sur le web

La presse sur Internet peut-elle être rentable? (M. de Vivie)

Matthieu de Vivie (lecteur et commentateur de ce blog) a eu la bonne idée de mettre en accès libre en ligne son mémoire universitaire de master : “La presse sur Internet peut-elle être rentable?” (via Cédric 😉 ).

En 76 pages, une excellente synthèse des enjeux économiques de la presse en ligne aujourd’hui, puisant aux meilleures sources, notamment ici B-), et dans tous les blogs qui poursuivent réflexions et échanges d’information en ligne sur ce sujet (liste et liens en fin du mémoire).

La conclusion de Matthieu rejoint largement les remarques que je peux faire ici pour ma part : il ne semble pas aujourd’hui envisageable qu’une diffusion sur internet, à elle seule, soit en mesure de financer la production d’information de grandes rédactions de plusieurs centaines de journalistes, telles que celles du Monde ou du Figaro. Si la version papier de ces médias fait défaut, leur survie apparait bien menacée.

Un stratégie de survie se dessine peut-être dans la diversification de ces entreprises de presse sur internet, à l’image de celle que dessine Le Figaro, fédérant des sites de petites annonces ou de commerce en ligne. Les risques étant, à mon sens, une dilution, voire une dévaluation, de la marque et de l’identité de l’entreprise, quittant son “métier de base”. Cela pose également, à mon avis, de sérieuses questions quant à la place des journalistes dans ce dispositif, ainsi que de réels problèmes déontologiques…

Une seconde piste, peut-être viable, est bien dégagée par Matthieu : des sites “de niche”, à contenu très spécialisé (high-tech, féminin…), des “pure players” à forte identité réalisés par de petites équipes souples de journalistes réactifs et motivés, fédérant une communauté de lecteurs (Rue89, LePost…). Ces “formats” de presse en ligne s’inspirant fortement du blog et impliquant les lecteurs dans une forme de co-production de l’information devront toutefois rester probablement modestes quant à leurs ambitions en terme d’audience et envisager des modèles économiques hybrides, associant plusieurs sources de financement. Bref une voie relativement fragile et précaire et qui demande du temps pour se trouver…

Dans sa dernière partie enfin, Matthieu souligne que les profondes modifications du mode de diffusion et de “consommation” de l’information en ligne créent des opportunités nouvelles que seuls des produits ou des services d’information radicalement innovants (Google, Drudge Report…) ont su pour le moment exploiter à leur profit. Ces innovations remettent en cause les pratiques traditionnelles des journalistes, comme la conception que bien d’entre eux se font même de leur métier. De nouvelles “formules” sont probablement à inventer, mais ces expérimentations exigent des professionnels de l’information, à mon sens, un très important effort d’adaptation et d’imagination. C’est aussi une prise de risque qui demande du courage, car toutes les expérimentations ne sont malheureusement pas vouées au succès garanti…

La presse sur Internet peut-elle être rentable?

—-

Précision : je m’aperçois que le fonctionnement de ce blog ne permet pas de lire sur place le mémoire de Matthieu en mode plein écran. Il faut pour cela se rendre sur le site Scrib, en suivant le lien au dessus du document…

6 Comments

  1. Merci pour ce billet !

    Comme autre source d’expérimentation très intéressante, dont je n’ai malheureusement pas pu développer, il y a la technologie : une clé du succès sur le net.

    J’avais été bluffé par les efforts et les applications déjà au point du New York Times (bien résumé ici , ou .

    Les informaticiens sont au centre de l’organisation du NYT 🙂 Bien sur, cela coute cher, sans garantie de retour sur investissement… mais c’est un pari qui vaut le coup d’être tenté !

  2. Autre analyse intéressante : Umair Haque (en anglais).

    En un mot : la seule chance de survie du New York Times, c’est de racheter Twitter et de se mettre à la diffusion virale de l’information. Si c’est Google qui rachète Twitter, alors c’est la fin des journaux…

  3. Voilà qui commence à prendre la suite de ce mémoire, excellent et passionnant, mais au sujet duquel je formaliserai, quand même, un petit regret : celui de ne pas traiter suffisamment de prospective, axée sur la valorisation de ce couple “papier-web”.

    Les blogs (ou les extranets-communautés de lecteurs) (à partir de la page 64) ne sont qu’un des aspects (certes nécessaires, mais pas suffisants) de la fameuse “relation privilégiée”, qui passe aussi par les nombreux autres moyens de rencontres virtuelles (réseaux sociaux, micro messaging, discussions virtuelles,…) ou nouvelles pratiques (vente, partenariats, …), qui sont autant de la fidélisation que de l’exposition de la “marque” …

    A cette question autour de twitter, soulevée relayée par Narvic, racheté ou non par le NYT, je poserais d’abord celle de son utilisation (mais cela vaut également pour seesmic, et d’autres encore)
    _ Pour rebondir ensuite sur le sujet de la video et du son ; celui de la vente (plus spécialement dans le cadre de la presse spécialisée) ; des réseaux sociaux ; …

    Bref, la question n’est pas tant, AMHA, celle de l’appropriation au sens physique de ces nouveaux outils, que celle de leur utilisation, et plus particulièrement, de leur agrégation dans le contexte particulier de la presse, en tant que nouvelle composante de ce métier, dans la génération de revenus comme dans la stratégie de marque.

  4. Merci pour ce commentaire. C’est vrai que je n’ai pas développé à fond cette dernière partie prospective, sans doute la plus passionnante : pas assez de données chiffrées pour mon mémoire, plutôt orienté économie 🙂 Les 2 pistes de mon mémoire, inversion de la chaine de la valeur sur le net en se plaçant au départ du parcours de l’internaute (via le journalisme de lien), et construction d’une nouvelle relation avec l’internaute (via notamment les blogs) ont un point en commun : l’adaptation à la structure du net, ouvert et en réseau, valorisant le relationnel.

    Sur la vente de contenus, Politico utilise une méthode très élégante, ce que Jeff Jarvis appelle reverse syndication. Si j’ai bien compris, Politico fournit aux journaux qui le souhaitent ses articles mais aussi de la publicité, il partage alors les revenus publicitaires avec les journaux partenaires (cela ressemble au modèle de Glam, décrit dans mon mémoire). Comparé aux très chères agences de presse comme l’AFP ou Reuters, ce modèle pourrait cartonner : c’est du gagnant-gagnant (sur les agences de presse, lire Jeff Jarvis sur Rue89).

    L’excellent article proposé par Narvic sur un rachat de Twitter par le NYT montre bien l’adaptation douloureuse à venir : Twitter est devenu un immense canal de distribution virale de news, ouvert et privilégiant le relationnel, l’exact opposé des sites d’information traditionnels. Aussi, en ce qui concerne l’information, Twitter est bien plus pertinent que Facebook avec des messages à caractère public/informationnel vs privé/personnel. J’avais lu 2 très bons articles sur l’émergence de cette infosphère via Twitter : sur les blogs de Nicolas Gosset et d’Enikao.

    Aussi se pose la question de la valorisation de ce contenu, de ces relations, Facebook et Twitter n’ont pas encore trouvé la clé de la rentabilité… Comment valoriser les commentaires, les informations apportés par les amateurs, gérer une communauté? Ce n’est pas facile (cf. the economic of comments ), et seul wikipédia a réussi aujourd’hui (cf. toujours Nicolas Kayser-Bril, pourquoi les sites d’info doivent s’inspirer de Wikipédia).

Comments are closed.