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Le journalisme peau de chagrin : fin des professionnels, retour aux sources

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Ce sont juste deux chiffres piochés, à de très bonnes sources ;-), au cours de mes lectures sur le web. Il suffit de les rapprocher pour faire émerger une image de l’avenir du journalisme qui me semble très parlante. Celle… d’une peau de chagrin.

• Ce premier chiffre est tiré de l’excellent blog Espritblog. Anne Claire Poirier, étudiante à l’IEP de Rennes, interroge Nicolas Enault, responsable de la plateforme du Monde.fr : Le Monde.fr : « Pas de compétition entre blogueurs et journalistes ».

Le site lemonde.fr accueille 7500 blogs d’abonnés et 45 blogs d’invités. Selon Nicolas Enault :

(Les blogueurs) représentent à eux seuls, environ 13% du trafic quotidien sur le site et c’est un chiffre en constante augmentation.

• Le second chiffre est tiré du non moins excellent blog de Benoît Raphaël, rédacteur en chef de lepost, Demain tous journalistes ? (Je note d’ailleurs que le titre du live-blog en anglais de Benoît traduit une certaine évolution de sa réflexion par rapport au titre, désormais “historique” puisqu’il remonte à 2006, de son blog en français : Tomorrow, no print no journalists ? 🙂 ) Je pique ce chiffre au détour d’un billet, par ailleurs passionnant, une tentative louable, mais que je ne peux m’empêcher de trouver un peu vaine, de penser la réorganisation complète d’une grande rédaction de 100 journalistes qui publierait à la fois sur le web et le papier : Révolutionner la presse: la “Google Newsroom”.

Au Monde.fr, les articles des journalistes papier font 30% de la production, mais moins de 15% du trafic.

Dans ces deux chiffres, il y a vraiment de quoi inciter à la panique la totalité de la corporation des journalistes traditionnels… On peut en faire plusieurs lectures, mais toutes conduisent à l’inexorable conclusion que le domaine du journalisme professionnel n’est certainement pas dans une phase d’extension par la grâce du web, mais qu’il est plutôt sur son déclin, refermant une page d’histoire qui n’était d’ailleurs pas si ancienne que ça…

Sur le site du monde.fr, les blogueurs créent autant de trafic que les journalistes de la rédaction papier !

Nicolas Enault aura beau dire dire qu’il n’y a « pas de compétition entre blogueurs et journalistes » sur son site, on peut se demander si sa remarque ne relève pas de l’exorcisme plutôt qu’autre chose !

La rédaction du quotidien Le Monde (340 journalistes avant la réduction drastique des effectifs engagée en 2008, conduisant à supprimer 90 postes, soit le quart de la rédaction. cf. Presse écrite : la grande crise a commencé), fait à peine mieux (moins de 15%) que les 7500 blogueurs hébergés par le site (13%) ! Il y a de quoi se poser des questions sur les véritables attentes des lecteurs…

Sur le site du monde.fr, la rédaction web créé cinq fois plus de trafic que la rédaction papier !

Retranchons du total du trafic du site, la part correspondant à la rédaction papier (15%) et celle des blogueurs (13%), il reste 72% correspondant à la part de la rédaction web du site (contenus propres et traitement des dépêches d’agences de presse) (J’aimerais bien connaitre, d’ailleurs, la part de ces dépêches d’agences, brutes ou réécrites, dans le total du trafic du site, comme de celui des autres sites de médias (cf. Information en ligne : le règne du canon à dépêches).).

Tout ça, donc, avec 7500 blogueurs, dont la plupart fournissent leur contenu gratuitement (et même ils payent pour ça ! puisqu’il faut être abonné pour ouvrir un blog sur la plateforme. Sauf les blogueurs invités, dont certains semblent d’ailleurs rémunérés, bien que je ne trouve nulle part d’information rendue publique sur ce point : qui ? à quel tarif ? sous quel statut ?) ; et avec une rédaction-web de moins de 50 journalistes, pour la plupart d’entre eux en début de carrière et donc avec des salaires… de début de carrière, face à plus de 200 journalistes, côté papier, de vieux briscards de la rédaction “de référence” du journalisme français (qui ne sont certainement pas payés au même prix)… J’imagine que l’on a fait ce petit calcul bien avant moi… à la direction du groupe Le Monde !

La production des journalistes papier intéresse beaucoup moins les internautes que le reste des contenus du site !

Il y a de quoi paniquer de ce côté-là aussi pour la rédaction papier, et pour tout le journalisme traditionnel qui ne cesse de mettre en avant la fameuse valeur ajoutée qu’il apporte au traitement de l’information… 30% de la production du site, pour 15% du trafic ! L’internaute du site lemonde.fr ne semble pas trouver la valeur ajoutée qu’il vient chercher sur ce site exactement là où la placent les journalistes traditionnels. Il y a de quoi s’interroger sur ce point tout autant que sur le reste…

Pathétique et douloureux

Les journalistes de la rédaction papier du Monde menaçaient en novembre dernier de “faire la grève des contenus pour LeMonde.fr” (cf. Rue89). J’imagine que cette menace a dû faire sourire plutôt qu’autre chose la direction du Monde. J’ai bien peur qu’elle ne témoigne, surtout, des illusions que se font les journalistes du Monde papier sur eux-mêmes et sur leur utilité, même pour le site de leur propre journal…

Des journalistes qui menacent de faire la grève du Web quand leur problème est que le Web est plutôt en train de faire la grève d’eux, je vois là-dedans quelque chose de pathétique qui m’est même douloureux…

Évacuer les faux débats

Parmi les multiples lectures que l’on peut faire de ces chiffres, on peut dire aussi que c’est une manière de balayer les faux-débats derrière lesquels se retranchent aujourd’hui les journalistes professionnels pour défendre leur profession.

Donc non, définitivement non, l’enjeu n’est pas celui d’un “transfert” sur le web des activités traditionnelles des journalistes du papier. Ce n’est pas ça que les internautes viennent chercher en ligne, même sur un site qui porte pourtant la marque Le Monde. Il convient d’ailleurs de se demander quelle est au juste la “valeur” de cette marque pour les internautes qui viennent sur ce site, puisque ça ne semble pas exactement pour y retrouver ce qu’il y a sur les éditions papier du journal.

Pas plus que l’enjeu n’est celui d’une soi-disant “culture de la gratuité” sur internet, qui empêcherait de financer l’information à son juste coût de production. Quel est en effet le coût de production réel de ces contenus du monde.fr qui draînent 85% du trafic du site et sont produits par une petite rédaction web, des agences de presse et des cohortes de blogueurs hébergés ?

Face à ces chiffres, les journalistes traditionnels feraient mieux, à mon avis, de s’interroger sur la valeur réelle de ce qu’ils produisent et les attentes réelles des internautes. Car ces chiffres ont le très grand intérêt de mettre en parallèle, sur un même site, sous une même marque !, une production traditionnelle de journalistes, une production de “néo-journalistes” du web (les fameux “forçats de l’info”) et la production de blogueurs hébergés. Ce sont, réunies là, de vraies conditions de laboratoire… pour apprécier le comportement des petites souris blanches que sont les internautes quand ils ont le choix de ce qu’ils veulent lire…

Des rédactions mutantes ?

La solution est-elle alors, comme y réfléchit Benoît Raphaël dans son billet, dans une restructuration de fond en comble de l’organisation de la rédaction du journal, redéfinissant en profondeur les contenus et les tâches de chacun, redistribuant les différentes fonctions contribuant à une chaîne de production de l’information dont l’édition papier n’est désormais plus le centre et dont les journalistes professionnels ne sont plus les seuls contributeurs ?

Benoît Raphaël a le grand mérite de prendre, à mon avis, le problème dans le bon sens : ne pas “transférer”, mais reconstruire. Sauf que : combien de journalistes professionnels sont réellement nécessaire pour faire fonctionner son schéma de nouvelle Google rédaction ? Des centaines, ou seulement des dizaines ? Tout ça conduit à une soustraction d’un quart de la rédaction du Monde comme le prévoit la saignée de 2008, ou bien à une division par deux, par trois… ou par cinq ?

Jusqu’à quelle “profondeur” dans la restructuration doit-on aller pour retrouver un seuil de rentabilité ? Jusqu’à la “news factory généralisée”, le journalisme low cost à tous les étages ?

Et pour combien de ces rédactions mutantes y a-t-il une place viable sur le marché ?

Journalisme professionnel, la fin d’une parenthèse

Plus on cherche en ligne un avenir au journalisme professionnel, moins on en trouve, en tout cas pour de moins en moins de journalistes. Et à mon avis, c’est tout simplement que sur internet (et internet devient peu à peu l’épicentre de l’information pour une partie grandissante de la population), une large partie des tâches qui étaient autrefois celles des journalistes professionnels est effectuée… par d’autres et autrement (algorithmes, réseaux sociaux, blogueurs…).

Le journaliste de demain ? C’est en partie l’internaute lui-même quand il prend en charge sa propre recherche d’information et qu’il la partage avec les autres, c’est en partie le blogueur (dont beaucoup sont en réalité déjà des journalistes “tout court”, et ne le savent même pas), et en partie l’ingénieur informaticien qui conçoit les algorithmes de traitement de l’information, et celui qui conçoit les interfaces de consultation.

Il restera encore de la place pour des professionnels, mais ils devront se muer en super-techniciens, des techniciens en ingénierie éditoriale, mi-journalistes mi-développeurs informatiques, ou bien redevenir des auteurs-artisans organisés en réseaux. C’est un quasi retour aux sources du journalisme d’auteur, profession libérale et non salariée. Entre les deux subsisteront des usines à infos low cost, mais j’hésite à qualifier de journaliste les forçats de l’info qui les peupleront, dans des emplois déqualifiés et sous-payés de “bâtonneurs de dépêches” et autres “gestionnaires de communautés”

Retour aux sources du journalisme

Mises à part ces usines, les formes même du journalisme professionnel salarié et de son organisation en rédaction hiérarchisée ne sont plus adaptées à la situation qui se met en place en ligne. Et ce n’est pas une si grosse catastrophe pour la société que ne veulent bien le clamer les journalistes professionnels aujourd’hui, dans un cri d’agonie.

Le journalisme professionnel a une histoire, et elle est même récente, à peine plus d’un siècle. Et cette histoire pourrait bien se refermer comme une parenthèse. Ce serait la fin du journalisme professionnel, sans pour autant être la fin du journalisme lui-même. C’est une distinction que je n’ai peut-être pas suffisamment faite sur ce blog. B-)

C’est le chercheur Denis Ruellan qui insiste pour qu’on distingue “la catégorie professionnelle de l’activité journalistique, le journaliste du journalisme”, préalable nécessaire pour mettre en évidence comment la catégorie des “journalistes professionnels” a entrepris de “s’arroger le journalisme” :

Le journaliste comme travailleur est une invention de la fin du XIXe siècle, de l’industrialisation de la presse : s’il existait déjà quelques centaines d’employés avant 1860, le phénomène sortit de la marginalité avec le succès populaire du journal à un sou. Le journaliste comme groupe est une création de l’entre-deux-guerres quand, du mouvement associatif (…), sortit le syndicalisme revendicatif et opposant à l’employeur. Le travailleur et le groupe
ont établi une représentation réduite du journalisme à eux-mêmes, ce qui est dans l’ordre des règles du jeu social (…). En définissant le journalisme professionnel, la loi de 1935 a permis au groupe de rejeter dans l’illégitimité les pratiques non professionnelles et de ce fait à s’arroger le journalisme. Pourtant celui-ci a continué d’exister en dehors de ce groupe, d’être pratiqué par d’autres acteurs, qu’ils soient en marge du groupe où qu’ils en soient nettement distincts.

La récente tentative de hold up des journalistes professionnels sur le web, à travers la création d’un statut des éditeurs de presse en ligne, ne fait, finalement, que répondre à ce premier hold up des journalistes professionnels sur le journalisme dans son entier, qui aura institué le caractère fondamentalement corporatiste de leur vision de l’information.

Considérant l’évolution récente du métier, le même Denis Ruellan ne concluait-il pas en 2007 ?

Le marché du travail du journalisme pourrait ainsi être segmenté en deux ensembles : à l’intérieur des entreprises, salariés, des régulateurs de contenus informationnels dont la production serait principalement externalisée, achetée à des auteurs, partiellement professionnalisés et soumis à une concurrence généralisée des sources et des publics. Dans cette hypothèse, le journalisme opèrerait un éternel retour à lui-même, aux conditions de sa naissance au XVIIe siècle quand Théophraste Renaudot, éditeur de la Gazette, entouré de quelques secrétaires de rédaction, trouvait ses nouvelles en ville auprès d’informateurs qui n’en étaient pas moins ses lecteurs.

Un éditeur et des techniciens d’un côté, des journalistes auteurs-artisans “en libéral” de l’autre… et plus de place entre les deux pour des rédactions de journalistes professionnels

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Lire aussi sur ce blog : Le blog : un média-jardin sur le web, avec terrasse ouverte sur le monde

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22 Comments

  1. Merci pour cet article et pour la référence à Théophraste Renaudot.

    Comme cela a déjà été signalé par des lecteurs de ce blog, il me semble qu’il y a deux fonctions du journaliste qui supposent plus ou moins un engagement “professionnel” (il faut que quelqu’un paie derrière):
    – Les enquêtes sur le terrain et notamment celles au long cours (par exemple dans les pays en guerre – plus le courage que cela demande)
    – L’interview “de haut niveau” qui suppose là aussi un engagement professionnel important, et des connaissances/ une culture à acquérir avec le temps pour être capable de “tirer les vers du nez” d’une personnalité : je pense à des correspondants “accrédités” comme le célèbre Jean Quatremer des “Coulisses de Bruxelles”.
    Je ne cherche à défendre personne, je réfléchis. Le bénévolat ne couvre probablement pas bien ces deux cas. Je ne m’intéresse pas ici à la presse écrite, mais à l’avenir… de notre information.
    (Blogueur moi-même, je supporte très mal le mépris qu’ont certains journalistes, bien à tort, pour les blogs).

  2. Cher Narvic,

    Je trouve votre papier intéressant, mais comme d’habitude un peu trop versé dans l’incantatoire. Mais bon, cela fait plusieurs années, que nous avons une nouvelle génération de prohètes. Ezechiel, Elie, Mahomet, Keynes… ont laissé place à Philippe Couve, Benoît Raphaël et quelques autres grands visionnaire. Tous bons dans leur travail et calés dans leur domaine, mais que cette réussite, malheureusement, autorise à dessiner l’avenir d’un métier, et donc le mien, étant journaliste professionnel. J’aimerais tant qu’on arrête de penser notre futur, déjà qu’il est effectivement incertain.

    Concernant votre papier, bêtement, je me baserai sur deux exemples concrets issus du monde.fr : le blog les Experts en Autriche sur les Bleus du hand, qui vient d’ouvrir et réaliser par deux journalistes sportifs professionnels, et rémunérés (collaborateurs réguliers de la Croix, l’Equipe Mag, le Monde). Et le blog Nice Rugby, un carton. Je ne sais pas si les deux auteurs sont rémunérés, mais l’excellence de leur blog est basée sur leur connaissance du milieu, acquise notamment pour l’un d’eux au journal l’Equipe. Et je parle pas du Monde des séries de Pierre Serisier. Bref, le site change, les blogs prennent de la place, rogne sur la production des gens du Monde. C’est un fait. Cependant, on constate que derrière ces blogs, ce n’est pas forcément la révolution que vous annoncez. Technicien, oui un peu, et c’est important. Journaliste? Oui, encore, et pour quelque temps. Derrière les chiffres, il est toujours bon de s’attarder sur la réalité, pas de façonner des prophéties (qui se réaliseront peut-être d’ailleurs) à tout va.

    Bien à vous,
    M.G.

  3. Un journaliste qui effectue des enquêtes de terrain et les publie dans un livre n’a pas le droit d’être qualifié de “journaliste professionnel” selon la loi de 1935. Il est un journaliste non professionnel, dès lors qu’il ne tire pas au moins 50% de ses revenus d’une entreprise de presse, et les entreprises d’édition ne font pas partie de cette catégorie.

    C’est ainsi que le journaliste Pierre Péan n’a plus droit à la carte de presse de bien longtemps, et ça ne l’empêche pas d’être un excellent journaliste.

  4. Vous ne faites qu’illustrer, à mon avis, le fait que l’on pratique de l’excellent journalisme hors du cadre du journalisme professionnel, notamment dans de nombreux blogs, qu’il soient édités par des journalistes pro ou non pro d’ailleurs. Pro ou non pro, ces blogs de qualité SONT des blogs de journaliste.

    Alors plutôt que de créer un statut d’éditeur de presse en ligne, qui ouvre l’accès à des subventions pour les seuls sites qui s’inscrivent dans cette logique du journalisme professionnel, on ferait mieux, à mon avis, d’ouvrir le cadre corporatiste plutôt que de le fermer et d’aider toutes les initiatives qui améliorent la qualité de l’information en ligne, quel que soit le statut de leur promoteur.

  5. Et seconde réponse, sur le caractère “incantatoire” ou “prophétique” 😉

    Il y a des blogs qui se projettent dans l’avenir de l’équipe de France de Hand, et d’autres qui essaient de se projeter dans celui de l’information en ligne… Chacun fait ce qui lui plait, selon ce qui l’intéresse, et croise par ce moyen les lecteurs que ça intéresse aussi. C’est tout l’intérêt du “format blog” par rapport à ceux proposés par le journalisme professionnel : partager des centres d’intérêt.:o)

  6. Intéressant, mais si on compare le trafic des articles du monde.fr et celui des blogueurs du Monde, on se limite à du quantitatif. Il est relativement facile de lancer un blog qui atteint un millier de visites par jour, si on joue sur les titres chocs. La question de l’audience, du chiffre, est une sorte de leurre (mais je crois que tu l’as dit quelque part?)

  7. Vous écrivez:
    «Dans ces deux chiffres, il y a vraiment de quoi inciter à la panique la totalité de la corporation des journalistes traditionnels…»

    Je ne sais pas ce que vous entendez par “journalistes traditionnels”. Si ce sont les journalistes de la presse papier engoncés dans leurs travers et qui continuent de donner des leçons du haut de leur magistère, peut-être, mais nous savons depuis longtemps que la crise que traverse cette presse n’est pas seulement une crise économique mais une crise de l’offre et une crise de confiance avec son public.

    Pour les autres journalistes, ceux qui ont embrassé Internet, ou qui sont en train de le faire, c’est plutôt un signe de renouveau, la possibilité d’une réinvention de leur métier.

    Les mutations en cours sont peut-être une mauvaise nouvelle pour certains journalistes, mais une bonne nouvelle pour le journalisme (ça n’est pas de moi mais je n’arrive pas à retrouver la source…).

  8. Le problème me semble bêtement mécanique. Pour être publié dans la presse papier traditionnelle il fallait soit l’acceptation par une organisation (un journal établi) ou la création d’une nouvelle publication (beaucoup plus lourd, et beaucoup plus coûteux). L’Internet a abaissé les coûts de publication, a des niveaux vraiment très bas. Le journalisme peut devenir une affaire d’individus, ou d’organisations structurées autour de nouveaux concepts. Cela ne signifie pas plus la fin du journalisme que l’apparition des métiers à tisser la disparition des tissus. Pour les canuts, par contre, j’ai peu d’espoir…

  9. @ Laurent Mauriac

    Est-ce qu’on peut dire que Rue89 est “le blog de Laurent Mauriac et Pierre Haski” ? Parce que là, ça changerait tout… B-)

  10. … Seulement ils sont faux évidemment. Ils servent juste à justifier les flux financiers entre Le Monde et Le Monde.fr. Pour le moment, la grande majorité des internautes qui se rendent sur le site du Monde, c’est encore pour lire Le Monde, et pas des dépèches ni quelques blogs plutôt bons mais comme on en trouve partout. Demandez-vous par exemple comment est considéré un internaute qui se rend sur la Home du Monde.fr…
    Cordialement.

  11. A ce lecteur anonyme qui prétend livrer une information sans en apporter la moindre preuve, la moindre source, ni fournir le moindre chemin permettant de remonter à une source (vous noterez que je vous signale, pour ma part, à quelles sources j’ai trouvé ces informations que, certes, je ne suis pas en mesure de recouper)…

    Mauvaise illustration d’un aspect, en effet ! – diront certains -, pas très agréable des blogs : si vous avez une info, vous nous donnez un moyen de la vérifier, ou bien vous vous taisez. C’est tout.

    Je me demande ce qui me retient de censurer votre commentaire, si ce n’est qu’il me permet cette précision. :-((

  12. Note, surtout, à moi-même : première fois que j’ai, “historiquement” !, recours à CE smiley sur ce blog : :-(( Croyez bien que j’en suis aussi désolé que vous.:-(

  13. N’oublie pas quand même qu’il y a encore des lecteurs papier.J’en fais l’expérience ts les jours en voyant la tête ahurie des gens à qui je dis que je me suis recyclée en blogueuse. |-)Ils ne lisent ni le monde.fr ni les blogs. Ceux qui regardent le monde.fr (au bureau) ne lisent sur le.fr que ce qui n’est pas dans le papier, cad l’actu sans cesse renouvelée et les blogs qui apparaissent en une ou qu’ils suivent sans même passer par le .fr. Pour le reste, ils préfèrent encore le journal. Pour ceux là, la valeur ajoutée reste sur le papier, si je puis dire. Je n’en suis pas, je n’ai pas acheté un journal depuis des années (mais des magazines, oui, j’y reviendrai chez moi ).

    En ce qui concerne, la rémunération des blogueurs de luxe, j’ai moi même essayé de savoir en interne, c’est top secret. Mais j’ai l’impression (pas journalistique puisque invérifiable) que ça ne va pas loin…pas plus que les piges du Monde d’ailleurs.

    En ce qui concerne la grève des contenus, il ne faut pas oublier que le monde.fr est une société filiale, détenue à 50% par Lagardère. Le problème est financier et porte principalement sur l’utilisation de la marque Le Monde qui pour des raisons historiques est à peine rétribuée à la SA Le Monde (pour faciliter le démarrage du monde en ligne, qui va bien maintenant) ce qui est donc demandé c’est un réajustement de ce qui est reversé à la maison mère par la filiale. Je ne suis pas certaine que ça fasse rigoler qui que ce soit. Ce n’est pas un problème de contenu. Mais si la marque ne vaut plus rien, doit-on envisager que le .fr vole de ses propres ailes? Allez zou…

    J’aurais pu continuer à écrire sur le théâtre sur mon blog du monde, commencé parce qu’il n’y avait pas assez de place dans le journal pour parler correctement du festival d’Avignon (et que personne au journal ne lisait ou relisait, quel gag. Il n’était même pas signalé par lemonde.fr, ce qui m’a valu plus d’une dizaine de jours avec zéro lecteurs…Situation rectifiée enfin après des dizaines de mails envoyés au monde.fr et restés sans réponse, quand j’ai posté sur facebook un message à patino, alors patron du .fr. J’en ris encore). J’ai créé mon blog ailleurs pour ne pas avoir l’air inféodée à mon ancienne rédaction et m’en félicite tous les jours. Question d’indépendance affichée. Sans doute moins de lecteurs, mais j’assume. Les blogueurs et abonnés qui ouvrent un compte de blog sur lemonde.fr n’espèrent-ils pas bénéficier de la marque? pourquoi ne vont-ils pas sur blogger, wordpress etc?

    Par ailleurs, et le problème est criant en ce moment avec ce qui se passe à Haïti, mais il est permanent, les pure players ne peuvent payer des correspondants et le.fr par exemple, bénéficie de ceux du monde. Comme le Fig ou Libé. S’il n’y a plus de gens sur place, les blogueurs suffiront-ils à faire le boulot? Pas seulement en repiquant la presse , les dépêches d’agence ou en regardant la télé. Avec les contraintes que cela représente…Si je prends, pardon:o), l’exemple des attentats du 11 mars à Madrid quand j’étais correspondante, en dormant 4 heures par nuit pour fournir, faut de l’abnégation quand tu fais ça gratis et c’est un métier, si si. Ne serait-ce que pour savoir où et comment s’informer. Faire le tri des rumeurs, c’était pas de la tarte. Les correspondants avaient été d’ailleurs contactés personnellement par des sous-fifres du gouvernement pour qu’ils ne se laissent pas “tromper et disent bien que c’était l’ETA,” thèse officielle, vite démentie par les faits. Les directeurs des journaux espagnols avaient eux été directement contactés par josé maria azanr, le chef du gvt. La méfiance est la première qualité du journalisme! Certains blogueurs même émérites, affirment sans vraiment savoir , retwittent sans lire, et ne se rendent pas compte que sans méfiance, sans vérification, on va dans le mur. Je ne donne pas d’exemples parce qu’il s’agit de gens que je lis et que j’aime bien. Bien sûr, ça s’apprend et ça va venir. Mais n’allons pas trop vite.

  14. Je ne suis pas sûr de comprendre
    -300 journalistes produisent 30% des contenus et génèrent environ 15 % du trafic.
    -7500 blogueurs (produisent ?? % du contenu) et génèrent 13 % du trafic.
    Et puis il nous manque tout de même 72 % du trafic, avec tout ça. S”il est généré par le contenu mis en ligne par la rédaction web du monde, il me semble que ça reste du contenu journalistique…

    Et vous trouvez que les journalistes font “à peine mieux” ?
    Il faut m’expliquer, car sur le plan statistique, si 15 % du flux des visiteurs se concentre sur la production de 300 personnes alors que 7500 contributeurs offrent leur prose, je trouve que c’est plutôt un hommage aux journalistes…
    Mais au fond je ne vois pas bien comment on peut comparer ces deux chiffres, car je doute fort que les blogs hébergés soient sur le même plan, quant à l’accès offert et à la mise en valeur sur le site, que les contenus publiés par les journalistes. Ni qu’ils parlent des mêmes choses, ni qu’ils fassent tous oeuvre de “journalisme”.
    Bref je ne vois pas tellement le rapport entre les chiffres que vous signalez et votre diagnostic.

  15. @ martine

    Le Monde est dans le même piège que tous les autres quotidiens dans les pays développés : le papier ne le fait plus vivre, et le web ne fera jamais vivre autant de monde qu’à l’âge d’or de la presse. C’est la réduction générale de la voilure. Le choc est seulement un peu amorti en France par rapport aux USA par exemple à cause de l’énorme système de subventions publiques.

    On voit bien, actuellement, aux USA que les premières victimes de cette réduction de la voilure, ce sont justement les bureaux à l’étranger (que les quotidiens américains ferment massivement en ce moment).

    @ Irénée

    Ce qui m’intéresse, c’est de regarder ce que les internautes souhaitent lire en ligne quand ils ont le choix. Ce que je vois dans ces chiffres, c’est que l’offre du journalisme “traditionnel” ne correspond pas vraiment à la demande.

  16. Je ne disais pas le contraire, je disais juste que ça me chiffonne l’absence de correspondants. parce que c’était bien….C’est un des postes budgétaires les plus importants. Le Monde a réduit la voilure depuis longtemps (il y avait plus de 50 correspondants dans les années 1990) et il faut avouer que certains avaient pris des habitudes dispendieuses (je me souviens avoir demandé à l’un deux l’adresse d’un hôtel et il m’avait répondu prends le plus cher…) . Et que la grève des contenus n’avait rien à voir avec une méfiance de la rédaction papier vis à vis du web. Quant au monde, je suis désolée quand je vois ce qui s’y passe et ce qui ne s’y passe pas.
    Cela étant dit, je m’amuse bien sur le web et je m’informe sans lire de journaux ou presque…

  17. Bonjour Narvic, c’est moi qui est réalisée l’interview de Nicolas Enault sur les blogs invités du monde.fr que vous avez citée ici. Quand je dis que les chiffres ne sont pas tous corrects, je ne parle pas des miens! Mais plutôt de ceux avancés par Benoît Raphaël. En effet voici une phrase tirée du rapport de Marc Tessier et Maxime Baffert, « La presse au défi du numérique » remis au ministre de la culture et de la communication en 2007: “si l’on prend l’exemple du site http://www.lemonde.fr, la reprise du journal papier ne représentait plus que 10 % du contenu total du site en décembre 2006 contre près de 30 % au début de l’année”.
    Voilà pour la petite précision, du coup s’ils représentent effectivement 15% du trafic aujourd’hui alors ça n’est pas si décevant 😉 D’autant que je ne vois pas pourquoi, sous prétexte qu’ils viennent du monde, qu’ils sont plus vieux et sûrement mieux payés, les articles des journalistes “traditionnels” intéresseraient moins les lecteurs…

    D’autre part, dans le cadre de mon mémoire, je continue mes interviews auprès des journalistes du monde, du monde.fr et d’ailleurs. Quand Nicolas dit qu’il n’y a pas d’animosité des journalistes (du moins ceux qui bloguent, car c’est bien d’eux dont il parle) envers les blogueurs, je ne peux que confirmer. Ca n’est pas faute de les avoir titillé sur ce point 😛 .

  18. @ Anne Claire

    Espérons donc que lemonde.fr rende public lui-même ces données, et que l’on puisse enfin apprécier la répartition du trafic selon la nature du producteur de contenu: rédaction papier, rédaction web, agences de presse, blogueurs et commentateurs. Il est intéressant d’approcher ça sur un même site (sous la même marque). Mais ce n’est qu’un aspect du problème qui m’intéresse ici : les autres données dont on disposent laissent plutôt voir que le contenu produit par les journalistes professionnels n’est pas très attractif sur le web, dès lors qu’il est placé en concurrence avec d’autres contenus. D’où, sur le même sujet, le succès des blogs, dont je parle dans ce billet :

    Le blog : un média-jardin sur le web, avec terrasse ouverte sur le monde.

  19. @ tous

    Certains semblent avoir mal compris ce billet (à croire ce que je lis à l’occasion sur Twitter). Ce n’est pas un billet sur le journal Le Monde, mais sur les rapport entre les blogs et les journalistes professionnels qui ne bloguent pas. Pour recentrer ce débat, pour ceux qui se voient à tort au centre de le monde, je le déplace donc sous ce billet… consacré plus explicitement aux blogs. :o)

    • Les commentaires sont dorénavant fermés sous se billet et se poursuivent sous celui-ci : Le blog : un média-jardin sur le web, avec terrasse ouverte sur le monde

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