le salon

La dernière chance des journalistes

Tout n’est peut-être pas encore perdu pour les journalistes, mais la claque va être sévère et ceux qui voudront survivre devront se battre comme des chiens pour exister dans un monde qui peut désormais se passer d’eux…

L’enjeu, c’est bel et bien de tenter d’éviter que la presse ne suive le chemin de l’industrie musicale, qui « s’est complètement effondrée, perdant la moitié de ses revenus et le tiers de ses effectifs, en cinq ans seulement » ! Et rien n’assure aujourd’hui qu’on en viendra pas là.

Voilà le sentiment général que je retire de l’agora du Syntec RP organisée ce mercredi au Celsa, en partenariat avec Newzy sur le thème : « La dilution des propagateurs : quelle valeur de l’information dans un monde sans journaliste ? »En comparaison du dernier forum de réflexion sur l’avenir du journalisme où j’ai mis les pieds, le tableau n’est finalement pas si différent, mais c’est la conclusion qu’on en tire qui l’est un peu.

Avec un intitulé tout aussi provocateur (“Le web, sauveur ou fossoyeur du journalisme ?”), le débat organisé par le Syndicat national des journalistes (SNJ) m’avait montré des journalistes désemparés.

Cette fois, c’est le Syndicat des professionnels des relations publiques qui invitait, et une grande école de journalisme et de communication qui recevait. L’auditoire de professionnels du journalisme (dont quelques blogueurs émérites : Emmanuel Parody, Hervé Resse ou Julien Jacob) et de la communication (dont un blogueur émérite, lui aussi : François Guillot), ainsi que des enseignants et des étudiants du Celsa, semblait bien loin de découvrir l’ampleur du problème auquel sont aujourd’hui confrontés les journalistes. Mais on a tout de même fini par entrevoir une porte pour une sortie possible de l’impasse d’aujourd’hui… Et encore, la porte n’est pas bien grande et ne laissera pas passer tout le monde.

Mon compte-rendu ne se prétend pas exhaustif (la vidéo de la réunion sera prochainement mise en ligne), et il se revendique comme subjectif… 😉 Chacun des participants qui viendrait à me lire est invité à faire part de ses commentaires, et les autres aussi !]

Le “grand effondrement” en ligne de mire

C’est peu dire, en effet, que la situation est grave. Les informations[ que ramène des Etats-Unis Eric Scherer, directeur de l’analyse stratégique et des partenariats de l’Agence France Presse (AFP), sont tout simplement… “alarmantes”. Les licenciements de journalistes dans les rédactions des médias américains, en cours ou à venir, sont “massifs”. Même si la France est déjà touchée (cf sur novövision : “Presse écrite : la grande crise a commencé”), ce n’est probablement qu’un début…

Valérie Decamp, directrice générale de La Tribune, évoque les réductions d’effectifs dans sa propre rédaction, comme à Libération, Le Monde ou Le Figaro, et elle remarque que TF1 aussi ne va pas très bien…

La perspective, souligne Eric Scherer, c’est bel et bien que la presse suive le chemin de l’industrie musicale, qui “s’est complètement effondrée, perdant la moitié de ses revenus et le tiers de ses effectifs, en cinq ans seulement” !

S’il y a chez les syndicalistes des sujets qui fâchent qu’on préfère éviter, ici, on a décidé de parler clair, et Valérie Decamp s’y connaît : “Il va bien falloir finir par se demander si on a réellement besoin de 400 journalistes pour faire le journal Le Monde”… Sa réponse semble être “non”.

L’information sans journalistes

Et les nouvelles qui viennent du net, ou même de la rue, ne sont pas rassurantes non plus pour les journalistes…

Benoît Sillard, directeur du site Commentcamarche.net, illustre à merveille comment un site de contenu en ligne peut se passer de journalistes. Et ça marche ! Commentcamarche.net reçoit des milliers de questions chaque jour, auxquelles répondent les usagers du site eux-mêmes. La fiabilité et la qualité du contenu est garantie, selon lui, par le sérieux des contributeurs qui répondent en veillant à préserver la réputation qu’ils se sont forgée petit à petit au sein de la communauté qui fréquente le site, et par le contrôle effectué a posteriori par la communauté.

“Nous faisons crédit au contributeur et nous faisons crédit à la communauté. Et ça marche.” Des problèmes rencontrés par l’intrusion dans le système de contributeurs payés par des marques pour défendre leur produits ont été identifiés : “nous avons mis en place des procédures pour empêcher ces pratiques, et l’on peut dire aujourd’hui que nous n’avons pas plus de problèmes de ce genre que n’en ont les journaux eux-mêmes…” Résultats : 6 millions de visites uniques par mois.

Dans la rue, le “cinquième écran”

Ce que nous préparent les penseurs du géant de la publicité et du mobilier urbain JCDecaux, c’est carrément l’ouverture d’un nouveau front de concurrence avec les journaux dans la diffusion de l’information. Ce combat-là ne se jouera pas sur le net, mais dans la rue, sur le “cinquième écran” prévient Albert Asseraf, directeur de la Stratégie de JCDecaux et Avenir, qui vient de réaliser un cahier de tendance, disponible en ligne : “Les audiences dans la ville”.

Les projets à l’étude chez JCDecaux sont bien de faire, demain, des “800.000 objets urbains” placés par l’entreprise dans les rues du monde entier de nouvelles sources de diffusion d’information (dont sont demandeurs les élus locaux) et de publicité (qui financera tout ça).

Après l’écran de cinéma, de télé, celui de l’ordinateur, du téléphone, c’est la rue elle-même qui devient ce “cinquième écran”.

Et Eric Le Braz, de Newzy, qui anime le débat, de citer des expérimentations en cours qui font des abribus quasiment de mini-kiosques, dotés d’écrans et répondant aux demandes des passants… Dans l’espace urbain, de telles réflexions sont également à l’oeuvre dans les transports en commun, indique Albert Asseraf, selon qui la RATP en vient à se considérer “elle-même comme un média”.

En mars dernier, Eric Le Braz, sur newzy.fr, se projetait en 2020 dans “un monde sans journalistes”, que j’avais déjà signalé ici.

Quelle place reste-t-il aux journalistes ?

Dans cet auditoire, il est au moins un débat qui semble être réglé : on ne crie plus haro sur les blogueurs. L’universitaire Valérie Jeanne-Perrier, maître de conférences au CELSA et responsable de la spécialité ressources humaines et communication, relève qu’il existe des blogueurs de haut niveau dans des spécialités où leur production est parfois de meilleure qualité que celle des journalistes.

Et l’universitaire de souligner d’ailleurs que de plus en plus de journalistes s’y mettent aussi, en marge ou dans le giron de leur média principal, en renouvelant le métier lui-même, son approche, son style. Le blogueur-journaliste Hervé Resse relève d’ailleurs que cette nouvelle donne apprend au moins une chose aux journalistes : “la modestie !”

Mais dans ce tableau, quelle place reste-t-il aux journalistes ? Et bien celle qu’ils se tailleront eux-mêmes, semblent s’accorder à répondre les intervenants. La balle est dans leur camp, c’est à eux de prouver, par la pratique, la plus-value qu’une approche professionnelle de l’information, encadrée par une déontologie, peut apporter dans cette énorme profusion d’information que l’on trouve sur le net.

C’est aux journalistes de se recentrer sur leur approche professionnelle et de la valoriser, souligne Valérie Decamp : une expertise, de l’investigation réelle, la vérification de l’information, la mise en perspective…

Un journalisme en “révolution permanente”

Le journalisme est aujourd’hui condamné à une “révolution permanente” indique Eric Scherer dans le passionnant billet qu’il a mis en ligne sur le site “mediawatch” de l’AFP : “Révolution permanente dans l’économie de l’attention”.

En ligne, tout l’enjeu pour exister, du contributeur de commentcamarche.net, au blogueur et au journaliste, c’est aujourd’hui de se bâtir et de préserver… une réputation. Un combat de tous les jours…

Mais comment financer ? Pour l’information de niche, très spécialisée, des formules associant publicité, abonnements, ressources annexes, pourraient parvenir à trouver un équilibre, peut-être…

C’est pour “l’information généraliste” que l’impasse reste entière, rappelle Eric Scherer, avec cette image parlante : “là où la publicité rapportait sur le papier 10€ aux journaux, sur le net elle n’en rapporte plus que… 10 centimes !” C’est clairement insuffisant pour financer une grosse rédaction et des reportages à l’étranger…

Ce qui pose bien un problème “démocratique” insiste le journaliste de l’AFP, qui s’émeut de ce qu’actuellement… “tous les grands médias américains ferment leurs bureaux à l’étranger les uns après les autres.”

Si certains journalistes parviennent à tirer leur épingle du jeu, en affrontant “par le haut”, par la plus-value professionnelle qu’ils peuvent apporter à l’information, la concurrence effrénée qui règne sur internet pour émerger de la masse, cette bataille fera des morts dans les rangs de la profession… et il n’est pas dit que le citoyen, lui, sorte gagnant de l’affaire…

14 Comments

  1. .J’ai cherché plusieurs fois un ouistiti dans la salle lors de cette agora sans jamais le voir. Découvrirais-je un jour le vrai visage de Narvic ?

    En attendant, Merci pour ce post comme toujours équilibré et bien balancé. Et, à sa lecture, je réalise que, au delà d’un état des lieux désespérant qui nous inciterait plutôt à nous tirer une balle dans la balle dans la tête, l’agora n’est peut-être pas allée assez loin dans la recherche de solutions.

    L’avenir du cinquième écran par exemple que nous prépare JC Decaux est peut-être une opportunité pour développer de nouvelles formes de journalisme à la fois ultra-locales (raconter la rue dans laquelle on passe) et complètement mobiles (accompagner un urbain dans ses parcours) . Les évolutions technologiques nous ont pour l’instant surtout laminés.Mais il y a des pistes : les prochaines générations d’epaper pourraient renouveler la vieille presse.

    Mais pour développer tout cela, il faut du fric. Et les médias en ont peu. Et ceux qui ont des trésors de guerre ne semblent guère investir en R & D. Les autres secteurs économiques bénéficient de clusters et de pôle de compétitivité pour imaginer leur futur. Pas nous. C’est peut-être un truc à creuser.Une alliance entre des entreprises de média, la recherche, les écoles, l’argent public et privé pour inventer notre futur. Et arrêter de le subir.

  2. Je dois dire que j’ai été très favorablement impressionné par l’intervention de Valérie Decamp. Moins pour une question d’opinion que de franchise bienvenue. On sent qu’une nouvelle génération arrive aux commandes avec pragmatisme et volonté forte.

    Sinon je pense qu’on a voulu opposer maladroitement Commentçamarche et les medias traditionnels alors justement qu’on aurait pu expliquer comment les modèles sont complémentaires, justement parce que Commentcamarche.net ne prétend pas faire de “l’info” et relève plus du service.

    (franchement tu aurais pu me dire que tu étais là…)

  3. Excellent et très fidèle compte-rendu, j’y étais aussi ! Pour ma part, bien que le débat soit sans langue de bois et très sur le style « pour dire les choses clairement », fortement impulsé par Eric Le Braz qui l’a animé de manière provocatrice (certains l’ont même qualifié d’extrémiste !) et du coup très intéressante, il y a quand même un sujet qui n’a pas été abordé.

    C’est celui de la valeur de l’information à accorder à des médias qui sont détenus par des intérêts privés dont les commandes dépendent plus ou moins directement des pouvoirs publics.

    En effet, Arnault, Bouygues, Bolloré, Dassault, Lagardère possèdent à eux seuls non seulement une énorme capacité d’information, laquelle n’est sûrement pas leur objectif premier, mais surtout une encore plus énorme force d’influence. Et jusqu’au plus haut niveau de décision quand on sait les liens étroits qui ont toujours uni (et je ne parle pas là des couples réels qui se sont formés dans la vraie vie…) médias et politique et de manière plus générale, médias et décideurs.

    Une question me brûle les lèvres que j’aurais dû poser en live : en dehors de l’Italie berlusconienne et donc de la France, y a t il d’autres pays démocratiques dans le monde qui autorisent ou laissent faire ce mélange des genres ?

  4. @ l’auteur ….

    Décidement la question tarabuste tout le monde en ce moment. Il faut dire que pour paraphraser notre ancien président, il y a le feu à la maison.

    Argent, influence des propriétaires de médias, conditions de travail, toutes ces raisons sont pertinentes pour expliquer le malaise. j’en vois quand même quelques autres : pourquoi ne pas parler des sources d’information, trop souvent réduites aux quelques agences de presses chez qui tout le monde se sert.

    Pourquoi ne pas parler du fait que d’un journal à l’autre, les lecteurs ont l’impression de lire de plus en plus le même papier, du figaro à libération ?

    D’une manière générale, le web transforme la perceptino de la profession de journaliste. Si l’investigation fouillée, approfondie, sérieuse en un mot ne vous est pas contestée, ce qui passe de moins en moins, c’est les articles de bavardage permanent où le lecteur a l’impression de lire – en payant – ce qui se dit au bar-tabac du coin pour pas un rond.

    Ajoutez à cela le sentiment désagréable de lire, d’entendre, de voir des journalistes persuadés d’être ceux qui savent et qui veulent dicter à leur auditoire leur façon de penser et d’agir …

    L’ensemble des journalistes ne présentent pas ces symptômes, réservés qu’ils sont encore à une “elite” parisienne. Pour autant, tous souffrent désormais des conséquences de cette maladie qui pourrit la tête de la profession. Et tant qu’ils ne réagiront pas, la maladie gagnera du terrain, allant jusqu’à mettre l’existence même des rédactions en jeu.

    C’est dommage, dangereux même. Car une démocratie ne peut vivre sans informations sérieuses et non inféodées. Sans journalisme, point de démocratie.

    Quand vont-ils comprendre cette vérité simple ? le feu est dans les espaces de reception mondaine. Et la fumée incommode déjà tous les autres habitants. Moi, je crie au feu. En vain pour le moment. Et cela m’attriste.

    Manuel Atréide

  5. Merci Narvic pour ce billet très complet. Le 5ème écran, c’est un tout nouveau chantier pour diffuser des infos sous forme de texte, photos, vidéos (comment les mettre en forme, quel format, quelle durée, etc). Pour le modèle économique, au moins cela semble plus facile, avec l’expérience de la pub urbaine de JC Decaux.
    Aurélien.

  6. @ manuel

    La désaffection du public est sûrement une cause de la situation actuelle de la presse, mais elle est lente, depuis longtemps : c’est plutôt une érosion.

    Elle correspond plutôt à un non-renouvellement du lectorat vieillissant, qui n’est pas remplacé par des jeunes quand il meurt. Plutôt qu’un abandon de lecture pour insatisfaction (qui existe aussi, mais pas si important que ça : sauf cas particulier de Libération, qui a subi une vraie crise de confiance avec son lectorat traditionnel).

    Ce processus lent permettait d’imaginer une lente agonie, sur 20 ou 25 ans…

    Aujourd’hui, c’est autre chose qui se passe, beaucoup plus brutal et radical : l’éclatement du modèle économique au fondement du système.

    Et ce que l’on redoute est l’effondrement rapide, comme un château de carte, pour des raisons économiques et pas à cause du contenu.

    C’est la pub et les petites annonces qui ont toujours financé la presse de masse, depuis son origine (XIXe s.). Le lecteur ne payant seulement qu’une partie du coût réel du produit. Et la pub était jusqu’à maintenant “attachée” aux médias, qui lui servaient de support.

    Ce sont ces trois phénomènes qui changent rapidement et simultanément : la pub et les petites annonces s’en vont sur internet, et sur internet ils se détachent du “support média”. Les petites annonces ont pris “leur indépendance”. La pub s’en va plutôt vers d’autres sites que les sites d’information (vers les moteurs de recherche et les sites sociaux).

    Et l’audience sur internet ne veut pas payer l’information.

    Bref les trois piliers du financement de l’information se dérobent simultanément (sur le papier, comme sur internet !).

    Le retour des lecteurs, par une offre de contenu rénové, ne peut suffire à répondre à cette lame de fond, j’en ai bien peur…

  7. J’étais là également, sur le fond pas grand chose de nouveau par rapport aux discussions sur l’avenir des médias qui ont cours ici ou ailleurs. Je retiendrai Eric Scherer : seuls les médias de niche peuvent gagner de l’argent.

    Sur la forme, Valérie Decamp est vraiment sortie du lot avec un discours clair et inattendu. Si elle manage comme elle parle, ça doit dépoter.

    Discussion avec Emmanuel en aparté à la fin, et question : pourquoi latribune.fr est-il gratuit alors que l’information économique et financière est très valorisée dans les milieux économiques et qu’il y a des gens prêts à payer pour cela ? Réponse : parce qu’il est difficile de faire marche arrière une fois le choix du gratuit fait. Mon ami Bruant appelle ça “le sentier de dépendance”.

    Je ne sais plus qui a évoqué (peut-être Benoït Sillard) “l’acteur qui propose une offre aux marques pour que des internautes postent des messages positifs dans des forums”. J’aimerais savoir de qui il s’agit et pourquoi on ne dit pas qui c’est, ce qui revient à cautionner ce type de démarche.

    Enfin dommage que l’on ne soit pas allé davantage sur l’impact dans les pratiques RP, c’est le Syntec RP qui invitait et Eric Le Braz a voulu faire parler les agences, c’était un peu tard et elles ont été un peu timides et sans doute méfiantes les unes envers les autres. Pour bien traiter ce sujet il aurait fallu un intervenant RP.

    On n’aurait pas vaguement discuté ensemble à la fin ??

  8. @ tous

    une petite précision : pourquoi je ne me suis pas montré à cette réunion (alors que je n’hésite pas à le faire dans d’autres : Paris-Carnet ou la République des blogs…) ?

    J’ai choisi d’écrire ce blog sous pseudonyme pour trois raisons :

    – le défi de tenter de bâtir une “identité” et une “réputation” en ligne de toutes pièces, purement “virtuelle”, en ne m’appuyant que sur ce qu’on peut lire en ligne de “narvic” (pour voir si c’est possible et jusqu’où on peut aller dans cette direction…)

    – la notoriété personnelle ne m’intéresse guère. Selon l’expérience que j’en ai eu, dans ma vie antérieure de journaliste en province (notoriété maximale ! Etre journaliste dans ces conditions, c’est être un notable : il y a plus de personnes qui vous connaissent que vous n’en connaissez vous-même…) cette notoriété est une réelle limitation à la liberté de faire ce qu’on veut quand on le veut (surtout si on a envie de faire des bêtises !) 😉

    – ne pas mélanger mes activités actuelles avec ce blog, de manière à limiter l’autocensure.

    Alors, au Celsa, comme à la réunion au SNJ, je ne me suis pas montré en tant que narvic, car ce sont des lieux où la probabilité que je croise des gens qui me connaissent professionnellement est assez grande (le Celsa était mon école de journalisme, j’ai été moi-même un élu du SNJ)… Voilà pourquoi je fréquente ces lieux sous mon identité IRL et pas sous pseudonyme…

    Je ne sais pas si je tiendrai longtemps sur cette ligne, mais pour le moment, j’avoue que c’est plutôt amusant…

  9. @ François

    Il me semblait bien t’avoir repéré, mais je n’étais pas sûr (change ta photo sur ton blog !)… 🙂

  10. @ Narvic …

    Oui vous avez raison, le modèle économique est en train de se renouveler à marche forcée, rythme qui tuera les médias trop peu réactifs pour s’adapter.

    C’est vrai que l’information de 2008 n’a plus grand chose à voir avec celle du début des années 80, pour remonter à une période qui précédait tout juste les nouvelles radios FM, la télé privée, la télématique puis l’avènement du web.

    Les journaux papier ont radicalement changé. Les radios aussi. Pour ne pas parler de la télé.

    Les radios ont de bon indices d’écoute, je crois. De bons indices de satisfactions aussi, si j’en crois les speechs que j’entends régulièrement sur France Info.

    la télévision, si elle est en légère baisse, reste quand même le média massivement utilisé par les français. Les JT ont moins la côte qu’il y a quelques années mais les émissions des différentes rédactions ont toujours leur vrai succès. bref, la télé, ça marche encore même si les tensions existent.

    Reste le print. Vieillissement du lectorat dites vous ? C’est vrai. Mais, vous savez, quand un lecteur meurt pour la presse, il meurt aussi pour les autres médias. Alors, pourquoi la presse n’arrive-t-elle pas à attirer un lectorat plus jeune ? Vous êtes un peu court sur le sujet, si vous me permettez cette remarque.

    C’est une des questions que je me pose effectivement. Pourquoi un jeune de 1960 lisait-il fièrement Le Monde l’après midi ? Pourquoi presque plus aucun jeune de 2008 ne lit fièrement Le Monde à midi ?

    Et ne venez pas me dire que c’est un problème de lecture. les magazines “d’jeuns” marchent très bien. Les jeunes parisiens se précipitent sur la presse gratuite le matin dans le métro. Ils surfent et bloguent assez massivement.

    C’est moins pour moi un problème de demande qu’un problème d’offre, pour parler un jargon pseudo économique. la presse écrite ne satisfait pas son lecteur.

    Et là, j’en reviens à mon questionnement sur le manque de diversité des infos proposées. Il est quand même frappant de voir que, grosso modo, le figaro et libé ont les mêmes infos dans chaque édition. Et que la tonalité même n’est pas si différente que cela. Comment, dans un paysage aussi monotone, donner envie ?

    En 1960, Le Monde et le Fig’ était-ils si semblables ? Comment un jeune lecteur peut-il s’identifier à un titre quand la bouffe proposée est la même partout?

    Je sais, c’est désagréable de s’entendre dire qu’on est conformiste. d’autant que je suis persuadé que vous ne l’êtes pas dans votre grande majorité. Mais, si vos lecteurs ne se retrouvent plus dans le travail fourni, il est peut être temps de se poser des questions, non ?

    A moins bien sur que l’agonie, lente ou rapide, ne soit plus confortable ? Dans ce cas, pourquoi tant de colloques sur la crise du journalisme ?

    Manuel Atréide

  11. @ Manuel

    Pour être franc, il y a tout de même un très gros décalage entre ce que les lecteurs disent de leur attente en matière d’information, de qualité, de crédibilité, etc., et ce qu’il font dans la réalité…

    Quand les lecteurs affirment qu’ils veulent de la qualité, ce sont pourtant les magazines d’info trash comme Voici, The Sun ou Bild qu’ils achètent massivement…

    Vous semblez croire que si la qualité s’améliorait, les lecteurs reviendraient. J’aimerai vous croire, mais je n’en suis plus persuadé. Et si c’était l’inverse qui se produisait en réalité : la qualité baisse parce que les lecteurs s’en vont… Âge moyen des lecteurs du Figaro : 53 ans !

  12. Il y a une chose que je n’ai pas vu abordée ou de manière très partielle. La crédibilité et la précision des articles. Il n’est pas rare que je relève des erreurs dans les articles que je lis à propos des sujets que je connais bien. Je n’ai pas de raison de croire qu’il n’y a pas d”erreur dans les domaines que je ne maîtrise pas, la seule différence est que je ne suis pas capable de les déceler.

    Les blogs de spécialistes en économie, en finance… sont bien souvent plus crédibles que les articles de presse. L’affaire de la Société Générale est sur ce point exemplaire. Je pense que les blogs de spécialistes qui ont expliqué les mécanismes financiers en cause ont permis aux journalistes de mieux comprendre le phénomène en question et de bien le retranscrire dans leurs articles.

    Pour moi les médias, comme leur nom l’indique doivent être des intermédiaires entre les “sachants” et leurs lecteurs. Comme cela est souligné par ailleurs, ce rôle tend à disparaître.

    Les journalistes ne travaillent-ils pas avec un “réseau” d’experts afin de valider leurs articles ?

  13. @ Narvic …

    Une courte réponse en forme de boutade interrogative :

    N’a-t-on pas le droit en tant que lecteur de se régaler de temps en temps des potins cracra de la presse de caniveau et de demander à la presse quotidienne un sérieux constant ?

    Je ne sais pas si il faut à ce point opposer les choses, mais ce dont je suis certain, c’est que ce n’est pas le travail des journalistes de “punir” leurs lecteurs en baissant la qualité de leur travail sous prétexte que l’info de caniveau se porte bien.

    Peut être que la presse de caniveau fait juste bien son travail, c’est qui explique son succès.

    Bref, pour moi, j’ai du mal à faire le lien entre les deux choses, malgré le caractère séduisant en apparence. On peut être très intello, aimer le ciné engagé et en même temps se taper un bon manga bien débile !

    Manuel Atréide

  14. « l’acteur qui propose une offre aux marques pour que des internautes postent des messages positifs dans des forums ».

    Réponse : Spintank (Versac), mais ça m’étonnerait qu’il soit le seul à le faire.

    Les équipes web des politiques en campagne le font également bcp.

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