sur le web

La deuxième révolution numérique

Dans cet article repris sur son blog, après parution dans le numéro 10 de la revue Medium (janvier-mars 2007), Paul Oraison s’interroge sur l’avenir des médias, à l’heure de leur seconde révolution numérique en 30 ans.

L’auteur rappelle fort justement que le bouleversement que vit aujourd’hui l’industrie des médias (car c’est bien une industrie) ne date pas d’internet. Loin de là. La principale révolution des médias est née de la numérisation des contenus, et internet ne vient “que” transformer leur diffusion. Paul Oraison voit se dessiner un mouvement d’hybridation générale des médias, qui peut conduire à la “déconstruction”, voire à la disparition de certains d’entre eux…

(noir)

La grande numérisation

(noir)C’est (…) dès les années 1970 que s’est produite la première et la principale « révolution numérique » dans le monde des médias. Traitement de texte et logiciels d’édition n’ont pas seulement changé le conditions de travail des auteurs et surtout des journalistes, ils ont conduit à stocker leurs productions sous forme numérique. La deuxième révolution numérique (Internet) permet la mise en circulation de ces contenus déjà numérisés.

(/noir)

(noir)

L’avenir est à l’hybridation

(noir)Quatre hypothèses prospectives se dessinent a priori :

(noir)1/ Substitution (ceci tuera cela). Ce ne sera pas l’hypothèse générale ici retenue, même si elle peut affecter tel ou tel format de presse, par exemple.

(noir)2/ Simulation (ceci imitera cela). C’est l’effet diligence : les premières automobiles ressemblaient à des voitures à chevaux sans chevaux. On peut citer le journal en ligne présenté dans le même format que le journal papier, ou encore le livre électronique qui simule le livre de papier tandis que d’autres versions électroniques s’en affranchissent.

(noir)3/ Cohabitation (ceci ignorera cela). Les médias de papier conservent une part de marché qui leur permet de subsister. Par exemple, les entreprises continuent d’envoyer des « mailings » publicitaires dans le cadre d’une stratégie de communication dite multicanal. Dans le monde des médias, les effets de substitution sont souvent compensés par des effets de génération induite : le nouveau média engendre un nouveau marché pour l’ancien.

(noir)4/ Hybridation (ceci fécondera cela). Cette dernière hypothèse semble à la fois la plus probable et la plus productive, d’autant qu’elle rend compte des autres à différents niveaux d’intégration des hybrides, entre nulle (cohabitation) et forte (magazine en ligne offrant de l’écrit, du son et de la vidéo).

(/noir)

(noir)

La presse menacée de “déconstruction”

(noir)(… ) il est clair que la presse offre le champ à une véritable « déconstruction » de ce type de médias. Cela pourrait aller jusqu’à la disparition pure et simple d’entreprises devenues superflues pour cause d’extinction d’une certaine division du travail. Il faut toutefois mettre à part une partie de la presse magazine qui a fait le choix de publier de vrais objets de papier, souvent distribués avec d’autres objets en produits dérivés.
La télévision, malgré la multiplication des chaînes et les télévisions locales, devrait offrir davantage de résistance à la fragmentation, ne fût-ce que parce que la production du spectacle nécessite des ressources plus considérables que l’écran-clavier du journaliste. Un peu à la manière du livre, elle pourrait jouer de ses handicaps pour donner prétexte à la déconnexion, ayant judicieusement renoncé à cette interactivité qui nous épuise.

(/noir)