sur le web

Le journalisme expérimental selon GoogleNews

Après Eric Schmidt, le grand patron de Google, qui donnait récemment sa vision de l’avenir de la presse (voir sur ReadWriteWeb), c’est Josh Cohen, le patron de Google News, qui est interrogé par Frédérique Roussel pour Libération. On se souvient comment le même avait été mal reçu par les éditeurs de presse français, qui accusaient Google de tous leurs maux, lors des états généraux de la presse. Et bien il ne leur en veut pas et même il leur tend la main. Si c’est pas grand seigneur, ça… :o)

Il appelle même les journalistes à réinventer eux-mêmes leur métier, explorer de “nouvelles pistes de journalisme”, trouver de nouvelles manières de “raconter des histoires sans être le décalque du papier sur un écran d’ordinateur”.

Réfléchissant à l’avenir des médias, Francis Pisani sur Transnets, appelle lui aussi à innover, car aujourd’hui “le contenu produit par les journalistes compte moins que les relations établies avec les webacteurs connectés en réseaux”.

Un journalisme expérimental, une réinvention du journalisme…

Josh Cohen :

(noir)La consommation d’informations ne décline pas, elle est même plus importante que jamais. De plus en plus de gens cherchent des informations, et c’est en ligne qu’ils veulent les lire. Google souhaite continuer à aider les éditeurs de presse à tirer avantage de cette opportunité de lecteurs avides d’informations consommées sur de nouveaux supports.

(/noir)

Comment Google peut-il aider les médias à assurer cette “transition” qu’il reconnaît difficile ? Trois solutions :
– continuer à envoyer de nouveaux lecteurs vers les sites de presse, notamment par GoogleNews, dont l’algorithme est perfectionné sans cesse et qui intègre de nouvelles sources, notamment locales.
– aider à améliorer les contenus au moyen des technologies Google : en utilisant les outils cartographiques de GoogleMaps par exemple.
– Leur faire “gagner plus d’argent avec plus de publicité” :

(noir)Quant à la publicité, le hic aujourd’hui pour les journaux, c’est que les recettes ne correspondent pas à la fréquentation des sites. Quand un média naît – radio, télévision et maintenant Internet -, les gens y vont, la publicité suit. On est dans une période de transition : de plus en plus de gens passent du temps en ligne, les dollars vont suivre.

(/noir)

Explorer de “nouvelles pistes de journalisme”

C’est sur ce point que le propos du patron de googleNews me semble le plus intéressant : il réaffirme que Google n’est pas un éditeur de contenu et ne concurrencera pas les médias en ce domaine, mais souligne bien la dépendance dans laquelle se trouvent les éditeurs :

(noir)Google, en particulier Google News, a une relation symbiotique avec la presse. Les éditeurs peuvent toujours créer du contenu, mais sans nous, il ne peut pas être trouvé. Google News aide les éditeurs à faire en sorte que leur contenu soit trouvé.

(/noir)

Il encourage donc les journalistes à se concentrer sur cette tâche et à innover en la matière :

(noir)Les changements poussent les éditeurs à explorer de nouvelles pistes de journalisme. Le journal et le journaliste ne détiennent plus la parole divine. Il faut désormais compter avec les lecteurs, reconnaître l’importance des différents points de vue. Internet est un autre média, l’information en ligne peut raconter des histoires sans être le décalque du papier sur un écran d’ordinateur.

(/noir)

Un journalisme expérimental

Cette vision, que je partage bien entendu, renvoie également à cette réflexion du jour de Francis Pisani, sur Transnets :

Francis Pisani (Transnets) : Médias: deux révolutions

Priorité au net, sur tous les autres supports, et changement radical de la relation des médias à leur audience, qui n’en est d’ailleurs plus une. Cette “ex-audience” est en effet devenue active et les médias doivent tenir compte de cet aspect essentiel du web : c’est un espace relationnel, social, bien avant et bien plus qu’un lieu de publication de contenus :

(noir)Les individus isolés sont connectés par des réseaux sociaux et ils alimentent des flux qui ne tarissent pas. De ce fait, le contenu produit par les journalistes compte moins que les relations établies avec les webacteurs connectés en réseaux. S’ils l’ignorent, l’ex-audience ira voir ailleurs.

(/noir)

Quelles solutions ? On en voit quelques unes se dessiner, pas toujours simples à mettre en place, mais qui ont ce point commun de forcer les journalistes à innover, à expérimenter des formes nouvelles, quitte à remettre radicalement en question leur profession elle-même (ce qu’ils ont bien du mal à faire).

Récemment sur novövision : la piste du journalisme de blog, la question – difficile – mais capitale des commentaires :

Le blog est l’avenir du journalisme

Encore et toujours le problème des commentaires (3)…

On continue à réféchir… et à expérimenter… 😉

7 Comments

  1. A l’évidence, une personne intelligente et se retrouvant à exercer un certain pouvoir ne se complait pas dans les diatribes anti-qq ou anti-qq-chose.

    Ce n’est pas être grand seigneur, c’est surtout montrer de la responsabilité.

    L’exercice immédiat de la critique et de l’aigreur conduit souvent à se retrouver handicapé plus tard dans les réflexions nécessaires à une bonne anticipation du futur ou une bonne adaptation.

    Je me disais aussi que je m’étais fait jeter dans les commentaires d’un papier célébrant une vision de Jeff Jarvis spéculant sur le fait que Google s’impliquerait plus dans l’édition de contenu en offrant la possibilité d’hébergement des journaux en ligne…

    Je constate sobrement, en lisant E.Schmidt et J.Cohen que j’avais raison…

  2. Je profite de ce billet pour signaler que Josh Cohen (Google News) sera invité dans l’Atelier des médias sur RFI et que vous pouvez lui poser vos questions http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/google-tuetil-la-presse-vos

    Je signale aussi que le maître des lieux, Narvic, sera également invité de l’Atelier des médias http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/le-blog-sauveur-ou-fossoyeur

    Désolé pour l’auto-promo mais c’est une forme d’info en réseau 😉 Non?

  3. Que d’enthousiasme !

    Moi, je ne perds jamais de vue que GG excelle surtout dans l’art de communiquer.

    Je résume avec un zeste de cynisme ce que j’ai compris :

    “Débrouillez-vous pour attirer plus de lecteurs et vous et nous gagnerons plus d’argent”.

    Je ne vois pas où est le scoop …

    Mais peut-être que j’interprète abusivement. Quelqu’un pourrait résumer simplement le discours de GG ?

    Du genre :
    1. GG va faire ceci
    2. GG va faire cela
    3. …

    Pas besoin de commentaires ni de développements : seulement des points précis descendus des nuages.

    D’avance merci 🙂

  4. Josh Cohen n’était tout simplement pas le bon interlocuteur pour discuter des vraies questions de marché publicitaire.
    Sinon pour avoir discuté avec lui il a reconnu que GG News favorisait injustement le recopiage d’article en mettant plus facilement en avant le dernier article publié plutôt que d’identifier l’article d’origine. Il a promis de tenter d’améliorer ce point.
    Je l’ai interrogé à propos des API de GG News qui permettent à n’importe qui de reprendre le contenu de GG News sans autorisation et il y a eu un gros, tres gros blanc… Il a été vaguement question de mettre en place une interface de gestion des contenus pour les éditeurs.
    Bref rien de concret juste de la bonne volonté, disons de la politesse (réelle).

  5. 1. Google News est toujours considéré en Béta et Google ne retire aucun revenu publicitaire de cette entreprise. La mane publicitaire de Google c’est sa position centrale sur la recherche d’information à 360° sur le Web et non le contenu journalistique (qui n’est qu’une très petite partie de ce que recherche et expérimente l’utilisateur sur Internet.)

    2.Prenons un autre angle de vue, correpondant plus à la réalité celui-là. Si Google News n’existait pas, l’appétit pour les news de l’utilisateur de base n’aurait pas été autant stimulé et la situation concernant la visibilité des médias de presse en ligne aurait été pire.

    3. Excellent point fait par Joseph Cohen et qu’il est important de se mettre dans la tête, Google est une entreprise de technologie et non pas de contenus.

    4.Pour faire simple Google possède les poteaux indicateurs, mais pas les lieux touristiques.
    Si Google se mettait à posséder certains lieux touristiques (des sites de contenus), c’est là qu’on pourrait accuser à juste titre Google de favoriser ses propes marques.
    Or il se garde bien de le faire.

    5.Justement c’est sur cette collusion objective entre industrie et mass médiae que reposait l’ensemble du marché publicitaire, l’effet de matraquage et d’entraînement sur quelques produits focalisé sur une audience maîtrisée et conceptualisée.
    C’est pour cela qu’à la FNAC on avait droit à 500 exemplaires du dernier BHL à hauteur d’oeil (matraqué par radio, presse et télévision) pour un malheureux ouvrage de Goethe tout en bas au niveau du sol dont tout le monde se foutait.
    Ca c’est le monde finissant en crise que nous connaissons et qui tient à garder ses anciens privilèges le plus longtemps possible, plutôt que d’inventer ses nouveaux modèles.

    6. Ce qui est le plus drôle c’est qu’incidemment la compréhension technologique supérieure de sn environnement a permis à Google de donner une leçon en publicité aux grands spécialistes des mass-média. Certains d’ailleurs continuent a chercher à comprendre ce qui se passe.

    7. Pour finir ce n’est pas à Google d’endosser le rôle du grand sauveur ou du grand méchant loup, parce que, comme les autres entreprises, Google cherche aussi son chemin se maintenir et connaît des revers de popularité sur un majorité d’applications et de services en ligne, il est clair que cette entreprise technologique progresse pas essai et erreur et n’est pas infaillible.

    8.Donc Google ayant d’autre chats à fouetter, Ce n’est pas à Google d’inventer les modèles de contenus journalistiques ou de n’importe quel autre business qui connaît la crise et souhaite avoir une stratégie de participation ou de présence sur Internet soutenable.

    Ce n’est pas à Google à suppléer à l’ignorance, l’incompétence, le désarroi ou la fainéantise de ceux qui voudraient que le business continue comme avant, avec les mêmes paramètres, as usual.

    9.Pourquoi pas leur demander de sauver la planète et le boulot de toute personne dont les patrons n’ont pas vu venir les changements importants qui s’opéraient.

    10. Pendant qu’on y est continuons à croire que tout est de la faute de Google, y compris la récente crise financière, cela nous fera oublier au moins l’incompétence globale des responsables de cette industrie, et on aura un objectif désigné et facile à nos maux, notre fameuse et sympathique sorcière moye-ageuse.

Comments are closed.