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L’inexorable déclin de la presse (chiffres 2007)

La direction du Développement des médias (DDM, ministère de la Communication) publie ses statistiques annuelles sur la situation économique de la presse française en 2007 (Infos-médias, n°14, août 2008, en .pdf).

Les chiffres en valeur absolue marquent pour la DDM “une stagnation”, qui marque en réalité que l’effet positif sur les ventes de la période électorale de 2007 n’a en réalité qu’à peine compensé la poursuite de l’érosion de ressources publicitaires.

(noir)L’échéance électorale de 2007 étant présidentielle, c’est bien sûr la presse quotidienne nationale dans son ensemble qui a engrangé l’essentiel de la hausse des ventes d’exemplaires, au numéro aussi bien que par abonnement (+ 3,9% pour la PQN, + 1,5% pour la PQR/PQD). Pour le sous ensemble des quotidiens, les ventes par abonnement continuent de progresser d’une année sur l’autre (+4,7% pour la PQN, +3,3% pour la PQR/PQD).

(noir)Cependant, pour la seule presse quotidienne nationale, sur le très long terme, le volume du chiffre d’affaires total peine à se maintenir au niveau de celui de 1990. Il diminue régulièrement depuis maintenant huit années consécutives. Cette évolution négative est due essentiellement, comme dans le cas des « news magazines », à la chute constante du chiffre d’affaires de la publicité et des annonces.

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Les données calculées en euros constants (“tracé évolutif de l’ensemble des recettes en euros constants, base 100 en 2000, calculé sur l’évolution des prix du PIB”) montrent ainsi que le véritablement retournement de tendance observé dans les années 1999-2000, a engagé l’ensemble de la presse dans un mouvement de déclin inexorable de ses ressources.

Le plus inquiétant dans ces chiffres, c’est que “l’effet élection”, qui s’est bien traduit en 2007 par un redressement des ventes auprès des lecteurs, n’entraîne pas dans son sillage un “retour” de la publicité vers la presse écrite.

Doit-on y voir le signe que toutes les perspectives de sortie de crise “par le haut” (hausse du lectorat, entraînant une hausse des recettes publicitaires, permettant un retour à la rentabilité) sont aujourd’hui fermées ? La seule issue est-elle le replis, dans un cercle vicieux : réduction des effectifs, notamment de journalistes, et de la pagination, donc réduction de l’offre éditoriale (en qualité comme en quantité), encourageant la poursuite de l’érosion de l’audience et de la fuite de la publicité ?

5 Comments

  1. Cela fait déjà un certain temps que vous même avait pris conscience de ce déclin.

    Mais peut-on vraiment parler de déclin ?

    Déclin de la presse papier : oui.
    Déclin de l’information : non.

    L’information est aujourd’hui plus présente, disponible sur de multiples support, et qui plus est de plus en plus gratuite et indépendante.

    La vie n’est qu’information à son plus bas niveau.

    Ceux qui vont le plus en souffrir sont les grands patrons de presse et leurs petits barons locaux, ainsi que certains politiques qui n’auront plus leurs relais complaisants.

    Les vrais journalistes sont assez intelligents pour faire de belles carrières ailleurs.

    Parions plutôt sur le moment de la vraie dégringolade comme elle a lieu depuis 6 mois aux USA : 18 à 24 mois tout au plus avant qu’elle ne traverse l’atlantique.

  2. @ Proxiti

    C’est peut-être plus compliqué que vous ne semblez le croire : tout est lié. Les sites internet profitent aujourd’hui largement de la “production” de la presse (ils produisent peu d’information originale et reprennent surtout celle des agences de presse, des quotidiens et des télévisions).

    Si les quotidiens disparaissent, c’est une perte brute de “matière première” pour tout le monde. On ne croit plus aujourd’hui qu’internet va se substituer à la presse, prendre le relais, car internet ne dégage pas assez de ressources pour financer des rédactions aussi importantes que la presse et la télé.

    Donc je crois que beaucoup de journalistes vont se retrouver sur le carreau.

    Pour ce qui est de la crise aux Etats-Unis, dans un certain sens on peut dire qu’elle avait déjà commencé en France auparavant : les vagues de licenciement de journaliste ont réellement commencé cette année aux Etats-Unis, et elles sont très massives et brutales ; en France elles ont commencé depuis plusieurs années, moins brutalement, car c’est au coup par coup, étalé dans le temps, dans la presse régionale d’abord, et maintenant dans les quotidiens nationaux aussi (Libération, Le Monde et Le Figaro sont tous en train de réduire leur nombre de journalistes).

    Bref, tout le monde va souffrir dans cette affaire, j’en ai bien peur…

  3. Je vous rejoins sur un point : il n’est bien sûr pas possible de financer aujourd’hui des rédactions aussi importantes que celles en charge du papier, avec les revenus actuels d’internet.

    En sera t’il de même en 2012 lorsque les revenus publicitaires vont égaler ceux de la TV ?

    Mais est-il absolument nécessaire d’avoir X journalistes au Monde pour l’actualité internationale, et Y au Figaro pour le même sujet ?

    Une des clés est certainement la mutualisation.

    Par contre, je ne partage pas votre avis quant à l’importance des quotidiens : les quotidiens ne sont pas à la source de l’information : ils ne sont qu’un média de diffusion, et de sélection (dont la pertinence n’est pas toujours avérée).
    Si demain ils disparaissent, et cela va arriver, l’information elle, qui est la vraie matière brute, ne disparaitra pas pour autant.

    Les lecteurs, ceux pour lesquels nous écrivons, eux ne souffriront pas.

    Comme je l’ai écrit ci dessus, il n’y aura guère que les patrons de presse, les mauvais journalistes (peu nombreux d’ailleurs) et les politiques qui pourront regretter de ne pas avoir senti le vent tourner.

    En paraphrasant l’expression bien connue : les cimetières sont remplis de quotidiens et magazines indispensables.

  4. @ Proxiti

    Je ne suis pas d’accord sur le l’idée de réduire les quotidiens à de simples diffuseurs d’information : ils en sont les plus gros producteurs, après les agences de presse. Les quotidiens ne se contentent pas de reproduire des dépêches (contrairement à la plupart des sites internet). Il y a encore une bonne partie des journalistes des quotidiens qui vont chercher de l’information qui n’est pas diffusée par les agences. Ils viennent réellement en plus. Et cet apport est précieux, car diversifié.

    C’est cette diversité des sources professionnelles qui est aujourd’hui menacée : pour bien les connaître, les agences de presse, même si elles font généralement un excellent travail, ne suffisent pas à une information diversifiée de qualité…

    J’ai bien peur qu’on aille réellement actuellement vers une profusion de quantité et un appauvrissement de qualité…

  5. Les journalistes ne font bien souvent que du “paraphrasage” ou repackaging de l’information qui leur est transmise par d’autres.

    A quelques exceptions près lorsqu’ils sont sur le terrain, l’information vient à eux sans qu’ils aillent la chercher.

    Dans ce sens, ils ne produisent pas de l’information car ils n’en sont pas à la base, mais du “contenu”.

    J’avoue que c’est une vision un peu dure du métier, mais ô combien réelle.

    Ceci dit, leur valeur ajoutée vient de la façon dont ils sélectionnent ces informations et les mettent en scène.
    Car c’est de cela dont il s’agit : la mise en scène de l’information.

    La différence entre nos appréciations n’est peut-être que sémantique, mais je réitère mon point de vue : un quotidien papier n’est qu’un simple vecteur d’informations, ce n’est qu’un média qui diffuse des informations, et n’en produit qu’une infime partie.

    On peut se référer à la définition Wikipédia de l’information :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Information

    Le modèle marchait bien en raison de monopoles installés, mais internet vient changer cette donne.
    Et au final, les lecteurs ont tout à y gagner.

    Vous évoquez la diversité, mais elle n’est pas du tout menacée car il n’y a jamais eu autant de sources différentes et surtout libres d’accès.

    Je ne souhaite pas être provocateur, mais pourquoi quantité et qualité ne pourraient pas aller de pair ?
    Parce que toute diffusion d’information ne peut être produite que par par des journalistes officiels ?

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