le salon

La presse est tombée par terre, c’est la faute à Google

L’attaque frontale des éditeurs de presse contre Google à l’occasion des Etats généraux de la presse, rapportée par Eric Scherer sur AFP-Mediawatch, est tout simplement consternante.

Les éditeurs de presse sont incapables de se remettre en cause, incapables d’admettre que la source de “leur” problème c’est “nous”, nous l’audience, nous les lecteurs, qui les quittons parce que leur produit n’est pas à la hauteur et ne vaut pas ce qu’ils nous le vendent, nous qui allons voir ailleurs dans les blogs et les sites alternatifs parce que l’herbe verte y est plus à notre goût, nous qui préférons les moteurs de recherche et les agrégateurs car la sélection qu’ils nous offrent nous semble moins douteuse que la leur.

Non, ce n’est pas nous leur problème. C’est la faute à Google…

Sur AFP-Mediawatch :

(noir) « Pour tous les éditeurs, quelque chose s’est brisé ces derniers mois dans notre relation avec Google », a estimé le patron de PubliPrint du Figaro, Pierre Conte. « Il y a encore six mois nous pensions y arriver, mais aujourd’hui, avec la crise actuelle, nous vous considérons comme notre pire ennemi ».

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(noir)Julien Billot, Directeur numérique et new business, Lagadère Active, s’est fait menaçant : « par temps de crise, votre modèle d’affaires est devenu prédateur. Le modèle de prix (de la pub en ligne) menace actuellement tout le monde ».

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S’en prendre aux conséquences, pas aux causes…

J’ai posté chez Emmanuel Parody sur écosphère, le commentaire suivant, repris par Alain Giraudo, sur chienecrase(point)com, et Jean-Marie Le Ray, sur Adscriptor (merci à eux 😉 ), il fait un bon début de billet sur novövision :

(noir)J’ai bien peur que les médias ne résolvent pas leur problème de distribution en s’en prenant à Google : c’est s’attaquer à des conséquences, pas à des causes.

(noir)Google n’a pas créé le nouveau mode de distribution de l’information en ligne : il n’a fait que le comprendre avant les autres et s’y adapter adroitement, et il est bien le seul à réussir à en tirer profit.

(noir)Le fond de l’affaire est qu’il sera probablement impossible de reconstruire sur internet, comme sur le papier, une intégration verticale publication/distribution. Les médias s’illusionnent à conserver ce projet.

(noir)Le net a rompu le lien “organique” précédent entre publication et distribution. Ce sont les internautes eux-mêmes, qui sont désormais les “agents” de la distribution de l’information en ligne (pas Google), car ce sont eux qui placent les liens qui permettent l’accès à l’information. Les points-clés de la distribution en ligne, ce sont la recommandation et la réputation et ces points-clés sont passés presque entièrement du côté utilisateur. Ils ne sont plus du côté producteur, et ils n’y reviendront pas.

(noir)Google sait exploiter ce système, mais il n’est pas le seul : la blogosphère dans son ensemble, les réseaux sociaux, les agrégateurs… jouent le même rôle dans la distribution (c’est de la distribution distribuée ).

(noir)Démanteler Google ne fera que déplacer le problème vers un autre service d’agrégation des recommandations d’internautes.

(noir)En réalité, Google ne détient pas réellement un monopole, dans le sens “classique” : si demain, un autre service fait mieux que lui, il le remplacera rapidement. Google n’est pas propriétaire du système de distribution, il n’en est qu’un exploitant. Car le système de distribution : c’est le net lui-même.

(noir)Les médias font fausse route en considérant que le problème est celui d’un partage de la rente liée à la production des contenus, dont une partie serait “captée” par Google.

(noir)Google ne leur “vole” rien : il s’est seulement positionné là où se créé la valeur en ligne, et c’est pas dans la création des contenus !

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Le nerf de la guerre, une question de gros sous

Emmanuel Parody me répond, un peu courroucé, en commentaire sur son excellent blog ;-), que tout ça n’a rien à voir avec les contenus, que c’est uniquement une question de gros sous et qu’il est enfin temps qu’on en parle.

Le nerf de la guerre, c’est en effet de ça qu’il est question (voir AFP- Mediawatch) :

(noir)« Le changement dans nos têtes s’est fait très vite avec le nouveau Google. Nous vous considérons désormais comme un danger pour la vie de nos entreprises », a lancé Conte. « Les CPM se sont effondrés, et la croissance de l’Internet a été récupérée par le +search+. Nous ne sommes plus en mesure de payer les journalistes professionnels pour faire leur travail ».

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A mon sens, toute l’ampleur du naufrage des médias – et une bonne partie des causes qui font leur incapacité à réagir – est résumée dans cette phrase.

Parlons de gros sous alors ! “La croissance de l’Internet a été récupérée par le +search+”, nous dit Pierre Conte. Voilà bien qui témoigne d’une mentalité de petit propriétaire désemparé. Tout le sel est dans le “récupéré”. Ce “récupéré” ne veut rien dire d’autre, tout simplement, qu’une accusation de vol, de spoliation.

Et de quoi les éditeurs de presse auraient-ils été propriétaires dont Google les aurait spoliés ? Mais c’est de nous qu’on parle ! Nous, l’audience. Nous, les lecteurs ! Et la pub, bien sûr, qui quitte aujourd’hui les médias, car elle ne fait – la finaude – que nous suivre là où nous allons !

Avant, bien sûr, il fallait en passer par les médias pour s’informer de l’état du monde, mais aussi pour obtenir des informations pratiques, du jeux et des divertissements, des petites annonces, les résultats de sports, les programmes de cinéma et de télévision…

Aujourd’hui ? Des tas d’autres services nous proposent ces informations mieux et moins cher. Directement dans la rue avec toutes sortes de journaux gratuits, sur du papier ou des écrans urbains. Dans notre boîte aux lettres. Et bien entendu… sur internet. Mais tout ça c’est la faute à Google.

Sur le net, nous ne passons même plus par les “portails” que les médias ont reconstitué à l’image ce qu’ils faisaient avant, et nous en préférons d’autres pour accéder à l’information : c’est qu’ils sont bien mieux faits, brassant un nombre bien plus considérable et varié de sources, et introduisant comme critères de sélection et de hiérarchisation les avis agrégés de millions d’internautes qui nous ont précédés.

Et nous avons la faiblesse de préférer cette méthode de sélection à celles des journalistes, et en réalité à celle des chefs journalistes, des “rédacteurs en chef”, des “directeurs de rédaction” qui ordonnent tout le fonctionnement des médias selon des critères qui nous paraissent un peu… curieux, voire douteux. On y sent la pression commerciale, voire politique. On y soupçonne beaucoup de connivence. Bref, un système qui n’est pas très sûr.

Et c’est bien là que les éditeurs de presse voient une spoliation. Si nous, nous l’audience, nous les lecteurs, nous allons voir ailleurs car l’herbe y est plus verte à notre goût, c’est qu’on les a volés, eux. Curieuse conception du monde, en vérité. Mais c’est la faute à Google.

Si nous décidons de passer par Google pour arriver chez eux, c’est la faute à Google… Ces éditeurs de presse ne semblent pas voir, d’ailleurs, que nous n’arrivons pas toujours chez eux par Google, nous arrivons aussi sur des tas d’autres sources, qui ne sont pas moins intéressantes… Il y a des institutions (administrations, associations, syndicats, partis politiques, entreprises…) qui nous proposent leur message en direct, sans passer par le prisme filtrant des médias. Et nous préférons ça, voyez-vous, les sources en direct.

N’en déplaisent aux journalistes, qui nous prennent probablement pour de grands enfants qui ont besoin d’un contrôle parental pour différencier le bon grain de l’ivraie : les pauvres ! Ils ne vont pas savoir faire le tri sans nous. Ils vont se faire avoir par le discours pervers de la publicité, de la communication, si ce n’est de la propagande !

Ben, voyez-vous, on préfère s’en passer d’un tel filtre, qui nous considère ainsi. D’autant qu’il n’est guère capable lui-même de prouver la réalité de son indépendance, et que nous avons bien des raisons de penser que ce filtre est biaisé.

Et puis nous avons trouvé d’autres filtres, en qui nous avons, curieusement, plus confiance : nos amis, sur Facebook et dans les réseaux sociaux, les blogueurs, que l’on finit par connaître bien, à la longue, car en ligne ils se dévoilent et c’est leur réputation personnelle qu’ils mettent en jeu. C’est finalement une garantie plus sérieuse que celle qu’offrent les journalistes des médias ! Les blogueurs y mettent un investissement personnel, un peu d’eux-mêmes, qu’il est bien plus difficile de galvauder au bout du compte : les tricheurs sont rapidement sanctionnés, ils disparaissent du circuit. Il ne me semble pas que ça fonctionne comme ça dans les médias…

Même la masse anonyme des internautes nous parait finalement un filtre moins déformant, à travers l’algorithme de Google ou les votes des Digg-like, que celui des médias. Mais c’est la faute à Google.

Nous quittons les médias, et la pub nous suit là où nous allons, mais c’est la faute à Google et c’est une spoliations des médias. Permettez-moi un sourire…

Quand la concurrence devient subitement moins amusante…

Seconde ligne de front, car la bataille n’en restera pas là : le prix de la pub ! « Les CPM se sont effondrés (…) Nous ne sommes plus en mesure de payer les journalistes professionnels pour faire leur travail » poursuit notre inénarrable Pierre Conte, chef de la pub chez Le Figaro.

Cette ligne de front n’en est pas moins révélatrice que la précédente. C’est une autre manière d’aborder le refus de la remise en cause des situations acquises, même quand elles ne sont plus acquises, quand on ne s’est toujours pas rendu compte que l’on était plus maître du jeu, car les règles du jeu avaient changé…

La pub en ligne ne rapporte pas grand chose. C’est un fait :

(noir)Le revenu publicitaire fourni chaque année par un visiteur unique mensuel varie de 1 à 3 euros (pour les sites de médias, sur internet), contre 20 à 60 euros pour un lecteur de presse écrite.

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C’est ce que l’on dit d’ailleurs aux Etats généraux de la presse, comme nous l’apprend Benoît Raphaël, sur son blog Demain tous journalistes ? Et c’est – bien entendu – la faute à Google…

Il est peut-être, en effet, plus difficile de considérer que le prix de la pub, en économie de marché, se régule selon les lois de l’offre et de la demande… Et si les contenus offerts par les éditeurs de presse se vendent mal, c’est peut-être qu’ils ne sont pas si demandés que ça.

Triste loi de la concurrence, que ces messieurs du Figaro et de Lagardère trouvent subitement moins amusante : les contenus qu’ils proposent se trouvent aujourd’hui noyés dans une masse considérable de contenus provenant d’un nombre formidable de sources, et il ne semble pas que leurs contenus sortent du lot tant que ça… Pas au point, en tout cas, de justifier des tarifs publicitaires tellement plus élevés que les autres. Mais c’est la faute à Google.

Les éditeurs de presse refusent tout simplement de se poser la question de ce que vaut leur propre contenu. Ils incriminent le coût de la publicité qui est trop faible, mais ils ne se posent pas la question de ce que le consommateur est prêt à payer pour ce qu’on lui donne. Il feraient pourtant bien de se poser cette question. Car Google a poussé le raffinement publicitaire jusqu’à un point inconnu auparavant : ce qui a changé en ligne, c’est que les publicitaires savent désormais exactement ce qu’ils payent, et ils sont très attentifs à cette question. Et ça, oui, c’est bien la faute à Google !

(Ne surtout pas imaginer que les éditeurs de presse n’avaient pas été, jusqu’à maintenant, très “francs du collier” sur ce sujet avec les publicitaires. Non, surtout pas…)

Quand l’information est devenue tellement abondante sur internet, il est assez logique et prévisible que sa valeur baisse, et du coup celui de la pub qui lui est attachée.

Quand on dispose d’outils d’une précision inconnue auparavant pour mesurer sur quels contenus se porte l’attention des internautes, il est tout aussi logique et prévisible que les publicitaires cherchent à suivre le mouvement, ce qu’ils s’empressent de faire !

Oui mais, geignent les éditeurs, ça ne nous laisse plus assez pour vivre. “Nous ne sommes plus en mesure de payer les journalistes professionnels pour faire leur travail” se lamente notre héros du Figaro. C’est du coup nettement moins amusant, l’économie de marché réglée sur la loi de l’offre et de la demande, n’est-ce pas, Messieurs du Figaro (Dassault) et de Lagardère ? Le problème n’est pas ce que ça vous coûte, c’est le prix auquel on peut le vendre… Mais c’est la faute à Google, bien entendu.

Le problème n’est pas mince, et il mérite en effet d’être posé : que sommes nous prêts à payer pour quelle qualité d’information ? Mais est-ce la question que posent les éditeurs de presse à Google ? Nullement !

Ils souhaitent continuer à faire exactement comme ils font, sans ce soucier de nous un seul instant, sans se demander pourquoi ils en sont arrivés là, c’est à dire pourquoi nous sommes partis, entraînant derrière nous les publicitaires qui nous suivent à la trace, et il leur semble “naturel” d’être payés pour ce qu’ils offrent le prix qu’ils demandent. On pense comme ça, quand on est un patron de média français…

Grappiller une part du gâteau…

Quel est leur objectif ? Le gâteau, bien sûr. Ils ont perdu le leur. Ils voient bien que Google en a trouvé un autre (assez crémeux, faut avouer). C’est donc forcément le leur. Ça ne fait pas de doute. Grands princes, nos éditeurs, en réparation de ce vol, ne demandent qu’un… partage.

Mais partager quoi ? Mais nous bien sûr, nous l’audience, nous les lecteurs ! Rappelez-vous, nous leur appartenons. Rappelez-vous, Google nous a volé à eux. Ils ne demandent que leur bien injustement spolié.

Cette affaire vire à la querelle de marchands de tapis. C’est pitoyable.

Pendant ce temps-là… aux Etats-Unis, le respectable groupe du Los Angeles Times est au bord de la faillite, tandis que le New York Times hypothèque l’immeuble de son siège, et le site pur web HuffingtonPost, insolent, lève 25 millions de dollars. Aziz Haddad, sur Mashable fait le naïf :

(noir)Selon AllThingsD, cette levée valorise The Huffington Post à 100 millions de dollars. Un montant assez astronomique qui remet sur la table la fameuse question: “Mais comment est-ce possible ? C’est juste un blog !”

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C’est sûrement la faute à Google.

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A lire aussi sur le web (avis très divers et variés) :

– Eric Scherer (AFP-Mediawatch) : Etats Généraux : Google en position d’accusé

– Emmanuel Parody (écosphère) : Google sous le feu des Etats généraux

– Damien van Acther (Blogging the News) : Il n’y a pas de droit inaliénable au business de l’info (avec une video !)

– Didier Durand (Media & Tech) : Google: la tyrannie publicitaire grâce à l’innondation d’informations (tierces) ?

– Pierre Haski (Eco89) : Entre Google et la presse française, la guerre est déclarée

– Frédérique Roussel (Ecrans) : Qui a peur du gros Google ?

– Jean-Marie Le Ray (Adscriptor) : Jurassic Presse et Google

– Eric Mainville (Crise dans les médias) : Google, un prédateur pour les médias français?

14 Comments

  1. Ce que vous ne voyez pas encore, tout à votre jubilation de voir le désarroi des dinosaures, c’est que vous-même êtes un atome de “presse” et que votre modèle économique n’est pas viable non plus.

    L’Internet a pulvérisé le gâteau de la publicité, exactement comme prévu. La presse, après s’être agglomérée, va se déstructurer à tel point que les grandes agences risquent de ne plus pouvoir trouver assez de clients pour survivre.

    On risque, en très peu de temps, de perdre tout point de repère.
    En bref : c’est l’information tout court qui est menacée, pas seulement les dinosaures.

    Et comme l’information est le socle du pouvoir, l’Etat finira bien par remédier au souci … une fois de plus.

    Accessoirement : l’info des actualités c’est la télévision pour 64 %, la radio pour 13 %, la presse écrite pour 11 % et Internet pour 10 % (source CREDOC).

    Presse écrite contre Internet, c’est donc un combat entre nains.

  2. Comme d’habitude très pertinent, mais… pourquoi le Canard enchainé, résolument indifférent à Internet (leur site n’existe que pour empêcher un éventuel piratage), se porte-t-il insolemment bien et a, lui, et les moyens de payer ses journalistes et les moyens de se passer de toute pub ?

  3. «On risque, en très peu de temps, de perdre tout point de repère. En bref : c’est l’information tout court qui est menacée, pas seulement les dinosaures.»

    SZarah, pour moi cette affirmation est totalement fausse, et faussée. Je n’ai besoin de personne pour trouver mes points de repère sur le Net, et l’information se porte mieux que jamais.

    Et je ne vois pas pourquoi ce serait différent pour le voisin.

    Quant aux 64% de la télé, ce qu’il faudrait peut-être voir, un peu comme pour IE vs. Firefox, c’est l’évolution de la courbe : en baisse constante…

    Jean-Marie

  4. Voilà qui me rappelle ce que disait Philippe Couve, il me semble : c’est une économie de l’attention. Celui qui est capable de la capter et de la garder, parce qu’il produit de l’attractif, du complet, du pertinent, du rapide, du bien présenté… (peut-être ne rayer aucune mention) l’emporte. C’est un peu mon cheval de bataille, mais la quatrième dimension est la vraie richesse à se partager. Mon temps n’est pas extensible, une journée n’a (hélas) que 24 heures. La concurrence de l’attention est rude et les choix sont aujourd’hui plus ouvert (nouvelles formes de socialisation, nouveaux modes de communication / information).
    Je crois avoir lu récemment sur un blog IT (Mashable ?) que nous arrivons à un moment où, pour trouver un relais de communicaiton sur un service innovant parmis les hyper-connectés, il ne faut pas seulement être pertinent, utile et pratique, il faut carrément… supplanter quelque chose d’autre.

  5. Bonjour,

    2 bémols:
    – Le premier sur l’honnêteté de google vis à vis des annonceurs…
    La fraude (faux clics) est massive et automatisée. Les annonceurs sont captifs et le marché n’est pas du tout transparent.

    – Le deuxième, google est souvent dans une position dominante, voir par exemple le probleme allociné.

    Cordialement

  6. excellent billet Narvic. Je retrouve exactement le discours que tenaient nos éditeurs belges il y a 2 ans. Sortis de l’index, ils ont dû faire des pieds et des mains pour y revenir. Et, comble du comble, certains rédac chef de ces titres se voyaient obligés d’acheter à Google le trafic (via de couteuses campagnes adsense) que leurs propres avocats étaient en train de leur retirer en justice ..

    Je serais étonné de voir le pognon que les éditeurs français claquent déjà en adsense pour essayer de driver du trafic chez eux (pour contrer par exemple l’ascension du Post.)

  7. Comme tu le sais je ne partage pas bon nombre de critiques à l’encontre de Google par certains éditeurs. Mon propos n’est pas de geindre non plus ni de pleurer sur la passé glorieux de la presse (que je n’ai pas connu).

    On tourne un peu en rond à vouloir rappeler que la presse n’a pas vu venir la menace et s’accroche aux branches.
    Tu parles de l’offre et de la demande, mon propos est justement d’expliquer que les règles du jeu sont faussées.
    Mon dernier billet donne un exemple.

  8. @ Jean-Marie Le Ray

    Quand j’écris “on”, je généralise, c’est un indéfini statistique qui ne concerne ni vous ni moi ni les lecteurs de ce blog 🙂

    Les autres, ce matin, ont massivement privilégié :

    – “REGARDEZ – Bush visé par un “attentat à la godasse” (sur lepoint.fr);
    – “Gala Star Academy 8: Mickels et Alice font campagne dans leurs fiefs” (sur gala.fr).

    C’est ce que me dit la page “Aricles les plus lus” de GG-news.
    Voilà ce que “on” a préféré lire.
    C’est un fait.
    “On” n’a pas lu seulement ça, c’est probable.

    Et cette information-là se porte bien en effet, elle fait plaisir aux lecteurs et rapporte à ses auteurs et statistiquement elle permet de généraliser et d’énoncer comme vous le faites que “l’information se porte mieux que jamais”.
    Les prévisions de la météo se portent très bien aussi … mais hors compétition.

    Et notez bien que cette info qui cartonne est plurimédias et qu’elle ne trouve pas son origine sur le Web : elle est d’abord publiée ailleurs.

    L’info qui se porte bien sur le Web se nourrit du non-Web, c’est un écho.

    Certains échos portent des harmoniques créatives et intéressantes (les analyses de bouquins de Narvic sont de ceux-là).

    Mais ce sont des exceptions.
    Que vous soyiez abonné aux échos exceptionnels dans les domaines qui vous sont chers, fort bien (et ce n’est pas une surprise), mais n’allez pas imaginer que c’est le cas de tout le monde.

    Le plus petit dénominateur commun de l’intérêt des internautes, les créneaux à occuper et les citadelles à prendre sont très faciles à distinguer.

    Dans un contexte de marasme, c’est là que vont se porter les efforts.

    Pardonnez-moi si j’y vois une menace pour le reste de l’information.

  9. SZarah,

    Franchement, je vois bien moins de menace pour le reste de l’information sur Internet que de me voir marteler 24h/24 à la télé, la radio et dans les journaux les mêmes infos, la plupart largement contrôlées ou répétant à l’infini les mêmes dépêches habillées aux couleurs de tel ou tel autre.

    Et puis penser que nous sommes des exceptions «mais n’allez pas imaginer que c’est le cas de tout le monde.» me semble contradictoire avec ce que l’on attend des citoyens dans une démocratie. D’un côté le “citoyen” est responsable de son vote, et de l’autre il ne serait pas capable de s’informer tout seul ?

    Jean-Marie

    P.S. J’espère ne pas trop être hors-sujet, pardonnez-moi dans le cas contraire

  10. @ Jean-Marie Le Ray

    Chacun de nous (presque sept milliards) est une exception mais nous ne sommes pas tous à la recherche d’informations exceptionnelles : au contraire, “on” va là où il y a de la lumière, là où ça brille, là où c’est dans le top10 🙂

    “Ce qui intéresse tant de monde ne saurait me laisser indifférente, n’est-ce pas ? Il doit bien y avoir un motif à ce succès. Tant de gens ne sauraient être stupides ni se tromper.” Etc … Vous connaissez l’antienne.

    Quant aux citoyens et à la démocratie, sur le même principe, je leur fais totalement confiance au moment des élections comme entre les élections. Après tout, c’est de leur sort qu’ils décident, pas du mien 🙂

    (C’était de l’Humour 2.0)

    Une information “exceptionnelle”, c’est une info qui peut fonder une réflexion, participer à un progrès, ouvrir des perspectives de création, c’est le contraire de la consommation béate.

    Et je persiste à croire que c’est une denrée rare sur le Web.

  11. @ Emmanuel

    “Tu (Narvic) parles de l’offre et de la demande, mon propos est justement d’expliquer que les règles du jeu sont faussées. Mon dernier billet donne un exemple.”

    Dans la mesure où l’internaute peut librement gérer les cookies sur son poste personnel, cette technique ne me paraît pas indélicate.

    L’ingénierie publicitaire évolue et si les régies (ou les annonceurs) placent des cookies, on se doute que ce n’est pas pour décorer.

    GG est complètement correct : il demande d’insérer une page “Publicité et confidentialité” explicite quant à l’utilisation des cookies, extrait :

    “La présence des annonces publicitaires implique que, lorsque vous visitez notre site, des tiers peuvent placer et lire des cookies sur votre navigateur et utiliser des balises Internet pour collecter des informations. Si vous le souhaitez, vous pouvez configurer votre navigateur pour refuser les cookies.”

    Accessoirement (et perso), où est le mal si de petits éditeurs grapillent des miettes chez les gros ?
    Le contenu des petits vaut souvent largement celui des gros qui s’imposent par référencement.

    @ Narvic
    Désolée pour ce hors-sujet mais GG est mon ami aujourd’hui, il a gagné par tirage au sort 24 heures de mon objectivité bienveillante 🙂

  12. @ Jean-Marie et Szarah (et par ricochet… à (enikao) 😉 )

    Mais non votre débat n’est pas du tout hors sujet. Au contraire, il est en plein dedans, contrairement aux éditeurs de presse : c’est eux qui sont hors sujet. 😛

    Un point de vue qui pourrait peut-être vous rapprocher : ce n’est pas tellement l’information qui se dissout en ligne, que la notion d’actualité qui disparaît. L’actualité (on dit aussi l’agenda des médias) : cet artefact fabriqué par les médias, à partir d’une masse d’information qu’ils passent à la moulinette pour en sortir une image du monde figée à l’heure de leur bouclage.

    Aujourd’hui chaque personne, chaque communauté en ligne dispose d’outils pour se fabriquer son propre agenda à partir de la même matière (les informations disponibles) qu’utilisent les médias.

    Il n’est guère étonnant que les gens s’estiment mieux chaussés avec un tel sur-mesure qu’avec un agenda généraliste, conçu pour toucher le maximum de personnes à la fois (avec un impératif publicitaire, voire des connivences politiques, derrière, qui polluent le résultat et le discréditent).

    Cette personnalisation de plus en plus poussée conduit évidemment à une fragmentation sociale de plus en plus grande. Au point qu’on en vienne à redouter la disparition pure et simple d’un lieu social commun, de la place publique commune (l’opinion publique, disent les philosophes).

    Cette opinion publique est un artefact aussi, mais il est le socle de la démocratie représentative moderne. On voit bien qu’elle souffre de cette situation : la fragmentation de l’opinion est telle que pour mobiliser l’ensemble de l’électorat, pour capter son attention et la fédérer sur des choix simples au moment du vote, la politique doit mobiliser des moyens et des techniques de propagande gigantesques, et de plus en plus démagogiques. Cette mobilisation politique relève de plus en plus de la publicité (elle joue surtout sur la séduction) et de moins en moins sur l’information du citoyen (dont on éclaire le choix par une argumentation).

    Mais là encore, internet offre de nouvelles opportunités d’information et de débat, pour fédérer les opinions. C’est encore balbutiant et très imparfait (on l’a vu avec le référendum européen), mais ça s’organise mieux petit à petit (voir la campagne d’Obama).

    Une chose est déjà claire dans cette évolution : ça se passe SANS les médias traditionnels…

    @ loran et Emmanuel

    Et le jeu de la publicité dans les médias traditionnels, il n’est pas faussé peut-être ?

    Les chiffres de diffusion affichés par les magazines (à grands coups de distribution gratuite dans les aéroports, à renfort d’abonnement purement et simplement achetés au lecteur contre une cafetière ou une montre qui vaut à elle seule autant que le prix de l’abonnement lui-même !) ne sont pas une vaste mascarade destinée à enfumer les publicitaires, peut-être ?

    Et les quotidiens ne sont pas des adeptes coutumiers de la fausse facture d’achat de papier et d’encre, pour pouvoir présenter des justificatifs de tirage faussement gonflés pour gruger les publicitaires, peut-être ?

    C’est comique de voir ces mêmes éditeurs venir pleurer aujourd’hui que les règles du jeu seraient faussées, alors qu’elles sont peut-être au contraire plus transparentes qu’auparavant.

    Emmanuel, quant à la séparation des activités de recherche et de régie publicitaire de Google, je ne vois pas comme c’est même réalisable, tellement ces activités sont enchevêtrées : ce sont les informations collectées par Google à l’occasion de la recherche qui rendent sa publicité efficace.

    @ bertrandc

    Le Canard enchaîné est dans une niche (une niche très confortable, il est vrai). Il existe de nombreuses autres niches très prospères (dans la presse magazine, les médias spécialisés), en ligne comme hors ligne. Ceux-là ne sont pas menacés “structurellement” par les évolutions en cours.

    Ce qui est en train de mourir, ce sont les médias généralistes grand public. C’est la mort des mass media. Pour les autres, ça va bien merci… 😉

  13. Je suis un fidèle lecteur de vos chroniques (et de certains commentateurs du billet!). Cela tend à vérifier les longs propos échangés sur ce post et ses commentaires sur l’archaïsme du nasse-média et l’émergence de nouveaux phares qui guident les voyageurs au travers de la Cybérie (Comme aurait dit JPCloutier, un vieux phare cybérien du siècle dernier).

    Si je sors de ma réserve d’humble lecteur, c’est que je suis désolé de lire des propos que je qualifierai pourtant de trop angéliques, voire (vous m’en excuserez) narcissiques.

    Nous sommes quelques-uns à avoir tiré depuis plusieurs années la sonnette d’alarme sur le nombrilisme de la presse (ou de l’édition).
    Autisme sur les nouveaux usages (souvent considérés comme vulgaires ou triviaux par la profession), autisme sur la menace de google en créateur d’audience et en régisseur publicitaire (souvent considéré comme un brave VRP multicartes par la profession).

    Que les éditeurs glapissent face à Josh Cohen, cela nous fait tous ricaner bien sûr. il est bien l’hôr monseignôr de singer Louis de Funès et son trésôr. Pourtant, s’ils ont mal, indirectement cela signifie aussi que nous avons tous perdu quelque chose.

    Je compare souvent le web au monde réel car cela permet (de dire des bêtises certes) de quitter un peu un monde de Oui-Oui où je peux tout faire et tout voir maintenant partout avec qui je veux.

    Disons que le web c’est la rue et les sites sont les pas de porte. Dans cette analogie, si vous regardez le plan de Paris, il y a des millions de pas de porte. Vous savez qu’au N° x de la rue machin se trouve la boutique du meilleur spécialiste de la presse de demain? Bien sûr, vous êtes trop connaisseurs pour prendre le car de touristes qui visite le siège du Monde, est reçu par la DDM et assiste à la dernière comédie musicale des Etats Généraux. Mais pour aller dénicher cette boutique, vous avez lu un guide, écouté le bouche à oreille, demandé aux passants, suivi votre instinct?

    Au final, les nasse-média ont leurs défauts (nous les avez décrit mieux que moi), mais ils représentent un “certain” pluralisme et un “certain” sérieux pour ceux qui n’ont pas le temps, les réseaux, l’expertise, l’aisance pour faire par eux-mêmes (d’accord ça n’est pas conforme à votre exigence, ni à la mienne). Qu’ils ne puissent dupliquer sur le web parce qu’ils s’y prennent comme des balourds, c’est possible, mais, sans eux, sur les sujets que je maîtrise pas, dois-je faire plus confiance à google?

    J’ai l’impression de me retrouver dans un souk marocain que je ne connais pas, sans plan, avec un homme affable qui m’accoste et se propose de me guider dans ma recherche d’achat de tapis, gratuitement.

    forcément, ça n’est pas gratuit (je laisserai à O.Bomsel, le soin de redécrire les marchés bifaces). Forcément, le magasin qui m’accueille est celui qui a la plus grande audience par diverses actions marketing. Pis encore, le guide peut me glisser de ne pas acheter là, qu’il connaît un artisan qui fait les mêmes pour 3 fois moins cher (Cf. un des derniers billets de E.Parody sur l’arnaque des adservers).

    Obama sait parfaitement canaliser le web vers lui. Effectivement. Mais, ça coûte 1 milliard de dollars (sans compter le bénévolat – j’ai testé). Guillaume (si vous permettez que je vous appelle Guillaume), t’as un milliard à cramer en secondlife, twitter, flickr, … ?

    Nos éditeurs sautent peut-être comme des idiots, mais c’est surtout parce que seuls quelques acteurs mondiaux peuvent jouer la partie à 9 zéros. Sommes nous sûrs d’y gagner?

    désolé de ne pas mettre les liens sur les références citées. Faites confiance à Google !

    A bientôt de butiner avec gourmandise les prochains posts.

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