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La nostalgie d’Edwy Plenel

Le nouveau journal Mediapart en ligne depuis dimanche dernier accorde un délai de grâce jusqu’à dimanche prochain à ceux qui ne se sont pas abonnés. Pour le moment c’est encore gratuit, et bientôt vont se refermer… les portes du pénitencier (pardon, j’ai pas pu m’empêcher :o) ).

Edwy Plenel revient sur son projet. Il ne lui pas échappé que l’entreprise paraissait financièrement bien fragile à certains sceptiques… Le modèle payant de Mediapart serait pour lui à rapprocher de la philosophie de Canal+ :

(noir)L’opinion dominante était, là aussi, sceptique. Et, néanmoins, Canal+ s’est imposé par son originalité, son indépendance et son irrévérence. Une liberté de ton et de création qui était assise sur ce modèle payant, et garantie par lui. D’une certaine manière, le modèle économique de Mediapart tient du même pari (…).

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(noir)Nostalgie de la presse(/noir)

Il entend également les critiques signifiant que son projet est à rebours des l’évolution en cours dans les médias :

(noir)(…) la presse numérique, pour ne pas sombrer dans la banalisation marchande et commerciale, ne doit plus être un lieu de passage, mais devenir une destination. En d’autres termes, qu’elle doit s’imposer comme un endroit où l’on s’arrête, où l’on s’installe, où l’on revient sans cesse, un lieu que l’on fréquente régulièrement et que l’on suggère à ses amis de fréquenter.

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Il me semble qu’il manque un tout petit quelque chose dans les termes d’Edwy Plenel, pour qu’en apparaisse plus clairement ce qui me rebute dans ce projet : la presse doit “re”-devenir une destination… Il s’agit bien de re-fabriquer quelque chose qui n’existe plus, de revenir à un état antérieur disparu. Le projet d’Edwy Plenel est fondamentalement nostalgique.

Il ne tente pas de répondre aux problèmes qui se posent sur l’avenir de l’information en ligne par l’innovation, contrairement à une expérience comme lepost.fr, par exemple. Il refuse carrément de s’intégrer dans les usages et les pratiques nouvelles de l’information: mise à jour en temps réel, consultation par flux RSS et alertes personnalisées. Dommage pour moi, car ces usages, ce sont justement les miens !

Il propose un replis dans un nid, derrière de hauts murs, à l’abris du vent qui souffle aujourd’hui sur la société de l’information. Ce vent est parfois lourd de menaces. De nouveaux acteurs surgissent et s’imposent dans ce monde autrefois clos de l’information (tels ces nouveaux moteurs de l’info que sont GoogleNews et autre Wikio). Les cartes sont redistribuées (et pas forcément à l’avantage des journalistes pour le moment). Mais il n’est pas dit que l’information de qualité en sorte vaincue. Encore faut-il se battre pour inventer de nouvelles solutions. Ce combat-là, Edwy Plenel lui tourne le dos…