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La société parano et les théories du complot

“La société parano. Théories du complot, menaces et incertitudes”, Véronique Campion-Vincent, Petite bibliothèque Payot, 2005 (2007 pour l’édition de poche), 185 p., 8€.

Illustrant la délégitimation des élites sociales et intellectuelles dans notre société et la perte de crédit auprès d’une part croisante de la population de tous les discours d’autorité, provenant des institutions comme des médias, les théories du complot ne cessent de progresser dans l’opinion depuis les années 1960, dans un contexte de sentiment diffus de menace grandissante et d’incertitude généralisée.

Véronique Campion-Vincent en dresse un panorama documenté. Elle montre comment on est passé peu à peu de la dénonciation d’un groupe minoritaire, “un complot des élites” visant à établir un “nouvel ordre mondial” (une théorie qui existe d’ailleurs en deux versions : l’une de droite et l’autre de gauche), à la dénonciation d’un complot global du “système” tout entier contre les individus et leur intégrité, mentale ou physique.

L’auteur passe en revue les théories avancées par les chercheurs pour expliquer le développement du phénomène : une approche stigmatisante, faisant appel à la psychologie sociale, qui décrit un comportement déviant, et une approche plus empathique, en appelant à la sociologie, le présentant comme une conséquence de l’évolution des sociétés postmodernes, de plus en plus complexes et technicisées, mais qui ne proposent plus aucun discours clair d’explication du réel. Le livre de Véronique Campion-Vincent n’est pas une thèse sur le “complotisme”, mais une présentation très documentée et non polémique du phénomène et des différentes interprétations qui lui sont données par des universitaires et des journalistes.

L’auteur, qui a également travaillé sur les rumeurs et les légendes urbaines, aborde ce sujet sans pratiquer d’“exclusions”, ce qui l’amène à “s’autoriser des lectures sulfureuses de personnages controversés”, en s’efforçant “d’éviter les facilités du recours à l’indignation”.

Tâchant de restituer “la complexité” d’un phénomène qui justement fait appel à “la simplification”, elle se place délibérément du côté de ceux qui l’examinent “sans ricaner ou employer les mots-valises de mise à distance que sont “irrationnel” ou “superstition”.”

Dans un premier chapitre, l’auteur souligne, avant d’aborder de plain-pied le sujet de ces complots qui sont dénoncés dans la réalité, la place – et le succès – que tiennent aujourd’hui “les mégacomplots” dans la fiction contemporaine, du Da Vinci Code à la série X-Files. On verra – ce qui est loin de manquer d’intérêt… – que l’on retrouve dans les deux domaines les mêmes thèmes et la même trame.

Véronique Campion-Vincent passe ensuite en revue les principales théories du complot qui sont apparues aux Etats-Unis (qui sont en première ligne vis à vis de ce phénomène) ces cinquante dernières années, en distinguant deux grandes catégories.

La première rassemble les dénonciations d’un “complot des élites” pour s’assurer la domination du monde. Elle relève qu’il en existe deux grandes sous-familles : l’une de droite, largement présente dans les milieux des milices patriotiques américaines, s’en prenant à une mainmise sur la nation blanche et chrétienne de l’Etat fédéral, aux mains des noirs et des juifs ; l’autre de gauche, dénonçant la mise en place d’un “nouvel ordre mondial” par certaines organisations internationales pilotées sous-main par des groupes d’influence économiques et des sociétés secrètes réunissant l’élite sociale mondialisée.

La seconde grande catégorie rassemble des théories du complot “qui dénoncent les assauts portés à l’individu, les attaques contre l’intégrité personnelle”. Dans ce cas, relève l’auteur, “le thème récurent est celui du contrôle mental”, le plus souvent organisé par l’Etat et ses différentes agences, avec la complicité de la science perçue comme “maléfique”.

L’assassinat de Kennedy, père de tous les complots

Abordant ce complot des élites, l’auteur fait une place particulière à cet “événement qui a le plus inspiré les théories du complot”, l’assassinat du président américain John Fitzgerald Kenney, à Dallas en 1963 :

A partir du début des années 1970, les best-sellers présentant de nouvelles théories du complot de plus en plus complexes s’accumulèrent. Ils présentaient les méthodes les plus variées, se centrant sur les données médicales ou photographiques, sur le contexte ou l’histoire des organismes de renseignement. Leurs conclusions étaient généralement des plus diverses : “Ces auteurs, écrit Peter Knight, ont accusé la CIA, le FBI, des renégats de ces deux organismes, le service secret, les exilés cubains, la mafia, des millionnaires du pétrole de Dallas, des Texans de droite, des sympathisants de gauche, la mafia corse, le président Johnson, J. Edgar Hoover, Jimmy Hoffa, le complexe militaro-industriel, un cartel bancaire international, les trois vagabonds ramassés sur la plazza Dealey peu après les coups de feu et à peu près n’importe quelle combinaison des groupes précédents (…) Il est significatif qu’il n’y ait eu aucune convergence d’opinion sur le cas”.

Véronique Campion-Vincent relève de son côté que ces théories se présentent comme des contre-enquêtes minutieuses, dont les chercheurs, au bout du compte “sèment l’obscurité” :

Bien des théories du complot sur l’assassinat ouvrent un espace de soupçons et de doute, mais sans jamais le refermer. Elles ont donc fortement contribué à l’avènement du soupçon généralisé caractéristique de l’ère post-moderne où tout, semble-t-il, doit être remis en question.

Complot des élites pour un nouvel ordre mondial

Dans la sous-famille de droite, l’auteur rappelle plusieurs événements qui ont cristallisé des théories d’un complot d’Etat aux Etats-Unis : l’affaire de Ruby Bridge, celle de Waco, ou encore l’attentat d’Oklahoma City en 1995.

Dans la sous famille “de gauche”, on dénonce le rôle occulte et maléfique dans l’établissement d’un “nouvel ordre mondial”, préparé en secret, de “la commission trilatérale”, “le groupe de Bildeberg”, “l’Organisation mondiale du commerce”...

Ces élites sont interconnectées, formant des groupes d’influences, dans la finance internationale (“le groupe Carlyle”), l’élite sociale américaine (la fraternité étudiante de l’université américaine de Yale, les “Skull & Bones”) ou parmi les intellectuels (“la Société du Mont-Pèlerin”)…

Toutes sortes d’autres complots sont dénoncés, avec des fortunes inégales : l’ingérence de la CIA dans la vie intellectuelle française, le rôle du “pouvoir parisien” dans les inondations de la Somme en 2001… jusqu’aux plus délirants : la théorie de David Icke, qui voit notre monde actuel gouverné par une élite descendant d’astronautes en forme de reptiles vampires, qui se sont hybridés avec de grands blonds aux yeux bleus pour former les lignées royales jusqu’à aujourd’hui, ou encore la vérité cachée – par un complot – de la véritable filiation d’Adolf Hitler… descendant de la famille Rothschild… La reine d’Angleterre descend d’un lézard extraterrestre et Hitler était juif… Certains le croient sincèrement !

Un crypto-antisémitisme ?

L’auteur s’arrête ici à cette explication régulièrement avancée par certains, qui voudrait que ces théories s’expriment le plus souvent par “vocabulaire codé” dissimulant un “crypto-antisémitisme”, “affirmant que lorsqu’un théoricien du complot s’en prend à “la finance internationale,” il veut dire “les Juifs” “:

Cette approche réduisant les théoriciens du complot et leurs notions de complot des élites et de nouvel ordre mondial au seul antisémitisme semble aussi réductrice et paranoïdes que les théories qu’elle veut combattre.

Ce qui n’exclut pas, bien entendu, que certains de ces théoriciens soient effectivement antisémites…

Contrôle mental et expériences diverses

Toute une autre gamme de complots dénoncés portent atteinte à l’intégrité physique des individus.

La controverse est ici confuse, car la notion de “lavage de cerveau” est effectivement discutée par la communauté scientifique, sans dégager de consensus, et que des enquêtes réelles et sérieuses ont établi que des programmes de recherche ont été effectivement menés par la CIA et l’armée américaine sur le contrôle mental des individus (notamment par des moyens chimiques, tels que le LSD) dans les années 1950 et 1960.

Toute une série de théories se sont développées par la suite sur “la poursuite de ces recherches” en secret. L’auteur évoque également la théorie des “traînées chimiques” (“chemtrails”) laissées par les avions dans leur sillage, “le programme HAARP”, projet authentique à l’origine “de recherche sur la ionosphère financé par l’armée américaine”, qui dissimulerait des recherches sur une nouvelle arme absolue, etc.

Les théories du contrôle mental s’enracinent dans l’histoire comme dans la fiction. Elles réagissent à la rationalisation – de la production industrielle et de l’organisation sociale – et au développement de la culture de masse, et se sont développées en parallèle avec les anxiétés accompagnant le développement de l’industrialisation et la technologisation de la société. Elles sont avant tout postmodernes, affirmant l’impossibilité radicale du savoir. Les craintes du contrôle mental renvoient au rejet d’une culture qui, affirme-t-on, considère les individus comme des personnes, mais du bétail ou des sheeple [Mot valise formé de sheep (le mouton) et people (les gens)].

Stigmatisation et théories psychologiques du complotisme

Dans son dernier chapitre, Véronique Campion-Vincent passe en revue quelques unes des – très nombreuses – études entreprenant depuis les années 1960 d’expliquer le développement de ces théories du complot. Les unes font appel à la psychologie sociale et sont clairement stigmatisantes, présentant le complotisme comme une déviance mentale. Les autres font appel à la sociologie et se montrent plus empathiques avec le phénomène, présenté comme une conséquence de l’évolution sociale postmoderne, qu’il contribue à révéler.

Au premier rang de ces explications, on trouve des théories stigmatisantes, faisant appel à la psychologie sociale, et décrivant le complotisme comme “un style paranoïde” (Richard Hofsdater, 1965), ou relevant de “mythologies politiques” (Raoul Girardet, 1986). Carl Grauman et Serge Moscovici (1987) décrivent, dans cette continuité, une “mentalité du complot”. Alain de Benoist ( Alain de Benoist est un intellectuel très controversé, chef de file du courant extrémiste de “la nouvelle droite”. Sa Psychologie du conspirationnisme n’en est pas moins intéressante.) (1992) en détaille les mécanismes en étudiant les constantes psychologiques de ce mode de pensée :

Explicatives et rassurantes, les théories du complot séduisent par l’extraordinaire simplification qu’elles proposent : ” C’est pourquoi la modernité, qui se caractérise avant tout par une complexité de plus en plus grande des faits sociaux, constitue pour elles un terrain privilégié. Plus l’état du monde est complexe, plus la simplification radicale qu’apporte la théorie paraît salvatrice. Loin que leur caractère “total” suscite un légitime scepticisme, c’est au contraire ce caractère qui explique l’ampleur et la facilité de leur propagation. (…) A quoi bon se livrer à une multitude d’enquêtes historiques, psychologiques, sociologiques pour tenter d’élucider le sens des événements et la nature du social, quand la théorie du complot permet de s’en tenir à une cause unique ?”

Pour Emile Poulat “l’esprit du complot”, qui relève “du domaine de l’irréfutable et de l’intarissable”, se nourrit de la crainte d’une rupture de l’ordre établi, quand les sociétés se sentent menacées.

Empathie et théories sociologiques du complotisme

Marc Fenster (1999) “juge légitimes et comprend leur développement” mais “refuse les théories du complot, qui détournent de l’action politique responsable et constructive” :

Les analyses de Fenster sur “le sujet politique américain contemporain” se situent dans une tradition de critique sévère de l’évolution politique et sociale contemporaine de l’Amérique vers la privatisation, évolution qui, après disparition des institutions intermédiaires tels les syndicats et/ou les partis politiques, exclut l’expression citoyenne et ne fait plus de place aux antagonismes sociaux dans le débat public (remplacé d’ailleurs par les scandales à répétitition). Le déclin de la société civile laisse les démunis sans protection ni confiance en leurs représentants. Les groupes laissés à l’écart du système, Afro-Américains et petits Blancs sont donc logiquement conduits à développer des systèmes d’explications par le complot : menaces de stérilisations, introduction volontaire des drogues et du sida, assassinats politiques, voire complot juif pour les Afro-Américains ; Etat vendu au nouvel ordre mondial auquel il faut résister par le retrait et le développement d’une culture paramilitaire, pour les petits Blancs.

Timothy Melley (2000) souligne pour sa part un basculement de “la notion classique du complot perpétré par un groupe minoritaire malfaisant”, qui a complètement changé et “renvoie aujourd’hui “au fonctionnement d’une vaste organisation, technologie ou système – une entité puisante et obscure, si diffuse qu’elle est l’antithèse du complot traditionnel”” :

Melley affirme qu’une des principales fonctions culturelles de cette vision négative et totalisante du contrôle sociale est de maintenir le concept d’autonomie individuelle qu’il juge dépassé. (…) “Si nous pouvions nous voir comme des systèmes autorégulés existant dans, et ouvert à, un réseau de systèmes de communication plus vastes, nous pourrions dépasser les approches mélodramatiques de nos propres actions, désirs et identités. Nous pourrions commencer à concevoir des modes de résistance visant des cibles idéologiques précises plutôt que l’ordre social dans son ensemble.”

Jane Parish (2001) “s’appuie sur son expérience d’anthropologue africaniste” pour considérer que superstition et irrationnel n’ont pas disparus, vaincus – comme on l’annonçait – par la rationalisation et le développement technique de nos sociétés avec la modernité : “l’inexplicable s’attarde encore en ce monde, tandis que les croyances aux anges, miracles, fantômes et au Malin augmentent régulièrement dans la population américaine selon les sondages Gallup.”

Karl Marx, premier théoricien du complot ?

Martin Parker (2001) va beaucoup plus loin, dans un thèse bien plus novatrice et provocatrice :

“J’affirme que les théories du complot d’aujourd’hui présentent la même structure narrative que les sciences humaines en général.” (…) Le théoricien du complot met en relation des domaines distincts, postule des causes, des motifs, des plans et des intrigues, non pas par des spéculations folles, mais par une forme de travail de détective. (…) Sociologie, psychologie, géographie, économie et autres ont bien le même programme d’élucidation du réel : “Par exemple, la sainte trinité de Marx, Durkheim et weber (…) affirmaient tous avoir accès à un niveau d’explication dépassant l’entendement des gens ordinaires.”

Parker souligne que, d’une part, “nous vivons dans une société des organisations où les citoyens sont constamment comptés, vérifiés, examinés, étudiés. Il ne s’agit pas d’un cauchemar kafkaïen, mais d’une description du réel” – il serait donc naïf de nier l’existence d’institutions qui tentent de surveiller et manipuler clandestinement, et que, d’autre part, “le marxisme en général a fonctionné comme une théorie du complot, très répandue pendant presque tout le XXe siècle”. La question est donc pour lui : “Le soupçon généralisé est-il une forme sophistiquée de la critique de l’idéologie dominante ?”

Ce questionnement fait échos à celui du sociologue français Raymond Boudon (2004) :

Pour lui, c’est le schéma du marxisme qui a donné “une légitimité à un schéma explicatif éternel : la théorie du complot. Selon cette théorie, tous les maux qu’on peut observer dans la société seraient dus à un complot des puissants lesquels dissimuleraient leurs desseins égoïstes sous de nobles intentions.” Il met en relief l’importance dans la genèse de cette légitimation, d’une conception relativiste du savoir qui s’est diffusée au-delà des philosophes et sociologues des sciences à partir des années 1960.

Le sociologue Jean-Bruno Renard (2005) poursuit cette analyse, à travers son étude des “rumeurs négatrices” :

Il prédit de beaux jours à ce type de rumeurs en raison de la prégnance du relativisme cognitif, mentionnée par Raymond Boudon ; de la dévalorisation des canaux officiels de communication, autorités politiques et médias en raison de leurs mensonges et erreurs, à laquelle répond la valorisation des canaux informels ; de la fragmentation en sous-cultures exclusives ; de la confusion accrue entre l’image, le réel, la parodie et le mensonge que l’Internet a grandement encouragé. Citant Jean Baudrillard (Simulacres et simulations, 1981) et Umberto Eco (La Guerre du faux, 1985), Renard conclut que tous ces éléments conduisent à la popularité des idées négatrices et conspirationnistes dans nos sociétés postmodernes, qui ne présentent plus de système clair de catégorisation du réel.

Véronique Campion-Vincent, pour sa part, se garde bien de s’engager dans une contre-théorie de la théorie du complot. Elle voudrait seulement conserver dans son approche toute la complexité du phénomène…

4 Comments

  1. Voilà un compte rendu qui donne envie de se procurer le livre.
    Pour ma part je ne suis pas vraiment convaincu que les théories du complot soient aujourd’hui plus nombreuses et plus fortes que naguère.
    Il n’est qu’à se souvenir du rôle fantasmatique que l’on attribuait aux juifs, francs-maçons, jésuites (remplacé aujourd’hui par l’Opus Dei).
    On peut remarquer également que ce type d’explication n’est pas réservé à la société : une population qui serait désorientée et démunie de moyens d’action.
    Des groupes puissants ont pu prendre le pouvoir à l’aide de ces théories. Le nazisme est une tragique mise en scène puis élimination des “comploteurs” juifs.

  2. Lu ce bouquin sur ta recommandation. C’est une compil’ ultra-rapide qui manque cruellement de perspective et de souffle, et n’a aucune théorie explicative à proposer. Ce qui fait que les histoires sont enfilées en brochette, sans souci de hiérarchie, et surtout sans aucune réflexion sur les évolutions du système médiatique, auxquelles les constructions complotistes répondent en miroir. Très déçu.

  3. @ André

    C’est bien pourquoi je m’étais borné à le qualifier de “présentation”, en précisant que ce n’est pas une “thèse”… 😉

    Il faut voir ce livre, à mon avis, comme un guide de lecture sur ce sujet, puisqu’il présente tout de même une compilation fournie de sources (surtout américaines) et des pistes sur des travaux de recherches.

    Je regrette aussi l’absence de mise en perspective du système médiatique au sein duquel apparaissent et se diffusent ces théories du complot, mais peut-être n’existe-t-elle pas encore ?

    Cette question intéresse-t-elle vraiment les chercheurs en sciences sociales ?

    Je continue à gratter dans cette direction. 😉

    Car j’ai bien le sentiment que le traitement actuel de ce phénomène par les journalistes ne convient pas. Le discours général est celui de la disqualification et de la censure (ce qui renforce la conviction des tenants du complot, plutôt qu’autre chose). Les contre-enquêtes sont rares (car coûteuses) et peuvent se révéler ambiguës, en ouvrant la boîte de Pandore de la remise en cause de toutes les thèses et du doute généralisé.

    Ce débat se rapproche de celui des historiens et des politiques vis à vis du négationnisme de la Shoah. Le terrain est extrêmement glissant, mais la censure de la recherche n’est pas une solution.

  4. Quelle censure? Du côté des journalistes, peut-être, mais du côté des chercheurs, il n’y a aucun doute que la question importe. Contrairement à Véronique Campion, qui mélange tous les “mégacomplots” dans un grand brouet syncrétique, je pense qu’il y a des caractéristiques radicalement nouvelles aux formes récentes de la complotite. Comme toi, je suis frappé par la montée de cette tendance, que je ne peux pas ne pas relier à la faillite des discours politique, scientifique et médiatique. Il n’y a plus rien d’anecdotique dans cette vague de fond, qui est une reconstruction rageuse du savoir, aussi puissante que la demande de justice sociale à la fin du XVIIIe siècle en France. Pour le dire d’une formule, la complotite, c’est le terrorisme du pauvre, la guerilla de l’information. Et à en juger par les manipulations de l’élite pour présenter la crise financière, il y a fort à parier que les réjouissances ne font que commencer.

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