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La blogosphère mise à nu par ses observateurs, même

Dans un billet dont je voulais parler depuis quelques jours sans trouver le temps,
Olivier Ertzscheid, sur Affordance, aborde une question qui m’intéresse au sujet de la blogosphère : dans quelle mesure sa visibilité grandissante, plus elle est placée sous l’observation des médias qui interagissent avec elle, perturbe son fonctionnement et menace son fragile écosystème ? C’est bien, formulée autrement, la même question posée par Versac, lorsqu’il a arrêté son blog…

Les médias ne sont d’ailleurs pas les seuls “observateurs” de la blogosphère en mesure d’influer sur sa “mécanique interne”. Le problème se pose également avec le classement Wikio des blogs, qui suscite toujours le débat…

La question, en définitive, est de savoir si la république autogérée des blogs résistera à son évolution en conservant son identité originale, où si elle de diluera dans la normalisation…<img445|center>

Olivier Ertzscheid a accepté que des billets de son blog soient repris par le journal
Vendredi
, contre une petite rémunération (Avis: j’ai accepté aussi), alors que l’ensemble des billets de son blog sont placés sous une licence Creative Common, qui autorise leur rediffusion libre, à la condition d’un usage non-commercial (Avis : c’est le cas des billets de novövision également).

Bon. Où est le problème ?

Donc disons, pour faire simple, qu’en acceptant cela, pour le moment, et pour ce journal particulier, je change (me semble-t-il) légèrement sinon la nature de cette publication (mon blog), du moins le “contrat éditorial et lectoral” qui le caractérisait jusqu’à lors.

 

Et alors. Qu’est-ce que ça change ?

En fait beaucoup et peu. C’est juste une petite brèche ouverte, sans grandes conséquences immédiates. Mais si la brèche s’agrandissait ? Un ver de logique médiatique, professionnelle et commerciale, dans le fuit gorgé de pureté de la blogosphère immaculée ? La question n’est pas si anodine. Y a-t-il un risque, s’interroge Olivier Ertzscheid, d’aller “vers un lissage des espaces de publication” ?

Reste entière la question de savoir si cette “carotte” potentielle impactera à terme le mode de publication et le rédactionnel d’Affordance (non à 99,9%) ou d’autres blogs/sites (je n’en sais rien mais suspecte que “oui, probablement, pour certains en tout cas”). Question subsidiaire encore, si le modèle Vendredi prend (ce que je lui souhaite), va-t-on vers un lissage des espaces de publication existants et des autorités afférentes : citoyens / journalistes / auteurs ? Et si oui, ce lissage est-il une bonne chose ? Pour préciser ma pensée, et en mettant cette fois de côté le cas particulier d’Affordance et des blogs tenus par des scientifiques en général, il est un grand nombre de rédacteurs dans la blogosphère auxquels il ne manque que la carte de presse pour s’installer journalistes.

 

Qui a peur de devenir journaliste ?

On l’observe ici depuis longtemps, la frontière maintenue entre blogueur et journaliste est en réalité extrêmement ténue (lire “Les blogueurs sont déjà des journalistes, et ils ne le savaient même pas”), voire carrément artificielle, basée sur une argumentation en réalité très fragile de la part des journalistes et dissimulant des motivations si ce n’est “inavouables”, du moins inavouées (lire : Denis Ruellan, “Le journalisme, ou le professionnalisme du flou”).

Quoi qu’ils en disent en effet, les journalistes professionnels n’ont jamais estimé nécessaire de définir leur activité autrement que par la pure tautologie qui figure dans la loi. En substance : “est journaliste, celui qui est payé pour être journaliste” (article L7111-3 du code du travail). Pas de définition qui tienne relative à une compétence ou une technicité particulière (cf. Denis Ruellan, déjà cité). Pas de déontologie qui tienne non plus, si ce n’est pure pétition de principe sans conséquences pratiques (lire : “L’introuvable déontologie des journalistes”).

Dès lors que redoute-donc Olivier Ertzscheid ? Etre journaliste ou blogueur (ou les deux :o) ), qu’est-ce que ça change ?

Nul ne nous oblige en effet à être en permanence “en situation de journaliste” ou à tout le temps “jouer” au journaliste : on a le droit à l’erreur (les journalistes aussi me direz-vous), le droit à la mauvaise foi, à la mauvaise humeur, le droit de décréter un jour avoir une ligne éditoriale à tenir et le droit tout aussi imprescriptible de s’y soustraire le lendemain.

 

Si je comprends bien, le blogueur redoute en se faisant journaliste de perdre une forme de liberté dont il jouit dans son blog. Etonnante conclusion à vrai dire : devenir journaliste c’est perdre sa liberté d’expression !

Certains journalistes, qui se font aujourd’hui blogueurs, partagent au fond ce point de vue (“La liberté retrouvée ou la naissance d’un néojournalisme dans les blogs”). Plus radical encore que cette “fuite” du journalisme dans le blog, Benoît Raphaël invite toute la profession à une véritable “contamination” par le blog : “Comment les blogueurs ont révolutionné le journalisme”. Tout cela conduisant bien, à mon sens, à travers la collision de deux galaxies à de nouvelles formes d’hybridation et de métissage.

Le blogueur attend donc que l’introduction de logiques “importées” des médias dans le fonctionnement de la blogosphère ne modifie son fonctionnement chez certains blogueurs :

L’initiative lancée par Vendredi devrait rapidement permettre d’y voir un peu plus clair dans les stratégies éditoriales à l’oeuvre sur le net et dans la blogosphère.

 

Les médias vont-ils tuer la blogosphère ?

Versac (alias Nicolas Vanbremeersch) exprimait finalement l’été dernier, sur Transnets, de Francis Pisani la même crainte, en soulignant comment l’interaction des médias et des blogs détruisait “l’économie vertueuse de la conversation” :

Une de mes clefs d’analyse, c’est que deux mondes se rencontrent actuellement, qui ne se connaissaient pas vraiment, et qui ont des logiques inversées. Celui des media, et de leur économie (de la rareté, du monopole, de la relation individuelle) et celui des media sociaux, avec leur vision plane, en réseau, où aucun monopole d’expression n’existe. Je remarque que ceux qui vivent mal la crise sont souvent ceux qui se retrouvent propulsés, volontairement ou non, dans le monde d’en face.

 

Je crois vraiment que le blogging doit rester un truc de petites choses, de communautés relativement homogènes, où l’auteur est présent et s’adresse à un public réduit. Sans quoi, faute de devenir professionnel (et c’est rarement possible), la pollution empêche l’interaction. Je me souviens ainsi du temps béni où mon blog, peu célèbre, mais fortement lié, drainait une population de commentateurs et de discussions passionnantes sur des blogs. C’était le moteur du blogging. C’est la même chose pour tout bon blog juridique, technologique, de cuisine ou sur le sport : aucun n’a vocation à devenir TF1.

Enfin, il y a un phénomène nouveau, aussi. L’argent.

 

Ou alors ce sont les classements d’influence des blogs ?

Cette interrogation renvoie, sur un autre sujet, celui du classement Wikio des blogs, à cette réflexion d’Olivier Le Deuf, sur Le Guide des égarés :

Etrangement, je fais mon apparition dans le classement science dans le top ten ce qui n’est pas sans effet terrible du type mails disant” désormais il va falloir tenir ton rang !” Voilà désormais l’apparition d’un nouveau concept : la pression blogosphérique, phénomène qui vous oblige à tenir votre rang parmi les classements de blogs et qui peut entrainer une forme de melonite incurable. Remèdes : débloguer.

 

J’ai fait une remarque du même ordre en commentaire d’un billet de Jean Véronis, sur Technologies du langage, à propos du fonctionnement de ce classement, qui accorde dans son calcul “une valeur supérieure aux liens issus des blogs les plus liés” :

Il accroît la visibilité de ceux qui sont déjà les plus visibles et tend à renforcer une hiérarchisation déjà installée. Il accorde aux blogs de haut de classement une forme de pouvoir de cooptation sur les blogs de bas de classement. A sa nature aristocratique et cooptatrice s’ajoute ainsi une dimension conservatrice.

L’image qu’un tel classement renvoie de la blogosphère n’est ainsi, selon moi, pas du tout conforme à son fonctionnement réel – c’est une image faussée. De surcroît, un tel classement perverti son fonctionnement et la dénature. Il lui est donc toxique. (…)

La blogosphère est, à mes yeux, dans son fonctionnement d’avant les classements automatisés de ce type, basée sur un pur système de recommandation inter-individuel. C’est un système d’élection par les pairs et pas du tout une aristocratie. L’élu n’en reste pas moins pair et son élection est révocable à tout moment.

 

Economie du lien et de la citation

L’un des effets pervers, souvent dénoncé, du fonctionnement de ce classement, est de favoriser des “effets de clique” (voire “de meute”), d’encourager des actions collectives de blogueurs destinées uniquement à améliorer – ou à défendre – leur place dans le classement. D’autres signalent un “effet de cour” auprès de ces “blogueurs influents” que l’on tente de séduire pour en obtenir ces précieux liens qui comptent plus que les autres (ne vous fatiguez pas avec moi, ce blog est hors classement. 😉 ).

A mon sens, cela perturbe l’écosystème de la blogosphère, en introduisant de nouvelles données dans l'”économie des liens” et la manière dont se régule leur valeur. Ça change même le “sens”, ou la “valeur” du lien, en introduisant un intermédiaire. On n’échange plus les liens “de la main à la main”, selon la méthode habituelle de la blogosphère : je te lie si tu me lies, et ainsi nos lecteurs nous lirons… On place (ou on sollicite) des liens pour que ces liens soient vus et comptablilisés par Wikio. Wikio devient une sorte de banque des liens, qui détermine elle-même la valeur des liens échangés, là où cette valeur se régulait auparavant sur un marché boursier.

Le lien ne sert plus à “acheter” de la visibilité dans la blogosphère, mais à “vendre” des places dans le classement. Ce classement devient le passage obligé de la visibilité. Le banquier s’est imposé dans le jeu comme intermédiaire et prélève au passage, bien entendu, sa commission…

Olivier Ertzscheid fait un remarque que je rapproche de la mienne au sujet de l'”économie de la citation” :

L’écriture “pour le web” est pour l’instant majoritairement une écriture pensée dans une stratégie de présence. Il faut “occuper l’espace” (virtuel) du Net. Une écriture de la présence : il faut être présent dans les résultats des moteurs. Une écriture du placement : il importe d’être bien placé, bien référencé. Or ce que nous enseigne l’héritage de l’écriture scientifique, c’est la manière dont s’est progressivement constituée une écriture de la citation. Il ne s’agit cette fois plus “seulement” d’occuper la place, mais bien d’être (bien) cité par d’autres, parce que c’est là le meilleur moyen … d’occuper la place..

 

Et Olivier Ertzscheid d’envisager que l’on en vienne dans les blogs à écrire pour être cité par Vendredi, comme j’envisage qu’on en vienne à lier sur son blog pour vendre à autrui une amélioration de son classement Wikio (j’ai même le sentiment que ça se fait déjà).

La fin de la république ?

Je tire de tout ça que la blogosphère s’est construite peu à peu, en grande partie à l’abri des regards (hors de l’espace des médias de masse, en tout cas) comme un écosystème autonome, selon des mécanismes de recommandations croisées entre blogueurs (avec la participation des commentateurs). La simple intervention du regard d’un observateur sur cet écosystème perturbe son fonctionnement : que ce soit le regard des médias, ou le regard du classement.

Ces interactions avec le “milieux extérieur” sont probablement inévitables. Il n’est d’ailleurs ni sain, ni souhaitable que la blogosphère soit un espace fermé. Mais cela signifie aussi que cette blogosphère est en mutation. Toute la question est de savoir si elle peut évoluer sans perdre quelques unes de ses caractéristiques originales et précieuses, en restant cette sorte de république autogérée, ce qui en fait, à mes yeux, tout le charme et la valeur…

16 Comments

  1. Ceux qui sont susceptibles d’être trop influencés par des histoires de liens ou de citations dans les journaux sont généralement ceux qui profitent déjà de cette mécanique (involontairement peut-être, pour certain — mais encore une fois, notons le paradoxe). Lorsque l’on parle de blogs « influents » ou de blogs « populaires », on parle en réalité de 500 blogueurs tout au plus, pour la France. Le reste, ce sont des centaines de milliers de blogueurs qui, pour la plupart, sont totalement étrangers à ces histoires de confrontations aux médias et autres histoire de liens pipeautés ou de copinage.

    Après avoir étudié la base de donnée de Wikio, Jean Véronis à récemment indiqué dans un de ces derniers billets que pour ce qui concerne la francophonie, en moyenne, un seul un billet sur 12 seulement comporte un lien ! Ça signifie qu’une toute petite minorité poste des liens à gogo (pour des raisons diverses) et qu’une grosse majorité en poste très peu, voire jamais. Non, les blogueurs ne sont pas tous ce que j’appelle personnellement des « technoratistes » (cf. l’outil Technorati qui permet de connaître les rétroliens qui pointent sur nos blogs — ce qui n’a d’ailleurs rien de péjoratif).

    Pour l’instant, nous sommes dans le noir. Un Wikio, un Vendredi, ou même un Google ne sont que des faisceaux lumineux qui permettent aux plus observateurs de voir clair dans un certain champs (celui de leurs critères de sélection et de leurs capacités de recherche). Mais je suis persuadé qu’il existe des centaines de Maîtres Eolas (des très bons, quoi) que l’on ne voit pas encore, perdus dans des contrées lointaines, loin des explorateurs de tous médias et des « cercles mondains ».

    Dans le monde des blogs, on en est encore à se repérer aux étoiles. La carte topographique complète et infaillible, ce n’est pas pour tout de suite. (Tout cela n’est que mon avis perso.)

    Ça me fait penser que le classement Wikio a désormais comme baseline « Retrouvez ici tous les mois le classement des blogs les plus cités de la blogosphère. ». Exit « l’influence ». Un petit détail qui permettra peut être à ses utilisateurs de mieux l’interpréter et d’y voir ainsi un peu plus clair.

  2. Pour résumer ma pensée en quelques mots (oui, je sais beaucoup ne lisent pas les longs commentaires) : savoir qui est la patron, qui est le plus lié ou qui est le plus connu ne concerne dans l’absolu que très peu d’individus. En revanche, tenter y voir plus clair concerne potentiellement tout le monde. Évidemment, pour le moment, aucun outil n’est parfait, sinon ce ne serait pas drôle.

  3. @ Ouinon

    Tes arguments sont valables. Mais pourquoi la blogosphère devrait-elle être cartographiées ?

    Moi, je reste persuadé que les blogs valables finissent par être repéré un jour, par un blogueur ou un commentateur qui les “intégrera” dans le réseau par un lien, ou bien parce qu’ils se seront fait connaître en venant commenter chez les autres avec lesquels ils ont des affinités.

    C’est pour moi l’intérêt même de la blogosphère de fonctionner comme ça, une république autogérée dans laquelle les gens s’agrègent par cooptation.

    Ce n’est pas du tout grave qu’il y ait des zones plus centrales et d’autres plus périphériques, des zones éclairées et des zones sombres, et que l’on ne puisse pas du tout embrasser le phénomène dans sa globalité. Je voudrais même qu’on arrête de chercher à le faire. :o)

    PS : ici c’est un blog où il y a beaucoup de commentaires long, mais j’ai pas encore trouvé beaucoup de commentateurs qui en faisaient de plus long que mes propres billets. 😉

  4. « Mais pourquoi la blogosphère devrait-elle être cartographiées ? »

    Pourquoi la France est-elle cartographiée si précisément ? L’IGN ne servirait à rien et il faudrait ne faire confiance qu’aux panneaux routiers contextuels (les liens) et aux guides touristiques (les découvertes des blogueurs populaires) pour naviguer ? Reconnaissons que ces moyens seraient loin de répondre à tous les usages possibles des millions de français qui souhaitent se déplacer.

    Bon, cela-dit, pour ce qui concerne les blogs, la cartographie n’est qu’une image. Parlons plutôt d’outils ou de méthodes de représentation du monde des blogs (le « journalisme de liens » en fait aussi partie par exemple), dont les résultats peuvent être moins figuratifs qu’une carte, mais un minimum intéressant tout de même pour qui sait les apprécier à leurs justes valeurs.

    Mais encore une fois, rien n’est encore parfait, loin de là. En tout cas, je pense que pour le moment, on ne peut pas affirmer qu’une méthode ou un outil de recherche ou de documentation est inutile face à un autre. Ce sera peut être le cas un jour (c’est peut être cela dont il faut se méfier ?) mais pour le moment, nous en sommes encore à une phase où la complémentarité et la juste utilisation des moyens est primordiale pour qui veut (se) représenter le plus fidèlement possible le monde des blogs, son actualité ou sa mécanique.
    Merde, j’ai l’impression de dévier lentement du sujet de départ mais tant pis, je suis lancé 😉

  5. @ Ouinon

    C’est pas ça que je veux dire : je crois qu’il est souhaitable de ne pas tenter de cartographier la blogosphère (dans une optique IGN), ni d’essayer de l’appréhender dans sa globalité (type moteur de recherche). Ça lui est toxique. Il faut plutôt partager des chemins intimes, personnels ou même secrets, des itinéraires dans la jungle, des cartes au trésor, des représentations subjectives et des récits de voyage… 🙂

    Ok, par exemple, pour ta carte de la blogosphère avec des continents imaginaires et des associations subjectives, ou pour les plans en forme de lignes de métro. Il s’agit de choix, donc c’est intéressant, ça émane de la blogosphère et ça l’enrichit (en plus il y a des blogs qui vont avec où on peut réagir auprès de l’auteur. 😉 ).

    Des outils de navigation dans la blogosphère doivent tenir compte de ses spécificités, notamment le fait que tout le monde n’est pas aussi visible et ne veut pas l’être, et conserver une bonne dose de subjectivité affirmée.

    la blogosphère est une toile dans la toile, qui forme un tout, mais avec des niveaux d’engagement et de visibilité extrêmement différents. C’est ça qui fait son intérêt.

    Elle doit rester un labyrinthe, fabriquant elle-même ses propres chemins de navigation : c’est par exemple la philosophie de Media Links, contre celles autant d’un média que d’un algorithme. L’intérêt de cette approche est de ne jamais sortir de l’approche de la blogosphère comme un réseaux complexe de distribution des recommandations entre des personnes…

    J’ai encore du mal à formaliser ça (j’ai un billet sur ce thème en chantier qui a du mal à sortir…). Est-ce que je parviens à me faire comprendre ?

  6. Bonsoir Narvic,

    Je me permets de m’écarter un peu du sujet, mais si je m’en vais trop loin, n’hésitez pas à supprimer ce commentaire.

    Une chose qui me parait au moins aussi intéressante, c’est comment les blogs influencent les journalistes (ou les acteurs de la télévision).

    Sur l’excellent blog “43 folders”, il a été dit que le succès d’un blog naissait entre autres de l’obsession de son auteur. C’est un phénomène qui, en général, garantit la qualité des recherches des auteurs.

    Etant donné le soi disannt flou juridique qui regne sur la qualité des oeuvres des contributeurs anonymes du nets; certains journalilstes sont heureux de se servir de ces sources car l’obsession offre le temps et les moyens qu’ils n’ont pas. Ce faisant, ces même journalistes, soumis à des contraintes différenntes de celles des acteurs du net, ne prennent pas le temps d’examiner l’information correctement.

    Un cas extrême est une émission sur Direct8 que j’ai vu récemment, et qui reprend des vidéos du net (sans aucun égard pour les droits d’auteurs). Ils ont passé un clip, dont je sais qu¿il est extrait d’un mauvais film, mais en le faisant passé pour une vidéo amateur.

    On est ici dans le divertissement, mais cettet tendance à répercuter le travail de recherche sur les internautes pose problème.

  7. À Narvic :

    « L’intérêt de cette approche est de ne jamais sortir de l’approche de la blogosphère comme un réseaux complexe de distribution des recommandations entre des personnes… »

    Ok, mais cette approche n’est pas forcément la réalité de la majorité des utilisateurs (lecteurs et blogueurs). Réalité qu’on ne connaît d’ailleurs que très peu car les usages sont nombreux. On le voit d’ailleurs au peu de liens publiés sur les blogs francophones, ce qui n’enlève pourtant rien, ni à la volonté fondamentale du blogueur d’écrire pour être lu (sans forcément calculer) ; ni à la volonté du lecteur de chercher ce qui l’intéresse. C’est juste que les blogueurs n’utilisent pas les liens au même rythme et de la même manière. Est-ce que le monde des blogs doit rester « labyrinthique »… allez, écrivons le : « comme avant » ? 😉 C’est peut être le souhait de quelques uns mais pas sûr du tout que ce soit la volonté du plus grand nombre d’utilisateurs. Je n’en sait rien en fait.

    Les choix subjectifs d’un « conseiller » peuvent être intéressants (moi, je le répète : j’aime bien Media Links 😉 ) mais dans l’absolu, cela dépend encore sur quel nombre de blogs on à la possibilité de choisir. Si les blogueurs les plus lus choisissent perpétuellement les liens qu’ils publient sur les 100/200 mêmes noms de leur réseau (réseaux qui du coup sont souvent les mêmes), la partie médiatique de notre petit monde ne peut que tourner en boucle et on en revient pour ainsi dire à « l’effet de clique » que tu évoques à juste titre dans le billet. Les blogs populaires sont de plus en plus lus (sauf mesure technique ou éditoriale de la part de leurs propriétaires) et les petits blogs restent petits et s’éteignent même parfois aussi vite qu’ils sont nés, par manque de lecteurs (il peut être décourageant d’être peu lu lorsqu’on prend beaucoup de temps d’écrire des articles qu’on estime de qualité). Pour moi, les enjeux de la sélection, de l’observation ou de la découverte (personnelle ou publique) reposent sur une question de critères (la qualité perçue par un tiers en est un parmi d’autres possibles ou imaginables) ET sur une question de champs de visibilité (le guide + la carte).

    Concernant le blogo-protectionnisme (« Non pitié, pas trop de visiteurs s’il vous plait » 😉 ), hormis l’énième paradoxe de la situation, ça peut mathématiquement ne concerner qu’une petite minorité de blogueurs, une fois de plus. Pour en revenir à la métaphore géographique, ce n’est pas parce que les cartes existent que tous les villages sont devenus de grandes agglomérations. On aime ou on déteste les grandes villes pour leurs qualités ou leurs défauts ; idem pour les petits villages. Et puis entrent en ligne de compte la situation : mer, montagne, travail, famille pas loin, soleil, etc. Le mouvement existe mais globalement, la population du pays reste la même et les cartes incitent juste les gens à découvrir le monde plus facilement, par eux même, comme des grands 😉 Moi, par exemple, j’aimerais bien, là, tout de suite, avoir une liste de TOUS les blogs sur le design pour pouvoir choisir par moi même celui qui me plait le plus au lieu d’attendre des mois ou des années qu’il remonte à la surface — s’il survit jusque là. Ce n’est pas encore possible… Et pour finir sur un pied de nez, je ne sais même pas encore si ça servira à quelque chose ! 😉

  8. Je ne sais même plus si j’ai déjà commenté ici. Je crois que j’ai fait un commentaire sur un post photo il y a quelques mois, mais je n’en suis pas sûr. De toute façon, je peux difficilement commenter sur tous les blogs que je lis – c’est aussi ça, la blogosphère.

    Mais là j’ai envie de sortir de mon silence pour dire un truc qui va peut-être paraître bizarre : je ne sais pas ce que c’est que Wikio.

    Ou du moins, je ne sais sur Wikio que ce que j’en ai lu sur ce blog et quelques autres (dont le défunt Versac) et je n’ai pas cherché à en savoir plus parce que, en toute franchise, ça ne semblait pas mériter mon attention. Et je ne suis jamais tombé sur Wikio lors de mes périgrinations sur le web. Je ne sais pas à quoi ça ressemble. Je n’ai même pas spécialement envie d’aller voir. Je ne sais pas trop en quoi consiste ce “classement wikio” dont j’entends parler ça et là. Je ne sais pas s’il est censé m’intéresser. J’ai un peu de mal à me représenter qui il est censé intéresser, même.

    Ou, pour le dire rudement : qu’est-ce qu’on est censés en avoir à foutre ? Wikio par-ci, wikio par-là, mais c’est quoi ce truc ? Je n’en aurais pas entendu parler DU TOUT si ce n’était de quelques posts sur certains blogs (celui-ci en particulier) dont la totalité commentent SUR wikio et son fameux classement : sa pertinence, son intérêt, etc. QUI EST-CE QUE ÇA INTÉRESSE ? Je n’y comprends rien, perso. Si on pouvait m’éclairer.

  9. C’est incroyable…

    Je lis “mécanique”, je lis “observateur”, je lis “changement de comportement” et nulle part je ne vois le mot magique 😉

    @Narvic : pour aller taper plus loin et basculer sur un niveau supérieur de traitement, il faut peut-être aller voir du côté du… quantique !

    Oui oui, c’est bien ça, nous sommes en train de parler de l’observateur qui modifie l’observé (Schrödinger et l’effondrement de la fonction d’onde).

    Car enfin, qui crit que tout le monde se comporte normalement en classe quand passe l’Inspecteur d’Académie ? Qui croit que l’atelier tourne normalement quand le PDG est en visite ?

    Le changement de comportement peut être dans un sens veule (viens voir ce que je fais c’est génial) ou révolté (attends mon coco tu vas voir).

    On pourrait sinon reprendre la métaphore vitale de type biosphère. Avant l’arrivée des colons en Amérique, les grandes nations Amérindiennes du nord avaient trouvé une forme d’équilibre : luttes, guerres, coutumes, langues, tout un monde vivant en vase clos. L’intérêt de l’européen pour ces nouvelles terres prometteuses, ces peaux à ramener et cet or a eu l’ffet que l’on connait…

  10. juste pour rappeler que la cartographie moderne a une origine militaire

    cf. l’article de Wikipédia sur le sujet et le titre de l’ouvrage d’Y. Lacoste (1976)…

    un commentateur occasionnel, non blogueur

  11. @ Schmorgluck

    Le classement Wikio des blogs est une très grave et très importante question qui passionnent considérablement les blogueurs qui figurent dedans, ce qui m’amène à m’y intéresser, même si je n’y figure pas (à ma demande).

    C’est un peu comme le Top 50 pour les chansons à la mode, avec le même côté narcissique, dérisoire et peu fiable de l’affaire…

    Pour moi, les réactions qu’il suscite sont un objet d’étude intéressant sur la blogosphère et son fonctionnement.

    Si tu veux du vrai classement de blogs, du solide et de l’authentique, je t’en recommande deux :

    • celui d’Eric : Mon classement des 30 meilleurs blogs

    • et le mien :o) : Exclusif ! Le Top23 novövision des meilleurs blogs en français

    En espérant avoir contribué à te faire découvrir des bons blogs que tu ne connaissais peut-être pas déjà. 🙂

  12. En lisant ce texte, j’ai pensé à une remarque de Bourdieu, quelque part dans “sur la télévision”, où il dit que finalement il n’y a que les journalistes à lire tous les matins les autres journaux pour le comparer au leur, à être capable de dire précisément qui a déniché telle information en premier, etc.

    Il faudrait savoir s’il en est de même pour les classements de blogs : s’ils ne sont consultés que par quelques blogueurs en mal d’ego à faire gonfler, ou bien s’ils jouent vraiment un rôle pour diriger un public potentiel vers tel ou tel blog.

    Les deux hypothèses sont tenables :

    D’un coté, le blog étant une structure beaucoup plus personnelle qu’un journal, il renforce encore ces mécanismes qui nous poussent à nous comparer aux autres,etc. Le blogueur ne peut pas s’empêcher, à travers les jugements sur son blog, de voir des jugements sur sa propre personne.

    D’un autre coté, la blogosphère est une nébuleuse tellement désorientante qu’un outil comme une “comparateur/classificateur de blogs” peut-être beaucoup plus utile pour l’internaute moyen que ne le serait un même outil pour les journaux (papiers ou télévisuels).

    Je pense qu’avant de spéculer sur le rôle d’un classement de blogs, il faut avoir un peu plus de données : combien de personnes le consultent et y font vraiment attention ? Qui sont ces personnes (blogueurs ou pas) ? Quel effet joue-t-il sur eux (car on n’est pas forcément “dupe” : on sait qu’un blog influent n’est pas forcément un blog que l’on jugera “bon”) ?, etc.

    Pour terminer sur des considérations générales, n’oublions pas que le profil de celui qui lit ou rédige un blog est déjà différent de celui de l’individu qui regarde le journal à la télévision. Dans le cas du blog, on sait que l’information provient d’une personne : elle n’est pas “accréditée”. Pour ceux qui mettent en doute l’accréditation de l’information, c’est un avantage, pour ceux qui s’attachent à ce qui est “dit à la télé”, c’est un inconvénient. Du coup, si le blog subit lui-même un processus d’accréditation officielle, il perdra de son intérêt distinctif : je ne suis pas sûr que ce soit ce que recherchent les lecteurs/redacteurs de blogs.

    Toute la subtilité de la stratégie du blogueur consiste à vouloir être reconnu (par les pairs) sans être accrédité (par une quelconque institution) : c’est le “rebelle pertinent”, qui essaie d’avoir le beurre et l’argent du beurre : il ne veut pas se corrompre dans une logique institutionnelle, mais il tient à sa petite gloire ! Le référencement/classement renforce cet aspect de la petite gloire, mais la pare de l’aspect institutionnel. Pour cette raison à mon avis, il ne sera jamais totalement acceptée par les blogueurs, qui ont fondé leur communauté sur le principe du rejet d’une telle institutionnalisation.

    …Mais je réalise que je suis en train de généraliser sur les blogs, alors qu’il existe une telle différence entre un blog comme celui-ci et le blog skyrock d’un ado ! Cette “république des blogs” provient-elle vraiment du moyen technique mis à notre disposition, ou n’est-ce pas plutôt une certaine petite communauté (intello-critique), qui se retrouve comme par hasard, en utilisant un outil particulièrement pratique, mais qui aurait pu être autre ? Question formulée autrement : est-ce le blog qui crée la république ? J’en doute…

  13. @ Xavier

    Je sais bien. Il y en a un peu partout sur les textes d’archives de ce blog. 🙁 C’est un dommage collatéral de la migration de ce blog de Spip à WordPress. J’ai pas mal de nettoyage typographique à faire : mais c’est long et fastidieux…

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