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La grande crise silencieuse du journalisme

Le débat en commentaires de mon billet, prévu initialement comme “léger”, “Mon blog préféré et mon blog détesté du moment”, et la réaction qu’il suscite chez Nicolas, sur Versac, “Journaliste blogueur”, me font réaliser que les journalistes ont pris conscience et débattent entre eux, depuis quelques, temps de la profonde et grave crise que vit leur profession, mais que ce débat n’a pas débordé jusqu’à maintenant hors des cercles professionnels.

Les blogs spécialisés de journalistes parlent beaucoup de ça en ce moment, mais ce débat n’est en effet pas vraiment relayé auprès du grand public, par les médias eux-mêmes (et il est intéressant de se demander pourquoi).

Jean-François Kahn est l’un des rares à se faire l’échos en public de ce débat, et je suis surpris que ses propos paraissent alarmistes à l’extérieur, quand l’ensemble de la profession est en train de crier qu’il y a vraiment le feu au lac, c’est à dire exactement la même chose… 😉

“Presse écrite : la grande crise a commencé “ (8 avril 2008)

Trois forums réservés aux professionnels, qui se sont tenus récemment à Paris et à Lille, ont permis de prendre la température du malaise général du journalisme et des menaces qui pèsent sur lui aujourd’hui.

Pour ceux que cette question intéresse, et parce qu’il me semble préférable que ce débat se tienne au grand jour, quelques liens pour savoir ce que se disent aujourd’hui les journalistes, quand ils sont réunis entre eux pour se regarder dans un miroir. Un seul mot résumé la tonalité de ces échanges : le désarroi.

Débat au SNJ, Syndicat national des journalistes :

-* sur novövision : “Face au net : des journalistes désemparés” (26 avril 2008)

-* Philippe Couve, sur Samsanews : “Web et journalisme: le débat organisé par le SNJ”.

-* Frédéric Cognard, sur Ceucidit : “Le web, sauveur ou fossoyeur du journalisme ?”

Débat du Syntec RP/Newzy, au Celsa :

-* “La dernière chance des journalistes” (21 mai 2008)

Aux Assises du journalisme à Lille :

-* Philippe Couve, sur Samsa News : “Variations lilloises sur l’(in)utilité des journalistes” (voir notamment l’intervention de Jean-François Kahn)

-* sur novövision : “A Lille, stupeur et désarroi des journalistes” (24 mai 2008)

4 Comments

  1. Ce qui est surtout très étonnant, Narvic, c’est de faire référence à JFK dans un article qui appelle au renouveau du métier. J’ai travaillé avec lui, comme beaucoup d’autres, et s’il a effectivement cette qualité de prendre les choses de face, il est aussi pétri de défauts, qu’il a transmis à ses journaux. Les titres de Kahn ne sont pas pour rien dans la dégradation de l’image de la presse, en externe mais aussi en interne. Bref, c’est pas le propos, mais dire que JFK est l’un des rares à relayer le débat, c’est fort de café pour des journalistes comme moi mais surtout comme Raphaël, Parody, Couve, des agitateurs comme Joël Ronez ou Fred Cavazza, qui se remuent depuis des années pour faire VRAIMENT bouger les choses. Juste comme ça: c’est koa, Marianne en ligne ? La réponse est dans la question. Cordialement, Eric Mettout

  2. @ Eric Mettout

    Pour ma part je ne tiens pas à mettre mon nez dans ce qui me semble tout de même un peu ressembler à une vieille querelle entre les différents news magazines de la place de Paris. Il serait très intéressant de mettre sur la table un jour ce qui les oppose réellement…

    Sur la dégradation de l’image de la presse imputable à Marianne, je ne vois guère de quoi vous parlez : son remarquable succès d’audience, peut-être ? Qui plus est une audience dont les statistiques me semblent peut-être un peu moins trafiquées que celle de ses concurrents. Qu’en pensez-vous ?

    Quant à la stratégie respective de marianne et de l’express en ligne, j’ai plus à dire sur ce sujet, et j’y reviendrai, soyez en sûr. 😉

    Pour ce qui est de ceux qui relayent le débat : je connais bien entendu tous ceux que vous listez (souvent cités ici), qui a mon avis ne “relayent” pas le débat, ils en sont les principaux animateurs en ligne 🙂

    Moi je vous parle de ceux qui relayent le débat sur les causes de la crise de la presse auprès de l’opinion publique : parmi les journalistes qui ont accès aux médias de masse et sont connus d’un large public qui prête attention à leur propos, parmi ces “journalistes-vedette” : qui parle d’une crise du journalisme à par JFK ?

  3. Narvic, il ne s’agit pas de querelle entre news: quoique je pense de Kahn et du sérieux de Marianne (pas que du bien, donc*), la question n’est pas là. La question, c’est : ériger JFK en porte-parole du journalisme 2.0, c’est un peu comme de faire de Benoît XVI l’icône de la théologie de la libération. A part faire ce qu’il a toujours fait, Kahn, c’est à dire dire du mal des journalistes (et, en vrac, barrez la mention inutile: des fonctionnaires, des politiques, des syndicalistes, des profs, des intellectuels, des camionneurs, des écolos, des lobbys industriels… JFK, c’est le Jacques Marseille de gauche (!)), quel relais fait-il aux débats qui agitent notre profession actuellement ? Le journalisme est en crise ? Super. Et ensuite ? Il est où le nouveau journalisme qu’il nous propose, sa définition, ses modalités, son rapport aux lecteurs-internautes, aux nouvelles technos, à la circulation de l’information ? Moi, et d’autres, on cherche, modestement, des solutions à cette crise – qui ne soient pas celles de Marianne, dans sa grande course aux couvertures en couleur avec des grosses lettres, à la démagogie, voire au populisme. JFK souffle dans le sens du vent (en gros : tous pourris). On fait mieux pour porter l’avenir des médias français.

  4. @ Eric Mettout

    Bon allez, je vais tout de même pas me faire l’éternel défenseur de JFK sur mon blog. Il n’a qu’à en ouvrir un lui-même… 🙂

    Je relève l’éternel procès en “populisme” fait à Marianne par la presse “bien pensante” : je crois qu’on à dépassé-là la simple appréciation sur le positionnement d’un média, pour entrer directement dans le débat politique, non ? 😉

    Sinon JFK fait des propositions intéressante pour rénover le journalisme (peut-être est-ce un discours récent chez lui ?) :
    – la féodalité des rédactions, et leurs armées mexicaines de chefs en tous genres : réduire à trois le niveau de hiérarchie.
    – la sclérose des journalistes spécialisés : être contraint de sortir de sa spécialité plusieurs fois par an, pour un reportage dans un autre domaine. Ne pas rester sur un poste spécialisé plus de trois ans.
    – l’écriture journalistique : opérer un énorme effort de simplification de l’expression, aussi bien dans la synthaxe que dans le vocabulaire (et les références culturelles qui ont derrière) et dans le rythme de la phrase.

    Voilà quelques unes des propositions de JFK, qui me sembleraient, en effet, améliorer en profondeur le journalisme parisien, tel qu’il est fait (les provinciaux sont moins ces problèmes-là, mais ils en ont d’autres;..)

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