acid test, pour son aspect road movie en version livre, qui est commun avec Las Vegas Parano : récit de voyage halluciné (avec beaucoup de drogue !) à travers les Etats-Unis de la fin des années 60 et du début des années 70.

Pour moi, c’est pourtant La Grande chasse au requin qui témoigne le plus de ce que le gonzo journalism, c’est du journalisme. Ce “journal de bord bordélique” plutôt qu’une “analyse approfondie” retrace la couverture durant 12 mois de la campagne présidentielle américaine de 1972 par Thompson pour le compte du magazine Rolling Stone. Il explique sa démarche dans l’introduction rédigée pour la parution sous forme de livre :

C’était une des barrières traditionnelles que j’ai essayé d’ignorer quand je me suis installé à Washington pour commencer à couvrir la campagne présidentielle de 1972. Pour moi les informations “entre nous”, ça n’existait pas. L’échec le plus durable et, à long terme, le plus grave du journalisme politique en Amérique naît des relations personnelles mi-club mi-cocktail qui s’instaurent inévitablement entre hommes politiques et journalistes – à Washington ou ailleurs – quand ils se rencontrent tous les jours. Lorsque des adversaires professionnels deviennent copains autour d’un verre après le show, ils ne risquent pas de se dénoncer les uns les autres… surtout pour des “infractions mineures” à des règles qu’aucun d’eux ne prend très au sérieux ; et lors des rares occasions où ces Infractions Mineures deviennent Graves, c’est la panique des deux côtés. (…)

Quand je suis parti à Washington j’étais décidé à éviter ce genre de piège. Au contraire de la plupart des correspondants, je pouvais me permettre de brûler tous les ponts derrière moi – parce que je n’y étais que pour un an, et que je me foutais éperdument de nouer des relations durables au Parlement. J’y venais pour deux raisons : 1. en apprendre le plus possible sur les mécanismes et les réalités d’une campagne présidentielle, et 2. raconter ça de la même manière que n’importe quoi d’autre – en grattant l’os aussi près que possible, et merde pour les conséquences.”

Ce livre-là met en évidence que la “méthode gonzo” ne se cantonne pas au pop journalism, à la chronique hippie et rock’n’roll de la contre-culture américaine, à laquelle certains ont tendance à ramener le gonzo. “La grande chasse au requins”, c’est du gonzo journalism appliqué à la politique, et ça arrache autant que le reste !

“Après tout, en 1972, je fus le seul journaliste accrédité à comparer (Richard) Nixon à Hitler, à le traiter de maquereau, de gangster congénital, de minable foireux et de Loup Garou Lubrique.”

Un jugement sur le président des Etats-Unis qui se révélera par la suite particulièrement clairvoyant. :o)

Il est clair en tout cas qu’on a trouvé aucun Thompson pour couvrir la dernière campagne présidentielle française de cette manière, et c’est à mon avis très regrettable. Ce n’est d’ailleurs pas tant qu’on manque d’auteurs capables de le faire (je peux vous en conseiller au besoin), c’est qu’on manque de patrons de presse qui aient le courage de les embaucher (et Thompson écrirait d’ailleurs qu’ils manquent surtout d’avoir les couilles pour le faire !).

Quant à la connivence “mi club mi cocktail” des journalistes politiques français, essentiellement parisiens d’ailleurs, avec le Pouvoir, elle atteint des niveaux aujourd’hui en France qu’on n’a peut-être même pas connus aux USA. Il n’y a qu’à compter le nombre de journalistes qui peuplent aujourd’hui les cabinets ministériels, quand ce n’est pas carrément la couche du ministre !, sans que ça ne soulève plus de scandale que ça. Et c’est internet qui pose un problème déontologique aux journalistes…

Et encore n’est-ce certainement pas le plus grave, quand on songe au degré de concentration atteint aujourd’hui dans le contrôle des médias (télévisions, magazines et quotidiens) par quelques magnats proches du pouvoir, dont le coeur de l’activité économique n’est même pas l’information, mais de juteux marchés publics dans le domaine de l’armement ou du bâtiment. Mais c’est bien entendu l’indépendance des blogueurs qui poserait problème…

On manque décidément beaucoup aujourd’hui de gonzo journalistes en France, de ces journalistes qui peuvent, comme Thompson, (se) permettre de brûler tous les ponts derrière (eux).

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Lire aussi à propos de Hunter S. Thompson:

Hunther S. Thompsoon semble vraiment d’actualité en France aujourd’hui : viennent de paraitre une biographie préfacée par Philippe Manoeuvre (l’un de ses tout premiers éditeur en français) et un recueil de correspondance. Plusieurs de ses livres sont disponibles en format de poche.

Hunter S. Thompson : Journaliste & hors-la-loi

Présentation de l’éditeur (Hunter S. Thompson (1937-2005) est devenu un mythe de son vivant, comme d’autres écrivains américains avant lui – Twain, Hemingway, Mailer, Kerouac, Burroughs, Capote – avec lesquels il avait en commun cette propension peut-être typiquement américaine: transformer la littérature en spectacle et le spectacle en littérature. Poussant cette logique jusqu’au délire, chargé d’alcool et de drogues, ne respectant que ses propres règles, se mettant lui-même en scène dans des reportages épiques et férocement drôles, notamment pour le magazine Rolling Stone, il a inventé une forme de journalisme hors-la-loi: le Gonzo. En trois livres – le récit de sa vie avec un gang de motards (Hell’s Angels), une virée à Las Vegas à la poursuite du Rêve Américain (Las Vegas Parano) et son compte rendu au jour le jour de la réélection de Richard Nixon (Fear and Loathing: On the Campaign Trail ’72) – il a donné voix et sens à l’effondrement des idéaux de la jeunesse des années 60. Son influence sur les générations suivantes d’écrivains et de journalistes est colossale. Héros littéraire, considéré par ses lecteurs à l’égal d’une rock star, mais de plus en plus retranché dans son ranch du Colorado – il a continué à bombarder inlassablement l’époque, les médias et ses nombreux correspondants de brûlots au style inouï, jusqu’à son suicide par revolver le 20 février 2005. Aujourd’hui, le ” mythe Hunter Thompson ” est l’objet d’adaptations au cinéma : Las Vegas Parano de Terry Gilliam, avec Johnny Depp, et bientôt The Rum Diary, toujours avec Johnny Depp. Une biographie de grande ampleur s’imposait, capable de faire la part entre l’homme, l’écrivain et le personnage. C’est le défi qu’a relevé William McKeen. Comme l’écrit Philippe Manœuvre dans sa préface : ” Le livre que vous allez lire est captivant, fascinant, bien documenté (y compris sur ce qui n’est pas sorti et n’a pas été écrit) et surtout relativement détaché. Pas facile de le rester en écrivant sur ce Hunter Thompson qui continue d’exercer une destructrice fascination sur sa descendance. “)

Gonzo Highway : Correspondance de Hunter S. Thompson

Présentation de l’éditeur (Hunter S. Thompson, roi de la controverse et inventeur du reportage ” gonzo “, laisse derrière lui cinquante ans de correspondance sauvage. Écrire aux grands de ce monde – Faulkner, Nixon, Joan Baez, Carter – comme à son entourage – créanciers, rédacteurs en chef, petites amies, dentistes – était pour lui une manière plus directe de se faire comprendre. Sa plume explosive transforme ses destinataires en ennemis potentiels et dévoile un esprit vif, halluciné, un sens inné de la moquerie et un goût démesuré pour l’excès. Gonzo Highway recueille quelque deux cents de ses missives. Un condensé féroce d’un demi-siècle de vie américaine.)

Hell’s Angels

Présentation de l’éditeur Un an de chevauchée sauvage aux côtés des Hell’s Angels. Un texte qui scandalisa l’Amérique et signa la naissance d’un talent.)/em>

Rhum express

Présentation de l’éditeur ([Dans le Porto Rico des années cinquante, la chronique grinçante et truculente des désillusions d’un jeune journaliste en quête de paradis.)]

Gonzo et pop journalism, vu de France

Le gonzo journalism n’est certainement pas passé inaperçu en France à l’époque. Je recommande à ceux que le thème intéresse le dernier livre de Philippe Garnier : Freelance, Gover Lewis à Rolling Stone, une vie dans les marges du journalisme.

L’auteur, qui écrivit longtemps à Libération, avant de se faire virer en 2009 (comme dernier vestige d’une époque révolue, quand Libération avaient encore une âme et que sa rédaction, pour le dire à la Thompson, avait des couilles ?), reconnait lui-même que son livre est singulier.

Philippe Garnier se raconte en effet lui-même presque autant qu’il ne raconte Grover Lewis, autre figure mythique du gonzo, même s’il est beaucoup moins connu en France que Hunter S. Thompson. Cette longue enquête de plus de 400 pages écrite à la première personne mêle des textes de Lewis (en VO et dans des traductions de Garnier), des entretiens avec ceux qui l’ont connus et qu’il a retrouvés, et un témoignage personnel de l’auteur, pour qui Lewis fut d’abord un mythe, dont les écrits lui parvenaient par les marins du port du Havre qui lui ramenaient des magazines d’Amérique, avant de devenir son mentor, et enfin son ami.

En Lewis, Garnier a découvert “une certaine idée du journalisme – ou plutôt de ce qu’il pouvait être pour certains d’entre nous – et j’ai joyeusement fonctionné sur ce principe, en parfaite inconscience, avant de réaliser qu’au lieu d’être la norme, mon maître-étalon était l’exception ; que ses façons de faire avaient voué Lewis sinon à la ruine, disons à une vie difficile ; et que mes sales manies étaient impraticables à peu près partout, sauf dans les deux publications qui m’employaient alors. Et même, devais-je en convenir plus tard, dans celle-ci aussi.”

Pour les plus jeunes, un mot tout de même sur la personnalité de Philippe Garnier lui-même, un mot qu’on laisse à Serge Kaganski, en présentation dans LesInrocks d’un très intéressant entretien avec Garnier :

“Pour situer l’impact de Lewis, il est ce type qui a suscité la vocation de Philippe Garnier, lui-même figure totémique de toute une génération de journalistes français. Il ne faut pas l’écrire trop fort, car Garnier récuse à son endroit le terme trop connoté et corporatiste de “journaliste”.”

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Pour ma part, vous l’aurez peut-être compris, un Thompson aura eu plus d’influence sur ma conception du journalisme que des Lewis ou des Bangs, mes propres références culturelles étant nettement moins tournées vers le cinéma et le rock américain que ne peuvent l’être celles de Garnier. La Mecque de ma jeunesse était plutôt quelque part entre Londres, Berlin… et Paris… B-) Je vous raconterai ça peut-être un autre jour, mais je peux vous mettre au moins sur deux pistes, sans quitter le sujet de ce billet : deux personnages du pop journalism “à la française”, Yves Adrien, l’auteur de NovöVision et les cobayes d’un nouveau siècle, l’emblème de ce blog ;-), et Alain Pacadis, noctambule alcoolique notoire qui écuma la vie parisienne entre la fin des années 70 et celle des années 80 et se qui se définissait lui même comme “reporter de l’underground” .

NovöVision

Un jeune Homme chic

Présentation de l’éditeur (Noctambule impénitent, Alain Pacadis, figure incontournable de Paris underground des seventies, mort tragiquement en 1986 après avoir livré pendant plus de dix ans à Libération, des articles devenus mythiques, dans sa chronique “White flash” devenue “Night -clubbing”. Son unique livre, le journal d’un homme chic, rédigé à partir de l’agenda dans lequel il notait tout, est le journal de l’année 1977 “année punk”, année jubilatoire. La réédition de ce livre culte, introuvable depuis vingt ans, est augmentée d’un cahier de photos inédites et de l’ensemble d’articles qu’il signa pour les très selects Façade et palace.)

Nightclubbing, chroniques et articles, 1973-1986

Présentation de l’éditeur (” Reporter de l’underground “, Alain Pacadis (1949-1986) écrivit pour le journal Libération de 1975 à 1986, mais aussi pour L’Écho des savanes, Playboy, Façade ou encore Gai Pied. À travers ses articles et chroniques, dont près de quatre cents sont réunis dans cette anthologie, revivent les mythiques années 70 et 80. Loin de réduire Alain Pacadis à son personnage de chroniqueur mondain déjanté, cette large sélection comprend des articles sur le cinéma, le rock, la drogue, le show-biz, la mode… Avec son mentor Yves Adrien, Pacadis fut le premier en France à couvrir dès 1975 la naissance du mouvement punk à New York, Londres et Paris. ” Le trip électrique, pensait-il, est la continuation logique de la révolte militante. ” Il fut aussi celui qui comprit, dès le milieu des années 70, que le ” grand soir ” était dorénavant celui de l’ouverture du Palace ou des Bains-Douches. Traités comme un douloureux journal intime, ses articles comportent aussi de longs entretiens avec Serge Gainsbourg, William Burroughs, Brion Gysin, Iggy Pop, Andy Warhol…
Au-delà de leur valeur historique, reste le spleen magnifique du style de ces chroniques qui n’ont plus aucun équivalent dans la presse d’aujourd’hui.
)

Adrien comme Pacadis sont, à mon sens, eux-aussi des héritiers du gonzo journalism, mais dans sa version cantonnée à l’underground culturel, à la musique et à la mode. Ils ont développé quoi qu’il en soit l’un et l’autre une écriture du journalisme très loin des canons enseignés dans les écoles professionnelles. Comme écrit l’éditeur de Pacadis pour la compilation parue en 2005 :

Au-delà de leur valeur historique, reste le spleen magnifique du style de ces chroniques qui n’ont plus aucun équivalent dans la presse d’aujourd’hui.

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Le new journalism, au-delà du pop et du gonzo

Je fais ici une distinction plus nette qu’il n’est habituel (et un peu artificielle, j’en conviens) entre le gonzo journalism et le new journalism, pour mettre en évidence ce que l’ensemble de cette “mouvance” a pu apporter au journalisme, et certaines filiations qui nous ramènent directement jusqu’aujourd’hui par un autre chemin que celui que nous venons de prendre avec les “rock critiques” : le new new journalism

J’ai déjà souligné – à travers Thompson, et La grande chasse au requin notamment – qu’on ne pouvait pas, à mon sens, réduire le gonzo journalism à une chronique déjantée et subjective de la contre-culture américaine, des hippies, du rock’n’roll et du LSD. Il s’agit bien d’une “autre manière” de faire du journalisme, qui peut s’appliquer à n’importe quel domaine, y compris la politique.

Si Thompson assume l’appellation de gonzo, Grover Lewis est plus réservé avec le terme (comme l’indique Garnier à Kaganski), et avec Tom Wolfe nous sommes confrontés à un petit problème. Si Acid Test, c’est selon moi indéniablement du gonzo (même si Garnier estime dans Les Inrocks que “Tom Wolfe écrit de l’extérieur, il n’est jamais dedans. Et il truque souvent.”), Wolfe s’est fait le théoricien d’un nouveau journalisme, dans lequel on peut ranger le gonzo, mais qui est une conception bien plus large que lui, et rassemble des auteurs moins “déjantés” que Wolfe ou Thompson, tels Norman Mailer ou Truman Capote.

Tom Wolfe et autres… : The New Journalism

Wikipédia :

Le terme fut utilisé pour la première fois par Tom Wolfe en 1973, dans une anthologie d’articles publiée sous le titre de The New Journalism et réunissant des articles de lui-même, mais aussi de Truman Capote, Hunter S. Thompson, Norman Mailer, Robert Christgau, Barbara Goldsmith, Herbert R. Lottman, et d’autres encore.

Truman Capote : De sang froid

Un fait divers sanglant et sauvage traité par Truman Capote comme un “roman de non-fiction” , rédigé au plus près des faits après des mois d’enquête sur le terrain (entretiens avec les témoins, les enquêteurs et même avec les assassins, étude des rapports de police, etc.). Paru en 1966.

Norman Mailer : Les Armées de la nuit

Un “auto-reportage” raconté presque en direct par l’auteur de sa participation à la marche du 21 octobre 1967 qui rassembla des dizaines de milliers de manifestants devant le Pentagone pour protester contre la guerre du Vietnam.

Norman Mailer : Bivouac sur la Lune

Prolongement littéraire et très touffu de la couverture par Norman Mailer du vol d’Appolo 11 vers la Lune pour le compte du magazine Life. Il y mêle l’évocation d’autres faits marquant de l’année 1969 (Woodstock, l’assassinat de Sharon Tate…), son propre divorce et des considérations sur les apports de la science moderne à l’humanité.

La définition des caractéristiques du nouveau journalisme de Tom Wolfe par les rédacteurs de Wikipédia est bien faite, je m’empresse de la reproduire ici avant que quelqu’un ne s’avise de la modifier là-bas. :o)

Wolfe identifie quatre caractéristiques principales empruntées par les “nouveaux journalistes” à la littérature de fiction :

– Préférer autant que possible la mise en scène à la narration historique ;
– Transcrire les dialogues en entier (sous forme de conversation plutôt que de citations) ;
– Adopter la première personne (comme le point de vue d’un personnage) ;
– Utiliser les détails quotidiens (pour mieux décrire la vie du personnage).

En dépit de ces éléments, le Nouveau journalisme n’est pas de la fiction. Il demeure en effet un travail de reportage en se tenant à des faits, et l’auteur est la source principale. Pour adopter le point de vue d’un personnage, le journaliste demande directement à celui-ci quelles furent ses pensées ou ses impressions.

De telles caractéristiques étaient particulièrement novatrices dans le monde du journalisme américain des années 1960, et le demeurent partiellement. Elles sont cependant plus profondément ancrées dans d’autres presses nationales, et rappellent notamment les reportages d’Albert Londres, publiés sous une forme très narrative, comme Au bagne ou Terre d’ébène.

Il est juste de relever que cette “invention d’un journalisme littéraire” aux Etats-Unis dans les années 1960 fait plutôt figure en effet de “réinvention” aux yeux d’un européen (qu’on pense à Albert Londres en effet, mais aussi à Joseph Kessel ou George Orwell, et à tant d’autres… et on peut même remonter plus loin encore jusqu’à Emile Zola). Je m’arrête ici sur la signification de cette rupture du “new journalism” dans l’histoire du journalisme américain et sur la vision qu’on peut avoir de celui-ci de ce côté de l’Atlantique.

La mythologie du journalisme “à l’américaine”

Le chercheur Denis Ruellan, dans Le journalisme ou le professionnalisme du flou, consacre un chapitre très intéressant au reportage présenté par certains comme “aux origines du journalisme” (chap IV). Un genre littéraire du reportage qui est pourtant né bien avant avant le journalisme… Denis Ruellan hésite à remonter jusqu’aux Commentaires sur la Guerre des Gaules, de Jules César, mais pourquoi ne pas remonter quelques siècles encore plus tôt, avec l’Anabase de Xénophon ?

Pour revenir plus prés de nous, une certaine vision du journalisme fait remonter la naissance du “journalisme moderne” à l’émergence du reportage comme forme journalistique par excellence, comme forme qui est spécifique au journalisme et le distingue de la fiction comme du témoignage, par l’application de méthodes codifiées permettant d’accéder à l’objectivité et fondant le professionnalisme des journalistes.

Ce journalisme objectif/journalisme moderne, illustration d’une profession arrivée à “maturité”, serait ainsi né “spontanément” aux Etats-Unis, dans la seconde moitié du XIXe siècle, avant de gagner, avec retard, une Europe qui y serait toujours restée plus ou moins rétive (Francis Balle). (On retrouve-là un discours libéral bien connu par ailleurs sur l’archaïsme d’une Europe engluée dans ses traditions face à la modernité qui nous vient comme toujours d’Outre-Atlantique (mais d’où pourrait-elle nous “venir” d’autre ?).)

Denis Ruellan relève bien que loin d’être spontanée cette mise en place de “normes techniques” du “journalisme professionnel” et “objectif” (les fameux paradigmes des “cinq W” (who, what, when, where, why), de la construction en “pyramide inversée”…) a servi “à légitimer le rôle de protectrice de l’“intérêt public” affranchie des tutelles partisanes que la presse commerciale souhait se donner pour étendre son marché, dès la moitié du XIXe siècle” aux Etats-Unis Schiller D., “An Historical Approach to Objectivity and Professionnalism in America News Reporting”, Journal of Communication, Automun 1979.)

Bref, il s’est agissait surtout de promouvoir un argument de vente, l’affirmation de l’objectivité et du professionnalisme relevant d’une nécessité moins éthique ou politique (qui aurait été mise en avant par les journalistes, dans le souci de bien faire) que délibérément commerciale (clairement imposée par les patrons de presse, dans le souci de conquérir des marchés) ! (On est parfaitement en droit de voir ici une autre illustration de la propension bien connue des journalistes à toujours se donner le beau rôle dans l’édification par leurs soins de leur propre mythologie professionnelle : il est en effet plus valorisant de présenter cette grande marche vers le journalisme objectif comme un combat porté par les journalistes eux-mêmes au nom de la démocratie, plutôt que comme un truc markéting inventé par le service commercial et imposé par leur propre patron. La réalité est ici aussi que, loin d’être des héros des temps modernes, les journalistes font bien comme tout le monde. Ils font ce que demandent leurs patrons et cherchent à conserver la situation qui leur permet de nourrir leur famille.)

“On pourrait citer quantité de contre-exemples à cette vision par trop manichéenne – et simpliste – qui prétend tracer une rupture historique entre deux époques de la presse : celle d’avant l’invention nord-américaine où la dissociation des faits et des commentaires était inexistante et l’indépendance par rapport aux sources une vue de l’esprit, et celle d’un après sanctifié par des techniques salvatrice.”

Cette “rupture” est donc tout sauf aussi nette qu’on le dit : les débats sur l’indépendance des nouvellistes et gazetiers vis à vis de leurs sources et du Pouvoir, ou sur l’utilité de privilégier, ou pas, le rapport brut des faits sur leur interprétation, sur ce qui permet de les rendre intelligibles, est aussi vieux… que les premières gazettes. Ces questions préoccupaient déjà Théophraste Renaudot en 1631, et n’ont jamais quitté depuis le devant de la scène… européenne, rappelle Denis Ruellan !

Quoi qu’il en soit, cette mythologie de la rupture historique qu’à constitué la naissance (américaine) du “journalisme objectif et professionnel” (“chien de garde de la démocratie” et tout le toutim…) est aujourd’hui bien installée (dans l’esprit du public comme chez bien des journalistes eux-mêmes), au point de devenir un lieu commun. Dans ce cadre en tout cas, on comprend que l’irruption du “new journalism” des années 1960 avait de quoi faire l’effet d’une bombe et constituait – cette-fois – une véritable rupture, au moins avec la mythologie du journalisme.

Par la littérature, une autre vérité des faits

Le “new journalism” signifiait non seulement qu’il pouvait exister une autre vérité des faits et des situations que dans la recherche de l’objectivité journalistique et dans l’application des normes techniques codifiées de la profession, mais il se portait aussi candidat à être un meilleur vecteur d’émancipation individuelle, que ce soit dans la contre-culture des gonzos ou dans le militantisme civique et “gauchiste” d’un Mailer.

Ce qu’empêche aussi de voir cette mythologie du journalisme objectif “à l’américaine” (et la vulgate libérale qui fait sa promotion), c’est que d’autres voies du journalisme, des traditions non américaines du reportage comme écriture du réel, existaient ailleurs et ne se révèlent pas moins pertinentes, et peut-être même plus puissantes dans leur capacité à se faire instrument de la démocratie, d’émancipation du peuple par l’éducation populaire. Ce “reportage à la française” (selon l’expression de Denis Ruellan) s’est développé à la croisée et sous l’influence d’un mouvement littéraire français du XIXe siècle, le naturalisme dont Emile Zola fut le fer de lance, et des premiers développement de la sociologie (Auguste Comte, Emile Durkheim…).
“Ainsi les naturalistes ont livré les recettes d’une littérature accessible et attrayante : ils ne se sont pas contentés de populariser des causes sociales, ils ont indiqué comment en socialiser la révélation ; ils ont dit comment l’écriture, à condition d’être organisée selon des principes – une méthode -pouvait saisir et transmettre une représentation du réel. En se répandant dans les journaux qui bientôt les ont imités, ils ont donné l’impulsion à une nouvelle pratique du journalisme qui fut appelée généralement reportage (et parfois enquête), et qui, bientôt, devait leur échapper, et les oublier.”

Cette méthode d’écriture du réel, de reportage et d’enquête, ce n’est pas celle des “5 W” et de la “pyramide inversée”, elle vient de Germinal, de L’Assommoir et de La Bête humaine… Et l’on est en droit d’y voir aussi un excellent instrument de compréhension du monde.

“Depuis le naturalisme, le reportage à la française n’est pas une simple collection de faits enfilés comme des perles. Contrairement au reportage à l’américaine (ou plutôt sa caricature), il n’est pas l’un des derniers avatars d’une version positiviste du monde, croyant trouver dans on ne sait quelle dévotion aux faits une compréhension définitive de la complexité. C’est au contraire une oeuvre de création que l’auteur marque de sa présence, dans laquelle la subjectivité est une donnée de base du processus productif, incontournable et incontournée.”

C’est en toute lettre le programme retrouvé, un siècle auparavant, du new journalism américain !

Et revoilà le journaliste-auteur contre le journaliste-technicien, bientôt lui-même remplacé par des machines (des machines qui devraient aussi être considérées comme des “chiens de garde de la démocratie” ?)…

L’éternel retour du nouveau journalisme

C’est l’écrivain américain Robert S. Boynton qui propose (dans un livre non traduit en français à ma connaissance) de désigner aujourd’hui sous le terme de “new new journalism” toute une nouvelle génération d’auteurs américains qui reprennent le flambeau de ce journalisme littéraire hérité de la génération précédente, qui assume souvent sa subjectivité, procède beaucoup par immersion sur le terrain, dans le cadre d’enquêtes au long cours (durant parfois plusieurs années), avec une nette préoccupation pour les questions sociales, traduisant pour certains une forme d’engagement politique… et qui rencontrent, c’est à souligner, d’énormes succès de librairies aujourd’hui aux Etats-Unis. Certains de ces livres-enquête se sont vendu à plusieurs millions d’exemplaires !

Robert S. Boynton recense une vingtaine de journalistes-auteurs américains à succès sous cette appellation de new new journalism, mais reconnait qu’ils ne forment pas à proprement parler une école, certains d’entre eux ne s’étant même jamais rencontrés.

D’après mes recherches, la grande majorité d’entre eux n’a pas été traduite en français, et les oeuvres de ceux qui l’ont été sont plutôt difficiles à se procurer aujourd’hui en librairie. Parmi la douzaine de titres que j’ai demandés à un grand libraire parisien, il n’a pu m’en proposer que cinq, de trois auteurs différents. Les autres sont épuisés ou disponibles uniquement sur commande auprès de l’éditeur français. Sur les cinq, j’en ai lu (ou avais déjà lu) trois, et j’en ai commencé le quatrième…

Pour les autres, je ne vous dirai donc pas grand chose de Jonathan Harr, dont l’enquête est parue en français sous le titre “Préjudice”

Quatrième de couverture :

Woburn, dans l’État du Massachusetts, au début des années 70 : une bourgade comme il en existe tant aux États-Unis, sans problèmes, si ce n’est cette histoire d’eau courante qui sent mauvais et brûle les yeux et la peau. Quand des enfants commencent à succomber à des leucémies foudroyantes, les familles se tournent d’abord vers les médecins, puis, quand il s’avère que la pollution industrielle est à l’origine des maladies, vers un avocat flamboyant, amateur de voitures de luxe, ambitieux mais sans grande expérience, nommé Jan Schlichtmann.

Préjudice est l’histoire vraie de ce combat de dix ans opposant deux des plus grands groupes industriels américains à quelques familles sans ressources représentées par le plus improbable des héros, un avocat qui rêvait de gagner des millions et qui finira par perdre pratiquement tout.
Préjudice est le récit d’un procès au cours duquel on verra le pouvoir et l’argent s’efforcer de barrer la route à la justice. C’est aussi la démonstration que, face à l’adversité, un homme seul peut faire la différence.

Dans la lignée de Truman Capote et Norman Mailer, dans la grande tradition du “roman vrai” à l’américaine, Préjudice est un livre-choc, bouleversant, dont la lecture ne laissera personne indifférent.

Le film adapté de Préjudice, produit par Robert Redford, avec John Travolta et Robert Duvall dans les rôles principaux, sortira en France en avril 1999.), de Jane Kramer (“Européens”), de Adrian Nicole LeBlanc (“Les enfants du Bronx : Dans l’intimité d’une famille portoricaine” (Présentation de l’éditeur :

Adrian Nicole LeBlanc n’a que 25 ans lorsque son journal lui demande de couvrir le procès d’un certain Boy George. Portoricain, tout juste 18 ans, ce dealer gagnait avant son arrestation plus d’un million de dollars par semaine grâce au commerce d’Obsession, l’héroïne qu’il a lancée sur le marché.

Fascinée par le contexte qui a permis une telle envolée, la reporter s’immerge dans le Bronx où Boy George a grandi. Elle rencontre Jessica, la petite amie du dealer, puis Coco, la belle-sœur de Jessica, des filles débordantes de vie avec lesquelles elle se lie très vite d’amitié. En devenant l’une des leurs, Adrian Nicole LeBlanc découvre la réalité du ghetto portoricain. Depuis l’âge d’or où l’argent de la drogue coule à flots jusqu’aux années de galères marquées par les visites en prison, elle raconte comment Jessica et Coco essaient, en dépit de la violence et de la pauvreté, d’élever leurs enfants et de garder la tête haute.

A travers le destin croisé de ces deux femmes, sur fond de sexe, de drogue et de musique latino, Adrian Nicole LeBlanc nous livre une chronique inédite, celle de la vie d’une famille avec laquelle elle a passé douze ans dans le Bronx. Bouleversant, sans concession, Les Enfants du Bronx est un reportage, mais aussi une immense saga familiale.

Biographie de l’auteur :

Née en 1964, Adrian Nicole LeBlanc a grandi dans le Massachusetts. Entre un père syndicaliste et une mère militant pour la réinsertion des drogués, elle est sensibilisée très tôt aux questions sociales. Après des études de lettres et de droit, elle devient journaliste. Grand reporter, elle a toujours été proche des marginaux et des laissés-pour-compte de l’autre Amérique. Salué dès sa sortie comme un chef-d’œuvre, souvent comparé aux travaux d’Oscar Lewis, Les Enfants du Bronx est un livre inoubliable, comme ses personnages.) ), de Richard Preston (“Virus” et “Les nouveaux fléaux : Ces virus qui nous menacent” (Quatrième de couverture :

Richard Preston, auteur du célèbre best-seller Virus, que Stephen King a qualifié d’ « une des choses les plus terrifiantes qu’il ait jamais lues de toute sa vie », nous emmène au coeur de I’USAMRIID, le laboratoire de défense contreles risques biologiques le plus important des Etats-Unis, responsable de la lutte contre les armes bactériologiques et le bio-terrorisme. On y découvre que les Etats-Unis et l’URSS, en pleine guerre froide, avaient conclu à un confinement du virus de la variole dans leurs deux seuls pays. Bien avant la menace terroriste, on avait enfermé ce redoutable virus dans un congélateur et on le déplaçait sans cesse sous de fausses étiquettes, jusqu’au jour où un chercheur, à la suite d’une erreur de manipulation, contamina une employée et, désespéré, se suicida…

Aujourd’hui, l’humanité est menacée par l’existence de virus non identifiés dont l’apparition serait mortelle. Avec un talent de conteur digne d’un Thomas Harris, Richard Preston mène l’enquête sur un danger présent et bien réel, celui des maladies infectieuses qui se propagent à une vitesse foudroyante et qui sont déjà à notre porte.

Richard Preston, journaliste scientifique réputé, est l’auteur de Virus (Plon, 1995) et de L’Affaire Cobra (Plon, 1999), qui ont été en tête des listes de best-sellers du New York Times. Il écrit pour le magazine The New Yorker. Un astéroïde porte son nom. Il vit près de New York. « Ce livre est déconseillé aux personnes cardiaques, nerveuses ou justes désireuses de dormir paisiblement. » The Washington Post)), de Susan Orlean : “Le Voleur d’orchidées”

Présentation de l’éditeur :

En 1994, John Laroche et trois Indiens séminoles comparaissent devant un tribunal de Floride pour répondre d’une accusation singulière : vol d’orchidées rares dans les marais du Fakahatchee. Ce fait divers constitue le point de départ d’une passionnante enquête menée par la journaliste Susan Orlean dans les marécages de Floride à la recherche de l’Orchidée fantôme, mais aussi dans l’univers ahurissant des fous d’orchidées, prêts à tout pour une fleur. Par-delà ” l’orchidélire “, l’enquête nous restitue le tableau vivant de la passion elle-même, lorsque celle-ci devient obsession.

ou encore de Lauwrence Wright : “La guerre cachée : Al-Qaïda et les origines du terrorisme islamiste”

Présentation de l’éditeur :

Couronnée par le prix Pulitzer 2007, voici l’enquête la plus approfondie écrite à ce jour sur l’histoire du terrorisme islamiste. Sait-on que la naissance du fondamentalisme islamiste est tout autant liée à la création d’Israël en 1948 qu’au séjour malheureux aux Etats-Unis,
la même année, d’un certain Sayyid Qutb ? Que le nom d’Oussama Ben Loden a émergé pour la première fois dans les fichiers de la CIA en 1993 ? Que dans les camps d’entraînement terroristes, on a beau haïr les Etats-Unis, on se délecte quotidiennement des films de Schwarzenegger ? Que les organisateurs du 11 Septembre avaient presque renoncé à leur projet après s’être rendu compte qu’ils manquaient de soldats capables de se faire passer pour des musulmans occidentalisés ? Que la CIA connaissait de longue date la présence des pirates de l’air sur le sol américain ? La Guerre cachée est un livre d’histoire terrible et qui se lit comme un roman.

Lawrence Wright nous captive en nous livrant dans ce récit minutieux, et par moments émouvant, le résultat brûlant de cinq années d’investigation et de centaines d’entretiens réalisés en Egypte, Arabie Saoudite, Pakistan, Afghanistan, Soudan, Royaume-Uni, France, Allemagne, Espagne et Etats-Unis… L’articulation dramatique des événements et la personnalité des acteurs apparaissent ici avec une réalité saisissante. Et l’on comprend les nuances et les enjeux d’un conflit dont on parle beaucoup sans le connaître vraiment. Un conflit dont l’existence continue de menacer l’équilibre de la planète.

Biographie de l’auteur :

Lawrence Wright, journaliste au réputé New Yorker, a commencé sa carrière comme enseignant en Egypte. Traduit ou en cours de traduction dans quatorze pays, La Guerre cachée est resté longtemps en tête des listes des meilleures ventes aux Etats-Unis avec plus de 200 000 exemplaires vendus.) )…

Jon Krakauer : Into The Wild

Je peux vous parler un peu de Jon Krakauer en revanche, que m’a fait connaître Thierry Crouzet.

Le formidable livre-enquête de Jon Krakauer a été adapté au cinéma par Sean Penn (sous le même titre), mais il ne faut en aucun cas se fier au film pour apprécier l’originalité du travail journalistique (et authentiquement littéraire, voire philosophique) de l’auteur du livre.

Le livre de Krakauer est une enquête biographique méticuleuse qui retrace – d’après les traces qu’il a laissées derrière lui – les dernières années de la vie du jeune américain Christopher McCandless, et son étrange voyage/errance à travers les États-Unis, inspiré de ses lectures romanesques de Tolstoï ou Thoreau. Ce parcours le conduit “toujours plus loin. Toujours plus au nord. Toujours plus seul”, jusqu’à mourir de froid dans un désert glacé d’Alaska où il s’était replié dans une sorte de quête mystique de sa propre vérité intérieure.

Mais c’est une enquête racontée par Krakauer à la première personne, sur les pas de son “sujet”, n’hésitant pas à puiser dans sa propre expérience pour tenter de cerner les motivations qui ont conduit le jeune aventurier vers une mort qui semblait “raisonnablement” certaine pour tout bon connaisseur de la montagne (ce qui est le cas de Krakauer). Il semble pourtant que l’on ne puisse pas vraiment parler d’un suicide. C’est autre chose, si l’on suit l’interprétation que suggère Krakauer. Une quête, qui peut – éventuellement – conduire à la mort, mais elle n’en est pas le but.

McCandless devient au fil de cette enquête un personnage de plus en plus mystérieux, au sujet duquel on restera sur une interrogation définitivement sans réponse : mystique ou pathétique ? Illuminé ou inconscient ? Habité ou perdu ? L’épaisseur de cette interrogation, que Krakauer parvient à restituer subtilement, en vient à faire de McCandless une sorte de symbole de sa génération et permet de comprendre pourquoi ce garçon est devenu une sorte de héros dont on ne sait choisir s’il est sublime ou pitoyable. Un livre culte, quoi qu’il en soit…

Il ne reste de cela dans l’adaptation de Sean Penn que l’histoire de McCandless, sans l’arrière fond du journaliste qui enquête à son sujet et qui raconte son enquête en même temps qu’il la conduit, tout en laissant deviner peu à peu à travers les éléments livrés de son expérience personnelle ce qui l’a motivé à mener ce travail et en quoi il entre en résonance avec sa propre histoire personnelle. En faisant disparaitre le journaliste de l’histoire, Sean Penn fait, à mon sens, basculer le film dans la fiction. Il y trouve un élan mystique indéniable, (“tragique et lumineux“, dit l’éditeur français), mais perd toute la force de la vérité que Krakauer est parvenu à restituer dans son récit.

Jon Krakauer : Into Thin Air

Pas encore lu celui-là, même s’il est sur ma table de chevet depuis un moment, sur les bon conseils de Thierry. Il y en a même un troisième à venir déjà là, formant La trilogie de Jon Krakauer (se reporter au blog de Thierry, qui a un peu d’avance sur moi sur ce coup… B-) ).

William Langewiesche : La conduite de la guerre

Les éditions Allia proposent-là une belle édition (super pas cher : moins de 3€ !, pour un petit livre très bien édité), de l’enquête minutieuse de William Langewiesche publiée par le magazine américain Vanity Fair en avril 2006. Le sujet est d’une actualité brûlante aujourd’hui, puisque le procès pour meurtres (il pourrait bien s’agir en réalité de crimes de guerre, selon les normes internationales) mettant en cause des soldats américains de la “compagnie Kilo” en Irak, dans le véritable massacre de 24 civils irakiens, dont des femmes et des enfants, dans la ville d’Haditha, le 19 novembre 2005, se tient ces jours-ci aux États-Unis (AFP, via Le Figaro, 26/03/2010).

On verra bien si le procès en cours confirme l’enquête de William Langewiesche et sa reconstitution précise des faits d’après les éléments qu’il a recueillis sur place, en Irak et aux États-Unis, auprès des témoins. Je ne m’attarde ici que sur la démarche littéraire du journaliste (même s’il faut probablement tenir compte de ce que son reportage n’est pas tout à fait pour rien dans le procès en cours, aujourd’hui aux États-unis, sur cette affaire).

On ne retrouve pas ici tout à fait la même démarche que celle de Jon Krakauer, sur le plan du style de narration. William Langewiesche est moins impliqué personnellement dans le récit de son enquête. Il est pourtant bien là, et il lui arrive de dire “je”, mais il tente, autant qu’il lui est possible, de s’effacer derrière les faits. Ça le conduit à une forme de narration qu’on peut qualifier de “reconstitution”. Il raconte des scènes dont il n’a pourtant pas été le témoin, mais qu’il reconstitue d’après les témoignages qu’il a recueillis.

Son style est donc délibérément littéraire. Il ne dit pas “selon untel les choses se sont passées comme ça”, “ce qui contredit tel autre témoignage”. Il a passé tous ces témoignages recueillis au crible de son enquête journalistique, et il les restitue sous la forme d’un récit, en reconnaissant que certains passages relèvent du plausible ou du probable, et que c’est le tribunal qui devra trancher et non lui. Pour le moment, il semble qu’il ne se soit pas vraiment trompé…

William Langewiesche : Atomic Bazaar

Je commence à peine ma lecture, mais je suis déjà émoustillé par les premières pages. Une histoire de la prolifération nucléaire (pas l’énergie nucléaire, mais bien l’arme atomique) ces dernières années dans le monde. Je vous tiens au courant…

Eric Schlosser : Les empereurs du Fast-Food : Le cauchemar d’un système tentaculaire

Juste feuilleté chez le libraire, cette enquête dense sur l’industrie de la mal-bouffe se présente de manière plutôt classique. Avec deux autres enquêtes, sur l’économie souterraine et les prisons, Eric Schlosser ambitionne, selon Robert S. Boynton, d’écrire “une histoire alternative des Etats-Unis”, qui “sape l’optimisme de l’âge du capitalisme consumériste.”

Retour en France : Florence Aubenas et George Orwell…

Ce billet aura finalement – ce qui n’était pas prévu – une quatrième partie, car j’ai un peu de peine à aborder maintenant ce point où je voulais en venir maintenant.

J’ai envie de vous parle du dernier livre de Florent Aubenas, “Le quai de Ouiestreham”, que j’ai apprécié :

Et du parrallèle que certains sont tentés de faire avec la démarche de George Orwell, dans Le quai de Wigan :

J’y reviens, dès que possible, dans un épisode “3/3 bis”. Ainsi vont les blogs… :-))

3 Comments

  1. Cet article nostalgique des années 70 révèle votre portrait. Amusant de voir que vous regardez vars le passé sans voir sous vos yeux la revue XXI qui avec plus de 40000 ex à 15€ sans pub rencontre un engouement étonnant. Mais cela ne se passait pas hier et ce n’est pas sur le net, donc cela n’existe pas pour vous…

  2. @ JMC

    Je vous trouve : 1. Injuste ; 2. Trop rapide ou impatient.

    – • Passéisme ? L’idée illustrée dans ce billet, c’est précisément que le journalisme littéraire est bien vivant aujourd’hui, même s’il a des racines dans le passé. Tous les derniers livres cités sont justement récents, parus ces dernières années : Krakauer, Langewiesche…

    – • “si ce n’est pas sur le net, cela n’existe pas” : mais je ne parle ici que de livres ! qui ne sont pas sur internet, même les récents !!

    – • Quant à XXI (dont j’ai déjà dit beaucoup de bien plusieurs fois ici, soit dit en passant), et au journalisme littéraire en France : attendez donc que j’y vienne.

  3. Petit bonjour en passant pour te dire que moi aussi j’ai “le dernier testament Gonzo”, que je plains les gens qui ne connaissent Thompson que par l’horrible film sans intérêt “Las Vegas…” , que la biographie “Gonzo highway”, sorte de collected papers, n’est pas fabuleuse hormis quelques passages, et qu’il est vrai que la nouvelle biographie “Outlaw …” à l’air tentante.

    Dans “la grande chasse au requin” on voit notre ami, 1 an après avoir publié son “Las Vegas parano”, couvrir le Watergate en 1973 : un pur délice de situation. Ce gars là publiait des choses totalement délirantes et en même temps partageait l’avion privé d’un Kennedy, la limousine d’un Nixon ou la résidence de Gouverneur de Jimmy Carter…Et avait ses entrées à la Maison Blanche car il était accrédité !

    J’ai adoré aussi ces passages complétement paranos ou, chaque fois qu’il écrivait quelque chose de sensible sur un politique ou un patron de syndicat local, il prenait bien la peine de se couvrir en décrivant ses nombreuses relations avec le gratin de la presse de Washington ou des stars comme Warren Beatty…

    Et son sens de la formule ou de la citation d’auteurs totalement décalés : Sitting Bull ou le Colonel Kurt : “Massa Nixon, lui mo’t”

    j’ai lu 10 fois d’affilées “las vegas …” , j’en pleurais de rire à chaque fois. Ce truc là est du talent brut.

    Merci à Monsieur Hunter Thompson pour ce que vous avez fait à des gens de mon espèce : du bien !

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