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L’avenir radieux de l’internet ne se passe pas du tout comme prévu

Dans ce monde où la corruption des valeurs morales menace chaque jour un peu plus l’intégrité de nos idéaux (… d’où me vient ce sentiment de participer dès cette première phrase à une sorte de private joke, dont m’échappent pourtant les tenants comme les aboutissants ? Mais bon, puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs… B-)), d’où me vient ce sentiment étrange que quelque chose, en ce moment, ne se passe pas comme prévu sur internet, et que tout ça est peut-être même en train de mal tourner ?

La lecture de quelques commentaires peut-être plus perçants que les autres, dans ce flot déversé sur la toile à l’occasion de l’annonce de la sortie de l’iPad, la nouvelle tablette électronique d’Apple, me permet de recoller les morceaux de quelques unes des mes lectures piochées ça et là dernièrement, pour formuler le sentiment jusqu’ici diffus que tout ça m’inspirait confusément.

Pour le dire aujourd’hui sans détour, l’iPad fait un beau symbole de quelque chose en train de se passer dans l’évolution d’internet ces derniers temps, et c’est le symbole d’une certaine utopie d’un internet libre et convivial, espace désintéressé de fraternisation, d’émancipation et de culture, qui est en train de se crasher méchamment contre le mur des réalités.

Ce Cyberespace de liberté et de créativité, qui rêvait même de son indépendance, se montre plutôt partagé entre une salle de jeux pour adolescents immatures et un vaste supermarché, où la culture n’arrive même pas à se vendre. Le tout placé sous surveillance. Même internet comme espace planétaire ouvert aux échanges, culturels comme marchands, est aujourd’hui menacé de balkanisation.

Non, décidément, rien ne se passe aujourd’hui comme prévu.

L’iPad, la pierre tombale du Web 2.0

Après l’énorme attente suscitée, comme d’habitude, dans ce petit monde fasciné par les gadgets High-Tech, par l’annonce bien orchestrée de la sortie imminente d’un nouveau produit siglé Apple, on a tous constaté la mine un peu déconfite de bien des geeks et autres applemaniacs, hésitant entre la déception discrète ou l’expression de leur frustration. 😛

Laurent Gloaguen, sur Embruns, me semble viser juste :

Ce que je veux dire, c’est que si l’on souhaite juger de la révolution de l’iPad et de sa portée, il faut utiliser une grille d’analyse “consumer electronics” plutôt que “geek-informatique”, cette dernière, à œillères, manquant toujours la vision d’ensemble.

André Gunthert, sur Totem, donne de ce point de vue – que je partage – la formulation la plus synthétique (ce qui a d’ailleurs été déjà souligné) :

L’iPad est un outil tout entier dédié à la consultation, un parfait compagnon de train ou d’avion. Le premier qui réunit vidéo et livres, presse et jeux: tout l’univers de nos industries culturelles, dans un format confortable.

Une belle pierre tombale pour le Web 2.0 ? André Gunthert ne dit pas autre chose :

L’objet révèle l’abandon de la fiction du user generated content et raconte le retour des contenus numériques dans l’ample sein des industries culturelles. De l’ancien programme du web 2.0, dans quelques années, il ne restera finalement que la pratique photo, la conversation des réseaux sociaux, et une touche de search.

Bien soulagé de voir partagée une opinion que j’ai déjà pu formuler par-ci par-là ( Dans les archives de novövision :
La participation en ligne ? 0,075% des lecteurs ! – juillet 2008
Le Web 2.0 : une bulle qui se dégonfle lentement – juillet 2008
Le chercheur, le journaliste et la marmotte : le malentendu de l’UGC – septembre 2008
Et si on s’était trompé sur le Tous journalistes ? – mars 2009
– et encore (notamment) Internet est-il la voix du peuple ? – octobre 2009.
), le fait que ce soit Apple qui plante le dernier clou sur le cercueil de la mythologie du Web 2.0 me laisse personnellement bien songeur…

C’est qu’un applemaniac je fus, indéniablement, et probablement le suis-je même encore. Mais il s’agissait d’une autre Apple que celle de l’iPod, de l’iPhone et aujourd’hui de l’iPad… Une Apple d’avant. L’Apple du Macintosh…

Pas cette Apple d’aujourd’hui, devenue, selon son charismatique patron Steve Jobs lui-même lors du show de présentation de l’iPad, non plus un fabricant d’ordinateur et éditeur de logiciels mais autre chose :

Apple is now the largest mobile device company in the world.

Moi, je me souviens de cette Apple qui mettait pour la première fois à ma disposition un véritable “ordinateur personnel”, toujours plus puissant, toujours plus simple et intuitif d’utilisation, entièrement placé au service de mon “inventivité” (pub de 1981), et de ma “créativité” (pub de 1997).

Cette Apple qui faisait de moi un “Chic. Not geek” (pub pour l’iMac de 1998) et me permettait, en toute simplicité, de “Penser différemment” (campagne “Think different” de 1997).

Cette Apple qui mettait à ma portée des outils de productivité et de créativité inouïs, autrefois réservés à des professionnels dans un cadre quasi industriel, pour la photo (Photoshop), le dessin (Illustrator), qui me permettaient de réaliser moi-même dans mon salon un véritable journal (XPress) ou même un film de cinéma à la maison (Final Cut Pro) ! (Certes, le prix prohibitif de ces logiciels à l’époque, quand XPress coûtait un mois de salaire de cadre !, les laissait – en théorie – réservés à des professionnels, mais des copies circulaient… B-) Ceux qui n’ont pas connu cette époque, à la fin des années 80 et au début des années 90, auront peut-être du mal à imaginer la révolution que ce fut. Dans le domaine de la presse, qui était déjà le mien à l’époque, je disposais ainsi, à la maison !, d’outils professionnels pour la réalisation d’un journal d’une qualité technique très supérieure à ceux dont disposait le quotidien dans lequel je travaillais ! C’est un peu comme si un ouvrier de l’automobile se retrouvait, d’un seul coup, en mesure de réaliser un prototype de voiture de niveau professionnel, en entier, tout seul dans son garage. Et c’est d’ailleurs un peu ce que je faisais avec mes potes (je parle de journal, pas de voiture)… 😉 )

Cette Apple qui mettait ensuite des outils de créativité encore plus simples et accessibles à la disposition de tous ses utilisateurs, livrant en standard avec tous ses iMacs une suite particulièrement réussie de logiciels nécessaires au traitement de la photo, à la création musicale, à la réalisation de films, à la création de DVD, à l’édition personnelle, à la création de sites web…

Si le “programme du Web 2.0” tel qu’il était affiché et promu, celui consistant à délivrer sur le web à profusion ce “contenu généré par les utilisateurs”, fut envisageable, c’est que les outils de créativité personnelle le permettant étaient disponibles. Et pour une très large part d’entre eux, c’est Apple qui les avait inventés, qui en avait initié ou rendu possible le développement. Le programme d’Apple : “Create !” , était le préalable indispensable à celui du Web 2.0 et de l’UGC…

Et c’est ce programme dont Apple entérine aujourd’hui le quasi abandon, en concentrant sa capacité d’innovation sur des produits qui ne sont plus du tout des outils personnels de créativité, mais des “mobile devices” dédiés pour l’essentiel à la simple “consultation”… mais avec un marché de masse désormais planétaire !

Le village mondial n’est qu’un supermarché !

On peut souligner que ni Steve Jobs, ni Apple, ne semblent avoir jamais réellement cru à ce Web 2.0 qui se révèle bien aujourd’hui n’avoir été qu’un mirage. Apple en avait forgé les outils, mais s’est bien gardée de consacrer son énergie à la promotion de leur utilisation sur le Web : Apple n’a pas inventé Napster, WordPress, Youtube ou Flickr (alors que la firme en avait les capacités, ayant développé très tôt toutes les technologies nécessaires pour le partage en réseaux et en ligne, entre Macs, d’à peu prés tout ce qui était partageable sur un disque dur).

Les “visionnaires” regrettaient à l’époque qu’Apple soit “en train de rater le virage d’internet”. Il convient peut-être de revoir un peu ce jugement. :o) Car Apple est bien aujourd’hui très fermement (et très profitablement) implantée sur le Web, mais ce n’est pas du tout sur le Web 2.0 !

Avec iTunes, l’AppStore et maintenant sa librairie iBooks, Apple ne fait pas, en ligne, du “partage d’UGC”, mais bel et bien de la commercialisation de contenus créés par des professionnels (musique, vidéo, jeux, maintenant livres) ! Et les nouveaux jouets que la firme propose aujourd’hui visent bien à accroître encore ce marché, sans se soucier plus que ça de la mise en ligne des merveilleux contenus produits par les utilisateurs… de ses propres ordinateurs et logiciels de création (A moins que la profusion de vidéos amateurs montées avec iMovie, ou de musique créée par GarageBand, ne m’ait échappé sur iTunes. 😛).

Steve Jobs semble bel et bien avoir fait partie de ces “visionnaires” qui avaient fort bien perçu, comme Serge Proulx dès 1999, que le “village global” de McLuhan était déjà en train de virer au supermarché !

Il apparait évident que ni l’implication ni la participation sociales ne surgissent spontanément du simple fait de l’installation de cette formidable quincaillerie de télécommunication. (…) La réalité actuelle du “village global” serait plutôt de nature marchande et peu susceptible d’engendrer de nouvelles solidarités sociales ou politiques. (…) Nous sommes ici très loin du rêve utopique d’un nouvel espace public électronique démocratique et planétaire… ( Serge Proulx, Marshall McLuhan, l’intellectuel sans point de vue, Revue Quaderni n°37, Hiver 1999 )

Un supermarché où il semble possible de vendre en ligne avec profit toutes sortes de services (banque en ligne, agences de voyage, services de rencontre…) et toutes sortes de biens matériels (sur e-Bay et toutes sortes de boutiques en lignes…), mais où il semble justement bien difficile de vendre des biens culturels ou informationnels numérisés (cf. sur novövision : Les éditeurs de presse, dans la nasse de l’économie numérique). Apple semble l’une des rares à avoir trouvé la clé du coffre en ce domaine… (Je reviendrai dans un autre billet sur cet aspect particulier de l’iPad (ou de l’iPhone/iPod), espéré comme un sauveur de la presse par les éditeurs de journaux, ce qui n’est à mon sens qu’un mirage. Et si vous voulez vous en convaincre, allez déjà jeter un œil sur cette nouvelle petite application (déjà sur iPhone/iPod et bientôt sur iPad !), qui n’est encore qu’une ébauche, à mon avis, de ce qu’il est possible de faire, mais indique clairement la voie qui pourrait bien ruiner totalement les espoirs placés inconsidérément par les médias dans le potentiel commercial de leurs applications dédiées (et fermées) pour mobiles : LeNewz. Quelques précisions sur Business-Mobile.fr : LeNewz : une nouvelle manière de s’informer sur iPhone ).

Ce qui explique peut-être qu’une partie du monde de la culture sombre dans la diabolisation de Google et de l’Internet (Homo Numericus). Et que le monde des médias en vienne à tenter un hold-up sur internet (novövision), instituant une sorte de protectionnisme corporatiste de l’information sur le net, à grand renfort de statut particulier et de subventions publiques, espérant ainsi s’arroger la légitimité de faire seul de l’information sérieuse sur internet. Même s’il ne sait pas encore comment financer son activité !

Autre illustration de cette affaire qui ne tourne pas comme prévu dans le domaine culturel : quand la librairie entre en conflit avec la bibliothèque, et que le supermarché de la culture devient un frein pour l’accès public à la culture. Dans ce nœud économique et juridique d’une extraordinaire complexité qui se noue aujourd’hui entre les auteurs, les éditeurs de livres, GoogleBooks, les marchands de livre en ligne, et les bibliothèques publiques, tout semble indiquer que c’est au final… le lecteur qui y perdra !

On cherche en effet à lui vendre quasiment au même prix un livre en papier (avec les coûts de production et de distribution qui sont les siens) et le téléchargement du fichier numérique de ce livre sur internet (dont les coûts de re-production et de diffusion tendent vers zéro). Et encore ne sera-t-il jamais réellement propriétaire de ce livre numérique, qu’il ne pourra vraiment ni prêter, ni échanger, et qui restera lié à un lecteur électronique particulier… et au serveur centralisé qui se trouve derrière !

De surcroît, si j’ai bien compris où tout cela nous menait, vu la tournure que prennent les choses aujourd’hui : la librairie (le marché du livre) est en passe de supplanter en ligne la bibliothèque (l’accès libre à la culture). Tous les ouvrages récents, encore couverts par le droit d’auteur, qui me sont aujourd’hui accessibles gratuitement à la bibliothèque municipale de prêt de mon quartier, ne me seront pas accessibles en ligne dans les mêmes conditions avant qu’ils ne “tombent” dans le domaine public. C’est donc encore le supermarché qui gagne et la bibliothèque universelle attendra, si elle arrive jamais !

Une grande salle de jeux pour ados immatures

Non seulement internet, comme “nouvel espace public électronique démocratique et planétaire” (S. Proulx), comme lieu d’épanouissement de l’expression de la créativité personnelle (le “Web 2.0”), comme lieu de culture ouvert à tous (la “bibliothèque universelle”), vire largement au supermarché, mais il se révèle aussi plus qu’autre chose comme un vaste espace du purs loisirs même pas créatifs, une sorte de grande salle de jeux pour adolescents immatures.

Francis Pisani et Dominique Piotet nous avaient déjà alertés sur ce point (Comment le web change le monde. L’alchimie des multitudes – note de lecture sur novövision) : Les adolescents (américains) sont le moteur du web :

Car le web, ce sont d’abord les jeunes qui se l’approprient et le popularisent. Leur rôle de early adopters (« utilisateurs de la première heure ») nous montre la voie des usages futurs.

Ils nous montrent aussi que la technologie importe peu, surtout si elle sait se faire simple et peu intrusive. Ce qu’ils aiment avant tout : les réseaux sociaux et tous leurs outils. Cela traduit une rupture générationnelle, mais surtout des ruptures d’usages.

Si Facebook, Myspace et les réseaux sociaux rencontrent un tel succès, ils le doivent aux adolescents, qui s’approprient le web comme l’espace privilégié aujourd’hui de leur propre socialisation. Avec eux « l’information et le commerce électronique ne font pas recette ».

Et de fait, les usages les plus populaires du Web, ce sont les réseaux sociaux entre amis, comme Facebook (bien plus que Twitter, qui est un truc de vieux), les jeux en ligne (World of Warcraft), le partage de photos d’amis – et de photos de ses fesses – (et aussi de photos de chats), l’échange de vidéos rigolotes ou spectaculaires – notamment des vidéos de chats – (repiquées un peu partout), et le téléchargement de musique et de films de cinéma… Bref, une vaste salle de jeux, un pur espace de loisir et de socialisation adolescente.

Et cette jeunesse, que Jean-Noël Lafargue qualifie de manière très intéressante de “génération post-micro” (entendez “micro-ordinateur”), ne semble guère se préoccuper des utopies d’internet qui avaient pu en occuper quelque uns dans les générations précédentes :

Au cours d’une discussion récente entre enseignants en arts concernés par les nouveaux médias, un constat inattendu s’est dégagé : il semble qu’une nouvelle vague d’étudiants arrive en écoles d’art, des étudiants « post-micro-informatique », relativement malhabiles face aux logiciels bureautiques ou de création, auxquels ils ont pourtant eu accès au collège. (…)

J’utilise le mot « consommateurs » car ce qui est nouveau, c’est qu’ils ont une approche passive ou en tout cas non-créative, l’ordinateur devient un instrument de pure récréation. (…) Le cliché qui veut que les jeunes d’aujourd’hui, qui sont effectivement nés avec l’ordinateur et nés avec Internet, soient des surdoués dans son utilisation est donc erroné : leur compétence est limitée à l’utilisation qu’ils ont de ces outils et à des ordres de priorité qui peuvent sembler déroutant : très habiles pour communiquer par SMS, ils ne sont pas nécessairement à l’aise pour envoyer un e-mail, pour comprendre la provenance ou la fiabilité des informations auxquelles ils accèdent et pour estimer la portée que peuvent avoir les informations qu’ils diffusent eux-mêmes.

Bref une génération qui semble bien armée pour passer, dès qu’elle en aura les moyens économiques, directement de la salle de jeux… au supermarché.

Effondrement des mythes, marginalisation des utopistes et stratégie de l’endiguement

Ce tableau ne parraitra sombre qu’à ceux qui ont cru à ces mythes d’internet qui sont en train de s’effondrer. Participation, égalité, émancipation, décentralisation… Le condensé de toute cette mythologie se retrouve dans la Déclaration d’indépendance du Cyberespace, par John Perry Barlow en 1996, un magnifique texte au demeurant :

Gouvernements du monde industriel, géants fatigués de chair et d’acier, je viens du cyberespace, nouvelle demeure de l’esprit. Au nom de l’avenir, je vous demande, à vous qui êtes du passé, de nous laisser tranquilles. Vous n’êtes pas les bienvenus parmi nous. Vous n’avez aucun droit de souveraineté sur nos lieux de rencontre.

Nous n’avons pas de gouvernement élu et nous ne sommes pas près d’en avoir un, aussi je m’adresse à vous avec la seule autorité que donne la liberté elle-même lorsqu’elle s’exprime. Je déclare que l’espace social global que nous construisons est indépendant, par nature, de la tyrannie que vous cherchez à nous imposer. Vous n’avez pas le droit moral de nous donner des ordres et vous ne disposez d’aucun moyen de contrainte que nous ayons de vraies raisons de craindre. (…)

C’est bien ce Cyberespace indépendant-là qui me semble aujourd’hui en train de se fracasser contre le mur des réalités.

Certes le web est si vaste qu’il y a de place pour tout le monde, mais j’ai bien peur que les utopistes de la première heure n’aient guère de place entre la salle de jeux et le supermarché, et je les vois surtout condamnés à la marginalisation, repliés dans les interstices invisibles des réseaux…

A moins qu’ils ne soient rattrapés eux-aussi par la vaste stratégie d’endiguement du Web que l’on sent fermement à l’œuvre actuellement de la part des États :

Hadopi, Loppsi: les censeurs du Net s’organisent, estime sur Slate.fr la députée européenne (Europe écologie) Sandrine Bélier :

La France et l’Europe ne sont pas la Chine, assure Nathalie Kosciusco-Morizet. Peut-être. Mais, de Paris à Rome en passant par Sofia et Madrid, les projets liberticides se multiplient.

Et puisqu’on évoque la Chine :

Vers un grand schisme de l’internet ? s’interroge Hubert Guillaud sur InternetActu :

Ce n’est pas seulement d’un Grand pare-feu chinois permettant la censure et le contrôle de l’internet dont l’actualité s’est souvent fait l’écho dont il est question ici, mais de la mise en place d’un nouveau système de noms de domaines. (…) L’internet chinois n’est plus une espèce d’intranet protégé de l’internet (comme on a en a pour plein de sociétés), mais (il s’agit) de deux internet distincts, du moins lorsqu’on y accède via un même nom de domaine. (…)

Comme le dit encore Laurent Bloch : “Politiquement, la signification de cette sécession peut se comparer à celle des schismes qui ont rythmé l’histoire du christianisme. Nul doute que la technologie chinoise, qui aux parfums enivrants de l’indépendance associe les avantages pratiques de la censure et de la surveillance, aura des succès auprès de la Russie, de l’Iran et d’autres pays qui utilisent une écriture différente de l’alphabet latin.

Mais cette situation, et ses développements prévisibles, posent un problème grave : l’unité actuelle de l’internet est l’axe autour duquel s’est réorganisée l’économie mondiale, et aussi en partie la culture mondiale ; quelles seront les conséquences de sa partition ? La décision chinoise montre que si tout le monde se félicitait de cette unité tant que l’on en restait aux aspects commerciaux, son aspect culturel n’était pas considéré comme supportable par certains acteurs.”

C’est donc encore plus grave que ça ? Et ça ne se passe vraiment pas comme prévu ! C’était déjà une salle de jeu et un supermarché, plutôt qu’un espace de liberté et de créativité, mais ce n’est bientôt même plus un espace mondial unifié pour le commerce et l’échange culturel…

Les utopies sont décidément à ranger… au rayon des utopies : u-topie, “(néologisme de l’écrivain anglais Thomas More), synthèse des mots grecs ??-????? (lieu qui n’est pas) et ??-????? (lieu de bonheur)” (Wikipédia). Lieu du bonheur qui n’est nulle part…

Bienvenue dans “le désert du réel”, Néo.

30 Comments

  1. Je crois également que ce qu’on appelle le web 2.0 est une belle utopie. Utopie de toute façon promue essentiellement par ceux qui en vivent… Pour moi, qui ne suis pas une spécialiste de la question (même si je m’y intéresse un peu), les réseaux sociaux tels que facebook, twitter ont peut-être une utilité sociale, mais elle est minime. C’est tellement chronophage !

    Qu’on ne me parle d’espace de solidarité. On vit dans une société individualiste et l’usage du web 2.0 ne rapproche pas les gens. Enfin pas plus que le web 1.0. A mon sens, les forums de discussions ont plus d’utilité sociale que twitter, du moins, ils permettent plus d’échange. Quant à twitter, c’est simple, quand on a déjà une petite notoriété, cet outil permet d’avoir une audience supplémentaire (qui permet accessoirement à certains de vendre ce qu’ils ont à vendre ou d’avoir une visibilité) . En tout cas, c’est loin d’être un outil démocratique. J’ai très peu de chance de recevoir une réponse de la reine Rania même si je la harcèle de questions. Le web 2.0 est un leurre. On a une impression de proximité avec pleins de gens, connus ou moins connus, ils nous apparaissent tous comme accessibles, mais ce n’est pas vrai. Et heureusement pour eux. L’interconnexion entre les gens est factice. Ce n’est pas parce que je followe ou que j’échange avec tel député ou tel journaliste célèbre que je crée des liens avec cette personne. Avant on le faisait par courrier, aujourd’hui on économise les timbres. Les barrages et les filtres existent toujours… le net n’est que le miroir de ce qui se passe dans la vraie vie, et c’est ce que les plus jeunes ont sans doute compris ou du moins pressentent.

    Ce que je veux dire c’est que seule une élite profite pleinement du web 2.0. Ceux qui réseautent dans la vraie vie, trouvent forcément un intérêt au web 2.0. Mais on pourrait dire la même chose des bibliothèques : les livres y sont gratuits mais sociologiquement, ce sont les classes supérieures qui profitent de cette gratuité, eh oui ce sont eux qui lisent ! Tout comme l’école républicaine sensée être un instrument d’égalité, ce sont encore les classes supérieures qui profitent le plus du système (quand on habite un quartier populaire et qu’on a un peu d’ambition pour son enfant, on a intérêt de l’inscrire dans une école privée, chose tout à fait inutile quand on a la chance de vivre dans le Vè arrdt de Paris entourés des meilleurs établissements scolaires publics.

    Quant à Apple, par le passé, cette firme a fait des erreurs stratégiques qui ont permis au PC de devenir l’ordinateurs par défaut de 90% de l’humanité. Steve Jobs n’est pas un Dieu, il a été entouré de personnes intelligentes (imac, l’iphone sont le produit d’une collaboration) et comme beaucoup d’individus et de sociétés, il peut se casser la gueule. L’Ipad, c’est déjà le début de la fin. On pourra dire ce qu’on veut, Bill Gates a démontré sa supériorité, même s’il n’est pas de bon ton de le rappeler. Steve Jobs nous vend du rêve, c’est un esbroufeur (l’lphone est sexy mais techniquement il n’est pas le meilleur smartphone du marché et il reste onéreux pour ce que c’est) , mais on finira bien par se réveiller…

  2. Très bon article, même si un peu long et pessimiste.

    J’ai lu sur un autre blog (sais plu où) un article qui expliquait qu’en fait l’iPad était super pour les “personnes agées”, les personnes non geeks qui ont un peu du mal à se mettre à l’ordinateur.. car ça simplifiait pas mal de choses. Ce point de vue était intéressant aussi car par exemple combien de personnes abandonnent rapidement leur formation à Internet, les ordis.. rien que parce que ça paraît trop compliqué… compliqué à manipuler la souris..etc. (moi j’en connais 2 dans ma famille..)

    Sinon effectivement c’est inquiétant de voir ce que pourrait être Internet si on devait tous passer par des supermarchés apple qui avec un certain monopole se permettrant de vendre par ex. l’ebook aussi cher que le livre lui-même.. (ou plus cher que les ebooks kindle, déjà que je trouvais ça cher..) de ne pas donner accès aux milliers d’ebooks gratuits etc..

    Cependant il faut relativiser cette inquiétude car il laisse tout de même accès à tout Internet via le navigateur web.. donc même s’il simplifie certaines choses et incitent les personnes à passer par leur plateformes et applications… je ne pense pas qu’ils empêcheront leur utilisateurs de se connecter à tout site UGC et participer à des communautés, réseaux sociaux..etc. Bref on devrait continuer à avoir de l’Internet libre accessible à priori. J’ai du mal à imaginer que tout le monde abandonne cet aspect là.

    L’idéal serait que Google sorte une tablet concurrent plus ouverte, opensource… bref c’est pas encore fini tout ça…

  3. @ H.

    Je n’ai pas l’intention de me lancer dans un concours Apple/Microsoft. Mais s’il faut mesurer la réussite d’un homme d’affaire américain au chiffre d’affaire de l’entreprise qu’il a créée, il faut bien reconnaitre qu’Apple et Microsoft jouent exactement dans la même cour aujourd’hui au niveau financier (50 Mds$ de CA contre 58 Mds$).

  4. @ Hasard du jour

    Je souligne juste, comme tu le dis d’ailleurs, que tout le monde n’a pas envie d’utiliser l’ordinateur et internet comme moyen de créer et s’exprimer. La majorité des gens se contentent fort bien d’un usage de simple consommation/consultation. Ça veut dire qu’internet devient un espace essentiellement de consommation et de récréation (largement marchand, d’ailleurs), mais ça n’exclue pas les autres usages (et les autres usagers) : ça les marginalise, c’est tout.

  5. @ anonyme

    Mais je ne suis pas du tout pessimiste sur l’avenir de l’iPhone et de l’Ipad. Je crois au contraire que ces produits correspondent assez bien aux attentes du marché de l’électronique grand public d’aujourd’hui. L’entreprise Apple affiche d’ailleurs une santé financière tout à fait insolente en pleine crise économique !

    Sur l’iPad : la nature même du produit, avec ses choix techniques, lui dessine quoiqu’il en soit un avenir clair. Ce n’est pas un outil de créativité (pour rédiger de longs textes, faire de la photo ou de la vidéo), c’est juste un outil de consultation.

    Sur le chiffre d’affaires Google/Apple : Apple pèse deux fois et demi plus lourd que Google ! 50 Mds $ de CA pour Apple / 20 Mds $ pour Google.

    Sur le créneau des “produits mobiles” (ordinateurs portables, baladeurs, téléphones, smartphones, etc. ), Apple annonce d’ailleurs aujourd’hui être dominant sur le marché mondial, en ayant devancé Sony ou Nokia.

    Ça traduit juste un changement de nature très profond de l’entreprise Apple, qui n’est plus un fabricant d’ordinateurs haut de gamme, mais désormais avant tout un fabricant de “produits mobiles” grand public.

  6. Je ne sais pas pouruqoi mon nom ne s’est pas affiché, mais baste. Quand je vous trouve pessimiste c’est justement quand vous dites que les produits Apple correspondent aux attentes du marché. En mon sens, comme toute DRM (ce sont avant tout des DRM et après des ordinateurs portatifs), ils tentent de créer un marché artificiel. On verra bien où ça ira, mais mon optimisme me pousse à penser que ces produits n’imposeront pas une telle direction au marché. Cela dit une chose est sûre, pour l’instant les iPhones sont des produits qui sont mieux finis que les Android, et donc plus accessible au grand public (qui finira peut-être par s’étonner qu’Apple choisisse les applications qu’ils ont le droit d’y installer, en revanche).

    Mes excuses sur la comparaison des chiffres d’affaire.

  7. Je ne comprends pas ce découragement !

    AU CONTRAIRE ! C’est un défi lancé à toute la communauté Open Source – Open Content ! Sommes nous capables de proposer une Tablette Open Hardware – Basée sur un Linux – Ubuntu, et capable de rivaliser avec ce que propose l’industrie du propriétaire, en proposant à tout un chacun l’accès tablette – wifi au WEB et tout le contenu libre qu’il contient ?

    Le seul défi c’est celui là : une concurrence Open Content – Open Source, qui soit meilleure que la proposition propriétaire.

    C’est enthousiasmant au contraire d’avoir comme défi de DEMONTRER qu’une communauté “libre” est capable de démontrer la supériorité de ses créations.

    Si par ailleurs elle n’en est pas capable, c’est donc que le prix demandé par l’industrie propriétaire est justifié.

    C’est aussi simple que ça.

    SL

  8. Ben justement le probleme est la ….
    Le model de l’Istore tous le monde est en train de le reproduire. (nokia, windown tous le monde ).
    La plupart savent deja qu’il n’auront pas le succes d’apple (1 Millaird de telechargemetn sur OVI store de nokia ??) , mais il recupereront quelques miettes … cela leur suffit (faut dire qu’avant appel il n’esperait pas que ca soit possible de recupere 30% du prix de vente des CD …. au final il pensent prendre la place des enseigne physique comme la fnac qui avait aussi 30% de marge, meme si c’est rare, c’est toujours une rentree d’argent qui ne leur coute rien ….)

    Faire le meme produit en open source est possible mais cela ne rapportera rien au concepteur (a part la marge sur la vente et c negliegeable, maintenant on facture par mois ….. ta connection au net, ton news group pour acceder a des films etc tous va tendre vers ce modele, )

    Jamais les majors du disque du film etc ne seront d’accord pour te fournir leur bibliotheque au meme tarif qu’a apple …. (il suffit de voir les offres legal sur le net, plus chere que dans la vie reel et sans support physique …)
    Au contraire ils feront tous leurs possible pour ne pas te proposer leur bibliotheque (cela dit ils n’ont pas tort , parce que des deux cote cela dire fort , les majors pour conserver leur tarif d’usurier, les internautes pour ne rien payer …). Alors oui tu auras tous les contenues non protege par les droits d’auteur (ou plutot libre de droit) . Mais cela ne fera pas un succes ( google aurait pu fournir toutes les applications android gratuitement, mais deja on les accuse de recupere/piquer l’argent des autres)

    Ca depend encore de comment vont tourner
    loppsi
    et
    ACTA

    Mais faut etre sacrement optimiste pour penser que cela va bien tourner pour l’interet general (un peu trop souvent assimiler a l’interet du CAC40 ….)

    PS: un dernier point pour Galuel, cela aurait du sens si vous partiez a armes egale …. mais ce n’est pas le cas Primo, la communaute part avec 75 ans de retards (meme avec beaucoup de monde ca demande du temps) . les droits d’auteurs limite a 7 ans (pendant lesquel 90% des revenue sont fait) arrangerais peut etre les choses.
    Deuxio, il y’a quelque exemple de bon film qui ont ete fait benevollement pas une communaute de fan , mais ils ne peuvent pas pretendre realiser un film comme une equipe de professionnel. (d’ailleur personne ne leur demande). Et le cinema genere chaque annee plus d’argent que la precedente, c’est aussi vrai pour la musique mais nettement moins ua benefice des majors
    tertio; concernant internet et le droit d’auteur, le probleme c’est qu’avec la reproduction des oeuvres pour un coup reel proche de 0. les majors se sont rendu compte que les ne tomberait pas dans l’oubli (ou quelqu’un pourrais faire un remake comme le choriste) mais qu’il serait disponible pour tous gratuitement ….. (ce qui est une bonne chose au bout d’un moment meme si l’on est pas d’accord avec 7ans) . du coup 50 ans c pas assez, 70 ans puis 100 etc ; pourtant au bout d’un moment ca fais bien partie du patrimoine de l’humanite (si l’on pouvait dubliquer la jocombe, il ‘yen aurait un parquet chez des particuliers)

  9. Bonsoir,

    Le problème n’est pas que l’outil soit libre ou non, mais sa finalité même. Concurrencer le proprio avec du libre sur les objectifs du proprio (à savoir réaliser un outil de divertissement de masse), c’est déjà un dévoiement.

    À la base, tout comme l’Internet, le libre visait l’autonomie de l’utilisateur (c’est le sens fondamental des licences libres). Aujourd’hui, on suit la voie sois-disant royale tracée par le proprio : (un tout petit) tout, tout de suite, sans rien comprendre ; un design idiot pour des utilisateurs idiots.

    Mes 2¢

  10. Sauf que dans votre réflexion vous oubliez LE facteur fondamental qui crée la véritable dissymétrie de fonctionnement, qui empêche l’économie du partage de se développer : LA MONNAIE.

    Tant que la communauté Libre ne comprendra pas la nature de la monnaie, elle se battra contre une muraille invisible, asséchée par l’absence de monnaie elle rendra les armes.

    Le véritable frein est là et nulle part ailleurs, le contrôle absolu via l’outil monétaire.

    Aussi je vous invite à réfléchir : http://www.creationmonetaire.info
    Et aussi : http://fr.wikipedia.org/wiki/Dividende_Universel

    La libération viendra par la mise en place d’une monnaie qui valorisera le travail libre vis à vis du travail propriétaire. C’est possible, mais il faut comprendre.

  11. @ Galuel

    Sauf que vous avez, peut-être, oublié que dans notre régime juridique actuel la monnaie reste une prérogative régalienne exclusive de l’État. Quelques récentes péripéties règlementaires relatives au chèque déjeuner ne vont ont surement pas échappées… 😉

  12. Guillaume,

    Fort heureusement, on juge assez rarement la réussite d’un manager exclusivement sur son CA, sinon il faut donner la palme toutes catégories à Rick Wagoner, qui devait bien faire, tout mouillé, les CA de Krosoft, Apple et Google réunis quand GM est passé sous la protection du Chapter 11 (et du Trésor US 🙂 )

    Sur des critères d’analyse plus classiques, il est clair qu’Apple est un extra-terrestre (disons un martien) alors que Google viendrait plutôt d’une autre galaxie. La valorisation de Microsoft reflète assez bien ce que la plupart des analystes pensent du bestiaux: Ce n’est pas là que se prépare la prochaine révolution, mais même si on leur coupe la tête demain, le canard peut continuer à courir assez longtemps…

    Sur le reste de ton texte, c’est assez bien vu mais ce n’est pas nouveau, et pas spécialement grave. Apple vend des jolis gadgets qui marchent bien et qui sont faciles à utiliser. Il connait les stats de l’UGC, et il sait que le pourcentage d’utilisateurs actifs par rapport aux consommateurs purs (sur wikipedia, sur Youtube et al.,…) doit flirter avec les 1% les jours de grands vents – Donc il en tire les conséquences, et fabrique ses binious pour le marché de masse avec un objectif de minimisation du risque ( A la différence de Google, qui peut consacrer impunément un pouillème de ses ressources à se planter avec Google Wave, dès qu’on commence à faire son principal business autour de la conception et la vente de devices grand public, l’erreur peut assez vite faire mal… Donc ils évitent d’en faire 😉 )
    Si les utilisateurs se sentent brimés par les limites de l’iPad, ça se saura vite, ils iront voir ailleurs; Ceux qui, comme toi, devinent déjà que cette mixture leur déplaira n’en achèteront pas, tout comme ils peuvent se passer d’iPhone et opter pour un autre téléphone. Les “avants-gardistes” de la techno sont moins utopistes que tu sembles le penser, ils n’ont pas forcément le secret espoir que le monde entier les imite, ils veulent juste qu’on les laisse libres d’aller là où les autres n’iront pas spontanément , dans des espaces nécessairement restreints et inconfortables qu’ils défricheront tranquillement en attendant que le reste de la troupe les rejoigne petit-à-petit… Puis ils lèveront l’ancre et ils iront ailleurs! 🙂

    Dernier point si je peux me permettre un conseil: quand une société à but lucratif commence à sortir la harpe et à déclamer de la poésie (“think different”, “don’t be evil”, etc…) dis-toi in petto: “chapeau l’artiste”, et n’écoute plus la suite…

  13. Je ne suis pas certain que l’industrie survive seule, non par faute d’intérêts particuliers ni de puissances de ses défenseurs, mais parce qu’à partir d’un certain seuil sa nuisance l’emporte sur son utilité. Alors c’est certain que l’utopie existe et que la réalité ne la rejoindra pas, il n’empêche que je doute que le cyberspace soit la porte de sortie de la surproduction, de la course à la productivité et à la dévalorisation du travail.

    Nous devons exister et nous existons de plus en plus en dehors des usines (que la production soit matérielle ou non), le travail lui même ne s’organise plus de la même façon et la consommation se passe de plus en plus de la propriété quand bien même celle de la production n’est pas encore complètement remise en cause. Les choses, produites ou non, doivent exister et si elles ne sont pas dans un rapport de force explicite (ce serait assez rigolo à voir) je ne suis pas certain qu’ils représenterons encore beaucoup d’intérêt (qui donne une valeur) lorsque l’utilisateur en sera totalement expulsé. C’est à dire que dans tous les cas l’industrie devrait être dépassée à un moment par le service si tout se passe comme l’industrie le prévoit. Enfin je vois ça comme ça… ça ne veut pas dire que le cyberespace est pacifique, au contraire.

  14. @narvic

    Si vous pensez que la monnaie est une prérogative de l’Etat c’est que vous ne savez pas ce qu’est la monnaie. Je vous invite à lire les 100+ posts de http://www.creationmonetaire.info

    Tant que le sujet de la monnaie ne sera pas connu et compris toutes les autres initiatives pataugeront dans la semoule !

  15. @ Galuel

    Je me suis justement un peu intéressé à cette question : pense aux péripéties des chèques déjeuners (je pense notamment aux restrictions de leur usage dans les supermarchés). Ce n’est pas du tout une anecdote. Pense-y vraiment. 😉

  16. Très bon article, la phrase de Steve Jobs est révélatrice des mutations actuelles de l’Internet :

    “Apple is now the largest mobile device company in the world.”

    On assiste à une rencontre entre Internet fixe et le monde du mobile, toutes deux ayant des philosophies très différentes. L’internet fixe (accès depuis un ordinateur) était jusque-là fortement majoritaire mais à l’avenir, la part des internautes se connectant via un mobile sera bien plus importante : un gros terrain de bataille pour Apple, Google et autres industries culturelles.

    Sur mon ordinateur, je peux programmer, bidouiller, héberger, retoucher, discuter dans des forums, bloguer, etc. Les smartphones, iPad et autres, du fait de leurs tailles, sont beaucoup moins adaptés à ces usages. De plus, et c’est à mon avis le handicap majeur à un Internet mobile libre, l’univers mobile est très verrouillé : filtrage des contenus (VOIP, P2P interdits), téléchargements limités (500Mo/mois), volonté des opérateurs de pousser leur propre contenu au détriment des autres (Orange TV), leurs propres applications (bien qu’ils aient du changer un peu là-dessus en raison de l’iPhone).

    Google à intérêt à voir croitre un Internet mobile sur le modèle de l’Internet fixe actuel, avec le moins possible de verrous, de manière à ce qu’un maximum de personnes postent un maximum de contenu. Il gère l’abondance à la perfection et en profitera pour faire son beurre. Android se développe très vite d’ailleurs, tout comme Chrome (et bientôt Chrome OS).

    L’avenir d’internet risque d’être mouvementé : un minitel 2.0 (industries culturelles, apple?) vs un Internet “libre” mais avec un contrôle total de l’information mondiale et des données personnelles par Google? Et pourquoi pas des alternatives libres (firefox, ubuntu, apache, wordpress, etc), respectueuses de la création (creative commons), des données personnelles? J’ai peur du pire en comparant les poids économiques des différents acteurs 🙁

  17. Les chèques déjeuner ne sont rien face à l’interdiction des monnaies Or ou toutes les formes de troc. Ceci dit quand 30% de la population n’a pas accès à la monnaie on ne peut pas interdire, les prisons ne sont pas assez grande.

    Je vous invite à penser différemment, et à réfléchir à ce que pourrait être une monnaie P2P en circulation sur internet, sans serveur central, pour cela réfléchir à la nature même de la monnaie qui est une simple compensation temporelle des échanges, qui se doit d’être SYMETRIQUE (et pas créée centralement, par le réseau BANCAIRE, pas par les Etats…). http://fr.wikipedia.org/wiki/Dividende_Universel

    Toute la problématique des associations d’individus pour créer des projets tourne autour de la participation, et donc d’une mesure monétaire de cette participation. Une monnaie qui valoriserait le travail du LIBRE, qui demanderait à se faire payer dans cette même monnaie par les acteurs non contributifs, créerait DE FACTO une puissance économique sans égale.

    Encore faut-il comprendre.

  18. @ Galuel

    Tu es gentil à m’inviter à “penser différemment” (tiens, le même slogan publicitaire qu’Apple ! 😉 ), mais que sais-tu vraiment de ma manière de penser ? Et que sais-tu de mes propres réflexions sur la monnaie ?

    Et s’il se trouvait que je voies assez bien à quoi tu fais référence, mais que je partage pas vraiment ton point de vue. Y as-tu pensé, vraiment ? B-)

  19. Le contrôle d’internet passe par son réseau en dur. les satellites, les serveurs. il faudra bien un jour résoudre ce problème pour ne pas avoir à continuellement contourner le filtrage. Apres l’Ipad, comme n’importe quel autre machine peut faire tourner du code que ne souhaite pas apple ou autre. Les utilisateurs sont comme tous les autres 80% consomateurs, 20% acteurs.

  20. Bonjour,

    Pour compléter la réflexion engagée avec ce billet, un lien (ci-dessous) vers une intervention du sociologue Dominique Cardon. La massification de l’internet, et en particulier le décalage entre les pratiques des nouveaux venus et celles de leurs prédécesseurs, pourrait être à l’origine d’un certain nombre d’idéaux déçus.

  21. Merci pour cette lucidité !
    j’ai un petit espoir néanmoins , dans les initiatives du web local , de l’internet de proximité couplé aux devices mobiles précisément et ce monde ( marché ?) ubimedia qui s’annonce. On peut avoir une vision optimiste ( l’hyperlocal citoyen participatif ou mieux vivre ma/notre sphere publique avec par exemple ma-residence.fr)… bref, l’utopie de la ville 2.0 …. Mais l’internet marchand va investir aussi le réel et nos mobilités… ce qui peut étendre le supermarché “everyware” et donc aller vers un monde réel lyophilisé ? … sans parler des aspects de la souveillance …Merci pour votre article qui oblige aussi à se regarder en face.

  22. Une intuition ancienne, nous vivons avec internet ce que nous avons vécu avec les radios libres. Le marché phagocyte ce qui lui est contraire et se réinvente autour de la synthèse qu’il en tire.

  23. Bel article, très intéressant, brillant même, mais à mon sens basé sur une erreur d’analyse.
    – comme tu le dis, l’utopie d’un web créatif n’a jamais été concrétisée, et ceux qui y ont crû regardaient le sujet de loin, avaient un discours, mais n’étaient pas des acteurs du web. La part des créatifs dans la vie est faible, de l’ordre du pour cent, et ça se retrouve sur le net. Ce qui s’est passé, c’est que chacun peut maintenant plus facilement laisser des traces de ses activités, ce qui crée un nouveau contenu, mais ce n’est pas à proprement parler de la créativité, ni de la création artistique (à la rigueur sociale)

    – Apple a toujours été plus un facilitateur grand public qu’un concepteur d’outils de création. Ce rôle a été tenu par des sociétés de software plus petites, Macromedia, Adobe, Quark, emagic…qui se sont appuyés sur la plateforme Apple. D’une certaine façon, ils continuent à jouer ce rôle avec l’iPhone en ayant permis l’eclosion d’un nouvel écosystème de développeurs, qui ont la responsabilité de concevoir les outils de création.
    Ensuite, à travers l’iPhone et l’iPad, ils créent une audience qui va permettre aux créatifs d’exister. Et c’est finalement bien plus important.
    C’est vrai que l’iPad est aujourd’hui un outil de consultation, mais d’abord il va évoluer (voir http://hseverac.wordpress.com/2010/02/02/la-suite-de-lipad/), en particulier, je pense qu’il va nous apporter de belles choses pour la musique ou le dessin.
    Ensuite, il est probable qu’il viendra en complément d’un ordinateur, pas en substitution.
    Enfin, Apple n’a pas abandonné sa suite créative iLife, qui devrait je pense être mise a jour en accentuant les possibilités de partage.

    – la question de la reprise en main d’Internet par les autorités et les acteurs de l’industrie culturelle est un vrai sujet, mais qui a assez peu à voir avec le précédent ni le web 2.0. Il s’agit plus de liberté que de créativité. Ça n’empêche
    pas de devoir s’en inquiéter

    – sur la dérive vers une société marchande, c’est un vieux sujet. Est-on sûr que ça s’accentue ? L’évolution du web n’est-il pas le reflet de sa démocratisation ?

    Pour finir sur une note optimiste, j’ai l’impression que l’on a bien un retour vers l’analyse, avec des articles de fond, et que la vague twitter va s’epuiser.

    cordialement

    Hugues Sévérac
    (envoyé depuis mon mobile)

  24. Je n’ai jamais cru à un avenir enchanté d’Internet.

    Malgré toutes ses qualités Steve Jobs reste un marchand. Il est naïf d’attendre autre chose…

    L’accès à Internet via un nom de domaine est aussi la technique d’AOL, société américaine et non chinoise.

    Le remplacement de l’achat d’un produit ou d’un service par l’abonnement est une technique commerciale qui s’est développée dans tous les domaines. Quand vous “achetez” une voiture en leasing elle ne vous appartient pas. Quand vous regardez un film, via l’abonnement d’une télévision câblée, il ne vous appartient pas.

  25. Oui et non… car c’est oublier un peu vite la communauté du libre et plein d’autres choses (peut être un peu plus discrètes il est vrai).

    Internet permet aujourd’hui à de nouveaux outils libres de voir le jour chaque jour et de profiter à tous. Le succès de firefox en atteste.
    Internet permet à des consommateurs de se grouper et de bénéficier ainsi à nouveau du pouvoir qu’ils avaient perdu auprès des commerçants.
    Internet permet aussi de télécharger gratuitement l’album de Nine Inch Nails qui est à disposition sur leur site et de simplement leur faire un don si on aime (un nouveau modèle de commercialisation simplement génial).
    Internet c’est aussi wikipédia et des sites d’information beaucoup plus indépendants que les médias historiques.

    A mon avis internet n’est qu’un reflet de notre société, et en aucun cas une nouvelle société. A nous d’en faire ce qu’on veut.
    Oui, internet se dirige vers le minitel 2.0 cher à Benjamin Bayard (qui se bat au passage pour qu’il reste un espace de liberté).
    Malheureusement, comme dans la vraie vie, tout ce qui est commercial (y compris l’art et la culture) sur internet est soumis aux mêmes règles que dans le monde réel: satisfaire l’audience et le consommateurs.

    Et si le consommateur a des gouts de chiottes… ben on lui propose ce qu’il veut quand même (un peu comme la télé, qui pourrait être un formidable outil d’éducation mais qui préfère satisfaire les plus bas instincts avec ses “Fermes célébrités” et autres daubes du même acabi.

    Pour moi internet, comme notre société, sont juste dépendant de l’éducation des gens qui les constituent.

    L’iPad connaitra peut être le même succès que l’iPhone, non pas pour ses qualités ni pour son ouverture ou la liberté qu’il procure, mais parce que “c’est bien d’avoir un iPad, çà fait classe et j’ai vu des célébrités qui en utilisent dans des films au cinéma.”

    En ce qui concerne la salle de jeu, pas la peine de passer de la salle de jeu au supermarché. La salle de jeu EST le supermarché. Facebook n’est rien d’autre qu’un outil marketing révolutionnaire permettant de créer des communautés autour de produits et d’envoyer des publicités ultra-ciblées. Il y a d’ailleurs un marketplace sur facebook.

    En bref, et pour finir, internet c’est comme pour l’alimentation. Le consommateur a le choix entre la mal-bouffe et préférer des produits de qualité avec une éthique derrière. A lui de faire son choix. Bien sûr, choisir nécessite de réfléchir et d’avoir une éducation qui permette cette réflexion. Mais quand on voit l’énorme demande aujourd’hui pour une alimentation locale, bio et de qualité, je pense que tout est possible, à condition que l’éducation tienne la route.

  26. L’internet est jeune, et son évolution est en cours : on est pris dedans, ce qui nous enlève tout recul.
    Pour mémoire, il y a quelques années, le “paradoxe de Solow” était à la mode : “J’ai vu des ordinateurs, mais où sont les gains de productivité ?”
    Eh bien, on les a vus, les gains de productivité, il me semble (si j’en crois la courbe du chômage, c’est pas fini…)
    Alors, proclamer aujourd’hui “j’ai vu les outils pour les produire, mais où sont Web2 et UGC ? ” pourrait bien devenir, à moyen terme, tout aussi anachronique que le paradoxe de Solow. Du moins, je l’espère, étant d’un naturel plus optimiste que vous (à en croire le fond de votre article – par ailleurs fort bien documenté et ne manquant pas de pertinence).

  27. j’ai bien peur que les utopistes de la première heure n’aient guère de place entre la salle de jeux et le supermarché, et je les vois surtout condamnés à la marginalisation, repliés dans les interstices invisibles des réseaux

    En réalité ils ont toujours été dans la marge, les utopistes, non ?

    Même au début du web grand public. Après tout La Rafale se sabordait d’elle-même en 1996, et surprise, Davduf est revenu, plus en forme, même.

    Pour moi, quel que soit le média les utopistes sont toujours à la marge, et ce n’est pas forcément un mal : qu’on ne les emm– embête pas et qu’on les laisse penser à loisir.

    (corollaire amusant : un certain nombre des «utopistes de la première heure» gagne aujourd’hui sa vie en bossant pour le web…)

    Mon commentaire est brouillon, pardon, je n’ai pas les idées claires ce soir, mais finalement je n’ai pas l’impression qu’on ait changé quoi que ce soit depuis le début du web. On a surtout baratiné le chaland pour lui faire produire gratuitement du contenu et le vendre à des régies de pub (plateformes d’hébergement «gratuit»), ou pour le faire donner un maximum de ses informations personnelles afin de constituer le rêve mouillé ultime du marketeur fervent de CRM différencié (Facebook, etc.).

  28. Désolé, mais je ne comprend pas ce post, et je ne vois pas le problème. Depuis quand l’Internet suit-il une route tracée ? et par qui d’ailleurs ? quel est ce visionnaire inconnu qu’on nous cache ?

    Faut-il qu’Apple, toute insolente réussite d’usages qu’aient ses produits, soit à ce point puissante qu’elle en impose à la société de l’information ? Et qu’est-ce que peut bien venir faire ici le web 2.0 ?
    Apple n’est pas social ? Et alors ? des géants du web, qui est aujourd’hui véritablement “social” ? A part Facebook, je ne vois pas. YouTube est peut-être le futur de la TV, mais pas un réseau social. Twitter non plus d’ailleurs.
    Que Jobs veuille être le passage obligé de la distribution de l’entertainment, après tout, c’est son affaire. J’assistait l’autre jour, au club parlementaire, au contentement du microcosme sur la performance d’iTunes, sur l’air du “le marché décolle”. si ça peut contenter les hadopistes de tout poil, j’en serai personnellement ravi, ça nous fera des vacances. Ce n’est pas parce qu’Apple s’érige en monopole de la distribution que l’UGC va mourir. D’ailleurs, Apple monétise bien les podcasts, et proposera peut-être quelque chose qui plaira aussi aux blogueurs ? Qu’est-ce qu’on en sait ?

    Le web 2.0 est mort en 2007 quand les blogs ont atteint leur plafond de production (renouvellement mais plafonnement du nombre de billets). Il a fallu les réseaux sociaux pour que les usages participatifs dépassent la limite atteinte par le bloguing, sans qu’on puisse en identifier une au jour d’aujourd’hui pour la phase en cours.
    Oui, sur les réseaux sociaux, les gens font du voisinage. Mais, on peut aussi avoir des discussions politiques en sortant les poubelles ! Il n’est pas besoin de discussions de haute tenue pour qu’une opinion de forge …

    En fait, ce type de débat (re)pose simplement la question d’internet comme bien commun. Si Google, Apple ou Facebook étaient des services publics planétaires, ou des ONG, je ne serai pas ici ce soir à lire ce post. On adore (au sens strict) Wikipedia à cause de cette qualité. On rêve tous d’une démocratie mondiale.

    Quand au reste, oui, il y a une grande bataille en cours, celle de a neutralité. Il est peut-être temps de sortir de l’ère des bisounours. L’Internet est devenu un sujet trop sérieux pour ne pas être gouverné. D’ailleurs, quand Google se la joue avec la censure chinoise, c’est de la géopolitique. Il va falloir s’habituer à ce qu’Internet et le web soient autre chose qu’un gentil bac-à-sable, comme en 2004. Il est temps de prendre parti, littéralement.

  29. Attention aux comparaisons, hasardeuses, de chiffres d’affaires entre une société qui vend du matériel (dont chaque unité a un coût de fabrication et de distribution significatif, en plus de son coût de conception) et des sociétés qui vendent du logiciel (dont les coûts de copie et de distribution sont marginaux). Il faut replacer ces chiffres en face de la marge (nettement supérieure dans le logiciel), du bénéfice et du nombre de salariés de ces entreprises.

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