le salon

La participation en ligne ? 0,075% des lecteurs !

Le site Rue89 joue la vérité des chiffres, et c’est tout à son honneur. Il a laissé un étudiant en statistiques analyser en profondeur ses statistiques d’utilisateurs et surtout, ce qui est bien plus rare, celles des commentateurs.

On trouve dans les résultats de cette recherche une confirmation, mais aussi une surprise, qui bat en brèche le fantasme du web-agora, expression de la démocratie directe.

On savait déjà que moins de 1% des lecteurs d’un site font des commentaires (pour Rue89, c’est 0,75%). La surprise c’est que 80% des commentaires sont postés par seulement 10% des commentateurs, soit au final : 0,075% des lecteurs !

Au delà de la réalité de l'”enjeu participatif”, qui semble largement fantasmé, la question de la représentativité d’une “commentosphère” à la surface aussi réduite se pose aussi…Les chiffres publiés par VinceDeg sur Rue89 (“Riverains de Rue89, qui êtes-vous?”) sont clairs :

– 600.000 visiteurs par mois sur Rue89 (d’après l’institut Nielsen)]
– 45.000 utilisateurs enregistrés
– 8.500 d’entre eux seulement sont actifs ((se sont connectés sur leur compte en mai-juin 2008))
– 4.500 ont posté un commentaire au moins (sur la même période)

– 15.000 inscrits ont laissé un commentaire depuis la création du site, il y a un peu plus d’un an.

C’est l’analyse des pratiques de ces 15.000 commentateurs que synthétise le diagramme suivant :

Exprimés autrement, ces chiffres indiquent :

(noir)“10% des riverains ont posté 80% des posts. A l’inverse, la majorité des riverains ayant posté deux commentaires ou moins pèse moins de 4% du total des commentaires”.

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Soit une minorité occupant tout l’espace, et une majorité totalement invisible !

Rapportées au lectorat, ces données sur les commentateurs sont édifiantes :
– 4.500 commentateurs actifs en mai-juin, soit 0,75% du lectorat
– 450 d’entre eux monopolisent 80% des commentaires, soit 0,075% du lectorat !
– 31 personnes dépassent les 1000 commentaires chacune (dont le journaliste de Rue89 Pierre Haski), soit plus de 31.000 commentaires sur un total de 380.000 (0,005 % des lecteurs pour quasiment 10% des commentaires). On est bien loin de l’agora rêvée…

Les lecteurs inscrits de Rue89 (“les riverains” dans le langage maison) ont également la possibilité de voter pour les commentaires, mais là encore la participation est faible et concentrée sur quelques personnes :

(noir)“Seuls 30% des riverains ont déjà voté au moins une fois, et parmi eux, la moitié n’a voté que quatre fois ou moins. Seule une toute partie des riverains aide donc à savoir ce qui est à lire et ce qui est, disons, dispensable – une petite pensée pour certains trolls maléfiques.”

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Voilà qui remet les pendules à l’heure sur le “formidable outil d’expression démocratique” que constituerait internet. Pour que cet outil de libre expression constitue un réel progrès démocratique, encore faudrait-il que les citoyens s’en saisissent, ce qui est très loin d’être le cas, comme on vient de le voir.

Rue89 joue le jeu de la participation

Il faut souligner, outre sa transparence, que la rédaction de Rue89 joue réellement le jeu de la participation des internautes, et qu’elle est celle qui va le plus dans cette direction de tous les sites de presse français :

(noir)En un peu plus d’un an, Rue89 a ainsi laissé la voix à 940 auteurs différents ; sans compter toutes les personnes impliquées dans la réalisation des articles rédigés par la rédaction.

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Mais l’investissement direct de la rédaction dans la conversation qui a lieu sur le site trouve ses limites :

(noir)“En quinze mois, plus de 380 000 commentaires ont été postés, sur 8 500 articles ! La rédaction prête une vraie attention à vos réactions, vos débats : les journalistes essayent de tout lire, mais c’est de plus en plus compliqué avec les 1 000 commentaires postés par jour en moyenne. Ils répondent dès qu’ils le peuvent : un article sur cinq contient des réponses de son auteur dans les commentaires.

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Ce dernier chiffre témoigne bien de cet investissement, qu’on ne rencontre nulle part ailleurs dans les sites de presse, et qui ne trouve d’équivalent que dans les blogs. Mais il semble humainement et matériellement difficile d’aller plus loin…

Que représente la commentosphère ?

la dimension quasi groupusculaire de la “commentosphère” pose une sérieuse question quant à sa représentativité et à la manière dont il faut interpréter son expression.

La question a déjà été soulevée récemment avec pertinence [par Vicastel dans le domaine du commentaire politique :

(noir)“Les plateformes et blogs politiques recherchent et se nourrissent des commentaires des internautes, ils sont partie intégrante et un indicateur fort du succès d’un site. Cette “commentosphère”, qui coexiste avec la blogosphère tel le poisson pilote du requin ou l’oiseau compagnon du rhinocéros, constitue donc une partie non négligeable du contenu des sites. L’interaction avec les visiteurs est d’ailleurs un principe essentiel du Web 2.0.”

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(noir)“Quel crédit accorder à ces réactions de comptoir épidermiques, gravées dans le marbre pour l’éternité à cause d’Internet ? La commentosphère est-elle réellement l’expression d’un vaste mouvement politique underground ignoré par les grands médias comme elle aime à se décrire, ou s’agit-il seulement d’une petite minorité très active qui monopolise le cyberespace politique ? Et cette minorité serait-elle composée d’écervelés ou de citoyens convaincus de leurs idées ?”

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Certains blogueurs ont parfois tendance à se poser comme une sorte de “voix du peuple”, en se prétendant par là plus ou moins représentatifs de l’opinion publique, alors que les blogs actifs “d’expression publique générale” (j’emploie cette formule pour les différencier des blogs intimes ou de centres d’intérêts particuliers) ne sont guère plus de quelques dizaines de milliers en France.

On pouvait croire la commentosphère plus représentative, mais on voit qu’il n’en est rien.

La grande énigme des “lurkers”

Les plus énigmatiques de cette affaire restent les lecteurs qui ne commentent jamais, qui ne votent même pas quand on le leur propose, des lecteurs qui se contentent de lire en restant invisibles…

L’expression est tombée un peu en désuétude, mais on leur avait donné un nom dans les anciens forums de la préhistoire d’internet : les “lurkers”.

L’interprétation du mot prête à débat. Certains n’y voient aucune notion péjorative et proposent de traduire par “badaud”. D’autres sont moins indulgents et parlent d’“épieurs”, si ce n’est de “voyeurs” (en anglais : se cacher, rôder).

“Jadis” certains forums imposaient aux novices une période probatoire avant de participer au débat : on devait rester “lurker” le temps de prendre la température du forum et comprendre ses usages. Dans d’autres espaces au contraire ils étaient bannis et tout lecteur en ligne devait être visible aux autres…

Le web d’aujourd’hui s’est beaucoup ouvert et ne connaît plus guère cette problématique. Les lurkers sont devenus des millions, c’est “la majorité silencieuse” du web et on ne sait toujours pas, au fond, ce qu’elle pense…
On aurait tort, en tout cas, de croire qu’elle s’exprime par la voix des blogueurs ou des commentateurs, puisque ils ont choisi de parler, alors qu’elle a choisi de se taire.

—-

On en parle aussi ici :

– Emmanuel Bruant (Internet&Opinions) : “Rue 89 et les lois de la participation”

– Pierre France (On est mal) : “De l’exigence du tri des commentaires” :

(noir)“Pour moi, le site qui parviendra à forger une communauté utile, et à s’en servir pour cultiver des articles étoffés par l’expérience sur le terreau de l’actualité aura tout compris à ce que peut être, ce que doit être, un média à l’heure d’Internet : une communauté d’intérêts, la résurrection de l’Agora des citoyens.”

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– Szarah (SEO berSZerkers) : “Le Web est très peu participatif” :

(noir)“La différence, c’est que chacun, s’il le veut, peut intervenir sur le Web.
(noir)Un faible taux de création et de réactivité signale que la majorité silencieuse est satisfaite, ou bien qu’elle est résignée, ou encore qu’elle s’ennuie et qu’elle rôde, attendant l’occasion d’intervenir. (…)

(noir)Ainsi donc je conclus : le Web est, pour l’instant et sans surprise, à l’image du reste du monde, construit par les actifs pour les badauds.

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– Benjamin (Webreport) : “Des nouveaux comportements (la République des nioubes – Partie II)”

– Palpitt (Metablog) : “Rue89 et les “riverains” inactifs”

– sondagesandco.fr : “Rue89 : la participation en chiffres”

18 Comments

  1. Intéressant.
    Et courageux de la part de Rue89.

    Manque quand même une dimension à tout ceci (c’est ma soirée scepticisme). Les discussions doivent-elles seulement mesurées sur Rue89 ? Ses riverains ne relaient-ils pas ailleurs, via d’autres “réseaux” (on, mail par exemple, et off) ce qu’ils lisent, discutent sur Rue89 ? Les lurkers peuvent être “influencés” par ce qu’ils lisent.

    Internet et ce qui s’y passe doivent-ils être réduits à Internet et ce qui s’y passe ?

    Mais, comment mesurer le non-mesurable ? Et le faut-il ?

    😉

  2. @ e-Cedric

    Rue89 affiche la couleur, je suis prêt à parier que le résultat est identique pour les autres, voire pire. 🙂

    Les lurkers sont peut-être influencés par ce qu’ils lisent, mais la seule manière de le savoir ce sont les statistiques d’audience globale et leur évolution dans le temps. C’est la seule manière que je vois d’appréhender les “invisibles du web”, qui souhaitent le rester !

    Ces chiffres là semblent indiquer une préférence pour l’info brève des dépêches, une défiance pour le reste, et une vision de l’info très trash, pipole et spectaculaire…

  3. Ce phénomène très intéressant est connu depuis un bout de temps des technos.

    Par exemple une Alertbox de Jakob Nielsen datant du 15 août 1997 (!) et se basant sur les études d’un certain William Hill, collaborateur à AT&T :

    “A major reason why user-contributed content rarely turns into a true community is that all aspects of Internet use are characterized by severe participation inequality (a term I have from Will Hill of AT&T Laboratories). A few users contribute the overwhelming majority of the content, while most users either post very rarely or not at all. Unfortunately, those people who have nothing better to do than post on the Internet all day long are rarely the ones who have the most insights. In other words, it is inherent in the nature of the Internet that any unedited stream of user-contributed content will be dominated by uninteresting material.”

    Une autre Alertbox de 2006 qui reprend le sujet et le décrit le phénomène plus en détail

    Nielsen est assez pessimiste sur le sujet, on ne peut pas corriger l’inégalité de participation, c’est à dire le déséquilibre entre les contributeurs et les lurkers.

    Ce qui a tendance à infirmer politiquement la démarche Web participative en politique. Cette inégalité de participation fait en sorte que la population de commentateurs ne couvre hélas pas le spectre des opinions de tout les visiteurs.
    Au contraire, ceux qui auront le moins de barrière à l’expression risque d’être des militants convaincus.
    Quand au concept de démocratie participative, inventé par un visionnaire japonais qui avait fumé je ne sais quoi, dont le texte a fleuri sur nombre de blogs à une époque tel la nouvelle constitution américaine…
    Non, je me tais, je suis en train de devenir cynique… 😉

    Autre sujet, pour l’info très trash, people et spectaculaire, lorsque je bosse tout seul chez moi, je ne consulte pas certains sites.
    En revanche, j’ai remarqué dans l’atmosphère des bureaux, que le petit scoop trash est très recherché lorsqu’on a des collègies autour pour leur en faire profiter.
    Ne serait-ce pas du au fait que beaucoup de personnes s’ennuient dans certaines conditions de travail ? 😉

  4. Intéressant le concept de “commentosphère”.

    Mais je suis interloqué par le fait que Rue89 fasse mine de les prendre aux sérieux.

    Toute personne “normale” qui a navigué sur les commentaires d’article, du Monde, du Figaro, du Nouvel Obs, etc. a pu se rendre compte du niveau d’agressivité et d’argumentation des commentateurs et que le plus souvent, on ne lit plus les commentaires dans les médias impersonnels, sauf pour constater une nouvelle fois que l’insulte et la grossièreté d’analyse y sont terriblement présents.

    Je penche pour la thèse des écervelés ou des bozos.

  5. Il faudrait aussi pouvoir relativiser les autres chiffres. Par exemple, sur ce billet (qui date du 23 juillet) :
    http://www.rue89.com/explicateur/affaire-adidas-tapie-une-banque-et-deux-cons
    Les vidéos de l’article, filmées et diffusées exclusivement par Rue 89 ne comptent, à l’heure ou j’écris, que 1204 et 773 vues alors qu’elles constituent un élément essentiel de l’article qui est resté en une pendant 4 jours. 11518 lectures annoncées sous le titre de l’article, c’est à dire que seulement 1/10e des gens qui l’on visité ont cliqué sur les vidéos et probablement beaucoup moins qui les ont regardé jusqu’au bout. Bref, ce n’est pas vraiment un scoop mais on constate avec cet exemple que les visiteurs sont loin d’être tous des lecteurs.

    À partir de cette constatation, on peut se demander si l’on doit faire le ratio des commentateurs avec le nombre de « vrais lecteurs » ou avec le nombre de visiteurs « tout venant » annoncé par Nielsen ? (dont beaucoup arrivent sur les sites un peu au hasard des moteurs de recherches, des titres et des liens, sans forcément passer beaucoup de temps de visites). Par exemple, sur les 600 000 visiteurs annoncés, il serait intéressant de savoir combien passent plus de 30 secondes par visite. Car ce qu’il y a de bien avec les commentaires, c’est qu’on est au moins à peu près sûr que ceux qui en publient ont lu l’article en entier, peut être même qu’ils ont plus de chance d’être des lecteurs habitués, même en en postant très peu.

    On peut aussi noter que le commentateur politique est une « race » un peu spéciale, si j’ose dire 😉 Comportement probablement très différents des commentateurs de sites liés à une passion, liés à des personnes qu’on apprécie, ou liés à des domaines pros.

    Globalement, je suis bien d’accord avec l’analyse que tu fais de cette étude, d’autant que cette réalité n’est pas vraiment une nouveauté, mais je trouve que le ratio entre nombre de visiteurs et nombre de commentateurs est un peu trop extrême, d’ailleurs Vincedeg s’en est bien gardé dans son article en comparant plutôt les taux de participation au nombre d’inscrits 😉

  6. Je crois qu’il est peu pertinent de mesurer la participation via le pourcentage de commentaires, leur nombre me semble un bien meilleur indicateur.
    Un article ayant 5000 vues avec 100 commentaires ecrit par 50 lecteurs uniques me semble etre deja une participation interessante.
    Le dialogue reduisant le nombre de commentateurs uniques est aussi un bon indicateur d’une participation interactive.
    Par ailleurs sur 5000 vues combiens de lectures reelles et completes. un outil manque a ce niveau la : j’aimerais que google analytic par exemple puisse estimer la duree necessaire pour lire un article (en fonction du nombre de mots, de la duree des videos contenues) et pouvoir ainsi offrir un resultat du nombre de lecteurs ayant passe un temps donne sur l’article recoupant ses criteres, ainsi il serait possible d’estimer le nombre de lecteurs lisant un article entier (video incluses si video il y a ) ou seulement le texte ou les videos ou ceux qui ont passe moins de 30 secondes sur l’article… Peut etre ne sais je pas du tout utiliser google analytics cela dit :).

    D’ailleurs concernant les commentaires serait il pertinent sur un article lu 20 000 fois de receuillir 1000 commentaires, il ne me semble pas qu’un auteur les lirez tous, pas plus que les lecteurs…

    La seule fois ou j’ai lu une masse de commentaires insenses fut sur le site where the hell is matt ?
    Probablement car je voulais m’assurer de l’unanimite des reactions a cette video genial a caractere universalite :

    http://wherethehellismatt.typepad.com/blog/2008/06/seattle-washi-6.html#0051631168

  7. @ Thierryl

    Merci de la citation et du lien. C’est donc surtout moi qui découvre ce problème ancien, apparu et repéré dès les débuts d’internet. 😉

    Tout ça à bien “tendance à infirmer politiquement la démarche Web participative en politique”, comme vous le dites. Et d’ailleurs pas seulement en politique…

    Il me semble que c’est toute la démarche participative telle qu’elle est souvent présentée qui est biaisée, ou mal visée. C’est “un jeu à trois” (auteur, commentateur, lecteur), où les trois ont des profils très distincts, et pas un “jeu à deux”, comme les journalistes le présentent souvent : le fameux rapport direct auteur/lecteur.

    PS: sur “le rôle social” de l’information, qui sert moins à comprendre qu’à alimenter la conversation autour de la machine à café, voir Thierry Muzet, “La mal info”

    @ ouinon (décidément, Christophe, je préfère “ouinon” :o) )

    Exemple très intéressant en effet.

    J’ai déjà abordé un peu cette question, mais je crois qu’il faut encore creuser, et on va y revenir…

    Dans tous les chiffres de visites et de visiteurs clamés par les uns et les autres (pour tenter de séduire les publicitaires), je suis persuadé qu’il y a une énorme part de pollution.

    Si je part de l’exemple d’une de mes recherches sur Google : il m’arrive parfois d’ouvrir une dizaine de pages proposées sur la page de résultats de Google avant de trouver celle qui répond à ma question. Mes dix clics seront comptés comme des visites, alors qu’un seul donne lieu réellement à une lecture (les autres sont des fausses routes ou des “tâtonnements”…).

    Faut-il alors diviser par dix le poids du trafic amené par Google dans une statistique globale ? Pour des sites dont 80% du trafic vient de Google, comme les sites de presse, ça ferait très mal !

    @ Garçon

    Les chiffres de Rue89 permettent de regarder les choses sous cet angle : 380.000 commentaires sur 8.500 articles, dont 80% sont rédigés par 450 personnes !

    Après, on peut affiner billet par billet, mais on ne sortira pas de cette réalité-là !

    Je crois bien que c’est toute la problématique des commentaires qui est à revoir. En distinguant ce qui relève du commentaire du texte, et ce qui relève du forum.

    Dans un blog, comme celui-ci : les commentaires sont une réelle plus-value, car il y a une réelle conversation et les commentaires enrichissent le texte.

    Mais c’est rarement le cas dans les sites de presse. Seul Rue89 fait un vrai travail d’édition des commentaires, en remontant les plus intéressants sur le “tapis rouge”.

    Cette idée de traitement à plusieurs niveaux est à creuser, je crois :
    – des commentaires édités, intégrés au texte lui-même.
    – des commentaires édités mis en valeur en fin de texte.
    – une zone de commentaires libres modérés, qui est en réalité un forum.

    Comme le dit Pierre France (lien en fin de texte) : il faut faire le tri dans les commentaires !

  8. Je reposte ici mon commentaire chez Pierre France (On est mal) sur son billet (cité dans le texte ci-dessus) : « De l’exigence du tri des commentaires ».

    C’est un débat parallèle à celui soulevé ici, sur l’ampleur et la représentativité de la commentosphère. Pierre France souligne de son côté l’urgence de faire le tri dans les commentaires, qui deviennent de plus en plus illisibles dans les sites les plus en vue, en raison de leur nombre.

    Mon commentaire :

    Le problème est compliqué, mais il faut bien faire quelque chose : les fils de commentaires des sites de presse deviennent illisibles et donc sans intérêt, le phénomène gagne maintenant les blogs les plus en vue (versac.net ; Eolas, lors de l’affaire du mariage annulé avec 1500 commentaires en quelques jours…).

    Rue 89 et Agoravox sont les seuls, à ma connaissance, à avancer un début de solution avec la mise en avant d’une sélection de commentaires :

    – sélection automatique chez Agoravox (si j’ai bien compris), selon les votes des lecteurs.

    – sélection humaine chez Rue 89, selon une politique éditoriale plutôt intelligente et bien menée : sélectionner des commentaires qui apportent des informations supplémentaires, des témoignages, et des commentaires d’opinion, en veillant à leur diversité.

    Mais avec 1000 commentaires à traiter par jour, la tâche devient lourde, donc coûteuse en moyens humains, des moyens qui ne sont plus consacrés à la production d’articles nouveaux.

    La réflexion semble avancer chez Rue89 sur la création d’un forum distinct des articles : c’est une voie intéressante pour tenter de séparer deux types de commentaires différents dont le mélange contribue à rendre le fil illisible : les commentaires directement liés à l’article, ceux qui relèvent d’une conversation générale sur l’actualité entre commentateurs.

    Il me semble qu’on pourrait aller plus loin dans la qualification, la sélection et la hiérarchisation des commentaires, en vue de l’édition des plus intéressants : permettre au commentateur lui-même de “taguer” son commentaire (en le qualifiant lui-même : corriger une erreur factuelle ou d’orthographe ; apporter une information supplémentaire, complémentaire ou contradictoire ; apporter un témoignage ; exprimer une opinion personnelle…) et permettre aux lecteurs d’intervenir sur ces tags (en les pondérant).

    Je ne me fais pas d’illusion sur le nombre d’internautes qui participeraient réellement à cette tâche, mais c’est un façon de mutualiser le travail de pré-tri avec les utilisateurs, qui fait baisser son coût final pour l’éditeur.

    Il faut peut-être aller aussi plus loin et plus finement dans l’éditorialisation des commentaires en dissociant plusieurs “niveaux” d’édition des commentaires :

    – certains intégré dans le texte lui-même, lorsqu’ils apportent un complément d’information.
    – certains repris et retraités par un journaliste qui en fait une synthèse (comme ça se pratique sur Rue89 et sur Marianne2)
    – certains seulement mis en avant par rapport aux autres, pour donner un panorama rapide de la discussion…

    – il faudrait aussi peut-être généraliser les possibilités de fils de commentaires “réticulaires”, lorsqu’on peut développer un sous-fil de commentaire spécifique depuis un commentaire, de manière à “organiser” un peu des conversations différentes entre commentateurs, qui sont peu lisibles lorsque tout est mélangé (toutes les technologies existent déjà pour cela : il y a des années d’expérimentations à reprendre dans les forums)…

    Voilà les quelques pistes de réflexion que m’inspirent ton appel salutaire à “faire le tri dans les commentaires !” 😉

  9. Je ne suis pas trop d’accord avec cette affirmation : “« Jadis » certains forums imposaient aux novices une période probatoire avant de participer au débat : on devait rester « lurker » le temps de prendre la température du forum et comprendre ses usages. ”

    Ce n’était pas imposé, du moins pas sur Usenet-fr. Il était fortement suggéré ou conseillé de lire un mois de fils (et non durant un mois) avant de publier, mais aussi de prendre connaissance de la FAQ et des conseils d’utilisation. Ce n’était pas une obligation au silence pendant une période probatoire, mais un avertissement pour éviter les marronniers, les redites, les hors-charte (off topic), les trolls supposés ou réels, les erreurs de lieu puisque tout était thématique. Si on lisait ce mois de fils dans la journée, on respectait les conseils de bienvenue. Il n’y avait pas de sanction envers les reluqueurs qui seraient passés trop vite de l’autre côté. Le ratio (selon mes sources, des administrateurs de serveurs de news) était de vingt lecteurs pour un auteur, étant entendu que toutes les personnes qui chargeaient les messages ne les lisaient pas forcément.

    Ce genre de conseils datant de l’ère de l’âge du 7-bit n’a pas tenu. Il y a des raisons internes à Usenet (guerres de chefs, de clans, rivalités de forums, trolls, pourriellage massif de certains forums par des groupuscules douteux, chasse aux neuneus par des gens préoccupés de netiquette qui en profitaient pour insulter à tout-va) et externes (explosion du haut-débit, connexions Web2News comme Google Groups qui empêchent de lire ces fameux conseils à l’endroit qu’il faudrait, concurrence des forums en ligne, puis des blogues). On peut dater de 2000 la chute d’Usenet-fr. qui doit avoir divisé par cinq ou six son nombre de messages (il n’y a plus de chiffres par robot indépendant depuis 2002 je crois).

    La question du reluqueur ne se pose pas dans les mêmes termes pour un site participatif comme Rue.89. Sur Usenet, on ne sait si le lecteur éventuel a lu ou non, on sait qu’il s’est abonné à un forum et qu’il le charge de temps à autre. Sur Rue.89, on sait que telle personne s’est inscrite, mais on ne peut connaître le chiffre réel des personnes qui sont des visiteurs uniques que l’on pourrait individualiser. En effet, on compte comme visiteur unique tout ordinateur n’ayant pas visité un site depuis un certain temps (chez moi, depuis une demi-heure). Ce qui fait que le visiteur unique peut être en fait multiplié par dix ou vingt dans la journée. Ensuite, les inscrits qui ne participent pas ou plus ne sont pas forcément des reluqueurs : ils sont peut-être passés ailleurs et ne consultent plus le site, ils se sont inscrits pour laisser une fois un commentaire ou un vote, sans plus, parce que le sujet les concernait pour x raisons. Mais ils seront toujours comptabilisés comme Riverains (un peu comme lorsque Skyrock nous parle de ses dizaines de millions de blogues qui sont pour la quasi-totalité morts ou inexistants).

    Il est difficile d’établir des chiffres sûrs à propos du reluquage, puisque l’on part d’approximations (abonnements à un forum, à un flux, visiteurs uniques) qui ne traduisent pas la pratique réelle de lecture (survol, erreur de manip, départ rapide du fil ou du site, double lecture, vérification des réponses, retour pour correction, temps de lecture long mais qui peut se traduire par le fait que l’on est en train de prendre son bain pendant que la page continue de s’afficher). Il est difficile d’en extraire des enseignements, sauf dans le cas de messages publicitaires (le plus grand nombre de visiteurs uniques, d’inscrits, de commentaires…)

  10. @ Dominique

    Je ne pensais pas tant à Usenet qu’à d’autres formes de forums auxquels j’ai activement participé, sur des plates-formes de tchat, de vidéo-tchat, sur des web-forums fermés…

    Les règles de fonctionnement sont extrêmement variées : j’ai connu des forums ou la période probatoire était obligatoire, ou seulement conseillée, d’autres où le profil de tous les utilisateurs connectés est visible de tous, certains proposent des outils de bannissement ou de valorisation des uns par les autres, certains établissent des hiérarchies d’utilisateurs avec des droits différents (comme créer un nouveau sujet, etc.).

    Il me semble qu’il faut aujourd’hui organiser beaucoup plus les fils de commentaires des sites de presse en utilisant tous ces outils et cette expérience des “purs forums” et autre communautés en ligne…

    L’enjeu pour ces sites est bien de former et d’animer une communauté autour d’eux, dont l’information n’est que le moyen, l’aliment… Il existe des outils et des techniques d’animation des communautés, expérimentés ailleurs, et qui sont encore très sous-exploités.

    L’axe de développement des sites comme Rue89, à mon sens, c’est d’associer un site de diffusion d’information, une plate-forme de blogs, une plate-forme de forums et une plate-forme sociale… en intégrant et entre-croisant les fonctionnalités les unes entre les autres…

  11. Pour avoir sérieusement joué à la première mouture de World of Warcraft, créé une guilde d’importance sur un royaume et ayant joué dans beaucoup de guilde.
    J’en ai retiré l’expérience suivante.

    Généralement, une guilde a un site Web qui sert d’ancrage informationnel (rendez-vous en ligne, questions, trucs, échanges, etc) et d’espace fermé de décision politique (discussion et vote des additions à la charte de la guilde).
    Rien de bien compliqué, ce qui semble marcher très très bien, à priori sur le Web, c’est sa fonction de panneau d’affichage d’informations importantes consultable part tout le monde.

    Ce qui est plus intéressant c’est ce qui se passe en ligne dans le jeu, de la même manière le chat est occupé toujours par les mêmes personnages, qui ne représentent pas le dixième d’une grosse guilde.
    Cependant, le fait de jouer seul, comparé à celui d’être en guilde, est complètement différent. même si l’on continue la plupart du temps à jouer seul.
    C’est à dire qu’on a beau être un lurker au fond de l’âme, l’animation sociale, même si on n’y participe que rarement, est un moyen d’améliorer significativement son expérience du jeu.

    C’est vrai que sur le Web il y a le trio auteur, commentateur , lecteur, et que l’animation créée par les échanges commentateurs/auteurs sont une forme de spectacle qui peut agrémenter le surf du lecteur.

    Mais je pense que le problème souvent se situe au niveau de la perception de l’utilisateur du Web.
    Des millions d’utilisateurs qui se connectent en même temps contrairement aux jeux en 3D où des objectifs communs sont définis par les créateurs du jeu, ont tous des objectifs différents.
    Des millions de téléspectateur qui assistent au journal de 20H sur France2 ou TF1 ont le même objectif, se tenir informé de ce qui s’est passé dans la journée à un niveau national.

    Le problème des médias en ligne, c’est qu’ils perçoivent avec leur habitude culturelle, le lectorat comme une audience captive à qui on donne le droit d’interagir. D’ailleurs, publicitairement, ils ont intérêt à le faire croire.

    Le souci, c’est qu’ils sont très loin de la réalité, beaucoup de personnes sont de passages, zappent d’un site à l’autre, notamment grâce à la facilité d’ouvrir plusieurs fenêtres sur un aggrégateur.
    Nous ne sommes pas dans le cadre d’un média linéaire ; un autre article de narvic sur la façon d’écrire sur le Web le fait sentir aussi.
    Jusqu’ici, les modèles qui ont fonctionné, se basent non pas sur l’offre, mais sur la demande de l’utilisateur, c’est à dire sur les quelques questions préalables que l’utilisateur se pose et qui le font se connecter.
    Evidemment, dans ce cadre, la question de la ligne éditoriale, même si elle est toujours d’actualité, ne reste là que pour la cohérence du lieu d’information (comme un papier peint) mais a perdu toute sa force conceptuelel.

    Pour trouver une image, les médias industriels classiques croient, à l’instar de vieux parents, qu’ils ont l’influence suffisante pour faire tenir dans un même lieu, unie, toute la famille, alors qu’ils ne se rendent pas compte que la majorité des enfants ont dépassé la quarantaine.

  12. Il me semble que cette étude est un bon début mais qu’elle comporte pas mal de défauts méthodologique, par exemple :

    Il faut absolument distinguer différentes étapes historiques dans la gestion des commentaires sur rue89.

    Distinguer aussi des profils différents par l’origine (les membres de l’équipe sont comptés avec les sérial commentateur).

    Ce qui manque a rue89 c’est une communauté accueillante des opinions contradictoires.

    On doit faire la même analyse à rue89, mais ne le dis pas ouvertement. D’où son retard à créer une communauté de commentateurs qui s’autorégulerai avec système de réputation.

    Ils ont maintenant un forum indépendant et c’est bien dommage.

  13. J’ajoute que si rue89 veux vraiment jouer le jeu de la transparence elle peut publier ces données annomysé pour qu’on puisse le étudier.

    Elle pourrai ainsi se faire aider par une communauté de commentateurs comme vous Narvic ou Julien de ils.sont.la et moi-même.

  14. @ thierryl

    L’expériences d’autres formes de communautés en ligne, comme celles des jeux, est sûrement utile et on devrait en tirer des enseignements, en effet, pour des communautés formées autour des sites de presse.

    Il y a probablement des différences, mais sûrement aussi des points communs…

    Et des choses à apprendre, notamment dans les méthodes de régulation des communautés qui se sont mises en places par l’expérience…

    @ J.-B. Ingold

    Rue89 est le site de presse qui pousse le plus loin la logique communautaire (avec lepost.fr, mais sur un registre différent qui mérite bien des commentaires à lui tout seul).

    On peut lui reprocher d’être hésitant et de ne pas aller assez loin (c’est assez vrai), mais alors que dire des autres ?

  15. @palpitt

    L’important est que le lecteur s’y retrouve, qu’il puisse retracer les liens entrecroisés que nous tissons, et les remonter. Mais s’il ne s’y retrouve pas : qu’il le dise ! 😉

  16. Les commentaires, le plus souvent sans intérêt, sont formulés sur chaque site par une bande de copains s’auto congratulant et “expulsant” les autres. Un site squaté par une dixaine de commentateurs tourné très a gauche “virera” jusqu’au socialo modéré par des commentaires de réponses de commentaires agressifs, non mesurés…. Pareil pour la version pro-droite, pro-FN, pro-LO, pro catho, pro juif, pro tel pays, pro tel métier, pro tel âge…

  17. C’est peu , mais ce n’est pas si important. Il faut distinguer deux choses. La qualité des commentateurs et la quantité des lecteurs. Les commentateurs offrent du contenu et les commentaires créent du clic. Et plus les commentaires sont de bonne tenue, plus les lecteurs seront nombreux. Il peut y avoir une centaine de commentateurs qui, s’ils sont bons, vont induire une centaine de milliers de clic. Car Sur 1000 commentaires, 100 sont valables, 10 sont bons et 3 ou 4 excellents. Ces trois ou quatre commentaires-là peuvent servir à amener des lecteurs aussi sûrement que trois ou quatre article.
    Dans une économie du gratuit, basée sur l’audience, il ne faut pas perdre de vue l’objectif ultime : faire du clic. Avec de la qualité si possible. Avec du commentaire, assurément. Et dans ce domaine, l’exploitation du commentaire dans un fil d’information est encore largement mise de coté.

    Seurel

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