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Le bienfait paradoxal du journalisme à la dure

Interview par The Arab Network de Daamache Abdelhafid, sécrétaire de la rédaction de El Khabar (L’information), principal journal algérien (en langue arabe) :

(noir)APN : Quel regard portez-vous sur la situation de la liberté de la presse en Algérie ?

(noir)DA : La liberté de la presse s’est détériorée en Algérie depuis l’arrivée au pouvoir du président Abdelaziz Bouteflika en 1999. En outre, les sujets tabous ne sont pas facilement identifiables. Les lignes rouges sont floues. Les médias abordent les questions les plus audacieuses y compris l’armée, la justice, le chef d’état mais un sujet que l’on aurait pas imaginé pouvoir être délicat et gênant s’avéra problématique.
Prenons le cas emblématique du dessinateur de presse Ali Dilem connu pour sa liberté de ton, ce ne sont pas ses dessins les plus insolents qui lui valent des procès.

(noir)APN : Quels amendements vous semblent nécessaires dans la législation réglementant les médias ?

(noir)DA : La priorité est de supprimer la peine de prison pour les journalistes dont les écrits, à l’instar des crimes, relèvent du droit pénal. Ce n’est pas normal qu’un journaliste se retrouve derrière les barreaux pour un article. Aucun journaliste n’a été jeté en prison en vertu du code de la presse, mais cette clause fait office d’épée de Damoclès qui pèse sur la profession. Il est de notoriété publique que tous les mardis dans la salle d’audience numéro quatre du tribunal d’Alger des journalistes sont condamnés à des peines avec sursis. De tels jugements se sont banalisés à la longue et souvent ces convocations relèvent de la simple formalité et il n’y a pas de poursuites. Notre journal, par exemple, a une dizaine d’affaires en cours au tribunal et tous les mardis la direction se présente devant le juge.

(noir)Ainsi, un de nos journalistes qui a écrit un article sur un détenu oublié en cellule d’isolement lui a valu deux mois avec sursis.

(noir)En même temps, il faut reconnaître que cette situation fait autant de mal que de bien à la profession en obligeant les journalistes à bétonner leur source et mieux vérifier les informations qu’ils diffusent.

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El Khabar (notule de Courrier International) :

(noir)“Fondé en 1990 par un noyau de journalistes, “L’Information” est le principal titre de la presse privée algérienne. Il donne l’essentiel de l’actualité et traite des mutations que subit le pays dans une langue accessible à tous. Seul journal arabophone propriétaire de sa rotative, il garde une relative indépendance.”

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