net et news

L’iPad et la presse : l’aveu d’un repli et la fin d’une illusion

L’enthousiasme dithyrambique que soulève l’arrivée de l’iPad d’Apple chez les patrons de presse, et chez certains journalistes qui pensent tout exactement comme eux (comme si leurs intérêts étaient au fond si convergents…) me semble chaque jour un peu plus pathétique.

On peut le voir au choix comme la réaction de celui qui chute de l’arbre et tente de se raccrocher aux branches, ou comme celle de l’homme qui a perdu ses clés dans une rue sombre et se réjouit de trouver un réverbère cinquante mètres plus loin, estimant qu’il pourra les chercher de ce côté-là bien plus facilement.

Un écran de fumée

A moins que ce vacarme ne soit au fond qu’un écran de fumée, uniquement destiné à dissimuler (aux actionnaires ?) une réalité moins reluisante : celle d’un repli et de la fin d’une illusion. Internet ne sera pas cet Eldorado de la presse un moment entrevu. Il ne sera pas pour le journalisme écrit d’information politique et générale, sur le modèle de celui que font les quotidiens parisiens et les news magazines, l’arme de la reconquête d’un lectorat en réalité définitivement perdu au profit des formats audiovisuels, radio et télévision, et maintenant des formes foisonnantes d’internet.

J’avoue que je me suis laissé aller moi aussi à y croire un moment : pour le journalisme, internet allait être la revanche de l’écrit sur l’audiovisuel, qui ne cessait pourtant de creuser patiemment la tombe des journaux depuis l’apparition de la radio dans l’Entre-Deux-Guerres puis la télévision quelques années après.

Internet allait ramener les jeunes à la lecture des nouvelles et redonner une seconde jeunesse à cette manière traditionnelle de livrer les informations, pourtant en très net déclin… depuis des décennies.

On disait que les jeunes se détournaient des journaux en raison d’un “triple problème de prix (trop élevé pour une clientèle souvent dépourvue d’autonomie financière), de distribution (éloignée des lieux de passage des jeunes dans leur vie réelle) et de contenu (souvent peu adapté à cette population). Cette presse est par ailleurs concurrencée par les magazines, l’audiovisuel, la montée en puissance de l’Internet ainsi que l’avènement de la culture du gratuit” (rapport Spitz sur Les jeunes et la lecture de la presse quotidienne d’information politique et générale). Mais en livrant bataille sur internet, on allait reconquérir le terrain perdu…

L’effondrement historique de la presse quotidienne

Et qu’on mesure l’ampleur du terrain perdu ! Entre 1945 et 2004, la presse quotidienne parisienne a vu sa diffusion divisée par trois !, passant de 6 à 2 millions d’exemplaires/jour, alors que la population française augmentait de 50% durant la même période (de 40 à 60 millions d’habitants). Un véritable effondrement (en valeur relative, c’est une division “réelle” par quatre ou par cinq !).


Source : annexe 1 du Rapport Tessier : La presse au défi du numérique

On peut même observer que, si l’arrivée des quotidiens gratuits n’a pas donné le coup de grâce redouté aux payants, c’est probablement que le mal est en réalité plus profond : les quotidiens gratuits sont parvenus à se faire une place (atteignant en 2004, moins de deux ans après leur apparition, une diffusion de 1,34 millions d’exemplaires/jour) sans rogner sur la diffusion des payants. Car ils ne touchent pas les mêmes publics ! Ils ne ramènent pas vers un format ancien des lecteurs qui l’auraient quitté : ils conquièrent des lecteurs qui ne l’avaient jamais été, sur un format profondément différent.

On pourra disserter sur les motivations principales de ces nouveaux lecteurs d’info écrite : l’efficacité de la distribution des gratuits (les réseaux de transport), le prix, ou le contenu éditorial light (vite fait et vite lu : l’essentiel de ce qui buzz en bref, sur le modèle, justement, de ce que proposent la radio et de la télé)… Il n’en reste pas moins que ces lecteurs sont bel et bien perdus pour les quotidiens “traditionnels” papier, qui ne parviendront pas à les conquérir, sauf à devenir eux-mêmes des gratuits et à perdre ce qui leur restait de fidèles…

Vite fait, vite lu… et gratuit, car ça ne vaut pas plus

Mais on allait les reconquérir sur internet ! Internet, ça c’est jeune, ça c’est moderne, et ça c’est de l’écrit. Sauf que ça n’a pas si bien fonctionné que ça. L’info qui crée de l’audience sur internet et permet d’envisager de se financer par la publicité, c’est exactement la même que celle… de la radio, de la télévision… et des quotidiens gratuits ! Vite fait, vite lu, l’essentiel de ce qui buzz en bref : c’est à dire surtout du people, du faits-divers et de la polémique politique.

Le succès d’audience du lepost en la matière ne fait que souligner en creux un échec du monde.fr : que reste-t-il de l’audience du monde.fr, si l’on retire la part qui va aux blogs hébergés par la plateforme (13% du total), et celle qui va aux dépêches d’agences de presse diffusées brutes, ou à peine réécrites par la rédaction spécifique du monde.fr ? On va bientôt le savoir, puisque les articles de la rédaction papier du Monde ne sont plus accessibles gratuitement désormais sur le site (Rue89 – 24/03/2010). Pour ce qui est de l’audience du figaro.fr, on la connaitra peut-être un jour, quand auront cessé tous ces petits trafics de statistiques

Bref, le problème de l’information journalistique traditionnelle politique et générale, “à la mode des quotidiens”, ce n’est pas qu’elle serait confrontée à une “culture de la gratuité”, c’est tout simplement qu’elle n’intéresse pas grand monde, et pas plus sur internet qu’ailleurs. En tout cas, la grande majorité de ceux qui forment l’audience, où que ce soit, n’est nullement prête à payer pour ça ! Et les journalistes des quotidiens qui hurlent contre cette soi-disant “culture de la gratuité” seraient bien inspirés d’écouter le professeur Robert Picard, fort opportunément traduit par Philippe Couve, sur Journaliste&entrepreneur, quand il rappelle cette évidence : “L’information n’a jamais été un produit commercialement viable”. Ce n’est pas d’aujourd’hui que le reportage à l’étranger, qui a toujours été structurellement déficitaire, était financé par les petites annonces, la météo, l’horoscope et les programmes de cinéma, car c’est celle-là l’information que les gens – ou les annonceurs (Mise à jour de mercredi, 10h20)] -sont prêts à payer !

Renoncer à jouer dans la cour des grands

Alors maintenant l’iPad ! Ce serait même [“la ruée vers l’or” (Electron Libre)… Mais à quel prix ?

Le prix, c’est de renoncer à jouer dans la cour des grands ! Celui du web de masse et des audiences qui se comptent en millions. C’est le repli sur une audience confidentielle, certes prête à payer pour ça, mais confidentielle à l’échelle du net. C’est le renoncement, pour cette forme de journalisme, à conquérir un lectorat nouveau, celui qui s’est intéressé, un peu, sur internet à la production des quotidiens, tant qu’ils acceptaient de “jouer le jeu” de ce nouvel écosystème de l’information : une mise en concurrence systématique de tous les titres, car on n’est plus attaché spécifiquement à une marque et que l’on privilégie justement la diversité ; l’abandon, du coup, de l’information livrée par paquet au profit d’une consommation des articles à l’unité, que l’on se recommande les uns les autres au sein des réseaux sociaux, formant une hiérarchisation de l’information émanant de la masse des internautes eux-mêmes et non plus imposée par une rédaction ; une information consultée dans un cadre communautaire, où la communauté des lecteurs que l’on rejoint est finalement plus importante que la marque sous laquelle on se place, et la rédaction de journalistes à laquelle elle correspond, etc.

Retour à la diligence… ou au Minitel

C’est à tout cela que l’on renonce, avec l’iPad, et chez certains c’est même avec soulagement ! L’iPad, pour la presse, n’est pas un progrès, c’est une régression. C’est le retour à la diligence… ou au Minitel : fourguer à nouveau un journal dans son entier, sous sa marque et par paquet, sur un appareil dédié à des fonctions limitées de consultation (la tablette), à travers une plateforme de distribution fermée et censurée (iTunes), avec un navigateur “à usage unique” (l’appli iPad/iPhone dédiée), entravant les fonctions d’interaction, de recommandation et de partage. Le tout étant bien entendu payant.

C’est juste exactement la même chose que du papier, sauf que c’est sur une tablette électronique. Mais qui compte-t-on intéresser en s’y prenant de cette façon ? A part ceux qui, justement, achetaient encore du papier ?

Ah certes, s’extasie un communiqué de Lagardère active (qui se targue d’être le “leader mondial dans la production et l’agrégation de contenus plurimédias”), cité par Electron Libre :

“L’iPad permet d’exprimer, dans une nouvelle écriture multimédia, les principes narratifs qui font le positionnement unique de Paris Match : l’image et l’explication de l’image (texte, son, vidéo) acquièrent une profondeur nouvelle.”

Mais je rêve ? Qu’est-ce que l’iPad permettrait de plus en matière d’“écriture multimédia” que ne permet pas déjà le web avec n’importe quel navigateur récent ?? D’autant que ses fonctions multimédia sont justement inférieures à celles des autres interfaces, puisqu’il ne reconnait pas le format pour la vidéo et les mises en pages graphiques avancées le plus utilisé aujourd’hui sur internet (Flash).

Sur l’iPad, du .pdf “amélioré”

J’ai peur en effet de comprendre “ce qu’il faut entendre par là”, comme disait Pierre Dac : le grand avantage de l’iPad, c’est qu’il va permettre de refaire des sites qui ressemblent exactement à des journaux et à des magazines… comme avant ! Avec le petit supplément que ça “bougera” un peu plus et que ça aura une petite couche de vernis moderne sur un vieux produit maquillé refourgué en fraude.

Décidément, les éditeurs de presse n’en sortiront jamais : ils nous avaient déjà fait le même coup, il y a quelques années, en tentant de nous vendre des versions en ligne fac-simile de leurs versions papier sous la forme de fichier .pdf. Ça n’a jamais marché. Personne n’en a jamais voulu. Même quand ils le donnaient ! Qu’à cela ne tienne, avec du .pdf tout juste un peu amélioré, ça marchera forcément ce coup-ci.

Qui peut croire sérieusement, même chez Lagardère et dans leur propre domaine de prédilection de la presse thématique grand public, que des magazines vendus sur iPad pourront jouer un instant dans la cour de mégasites tels que aufeminin ou doctissimo ? Car ils sont bel et bien là, les nouveaux magazines en ligne.

Lagardère ne doit d’ailleurs pas plus y croire que moi, puisqu’il a bien veillé à racheter Doctissimo avant de ne jurer que par l’iPad !

C’est la même chose sur le fond pour les quotidiens et pour les magazines, sauf que les magazines sont encore économiquement prospères alors que les quotidiens sont déjà étranglés (quoique… La Tribune – 11/03/2010 : Lagardère décroche après ses résultats décevants).

L’iPad permettra peut-être de conserver sur le net l’audience que ces médias avaient déjà sur le papier, une audience qui aura les moyens – et l’envie – de payer un iPad et des abonnements coûteux, mais ça ne sera certainement pas une solution pour gagner un lectorat que le papier n’intéresse pas et qui développe sur internet des pratiques de l’information fondamentalement différentes. Jouer le tout à l’iPad en se retirant du web, planqué derrière des murs payants, c’est bien un repli qui traduit la fin d’une illusion : c’est le choix de faire durer l’agonie quand on est déjà persuadé qu’on ne pourra en réalité plus sauver le malade. C’est accepter de rentrer piteusement à la niche, jusqu’à ce que mort s’en suive.

C’est finalement une bonne nouvelle pour ceux qui ont choisi une autre stratégie : bonne chance à tous les blogs, à Rue89 ou Slate, à tous les pure players web gratuits, interactifs et collaboratifs. Le vieux monde, en se ruant sur l’iPad, est en train de vous faire de la place sur le web !

20 Comments

  1. Je trouve cette analyse tout à fait pertinente, j’oserais même dire brillante !

  2. CQFD! Cela étant dit, je crois aux blogs de “niche” comme le mien, mais il y en a plein d’autres, que ce soit en politique, sur les médias, en médecine , sciences etc. Mais le problème pour les blogeurs est aussi de trouver l’info et la méfiance envers les blogeurs est souvent de mise. Quand on se présente auréolé du mandat d’un titre de presse “bonjour je suis journaliste au XXX” les portes s’ouvrent plus facilement que si l’on se revendique comme titulaire d’un blog sur..”. Et sans info, on fait quoi?

  3. Je ne sais pas, j’ai un iPad (un vrai) et j’ai téléchargé l’appli Time magazine – et je dois dire que ça déchire. ! Les photos sont absolument magnifiques. En fait – si le contenu est de qualité, je pense que cela marchera. Mais bon, contenu de qualité – pas évident par ces jours !

  4. Les applications natives permettront plus, mais pour quel public ?
    Croit-on vraiment que la poignée de millions de futurs possesseurs va régler le problème de la presse ?

    Le problème de la presse ce n’est pas le terminal. Le problème de la presse c’est les journalistes et les lecteurs. Les premiers ont tendance à tendre le bâton pour se faire battre, les seconds n’ont plus le temps, l’envie ou l’argent.

    L’ipad offrira des choses intéressantes mais pour quelques happy few qui ne sauveront pas la presse.

    La presse en ligne bousille elle-même à la hache les cales du bâteau en transformant les sites des journaux en soupe de dépêches mal (ré)écrites sur des sites illisibles, transformés en pseudo plateformes de réseaux sociaux indépendants dont tous jurent qu’ils vont changer le visage de la presse et faire revenir les lecteurs, et leur rentabilité (ça permet de demander des subventions).
    L’introduction des paris en ligne va mettre une touche finale assez cocasse.

    D’ailleurs j’oserais bien dire que le problème de la presse c’est justement aussi qu’elle est habituée à vivre sous perfusion. Les gros et les moyens engrangent des sommes considérables tous les ans en subventions, même les “pure players” peuvent jouer maintenant. Et les projets web de tout ce beau monde sont essentiellement navrants…

    Le résumé c’est que la presse n’a toujours rien compris au web, et que les lecteurs ne sont plus intéressé (en assez grand nombre). Gloups. Je crains que le pire ne soit encore devant nous.

  5. Absolument d’accord avec vous – la presse s’est royalement plantée (en général) sur le Web Je ne pense pas que l’iPad (ou les tablettes) vont sauver la presse, mais ils pourront réussir à créer un vrai ‘revenue stream’ s’ils prennent le temps de réfléchir sur le contenu qu’il faut mettre – et surtout s’ils font des prix qui correspondent au marché. J’ai télechargé ‘Time’ pour voir, mais désolée – 5 $ pour UN numéro (plus que deux fois le prix du papier !!) c’est ridicule. Ils doivent arriver à faire un offre éditorial séduisant avec des prix qui sont sans douleur.
    Ceci dit, j’ai découvert mon ‘iPad lundi, et je dois dire que comme a dis le journaliste du WSJ, c’est un ‘game changer’. C’est un super support – le ‘touch screen’ est fabuleux. Je veux jeter mon portable (mac). Je ne veux que mon iPad (et mon iPhone).

  6. Plus fondamentalement, tout ce dont l’usage augmente de façon importante, s’use davantage.
    Ainsi en est-il – avec une accélération exponentielle de la circulation – des mots.
    Ne remarquez-vous pas autour de vous
    * une utilisation de plus en plus grande de lieux communs – ou de lieu qui deviennent communs à la vitesse grand V, comme ce doigt qui pointe la lune, ce réverbère près duquel l’on cherche l’objet perdu où encore le roi nu –
    * l’augmentation étonnante de cette tendance à finir la phrase commencée par l’interlocuteur.
    *…

    L’image de Babel et de la con-fusion des esprits par la diversité des langues est inversible

    l’intelligence collective serait alors une fusion dans la multiplicité absolue pour une épaisseur nulle.

    L’ipad est une innovation
    plus on innove moins on invente quand à découvrir, il ne faut plus alors y songer.

    La presse n’a jamais autant mérité son nom
    – elle court de plus en plus
    – son épaisseur se réduit de jour en jour, afin de s’adapter à la lecture de surface des surfeur.

  7. C’est bien ce que je disais

    un sujet un verbe un complément

    et pas plus d’une idée forte dans un texte.

    L’hypertexte seul peut faire des liens, des décourcis

    l’esprit de l’humain se doit de rester dans un des morceaux du réel prédécoupé.

    Donc je résume.

    Le mot meurt d’usure accélérée

    la presse comme tout ce qui s’en sert (l’enseignement … les commentaires sur les blogs … ) en souffre et en souffrira .

    L’ipad n’est qu’une innovation (un assemblage de fonctionnalités existantes s’en nourrissant sans réellement inventer quoique ce soit… et donc facilement assimilable).

    (Le Blog aussi est une illusion…dont on voit la fin)

    Alphonse Brunstein

    (“Aphone” c’est précisément en rapport avec l’impossible communication du “non découpé en pièces au format standard”)

  8. @ l’aphone

    On va dire qu’il y a deux écoles : ceux qui utilisent le langage pour communiquer (avec plus ou moins de succès) et ceux qui l’utilisent pour s’exprimer. Les premiers s’efforcent de se faire comprendre. Les autres sont des poètes (avec plus ou moins de talent, ça va de soi). B-)

    J’ai comme un peu le sentiment que vous vous êtes égaré ici : vous choisissez un espace de commentaire, destiné à ceux qui souhaitent me répondre, comme l’indique la formule “répondre à cet article”, ou se répondre les uns les autres (“répondre à ce message“), comme s’il s’agissait d’un espace d’expression à la libre disposition des poètes. Ce n’est pas le cas. Comme le stipule le règlement intérieur de ce blog, vous êtes ici dans un espace de communication et non d’expression libre de poète. Alors, vous êtes prié de vous plier à la règle commune et vous faites un réel effort pour vous faire comprendre. Ou bien vous ouvrez votre propre espace d’expression ailleurs, et on vous promet qu’on ne viendra pas vous y déranger avec nos proses vulgaire. OK ?

    PS : Il n’y aura pas d’autre avertissement avant censure. :->

  9. Cher Narvic, je suis d’un avis totalement opposé au votre. Sans être un fanboy d’Apple ni voir plus de qualités à l’iPad qu’il n’en a, je pense qu’il représente une véritable opportunité pour la presse, simplement grâce à la possibilité d’ACHETER la presse.

    Depuis des années toute la presse mondiale balance ses contenus, son analyse, aux quatre vents. Dans le meilleur des cas c’est la pub qui compense les coûts. Mais la pub est également l’ennemie de la liberté de la presse. L’annonceur tient entre ses mains la liberté du titre auquel il achète des espaces publicitaires.

    C’est d’ailleurs pour cela que Rue89 est en permanence au bord de la faillite, toujours obligé de solliciter ses actionnaires et les pouvoirs publics et la générosité de ses lecteurs pour ne pas sombrer. Il y a une demande d’information, d’analyse, d’enquête, mais AUCUNE solution pour payer ce service, sauf à s’abonner, ce que pour ma part je refuse, et visiblement je ne suis pas le seul.

    Dans les kiosques, si un article ou une enquête nous intéresse, on sort une pièce d’un Euro, ou deux, ou un billet, et on l’échange contre le magazine ou le journal souhaité. L’iPad n’a rien de miraculeux, mais il apporte aux titres de presse la possibilité de vendre à l’unité, ce qui est généralement impossible, ou au mieux fastidieux (paiement CB)

    Ce sont ces ventes à l’unité qui manquent tant aux nouveaux titres 100% internet. Et si le salut de Rue89, Bakchich, Mediapart, ASI et peut-être d’autres à venir, si ce salut doit venir de l’iPad, on comprend que les titres de presse s’en réjouissent !

    Dans les premiers temps on assistera probablement à pas mal de tâtonnements pour trouver un modèle de commercialisation, les pages gratuites des grands titres comme lemonde.fr vont progressivement s’assécher pour ne plus servir que de vitrine pour la commercialisation des titres payants. Peut-être la technologie évoluera-t-elle pour permettre un achat des articles à l’unité ? Parce que moi, les pages Danse et Sport du Monde, je m’en tape et préfererais ne pas les payer. Alors les titres de presse pourraient se rendre compte que les gens sont prêts à PAYER pour de beaux articles rigoureux.

    L’iPad en soi n’est qu’un support. Mais il est porteur d’une possible rentabilité de la presse grâce à la vente de ses contenus sur Internet. C’est plutôt une bonne nouvelle pour le journalisme, je trouve, pas vous ?

  10. @ Emmanuel :
    Vous avez raison quand vous dites que c’est une opportunité de vendre à l’unité des articles ou des rubriques. Si les patrons de presse n’ont pas compris cela, ils auront “tout faux”. Cependant, vous n’englobez dans votre analyse que les personnes qui lisent déjà la presse papier et qui trouveront dans l’iPad l’occasion de lire l’article désiré tout de suite sans enfiler le jogging pour descendre au kiosque ou se faire 20 kms en voiture s’ils sont au fin fond du Gers

    Ce que, je pense, visent les patrons de presse, c’est de non seulement d’attirer les “anciens” lecteurs de la presse papier mais surtout de faire venir de nouveaux clients (lecteurs, spectateurs, auditeurs, appelez-les comme vous voulez) sur l’iPad en leur proposant au nom d’un titre papier un contenu écrit avec de la valeur ajoutée audio ou vidéo.

    Le souci, c’est que, bien qu’ils aient saisi le potentiel de la machine -en l’occurence, l’iPad mais d’autres suivront, ils ne savent pas encore de quelle manière ils peuvent apporter de la valeur ajoutée de manière à ce que le concept global soit pérenne. Si c’est pour ajouter du contenu radiophonique ou télévisuel, ça n’ira pas loin : autant allumer directement la télé ou la radio.

    Heureusement, je suis sûr qu’ils vont s’adresser aux bonnes personnes pour développer des contenus novateurs. 😉

  11. Merci pour votre réponse. Il est certain qu’il y aura un effet de substitution entre les ventes papier et les ventes électroniques. Mais cela me semble être un mieux par rapport à tout le transfert de ces dernières années, qui a vu les clients du papier passer massivement à la version web des journaux… une version gratuite !! Franchement ceux qui n’étaient pas viscéralement attachés au support papier auraient eu tort de se priver : les mêmes contenus, mais gratis ! et archivables, cherchables (j’imprime en PDF les articles marquants et peux ensuite les retrouver aisément avec les fonctions de recherche du Mac), copier-collables, etc.

    Par ailleurs, vous dites que “ils ne savent pas encore de quelle manière ils peuvent apporter de la valeur ajoutée de manière à ce que le concept global soit pérenne”. Eh bien je pense que d’autres le trouveront à leur place, puis les grands groupes de presse suivront, copieront, adapteront. C’est l’avantage de la distribution électronique, on peut tâtonner sans trop de frais directs, chercher une formule qui satisfasse l’offre ET la demande.

    Au risque de me répéter, je crois sincèrement que ces tablettes vont faire du bien à la presse, notamment pour les nouveaux titres comme Bakchich. Pour l’instant le seul moyen qu’ils ont trouvé pour encaisser un peu de vrai argent est de se transformer en agence de presse pour le Télégramme de Brest. Si leurs meilleurs articles, leurs reportages, étaient facilement payants, leurs comptes seraient probablement en meilleure condition.

    Après on verrait apparaître des agrégateurs, des sites de revue de presse indiquant les meilleurs articles du jour. Un kiosque à la carte par exemple. Avec des (bons) articles à 50ct pièce, un lecteur de quotidien pourrait à budget constant faire son marché et en acheter 2 en moyenne par jour, avec une grande variété de sources. Et à mon avis le marché global s’agrandirait si on pouvait picorer. La possibilité de payer à l’acte est primordiale pour cela.

  12. Je peux vous résumer mes expériences de lecture de ces 10 dernières années :
    – Libération : j’ai arrêté il y a 5 ans. Le canard est devenu insipide et en plus c’est imprimé en taille 18 avec plein de blanc.
    – J’ai aussi arrêté le Canard Enchaîné (sauf pendant les vacances) car franchement, la marre aux canards, ça ne me fait plus rire.
    – Je lis de temps en temps le monde diplomatique. C’est sérieux mais parfois ennuyeux. Tout récemment, le hors série consacré à Internet n’était pas convaincant.
    – Bakchich : j’ai tenté, mais je ne peux plus. C’est du sous Canard Enchaîné.
    – Vendredi : voila un journal qu’il était bien. A disparu. Dommage.
    – Il m’arrive de feuilleter Marianne, mais en général les magazines hebdomadaires ciblent les seniors.
    – Paris Match : sa lecture est une vraie détente (même si on n’apprend rien).
    – Reste la presse alternative : Fakir, le Plan B, Le Journal de la Décroissance. Tout récemment, j’ai acheté Le Tigre : assez intéressant.

    Maintenant, je pose la question à tous les intervenants : vous lisez quoi ? En fait, la question est : vous lisez quoi pour penser que l’Ipad a un rôle à jouer dans l’avenir de la presse (ou de l’information). Time Magazine ? Sans rire ?

  13. (!!)

    L’information tend à devenir un produit gratuit.

    (C’est bien normal tout ce qui est pléthorique a une valeur qui tend vers zéro)

    A priori, il faut se méfier de tout ce qui est gratuit.

    (La publicité est de l’information “gratuite”. L’information boursière à l’intention du Lupem actionnariat est quasi gratuite)

    Et de fait, le public tout venant tend à être de moins en moins réceptif à ce qui prétend l’informer.

    (Hors mis un cercle assez restreint composé essentiellement de professionnels du domaine)

    Alors, la fin d’une illusion ?
    Oui bien sur, la valeur des mots et en particulier de leurs traces stockées est en train de s’effondrer.

    Un chaos à venir qui précède certainement un au-delà passionnant.

  14. Ce qui est important avec l’iPad, ce n’est pas ce qu’il peut faire, car un ordinateur fait en effet pareil, mais bien COMMENT il le fait.

    Son intérêt réside dans son interface utilisateur et la façon dont on inter-réagit avec lui, de façon simple, naturelle, intuitive. Contrairement à vous je pense donc que ça permet de lire avec bien plus d’intérêt et même d’avidité que le papier.

    Il ne va pas sauver la presse à lui tout seul, mais au moins il représente pour elle un très bon canal de distribution et il donne envie de lire !

  15. À mon sens la vente d’article à l’unité en provenance d’un contenu global ne peut fonctionner que si le rapport entre le prix de l’article et le prix du journal ou du magazine est suffisamment intéressant.
    C’est sans doute aussi un des éléments qui fait qu’aucun service de vente d’information en ligne n’a pu être rentable à ce jour.
    Le coût global d’un format papier est trop bas pour pouvoir réduire son contenu à une unité suffisamment peu onéreuse pour arriver à déclencher l’achat.
    Qui va acheter un article 50cts alors que le journal entier coûte 1,50eur ? Peu de monde à priori, sans doute car pour 1/3 du prix total on n’obtient même pas 1/10ème du contenu.
    Baisser le prix de l’article n’est à priori pas envisageable car il serait alors très difficile de rentabiliser les investissements nécessaires pour fournir ce service.

    La vente à l’unité de musique fonctionne parce que le rapport unité/total est dans ce cas suffisamment intéressant pour ne pas avoir le sentiment de se faire flouer.
    Je dis ça avec toutes les réserves possibles car personnellement je trouve les tarifs de musique en ligne bien trop élevés, mais c’est un autre débat.

    Pour en revenir à l’iPad puisque c’est le sujet de cet article, je vois mal comment la vente d’information pourra mieux fonctionner sur ce support une fois l’effet nouveauté passé. Surtout si les éditeurs en profitent pour gonfler les prix sous prétexte de fournir une innovation qui me paraît franchement limitée à l’heure actuelle par rapport à la lecture papier.
    D’autant plus que l’appareil coûte déjà son petit pesant d’espèces sonnantes et trébuchantes.

    L’avenir nous dira si l’iPad sera effectivement le “game changer” annoncé par ce journaliste cité par Aimée mais cela passera obligatoirement par une véritable recherche de nouvelles façons de consulter les contenus journalistiques.

  16. Bonjour Narvic,

    Je voulais commenter de façon espiègle cet intéressant article et puis j’ai eu peur de subir vos foudres anti-trolls, alors j’ai répondu par un billet autre part.

    Désolée 🙂

Comments are closed.