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Le blog : un média-jardin sur le web, avec terrasse ouverte sur le monde

Nombre de blogs proposent bel et bien aujourd’hui une autre manière de faire du journalisme, en marge des circuits du journalisme professionnel et de ses médias mainstream, au point de séduire même des journalistes professionnels qui y retrouvent une forme de liberté perdue.

Le succès des blogs ne fait que souligner en creux le vaste échec des médias mainstream, qui ne date certainement pas d’internet, mais qui commence à trouver en ligne, pour les internautes, des débuts de remède. Le sociologue Denis Muzet propose une analyse très perçante du phénomène : pourquoi les blogs ça marche ?

Ce sont des médias spécialisés, qui offrent sur le monde un regard décalé qui apparait aujourd’hui plus explicatif que celui des médias généralistes, ce sont des “médias jardins-terrasses”. Ce sont aussi des “médias de connivence” qui permettent aux lecteurs de renouer une relation qui s’est aujourd’hui dissoute avec des médias “traditionnels”, dont la perte massive de crédibilité est très sous-estimée par la plupart des journalistes professionnels.

Retour au blog, ai-je dit ici ou ? Nous y sommes. 😉 Depuis un moment, je voulais revenir sur cette idée très intéressante du blog comme “un média jardin-terrasse”, développée par le sociologue Denis Muzet, dans son petit livre vivement recommandé “La Mal Info”.

Les blogs fonctionnent mieux que les sites d’info

Pourquoi sur internet les lecteurs plébiscitent-ils ce format d’expression et d’information par rapport aux autres, notamment par rapport aux formats du journalisme traditionnel, tel qu’il est fait dans les médias mainstream, même dans leurs versions internet de “sites de médias” ?

On constate cette préférence, par exemple, dans les statistiques d’audiences par grandes catégories de sites, signalées l’an dernier par Frédéric Filloux et que je rapportais ici :

« Les infos ne sont pas en elles-mêmes un moteur d’audience majeur en ligne. » Les statistiques d’audience, mesurée en pages vues, classée selon la nature du site, montrent que les sites d’information viennent très loin, en 14e place, derrière les moteurs de recherche, les portails généralistes et les sites de gestion du courrier électronique. Ils sont aussi largement devancés par les blogs et les sites communautaires (7e rang).

Mais on voit aussi cette préférence, à l’intérieur même des sites d’information qui proposent des plateformes de blogs hébergés, comme celle du monde.fr, par exemple, au sujet du quel je signalais tout récemment ici-même :

(Les blogueurs) représentent à eux seuls, environ 13% du trafic quotidien sur le site et c’est un chiffre en constante augmentation.

Alors même que les contenus produits par la rédaction papier du quotidien et republiés sur le site font à peine mieux, recueillant 15% de l’ensemble du trafic du site…

Une nouvelle forme de journalisme

Je n’entends pas ranimer ici une guerre entre blogueurs et journalistes, puisque j’estime toujours que nombre de blogueurs sont des journalistes (même s’ils ne le savent pas), et je le crois même plus que jamais. La question des relations entre les journalistes professionnels et les autres journalistes, non professionnels, est en revanche une autre histoire et elle ne date pas d’hier… 😛

Qu’il soit établi, donc, pour la suite de ce billet que je parle ici du blog comme une forme de journalisme, que ce journalisme soit fait par un journaliste professionnel ou par un journaliste non professionnel. En revanche je ne parle pas ici des blogs sans caractère journalistique, car ils relèvent de la pure littérature, de l’intimité ou de la sociabilisation personnelle, que ce soit des blogs institutionnels ou commerciaux, dans une démarche de communication ou de publicité, etc.

Je ne retiens donc pas la définition du journalisme par Wikipédia, qui est fautive, car elle maintient la confusion que dénonce le chercheur Denis Ruellan entre “la catégorie professionnelle et l’activité journalistique”. Je lui préfère celle que je tentais récemment ici dans un commentaire en réponse à Laurent Mauriac, de Rue89 :

Pour ma part, j’estime que font du journalisme tous ceux qui entendent participer à un débat public en le nourrissant d’information qu’ils apportent. Ça signifie, bien entendu, le faire de bonne foi, avec sincérité et honnêteté, avec un objectif d’intérêt général, en essayant d’apporter des informations nouvelles (ou de faire remonter des archives des informations oubliées) et en veillant autant que possible à la véracité de ces informations. Ce sont de bonnes conditions pour qu’un débat ait lieu, à mon avis.

Tout cela n’implique nullement de faire du journalisme sa profession, c’est à dire d’en vivre. Et ça n’exclut nullement, non plus, ceux qui voudraient en vivre, ce qui est une ambition louable (bien que difficile à tenir, à mon avis, sur internet – mais pas impossible avec du courage et de la persévérance)…

Un petit vent de liberté sur le journalisme

Il n’y a d’ailleurs tellement pas de contradiction entre blog et journalisme, que de nombreux journalistes professionnels s’adonnent au blog avec bonheur. Il est d’ailleurs intéressant de se pencher sur leur motivation à explorer ce format, plus ou moins en marge de leur activité professionnelle : une étude publiée en 2007, La liberté retrouvée ou la naissance d’un néojournalisme dans les blogs, nous donne une piste :

On trouve dans cette étude consacrée spécifiquement aux « journalistes blogueurs » la confirmation d’une intuition qui nous renseigne – en creux – sur l’état inquiétant du système médiatique actuel : si des journalistes se mettent aujourd’hui à bloguer, c’est pour retrouver une liberté d’informer qu’ils estiment avoir perdue dans les médias traditionnels et une relation directe au lecteur qui n’y existe pas.

Ce faisant, ils réinventent leur métier sous une forme nouvelle, plus libre, interactive avec le lecteur et non hiérarchique, qui permet la résurgence du projet utopique d’un journalisme émancipateur.

D’autres remarquent aussi que les blogs de journalistes grillent les hiérarchies de la presse, et provoquent un véritable glissement du pouvoir dans les rédactions…

Si c’est ce qu’y mettent les journalistes professionnels, c’est donc peut-être aussi ce qu’y mettent les autre blogueurs qui s’adonnent à cette forme non professionnelle de journalisme, et c’est peut-être aussi ce que viennent y chercher les lecteurs ?

Un remède à la mal info

L’étude de Denis Muzet a le mérite d’aborder la question précisément sous l’angle de ce que cherchent les gens pour nourrir leur information personnelle, puisque ‘il s’agit d’une “enquête sur des consommateurs de médias”

Je ne reviens pas sur le diagnostic fait par l’équipe de chercheurs autour de Muzet de cette mal info dont souffrent aujourd’hui nos contemporains (j’avais fait de cet aspect une présentation assez longue dans ma note de lecture de ce livre). J’y reviens pour insister aujourd’hui sur les remèdes (et il s’agit là d’auto-médication) que les gens se “bricolent” eux-mêmes pour tenter de se soigner (un aspect que j’avais peu développé à l’époque) (Je cite aujourd’hui longuement la synthèse de l’enquête réalisée par l’équipe de Muzet, car ses résultats me semblent particulièrement éclairants sur la situation, aujourd’hui, des rapports du public avec les médias d’information. Elle bat en brèche la perception très optimiste que la plupart des journalistes professionnels ont de ce rapport et l’image qu’ils se font d’eux-mêmes. Ce pourquoi, peut-être, cette analyse est si peu reprise dans les médias… :o) ).

J’en retiens deux aspects qui nous ramènent directement aux blogs : parmi ces remèdes “bricolés” par les gens il y a :
– se tourner vers des médias spécialistes,
– renouer avec des médias de connivence.

Des “médias jardins-terrasses”

Denis Muzet :

Ce n’est pas un hasard si les médias d’information générale sont les premiers à souffrir de la mutation accélérée qui s’opère de nos jours et qui a pour principales caractéristiques, comme on l’a vu, la multiplication des offres, la consultation de plusieurs médias (que nous avons appelée ici, par convention, médiaconsommation), la mise en concurrence des supports, et l’émiettement des sources d’information.

De fait, les médias d’information générale ? la presse quotidienne nationale, les radios généralistes, dans une moindre mesure la télévision aussi, à travers les « grands messes » que sont les JT de 20 heures ? voient leurs audiences baisser. Et on petit estimer qu’elles baisseront encore davantage à l’avenir. Parce que ces médias ne peuvent plus, parce qu’ils ne suffisent plus à eux seuls, à fournir une lecture du monde qui soit satisfaisante pour le citoyen globalisé.

Dans une France qui a été projetée en très peu d’années dans une mondialisation effrénée, l’élargissement du champ de l’information, qui n’est plus seulement local, national ou européen, mais qui est de plus en plus global, la complexité croissante du monde et des problématiques auxquelles il est confronté (économiques, technologiques, culturelles, éthiques, etc.) font qu’il est de plus en plus difficile, pour ne pas dire vain, de vouloir relater chaque jour en un minimum de temps l’essentiel de l’actualité, de façon sérieuse en tout cas. Sauf à décevoir le public.

Le processus d’une mal info grandissante que nous venons de décrire le démontre, on est arrivé à un moment où le caractère de plus en plus bref et superficiel des informations diffusées chaque jour, dans le mainstream de l’actualité, commence à générer davantage de frustrations que de satisfactions. Le médiaconsommateur continue certes largement de (mal) se nourrir, mais il est chaque jour davantage conscient de ses carences. Il aspire confusément à d’autres approches, moins généralistes et plus spécifiques moins systématiques et plus souples, plus personnalisées et sélectives.

On observe ainsi depuis quelque temps déjà un mouvement dont on petit prévoir qui’il ne fera, à l’avenir, que se renforcer : le délaissement des médias d’information générale au profit de médias spécialistes. (…) Nous les appelons des “médias jardins-terrasse”.

Un certain regard sur le monde

Dans le jardin, on cultive « un centre d’intérêt particulier, un domaine de prédilection, où (l’on) peut creuser son sillon entre passion personnelle et expertise, fût-elle professionnelle. » Mais le média possède aussi « une terrasse » : « un endroit dégagé, un peu en hauteur, qui surplombe le monde et qui permette à celui qui le visite de le surplomber (…) Autrement dit d’y projeter un peu de sens à partir des critères qui sont les siens, à travers le prisme singulier de son centre d’intérêt propre, de son domaine de compétence ou de prédilection. » Que ce soit le sport, la bourse, l’immobilier, etc., autant de regards spécialisés qui sont aussi des « prismes » permettant de lire et d’interpréter à travers eux le monde entier…

Les entretiens réalisés par l’équipe de Muzet soulignent à quel point la crédibilité des médias mainstream s’est dégradée dans l’esprit du public ces dernières années et confine aujourd’hui à la défiance et au soupçon généralisés, dans une mesure que les journalistes professionnels sous-estiment totalement, à mon avis. La confiance s’est envolée. La complicité est rompue.

Un média “qui dit qui il est et d’où il parle”

A défaut de pouvoir recréer la confiance, une alternative existe pourtant qui consiste pour le média à tenter d’établir entre lui et son public un lien fondé sur la connivence. Pour réussir cela, les médias jardins?terrasses sont mieux placés que les autres.

Avec un média global, le consommateur finit par ne plus savoir de quoi on parle ni à qui on parle. Il y a une indistinction des sujets aussi bien que du destinataire qui crée, chez le récepteur, le sentiment que l’on ne s’adresse pas vraiment à lui; et qui ne permet pas suffisamment à l’intérêt de s’accrocher ni à l’identification de s’opérer.

Le média jardin?terrasse, quant à lui, par les centres d’intérêt qu’il choisit d’explorer, les valeurs qu’il cultive, le ton, les mots, la manière spécifique qu’il a d’écrire ou de dire, la compétence partagée qui fonde le contrat qui le lie à son public, développe un sentiment, sinon d’appartenance, du moins de complicité. Il permet de construire et de capitaliser une identité relative avec un groupe social ou affinitaire, comme il peut en exister entre des personnes qui partagent un même centre d’intérêt, une même passion. (…)

Mais cette complicité d’intérêts ou de langage ne suffit pas pour créer la connivence. Un média connivent, surtout, est un média qui ne parle pas d’en haut, d’un promontoire. C’est un média simple et modeste, qui dit qui il est et d’où il parle.

Le point de vue légitime le regard

Autrement dit, c’est un média qui ne prétend pas détenir la vérité absolue, qui ne promet pas une vision d’ensemble, panoramique, des choses, mais qui explicite l’endroit d’où il regarde le monde, le point de vue qui est le sien et qui seul fonde la légitimité particulière de son regard dans ce qu’il a de relatif parmi les autres.

En ce sens, la connivence est une vraie alternative, en termes de crédibilité, à la mal info. Car, en dehors de l’approfondissement et de la mise en perspective, il y a deux voies pour créer de la crédibilité: soit l’info brève, la dépêche, pour ceux qui considèrent que l’info idéale est l’info courte parce qu’elle est la plus neutre et la plus objective possible; soit l’info qui affirme un point de vue, l’info qui est « orientée » mais qui le dit.

Dans ce cas, bien sûr, le contrat n’est pas le même; l’attente est considérablement moins forte. On ne demande pas à un média connivent la même chose qu’à un média global, on lui demande juste de donner un peu de sens, un sens relatif, en vertu du principe qu’il vaut mieux avoir un petit peu de sens que pas de sens du tout.

Si la plupart des médias jardins?terrasses fonctionnent bien et sont crédibles, c’est précisément que leurs publics ont le sentiment qu’on ne les prend pas pour des imbéciles. Ils se sentent à niveau, respectés. Ils accèdent à une information qui n’est pas octroyée mais qui est partagée.

Un lien direct

A ce titre, l’internet s’est affirmé comme le média de connivence par excellence. Les « blogs » sont crédibles parce qu’ils n’émanent pas d’une institution, mais qu’ils établissent un lien direct, sans intermédiaire, entre des individus en quête d’information et d’autres qui y affirment un point de vue, le leur, auquel on petit répondre ou qu’on peut éventuellement contredire.

Grâce à ses « blogs » et à ses forums, l’internet permet à tout un chacun d’accéder à certains types de savoirs, de dialoguer le cas échéant avec des interlocuteurs originaux, des personnalités qui sont susceptibles de devenir de nouvelles références, non pas autoproclamées mais élues ait sein du public par le public. Pas des éditorialistes patentés, avant pignon sur rue, comme ceux qu’on trouve dans les grands quotidiens, dans les news magazines ou comme ceux qu’on voit à la télé, mais des gens simplement compétents et accessibles, mus par le désir de bien faire, d’aider, de contribuer, davantage que par la quête d’une rémunération ou de la gloire.

Voilà donc pourquoi les blogs, ça marche, pourquoi ils présentent pour de plus en plus de gens, si ce n’est une véritable alternative, en tout cas une sorte d’antidote, de contre-poison de cette information issue des médias mainstream, considérée comme de plus en plus frustrante par sa superficialité, et de moins en moins crédible.

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6 Comments

  1. J’entends, je l’espère, ce qui est écrit et je le suis avec attention.
    Mais pour être sincère, les blogs, certains, tels qu’ils évoluent me posent différents problèmes. Beaucoup ont la même tête et la même queue que les médias traditionnels. En gros ils s’alimentent sous la gouttière des dépêches AFP ou des grands titres. Et au final, ils sont fortement motivés par leur audience dont Wikio s’impose comme le baromètre.

    Blogueurs que nous voyons s’exciter en fin de mois en attendant le nouveau classement. Nous retrouvons là le dictat médiamétrique dont nous ne voulions plus et qui tend à niveler par le bas pour le prix de l’audience, (ou de l’influence ce qui revient aux mêmes conclusions ici). En somme, nous nous retrouvons en face de schémas dont on espérait pouvoir se guérir avec la fin des monopoles de production/distribution.

    Concrètement, peu importe le fond, le blogueur, politique en particulier, sait qu’il devra écrire un billet pour rester dans le flux, mais l’opportunité du contenu sera subordonnée à la justification de bons tag pour sa visibilité. Il suffit à ce titre d’entrer “wikio classement politique” dans Google et de lire…

    Du concours de quéquette/followers sur Twitter à ” kikou lol ce moi-ci j’suis prems sur wikio”, s’installe un schéma qui nuit, à mon sens, à ce que vous évoquez entre blogs et information. Une période de puberté peut-être, je ne sais pas.

  2. Je tâche de corriger les fôtes d’orthographe dans ce billet au fur et à mesure que je les vois (j’en ai déjà retrouvé pas mal |-) ), mais vous pouvez m’y aider aussi. 😉 J’ai beaucoup écrit, et publié, aujourd’hui, bien plus que ne le font habituellement ces “journalistes-stars”, qui font trois articles par semaine, sont payés pour ça, et disposent d’un staff de relecteurs, secrétaires de rédaction et correcteurs professionnels, qui font le ménage derrière eux. Moi, mes secrétaires de rédaction, c’est vous ! :-))

  3. Tu sais qu’on peut bloguer sans se soucier du classement Wikio ? B-)

    Certes, j’y suis revenu moi-même après en être longtemps sorti. Mais c’était surtout pour voir le réseau dans lequel s’inscrivait ce blog sur cette carte-là.

    Il n’y a pas que les classements de blog dans la vie d’un blog, pour beaucoup de blogueurs en tout cas, qui ne figurent pas dans en tête des classements de blogs, mais sont en très bonne place dans ma propre blogosphère

  4. Différence entre blogueurs d’information et journalistes ? Si tu retiens le critère de la Commission de la carte de presse, celui du professionnalisme (eux fixent la limite à 52% minimum des revenus, de mémoire), tu évites les ergotages indéfinis.

    Ce qui est rigolo c’est que, depuis le début du blogging, les bons blogueurs appliquent sans formation aucune des règles en usage dans la presse : citer ces sources (aussi parce que le netlinking est profitable), donner des droits de réponse, droit de suite…

    J’aime bien la définition de Muzet 😉

  5. Bonjour Narvic, je suis journaliste professionnelle -comme toi- dans les medias mainstream dont tu dénonces avec force “le vaste échec” dans ton billet. Et je m’intéresse – comme toi- aux nouveaux medias et particulièrement aux blogs, dont tu dis qu’ils ont su renouer la relation et donner du crédit, là ou les grands medias ont échoué.
    Je ne partage pas ton analyse, que je trouve excessive et manichéenne.

    Bien sûr, les anciens medias ont une fâcheuse tendance à l’arrogance et l’aveuglement. La plupart du temps, ils ne comprennent pas la vague numérique qui est en train de tout changer pour notre métier. Et oui, les blogs sont un espace de liberté retrouvé, une bouffée d’oygène. Mais ne va pas trop vite : les anciens medias ne sont pas morts et ils vont vivre encore longtemps. Différemment.

    As-tu lu cette étude (américaine) relayée récemment par le Monde ? Malheureusement cet article est en accès payant (ahahaha): je recopie ici le résumé : “Les sites Internet et les réseaux sociaux reprennent surtout les nouvelles diffusées par d’autres. Dans le nouvel écosystème des médias né de la révolution Internet, les supports de presse traditionnels restent, de loin, la principale source d’information du public. C’est ce qui ressort d’une étude du think tank américain Pew Research Center, portant sur la production de nouvelles locales dans la ville de Baltimore (Maryland), rendue publique le 11 janvier. L’enquête a porté sur 53 canaux d’information, allant du quotidien local aux blogs, dans la semaine du 19 au 25 juillet 2009”.
    Parallèlement, je lisais cette semaine dans le New York Times -également payant- un article sur la désillusion internet et la folie des foules. Il y est question des “internautes, les “creative people”, qualifiés par l’auteur John Tierney, de “nouveaux paysans ressemblant à des animaux convergeants vers les oasis craintives de vieux médias dans un désert épuisé”.
    Finalement, sur ton blog, tu fais comme les vieux medias – et inversement, ils font comme toi-, chacun défend son bout de gras, son territoire. Tout le monde explique sa valeur en pointant les failles de l’autre. Mais je ne pense que la vérité soit d’un seul côté de la barrière.

    Je connais beaucoup de blogueurs. Et j’enseigne -la radio- dans une école de journalisme. Je suis frappée de voir comment les rédacteurs du web -les blogueurs donc- et les grands utilisateurs d’internet que sont mes étudiants (18-28 ans), n’accordent finalement que peu de crédit aux contenus de l’internet. J’entends sans arrêt dire que cet internet est “pourri”, et “truqué par la pub”.
    Il y a encore beaucoup à faire pour changer les perceptions que nous avons des anciens et des nouveaux medias.
    Pour survivre, les vieux medias ont plus que jamais besoin de comprendre les nouveaux. Et pour devenir des sources d’oasis crédibles, des media-jardins sur le web, les nouveaux -novo?- medias ont encore beaucoup à apprendre. La vérité est, je crois, au milieu.

  6. @ Cathy Nivez

    Je m’appuie, surtout, sur les résultat de l’enquête approfondie menée par l’équipe réunie autour du sociologue Denis Muzet (à travers des “entretiens individuels approfondis” et une méthode originale de suivi des pratiques d’information des personnes tout au long de leur journée sur l’ensemble des médias avec lesquels ils étaient en contact, le tout croisé avec d’autres données et études sur les pratiques des Français).

    C’est cette étude qui me confirme l’ampleur du “délaissement” dans la population de l’information généraliste des médias mainstream et la véritable défiance qui s’est installée dans le public vis à vis de la crédibilité de leur production (que je crois très sous-estimée par le monde de l’information professionnelle).

    Et cela au profit d’autres types de médias, dont les blogs.

    L’étude de PEW a été signalée également dans des blogs et j’ai déjà eu l’occasion de la commenter. J’estime qu’elle est viciée par un biais fondamental : elle trouve exactement ce qu’elle a cherché, et là où elle l’a cherché, c’est à dire uniquement de l’information “mise au format” du journalisme professionnel. Or, je crois que c’est précisément de ça que de plus en plus de gens se détournent et que c’est autre chose qu’ils vont chercher sur internet, et notamment dans les blogs. Vu le principe même de cette étude, c’est un aspect des choses qui ne peut pas en ressortir.

    Ce biais est malheureusement courant dans le monde de l’information professionnelle, qui n’a jamais vraiment cherché en profondeur à connaitre les attentes de ses lecteurs, pour tenter d’y répondre. L’usage des études/lecteurs dans les médias n’intéresse que les services publicité. Une autre étude, d’ailleurs, dont je ne retrouve pas la trace à l’instant, s’intéressait aux journalistes professionnels et aux avis qu’ils indiquaient eux-mêmes rechercher pour évaluer leur propre travail. Il est malheureusement symptomatique que ces journalistes répondaient qu’ils recherchaient avant tout la reconnaissance “de leurs pairs” et accessoirement celle “de leurs sources”. Loin derrière venaient… leurs lecteurs.

    Je crois que c’est quelque chose dont se rendent très bien compte les lecteurs.

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