le meilleur de novövision le salon

L’information à l’état gazeux, ou la sublimation du journalisme

La physique classique distingue trois états de la matière : solide, liquide et gazeux, ce qui pour l’eau correspond aux états de glace, d’eau et de vapeur. Le passage de l’état solide à l’état liquide se nomme la dissolution. Le passage de l’état liquide à l’état gazeux est appelé vaporisation. Lorsque qu’on passe directement de l’état solide à l’état gazeux, on parle alors de sublimation.

Mon idée du jour (les dimanches d’hiver me sont propices à la réflexion, car au fond il n’y a guère autre chose à faire) est donc qu’avec le web et la disparition de ce support matériel de l’information qu’était le journal en papier, nous n’avons pas affaire à une dissolution de l’information, qui passerait à l’état liquide, mais plutôt à sa sublimation, avec le passage direct de l’état solide à l’état gazeux.

Je n’ai pas inventé cette métaphore, que je me borne à transposer à un autre domaine que celui où elle a pris naissance, celui de l’esthétique : Yves Michaud, L’art à l’état Gazeux. Essai sur le triomphe de l’esthétisme, 2003, Stock (• Présentation succincte du livre par Catherine Halpern, sur Sciences humaines.com.

• Bref entretien de l’auteur avec Guillaume Dupont, sur Philosophie politique.net.).

Cette divagation (démesurément longue :o) ) est aussi l’occasion, à la lecture de Franck Rébillard et en prenant le contre-pied des théories du web 2.0, de revenir sur la transformation, en ligne, du statut de l’auteur et de l’oeuvre, et sur l’apparition d’une nouvelle forme d’“auteur en collectif”.

Plus en profondeur, c’est la “fonction éditoriale” qui est sur internet “en voie d’hybridation”, la fonction du journaliste passant de plus en plus de la sélection des contenus publiés, à leur animation et à leur mise en relation, faisant de lui moins un intellectuel critique… qu’un animateur de l’actualité.

De l’information devenue liquide…

L’idée d’une information devenue liquide sur le net, m’avait d’abord bien plu (novövision (mars 2008) : Quand l’information devient liquide). L’idée n’était pas de moi non plus, d’ailleurs, elle a été popularisé depuis plusieurs années par Froge Hegland :

• Urfist.info (2005) : L’informations sera liquide ou ne sera pas

• Hubert Guillaud, InternetActu (2005) : Rendre l’information liquide.

C’est que cette métaphore liquide rend compte aussi, d’une certaine manière, de l’évolution du journalisme :

• Denis Ruellan (2005) : Expansion ou dilution du journalisme ?

Il me semble aujourd’hui que c’est plus grave que ça, docteur. Ce n’est plus à une dissolution de l’information – et par voie de conséquence du journalisme -, à laquelle nous avons affaire, mais plutôt à une sublimation : l’information à l’état gazeux.

La thèse d’Yves Michaud est passionnante. Ce n’est pas seulement une théorie de l’art, mais bel et bien une réflexion sur l’évolution de notre civilisation. Ce qui justifie, à mon sens, qu’on étende son propos à d’autres domaines que celui de l’art.

Cette thèse se développe en quatre temps (“L’art à l’état gazeux”, introduction au 4e chapitre) :

J’ai décrit un nouveau régime de l’art, celui ou l’esthétique remplace l’art, où l’expérience de l’art prend le pas sur les objets et les oeuvres, où les procédures et postures remplacent les propriétés, où les transactions et relations font la substance. J’ai essayé de décrire ce nouveau régime dans son fonctionnement (chapitre 1), dans sa provenance historique (chapitre 2) et dans les conséquences qu’il a pour la réflexion esthétique (chapitre 3).

Ce diagnostic n’implique nullement de ma part la condamnation d’un monde ancien dépassé – pas si ancien d’ailleurs que ses partisans le croient. Il ne porte pas non plus la dénonciation d’une situation nouvelle qui serait seulement dérisoire, sans substance et dévaluée. C’est juste un constat.

 

Depuis le premier ready-made de Marcel Duchamp en 1913, l’art contemporain a exploré toutes les pistes variées de la dématérialisation de l’objet d’art et de la dissolution de l’oeuvre elle-même. De l’art manufacturé du ready-made, à l’art éphémère, aux happenings et aux installations, jusqu’à l’art conceptuel, dans le cadre duquel l’art n’est plus ni un objet, ni même un acte ou un geste, mais une idée… A ce stade, pour Yves Michaud, l’art bascule dans l’esthétisme, et passe du côté du “spectateur” : ni objet, ni oeuvre à contempler, il est une “expérience de l’art” à éprouver… Et vous allez voir, tout cela nous mène jusqu’au… tourisme, comme métaphore générale de l’état de notre civilisation !

… au livre à l’état gazeux

La dernière précision de Michaud (C’est un “diagnostic”, un “constat”, et pas une “condamnation” ou une “dénonciation”) est utile, surtout quand on s’apprête à transposer cette réflexion à des domaines où la “résistance” intellectuelle risque d’être encore plus forte qu’avec l’art : le livre à l’état gazeux (une piste de réflexion ouverte par Hubert Guillaud, sur InternetActu (Le papier contre l’électronique (1/4) : Nouveau support, nouvelle culture) et sur La Feuille (Nous faut-il un nouveau modèle de livre ?), dans laquelle je me suis engouffré aussitôt (Le livre sera disloqué par le web)), puis l’information à l’état gazeux, une piste sur laquelle je suis bien tenté de m’engager maintenant…

Le débat intéressant qui se développe en commentaires de mon billet sur le livre souligne bien les difficultés que rencontre cette idée. On peut même parler de résistances.

Sur la question du livre, la résistance porte d’abord sur la disparition de l’objet lui-même : première étape, celle de la dilution de l’objet-livre dans le net, par la dématérialisation, c’est à dire la disparition du support papier.

Une fois admise cette dissolution (pour ceux qui l’admettent, bien entendu), la résistance devient encore plus féroce quand on passe à la seconde étape : celle de la vaporisation, avec la disparition du format-livre lui même, au profit, sur le net, de parcours de lectures hypertextuels individuels au sein d’une masse de textes reliés (comme fragments), dans une navigation qui forme à chaque lecture un nouveau livre possible, au milieu d’une infinité de livres potentiels.

Si l’on admet cette seconde étape, il n’est alors plus très difficile d’envisager que l’on passe directement à la seconde étape sans passer par la première : du livre papier, comme objet, directement au parcours de lecture possible sur le net. C’est la sublimation.

Dans la pratique, cette sublimation conduit à remettre en cause le livre non seulement comme objet, mais également comme oeuvre (ce qui est une façon de dire que je ne crois guère au succès des livres électroniques, surtout s’il faut débourser 359$ pour le nouveau Kindle d’Amazon que nous annonce TechCrunch).

C’est bien le processus décrit par Yves Michaud dans le monde de l’art : quand “l’expérience de l’art prend le pas sur les objets et les oeuvres” … Dissolution de l’objet, vaporisation de l’oeuvre. Sublimation de la réalité matérielle dans l’expérience personnelle. Partout où il y avait des objets et des oeuvres, on ne trouve plus que des parcours, ou comme le dit Michaud des “procédures et postures”, des “transactions et relations”

La piste est très intéressante, mais la situation pourrait être encore plus compliquée que ça… Avant d’en venir vraiment à ce que deviennent l’information et le journalisme dans tout ça, il convient peut-être de creuser un peu où nous mène ce web qui fait disparaître l’oeuvre après avoir fait disparaître l’objet, comme l’art contemporain a fait de son côté, ce dernier demi-siècle, disparaître l’oeuvre d’art après l’objet lui-même…

La question de l’auteur

C’est que l’on n’a pas encore posé la question de l’auteur dans ce débat… C’est pourtant bien à lui que nous mène cette réflexion : si l’oeuvre (l’ex-livre), désormais virtuelle, ne s’actualise que dans la lecture qui en est faite par un internaute, parmi l’ensemble des livres possibles qu’auraient formé les autres lectures/navigations possibles, c’est tout bonnement que le lecteur est devenu… l’auteur, et la navigation hypertextuelle… une écriture.

Certains se sont déjà intéressés en profondeur à cette question : Franck Rébillard, “Le Web 2.0 en perspective”, 2007, L’Harmattan (dont j’ai proposé une brève note de lecture sur novövision, en me promettant d’y revenir, tellement ce livre est intellectuellement riche et novateur).

Le troisième chapitre de ce livre est entièrement consacré à cette “nouveauté d’internet” : “De la consommation passive à la contribution active : la figure du lecteur-auteur en question”.

L’un des “mythes” du Web 2.0 analysés par l’auteur est cette figure du lecteur-auteur, que nous serions tous devenus sur internet :

Le leitmotiv est toujours le même : à la passivité de la consultation antérieure succéderait une posture de participation beaucoup plus engagée de l’internaute. Appliquée au domaine de l’information journalistique, cette conception est illustrée par la multiplication des blogs ou des sites de journalisme participatif : en y écrivant des articles ou en y déposant des commentaires, les internautes dépasseraient ainsi le stade de simples lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs, pour se muer en producteurs de nouvelles et d’analyses. Dans le cadre de la musique et de l’audiovisuel, les internautes ne se contenteraient plus d’écouter ou de visionner des oeuvres (disques, films) établies une fois pour toutes ; ils pourraient tour à tour en être à l’origine, se les approprier en les modifiant (montage, sampling), et les faire partager à leurs pairs.

L’internaute n’est donc plus vu comme cet être inerte, assoupi, et gavé d’une ingurgitation informationnelle et culturelle sans saveur. Il pourrait désormais se saisir des différents ustensiles disponibles sur l’internet (wiki, blog, systèmes peer-to-peer) pour ajouter ses propres ingrédients à une composition intellectuelle collective dont il est partie prennante.

 

On y retrouve les “ingrédients” de Michaud : l’oeuvre et son auteur s’effacent, au profit de la “posture de participation” d’un “lecteur-auteur” à une “oeuvre collective” en devenir permanent. Ce n’est pourtant pas exactement dans cette voie que s’engage Franck Rebillard, et c’est là que ça devient vraiment intéressant :

Alors que la contradiction des deux termes auteur et lecteur vise en définitive à signifier leur obsolescence respective, nous voudrions ici au contraire montrer que ces deux notions ne s’évaporent pas aussi facilement. (c’est moi qui souligne la référence à notre métaphore filée…)

 

La première objection apportée par l’auteur, dans sa tentative de démystification du discours du Web 2.0, qui prétend l’existence d’une “révolution internet” (un discours que l’auteur suspecte d’être très fortement teinté d’idéologie), est que “la thèse d’une nouveauté totale de la consommation informationnelle et culturelle sur l’internet au motif de son caractère actif est fausse. Parce qu’elle repose sur un a priori inexact concernant la passivité de la consommation informationnelle et culturelle hors de l’internet.” :

C’est que “la consultation de productions informationnelles et culturelles n’a jamais été purement passive”. “L’interprétation” par le lecteur dans la simple consultation d’un journal, d’un livre, d’un disque, etc., est déjà un processus actif (et l’a toujours été). Mais apparaissent avec l’internet “deux niveau d’activité supplémentaire par rapport à celui de l’interprétation : la manipulation du dispositif de communication en tant que telle, et l’intervention dans le contenu”. Mais cela suffit-il à faire, sur internet, de tout lecteur un auteur ?

Franck Rébillard ne voit pas là “une révolution internet” mais plutôt “des nouveautés” qui modifient certes les choses, mais sans pour autant les révolutionner du tout au tout. Il reste que ces nouveauté amènent tout de même à remettre en cause la notion classique de l’auteur (“qui n’est peut-être plus aussi pertinente, ou demande en tout cas à être réactualisée”).

Du “collectif sans auteur” à l’“auteur en collectif”

Rébillard oppose ici deux approches : celle de l’un des grands “utopistes” du Web 2.0 (le qualificatif est de moi), le philosophe du “virtuel” et de la “cyberdémocratie” Pierre Lévy (Pierre Lévy est un philosophe français qui a profondément influencé la vision libéral-libertaire utopiste qui s’exprime dans la conception “révolutionnaire” du Web 2.0 :

• Pierre Lévy, “Qu’est-ce que le virtuel ?”, 1995, La Découverte.

• Pierre Lévy, “La cyberdémocratie”, 2002, Odile Jacob.

Je tâche de vous faire dès que possible une note de lecture de ces livres que j’ai lus dernièrement.) à celle, plus pragmatique, de Jean-Louis Weissberg ( • Jean-Louis Weissberg, “Auteur, nomination individuelle et coopération productive”, Solaris n°7, 2001.).

Pierre Lévy, dans “Qu’est-ce que le virtuel?” (1995), envisage que la navigation hypertextuelle sur internet constitue, en elle-même, une nouvelle forme d’écriture :

Le navigateur peut se faire auteur de façon plus profonde qu’en parcourant un réseau préétabli : en participant à la structuration de l’hypertexte, en créant de nouveaux liens.

 

A cette approche, qui fait en définitive de l’ensemble du web une sorte de “collectif sans auteur” , où l’auteur à disparu, Jean-Louis Weissberg préfère une approche, tout aussi originale et stimulante, et qui demande probablement à être développée, celle d’une nouvelle figure de l’auteur qui apparait sur le net, “l’auteur en collectif” :

 Le développement d’Internet secrète des positions intermédiaires originales entre réception et production, qui constituent une véritable mutation des savoirs symboliques ; mutations que nos sociétés se doivent de prendre à bras-le-corps, car il y va des conditions d’expression de la citoyenneté dans la “République de l’hypermédia”.

Dans cette perspective, je discuterai la thèse, à mon sens simpliste, qui voudrait qu’on passe, dans le contexte de la cyberculture, d’un auteur sans collectif (version romantique où l’auteur exprime une intériorité close) à un collectif sans auteur (anonymat par indifférence à l’individuation). D’où l’hypothèse suivante : nous assistons à un renforcement simultané des deux pôles individuel et collectif, ainsi qu’à l’apparition de formes auctoriales inédites, ce qui vise la notion d'”auteur en collectif“.

 

Pour Weissberg (cité par Rébillard), “la navigation interactive n’est pas une écriture” :

Agencer différemment l’organisation physique d’un texte, n’est générateur de productions sémantiques et de postures sensibles passionnantes, que si le dispositif de réagencement devient lui-même la composante essentielle d’une oeuvre. (…) Ce n’est pourtant ni un texte, ni un poème, juste un exercice automatique ou un test projectif ; sauf si le dispositif de tirage est pensé en tant que tel par l’auteur, et là c’est ce geste qui devient proprement une oeuvre.

 

En d’autres termes, la navigation de l’internaute n’est pas en elle-même une écriture et ne forme pas une oeuvre, si elle n’est pas “pensée en tant que telle” par “un auteur”, et dans ce cas, c’est le “geste” de lecture qui devient une “oeuvre”, un cas qui reste, somme toute, plutôt rare. En revanche pour Rébillard, la notion d’“auteur en collectif” est opérationnelle dans une autre situation et correspond bel et bien à une forme d’écriture nouvelle sur internet :

Cette définition nous paraît assez bien correspondre à l’auteur de blog qui, en fonction de son projet éditorial personnel, collecte des textes issus de plusieurs sources (autres blogs, médias plus établis) et liste des liens hypertextuels vers les blogs ou des sites amis, pouvant même automatiser le processus au besoin avec les fils RSS.

Cette définition de l’auteur, revisitée à l’heure de l’internet, permet ainsi d’élargir le périmètre conceptuel par rapport à l’époque du seul imprimé. Elle englobe désormais les productions informationnelles et culturelles plus collectives et distribuées dans la catégorie des oeuvres. Et amène de ce fait à considérer davantage de pratiques de l’internet – non réduites à la création strictement personnelle de contenus, car pouvant posséder un caractère collectif et partagé – comme des pratiques d’auteur.

 

Cette conception, on va le voir, conduit à remettre en question “la fonction éditoriale” qui va apparaître en définitive comme bien plus profondément transformée sur internet, que la notion d’auteur elle-même, qui s’élargit et se complexifie plus qu’elle n’est réellement en mutation.

Participation réduite aux acquêts

Un mot auparavant, sur la seconde objection de fond apportée par Franck Rébillard à la thèse Web 2.0 du “tous les lecteurs sont des auteurs” sur internet : non seulement les lecteurs ont toujours été actifs vis à vis de leur propre lecture, même hors internet (première objection), mais tous les lecteurs ne participent pas sur internet à la création des contenus. Plus même, “la création de contenus” reste sur internet “une activité socialement discriminée” (seconde objection).

Il faut bien réaliser que la création de contenus par les internautes constitue un épiphénomène plutôt qu’un phénomène social généralisé. Et en déduire par extension que la posture active des internautes tant vantée par les partisans du web 2.0 est sans doute l’exception, non la règle.

 

Il s’agit surtout là pour l’auteur d’une “remise en perspective” au regard de ce que l’on sait du niveau réel de participation des internautes en ligne. Une remise en perspective à laquelle je participe activement sur ce blog: La participation en ligne ? 0,075% des lecteurs ! (juillet 2008), Le Web 2.0 : une bulle qui se dégonfle lentement (juillet 2008), Le chercheur, le journaliste et la marmotte : le malentendu de l’UGC (septembre 2008).

Franck Rébillard indique pour sa part que “l’intervention des internautes sur le contenu n’est pas une pratique mineure mais minoritaire” :

Et c’est bien au sein des franges intellectuelles de la société que se recrutent principalement les individus formant la minorité des internautes générateurs de contenus sur l’internet.

 

C’est en tout cas ce qu’indiquent les études menées “sur le profil socioprofessionnel des “rédacteurs citoyens” des sites de journalisme participatif”, tels qu’OhmyNews ou Agoravox. Les progrès de la démocratisation scolaires conduiront peut-être à élever ce niveau de participation, mais le phénomène, s’il est pérenne, demandera du temps.

La fonction éditoriale en voie d’hybridation sur internet

Second apport très important, selon moi, de Franck Rébillard à cette “déconstruction” du discours du web 2.0, permettant d’avoir une approche plus réaliste et pragmatique des phénomènes qui se produisent sur internet : la période d’internet que nous vivons (il écrit ce livre “au milieu des années 2000”) est “une phase transitoire” :

Ceux qui voient dans le web 2.0 l’aboutissement d’un processus, ceux qui pensent la “révolution internet” comme fin de l’histoire, se trompent. L’instant que nous vivons ou venons de vivre est une étape passagère. (…) (il s’agit selon l’auteur de) penser le développement de l’internet comme un processus à la fois évolutif – inscription dans des mouvements de longue durée – ; cumulatif – les configurations sociotechniques se succèdent en se nourrissant les unes les autres – ; et pluriel – l’évolution de l’internet est tributaire de la confrontation entre les orientations prônées par des groupes sociaux aux intérêts divergents.

 

De multiples acteurs convergent vers internet et y coexistent dans un même “dispositif de communication total”, “le premier à être aussi englobant”. Cette “convergence” est celle, déjà engagée avant même la naissance d’internet et qui s’y développe de manière renouvelée, des industries de l’information et de la culture avec celles de l’informatique et des télécommunications. Cette coexistence est celle dans ce même dispositif de sphères “autrefois séparées” du privé et du public, de l’amateur et du professionnel. Cette coexistence produit des convergences, mais aussi des conflits et des concurrences :

L’internet est plus que cela (un alignement de diverses modalités de communication, d’applications et d’usages) : c’est aussi la résultante de l’interpénétration de tous ces éléments. Loin de seulement se côtoyer, ils se marient et s’entremêlent progressivement, contribuant à former à terme un ensemble inédit.

 

Cette phase “transitoire” d’“interpénétration” produit des formes nouvelles d’“hybridation”, dont l’une des plus intéressante est celle de la “fonction éditoriale” :

Pour l’ensemble des biens culturels et informationnels numérisés, semble s’opérer progressivement une modification de la fonction éditoriale. Celle-ci est, sur l’internet, davantage tournée vers l’animation et la mise en relation des contenus alors qu’elle était auparavant plutôt dédiée à leur sélection et à leur promotion. (…)

Dans les industries de la culture et de l’information, le travail traditionnel de l’éditeur consiste à trouver un marché pour les oeuvres sur lesquelles il détient des droits ou qu’il a lui-même contribué à produire. L’aide à la conception du morceau musical ou de l’article de presse est donc pensée par l’éditeur en fonction de sa connaissance, plus ou moins rigoureuse, du public potentiel pour ses biens culturels et informationnels. (…)

Le travail éditorial reste d’accorder des oeuvres avec des marchés, mais cette activité se trouve modulée par les spécificités de l’internet. Les oeuvres y sont de nature fort diverse, tant d’un point de vue esthétique que juridique, et y sont souvent proposées et échangées gratuitement par les agents sociaux qui composaient jusqu’ici le marché.

Associer des contenus multiples au sein de relations d’échange interindividuels revient dès lors pour l’éditeur, sur l’internet, à gérer et orienter les relations et les flux d’oeuvres et de nouvelles. En fait, il fournit l’architecture technique (logiciels peer-to-peer, capacités d’hébergement et de bande passante pour les sites d’échange de vidéo) et intellectuelles (procédés de mise en relation par affinités de goûts, indexations personnalisées ou folksonomy) qui permettent aux internautes de déposer et d’échanger leurs contenus.

Dans ce contexte, la sélection intellectuelle et la promotion des contenus est en partie déléguée aux internautes par le biais d’un filtrage éditorial collectif et d’une diffusion de proche en proche, mais reste médiée par l’organisateur de cette publication distribuée ou méta-éditeur.

On le voit encore ici, la fonction éditoriale sur l’internet ne correspond ni complètement aux modèles “classiques” des industries de la culture et de l’information, ni totalement à l’autopublication sans intermédiaire rêvée par les contemplateurs du web 2.0. Elle est un entre-deux, ou plus exactement une fonction éditoriale aux logiques qui s’appuient sur les précédentes tout en les dépassant. (Ce sont) des logiques hybrides, en cours de constitution (…).

 

L’auteur et l’oeuvre en ébullition

Que retenir de tout cela, pour revenir à notre information à l’état gazeux ? L’auteur et l’oeuvre ne se sont pas réellement dissous ou dilués jusqu’à disparaître, ils sont entrés en ébullition. Ils ont été sublimés pour passer directement à l’état gazeux, sans passer par l’état liquide.

Sur internet, l’auteur est devenu collectif, multiple et changeant. L’oeuvre elle-aussi devient collective, changeante et distribuée, composite, agrégée… Elle est en édition et réédition permanente, par une multitude d’“auteurs en collectif”, simultanément et successivement. Une même oeuvre se “diffracte” en versions multiples, qui évoluent séparément et se rejoignent parfois, s’hybrident avec d’autres, pour se diffracter à nouveau…

Il y a toujours des auteurs et des oeuvres dans ces processus, mais ils sont devenus fluctuants et insaisissables sur la durée. Ils sont gazeux, comme un gaz contient bien des molécules, mais celles-ci sont en mouvement brownien permanent et il est impossible de vraiment les distinguer individuellement et de déterminer leur trajectoire. On peut, tout au plus, figer la situation à un instant donné et procéder à une sorte de généalogie, pour identifier les particules et reconstituer les trajectoires. Mais il ne s’agit que d’établir le tableau d’une situation qui aura déjà bien changé entre temps. Ainsi va le buzz… On l’arrête un moment pour le regarder, l’analyser, le décomposer, mais il n’en continue pas moins sa route pendant ce temps, et n’est déjà plus le même quand on jette un nouveau regard sur lui.

On en revient bien à Michaud : « l’expérience de l’art prend le pas sur les objets et les oeuvres ». ll y a bien des oeuvres, mais elles sont en ébullition et on ne peut jamais les appréhender dans leur totalité, ni dans la durée. On n’en saisit jamais qu’un instant dans un processus changeant que l’on ne maîtrise pas, que l’on ne peut arrêter autrement qu’en posant un regard sur lui, ce qui le fige à nos yeux, sans l’empêcher pour autant de continuer à changer par ailleurs.

Sur internet, les auteurs et les oeuvres sont toujours là, plus difficiles à identifier, mais ça n’est pas impossible, si l’on veut. Mais ils deviennent en réalité beaucoup moins importants. C’est l’expérience qu’on en fait qui compte. “Procédures et postures”, “transactions et relations”, disait Michaud…

On est plus jamais informé, on s’informe. On fait une expérience d’information, on applique une procédure d’information, qui est une transaction, une mise en relation, et, au fond, elle est surtout – et c’est ce qu’on y cherche avant tout – une relation sociale.

Pour ce qui est de l’art, nous dit Yves Michaud, nous recherchons dans cette expérience la satisfaction de nos intérêts, “dont le plus immédiat est hédoniste” :

Cet hédonisme s’accompagne de la satisfaction d’un besoin, en apparence contradictoire, d’excitation et de stimulation. Il faut une scansion de l’expérience qui la rende “staccato” : de la fluidité oui, mais rythmée. Les faits divers, le sensationnel satisfont en grande partie ce besoin, mais c’est le rythme plus que le contenu émotionnel qui compte : l’événement n’a pas besoin d’être forcément dramatique. De ce point de vue, le temps de l’art doit être un temps d’événements. Il faut qu’il arrive sans cesse quelque chose. Quoi ? Cela n’a au fond pas grande importance pourvu que cela arrive – qu’il y ait de nouveaux artistes, des expositions nouvelles, des manifestations qui s’ouvrent, des thèmes inédits qui apparaissent.

 

L’information à l’état gazeux…

Cette manière de faire l’expérience de l’art est en définitive assez proche, pour Michaud, de l’attitude du touriste, figure majeure de notre temps. Et quid de l’information ? Mais c’est une expérience du même ordre : l’important est qu’il se passe quelque chose, peu importe quoi finalement du moment que ça ait du rythme, que ça soit “un événement”, et que l’on y satisfasse son besoin d’excitation et de stimulation, pour l’avoir vécu, “en direct” de préférence.

Cette manière, non pas de consommer l’information, finalement, mais de vivre l’expérience de l’événement, n’est pas née avec internet : on la voit monter en puissance depuis des décennies. Elle a subit un premier coup d’accélérateur avec le développement fantastique des mass-media du direct, de l’événement, du sensationnel et de l’émotionnel rythmés que sont, par excellence, la radio et la télévision.

Mais elle entre avec internet dans une nouvelle phase de développement et se trouve portée à un point d’ébullition inconnu auparavant : celui de la convergence de tous les médias et de toutes les personnes dans un même “dispositif de communication total”, où s’interpénètrent et s’hybrident le public et le privé, l’amateur et le professionnel. Une distance maintenue par les mass-media traditionnels est ainsi abolie : la frontière entre public et privé, professionnel et amateur ainsi effacée nous permet de vivre l’expérience de l’événement de manière plus intense, plus impliquée, plus personnalisée et plus reliée. Car tout se passe désormais au même “endroit”, et nous y sommes tous ensemble, et en même temps.

… ou la sublimation du journalisme

Et le journaliste dans tout ça ? Sa fonction d’éditeur de l’information s’hybride elle aussi dans ce dispositif. Comme le signale Franck Rébillard, la fonction éditoriale est “sur l’internet, davantage tournée vers l’animation et la mise en relation des contenus alors qu’elle était auparavant plutôt dédiée à leur sélection et à leur promotion”. Le journaliste assure ainsi de moins en moins la sélection et la promotion des informations, qu’il n’assure au fond… l’animation de l’actualité…

Yves Michaud ne dit pas autre chose au sujet des intellectuels dans son entretien avec Guillaume Dupont :

G.D. – Vous écrivez dans L’art à l’état gazeux que nous vivons dans des sociétés en perpétuel renouvellement, où les seules archives sont les archives de la mode; vous soulignez en même temps qu’il s’agit de sociétés réflexives. Dans un tel contexte, la place de ceux que l’on appelle en France “les intellectuels” semble se réduire: où peuvent-ils se situer pour exercer le rôle critique qui est le leur?

Y.M. – Ma réponse est simple : les intellectuels ne peuvent plus être les seuls à être critiques – ou plutôt tout le monde est aujourd’hui un intellectuel critique – et donc il n’y a plus d’intellectuels critiques. Je veux dire par là que Kenza, Steevie, Ruquier, Miller, Plenel et Raffarin sont tous des intellectuels critiques. Exit Bourdieu et sa conception sartrienne de l’intellectuel. Exit de manière générale la notion d’intellectuel. Que reste-t-il? A assumer pour chacun son rôle. Steevie et Kenza sont des amuseurs de télévision, Raffarin un publicitaire entré en politique. Plenel et Miller des animateurs télé.

Moi, je suis seulement un professeur et un éducateur, un conservateur et un transmetteur de traditions intellectuelles. J’en ai assez de la confusion des genres. On voit Josyane Savigneau, Poivre d’Arvor ou Ardisson se prendre pour des critiques littéraires alors que ce sont uniquement des saltimbanques qui font de l’argent à la télévision. Je ne suis ni choqué ni jaloux qu’ils le fassent mais seulement qu’ils prétendent être autre chose que des animateurs.

 

Le journaliste sublimé, passé directement de l’état, solide, d’intellectuel critique à celui, gazeux, d’animateur d’actualité…

Rien à ajouter. 😛

 

9 Comments

  1. De quoi en perdre son latin! Classiquement, informer (informare), c’était autant «porter à la connaissance» que «donner une forme». Le degré d’influence d’une autorité informationnelle (auctoritas) découlait généralement de la reconnaissance de la (mp)aternité de cette forme, portée par un individu, une institution, un collectif. Enfin, la première des fonctions éditoriales était d’aider à mettre cette forme au monde (edere). Pourquoi l’idée que les gestations modernes puissent être gazeuses (flatus) me fait-elle surtout furieusement penser à un sketch de Dany Boon?

  2. Riche billet, comme toujours très fouillé et argumenté.

    Je propose une autre forme de métaphore : le sucré. Le goût du sucré, pour être précis. QuUe l’on retrouve dans le sucre cristallisé, mais aussi dans des fruits bien mûrs, dans des produits transformés, que l’on met dans le café…

    Car le goût sucré demeure, quel que soit le mélange que l’on effectue (ou du moins apporte une touche, même si très subtile). C’est d’ailleurs une qualité intéressante : un sucre dans un verre d’eau disparaît pour être dant toute l’eau 🙂

  3. J’ai quelques objections à faire 🙂

    Tout cela semble se tenir plutôt bien, et la perspective est envisageable. Mais j’ai l’impression que la vision globale est pervertie par certains défauts des postulats de base, notamment si j’ai bien compris le fait de dire que les oeuvres deviennent interactives et que auteur et lecteur deviennent des concepts flous.

    Que tout cela soit à redéfinir, soit. Mais d’une part, comme dit dans l’article, les lecteurs-auteurs ne sont qu’une infime partie des internautes ; d’autre part, il existera toujours des gens pour vouloir créer un reflet de leur pensée construit, solide et identifiable à un moment donné, et le signer. C’est dans la nature humaine.
    D’ailleurs, le fait indéniable qu’internet puisse permettre à beaucoup de gens de s’exprimer et de devenir actifs quand ils n’en avaient pas les moyens avant cette technologie ne veut pas dire que cela remplace l’ancien système, très élitiste il faut le reconnaître.
    Pourquoi, encore une fois, ce postulat de remplacement au lieu de prôner la juxtaposition ?

    De plus, il est bien joli de parler d’une certaine démocratisation de l’oeuvre en mêlant auteurs et lecteurs, mais il n’en demeure pas moins que certains ont la capacité individuelle de créer, et d’autres non. Ce système d’auteurs/lecteurs existe aussi parce qu’il est cohérent et utile.

    Quant au journalisme, c’est, à mon sens, justement parce que la masse d’informations submerge le web qu’il faut lutter pour surnager, pas seulement en animant, mais bien en triant, sélectionnant, et en apportant une valeur ajoutée.
    Nécessaire pour ne pas se perdre dans un n’importe quoi virtuel où plus personne, n’étant ni auteur ni lecteur, n’aurait d’identité, vous ne croyez pas ?

  4. @ Leo

    Ce que j’essaie de dire, ce n’est pas que les auteurs et les oeuvres disparaissent, mais que l’interactivité, les liens hypertextuels, les pratiques de citations, d’agrégation, produisent des sortes d'”oeuvres secondes” (c’est une notion empruntée au droit) réalisées par des “auteurs en collectifs”. Les “oeuvres premières” et les “auteurs premiers” existent toujours (et on peut “remonter à la source” et les retrouver, si les citations sont sourcées et les liens hypertextes placés) mais ils ne sont plus au premier plan, ce sont les “auteurs en collectifs” qui le sont.

    Je prend un exemple : le sociologue Franck Rébillard est l’auteur d’un livre ; j’en ai repris un extrait en l’intégrant dans un billet dont je suis l’auteur, qui forme un nouveau texte intégrant un fragment du premier. Nous ajoutons ensuite des commentaires à ce texte second, et le tout (citation+billet+commentaires) forme un nouvel ensemble. Un extrait de mon propre texte est repris par un autre blog, avec un lien et une citation (c’est déjà le cas pour celui-ci – Merci Hubert) où il va susciter de nouveaux commentaires.

    La somme de tous ces éléments forme encore un nouveau texte, qui a été réalisé par des auteurs “en collectif”, dont tu fais partie, mais pas les lecteurs qui ne commentent pas (pour les commentateurs qui ne lisent pas, je m’interroge encore sur la place à leur donner dans cette histoire :o) ).

    Dans cette histoire justement, on ne peut pas vraiment dire qu’il n’y a plus d’auteurs, ni que tout le monde est devenu auteur, mais ce n’est plus non plus l’auteur au sens “classique” au sens issu de l’imprimé (ni “collectif sans auteur”, ni “auteur sans collectif”)…

    C’est ça que j’appelle l’état gazeux. Le lecteur, le plus souvent, ne va pas remonter à la source de tous les auteurs “premiers” de cet ensemble composite. Il ne va probablement pas “lire” cette oeuvre composite en entier d’ailleurs.

    Pour le lecteur, il n’y plus vraiment d’auteur ou d’oeuvre, en tout cas pas au premier plan. Il lui reste sa propre expérience d’une lecture, à un moment donné. Et l’oeuvre composite va d’ailleurs continuer sa propre “vie” de son côté, en marge de ce lecteur, avec de nouveaux commentaires, des citations, ou même des modifications, des corrections….

    Ça change pas mal de chose, tout ça, par rapport au régime ancien… 😉

  5. L’analyse est intéressante et stimulante, mais j’avoue, je reste sur ma faim : vous annoncez l’apparition d’une nouvelle forme : « l’auteur en collectif ». Je m’interroge : qu’a-t-il de nouveau là-dedans ?

    Je suis d’accord, le web favorise les textes sur d’autres textes, des textes qui commentent d’autres textes, ou renvoient à d’autres textes, ou bien encore sélectionnent, créent une collection de textes, grâce notamment aux agrégateurs. Et nous avons, non pas une œuvre globale car tous ces textes émergent de différents points, sans mise en œuvre concertée, de manière disséminée, et créant peut-être effectivement une nébuleuse de textes, un effet gazeux que j’attribuerais au fait que tous ces textes ne sont pas un ensemble structuré, ne créent pas une cohérence globale : il s’agit simplement de juxtapositions : des textes à côté des textes, ou de méta-textes : des textes sur des textes.

    Ok, va pour la nébuleuse !

    Mais qu’y a-t-il de nouveau là-dedans, en quoi est-ce une figure spécifique au web ? L’auteur en collectif n’est pas une invention nouvelle. Il n’y a pas besoin de chercher très loin : regardez le monde scientifique, il n’y a pas de science qui se fasse sans collectif. Un texte issu du monde universitaire doit clairement se situer par rapport à d’autres textes : par des commentaires, des reprises, des renvois, etc. Il ne peut exister de manière autonome, mais dans un ensemble d’autres textes.
    C’est la même chose ici même : Narvic qui fait référence à Hubert Guillaud et Hubert renvoyant à Narvic, c’est ici aussi un « tout petit monde ». Je ne critique personne, vous êtes tous très intéressants, mais : qu’y a-t-il de nouveau là-dedans ? En quoi est-ce différent que cette écriture en collectif se fasse sur des sites web, des blogs ou bien dans des revues scientifiques reconnues ou des colloques bien arrosés ? Il y a simplement un déplacement de support.

    Et on pourrait remonter loin, bien avant le Moyen-âge ou la pratique de la réécriture, et du commentaire était tellement développée, que l’on ne connaissait plus l’auteur original d’un texte donné, parce que de multiples mains étaient passées par là. Sauf que dans ce cas précis quand même, le texte final était structuré comme une œuvre à part entière : un livre, ce qui créait une valeur supplémentaire. Mais la nébuleuse du web quant à elle, n’est pas une œuvre en elle-même, clairement structurée comme en témoignent les liens hypertextes de textes à texte, qui ne sont que des renvois, peu voire pas du tout signifiant : http://www.experience-interactive.net/2009/02/de-la-pauvrete-hypertextuelle-des-blogs/

    Alors peut-être la différence est-elle que le journaliste se fait de plus en plus chercheur ;o)

  6. @Narvic : votre point de vue sur ce point précis m’est beaucoup plus clair, merci 🙂

    Je suis d’accord avec le com.7 et finalement, nous disons tous plus ou moins la même chose, avec des mots différents, je crois. Les auteurs demeurent, ils fournissent la base de la réflexion ; et par juxtaposition, le web fournit le support pour une meilleure communication au sujet de ces oeuvres, qui existait auparavant, mais qui est rendue beaucoup plus facile et répandue – encore que ce ne soit apparemment qu’une minorité.
    D’où effectivement l’idée d’info à l’état gazeux, mais qui ne peut pas se passer du “précédent système” pour autant.

    On dirait qu’on va pouvoir tomber d’accord ? 🙂

  7. Dans la “création collective”, il y a ceux qui font/sont la matière et ceux qui exploitent cette matière : le gazeux devient facilement fumeux dirais-je.

    Tiens, une illustration de “création collective” drôle et racoleuse (et pathétique ?) : Le making-of du Bal des Blogueuses.

Comments are closed.