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L’article n’est plus la pierre angulaire du journalisme

Le “prof” Jeff Jarvis ( Jeff Jarvis est blogueur, journaliste et responsable du programme nouveaux médias de l’école de journalisme de l’Université de la ville de New York) poursuit, sur BuzzMachine, ses réflexions iconoclastes sur l’avenir du travail de journaliste. Sa leçon de la semaine prend le contre-pied de ce que tous les journalistes ont appris en école de journalisme et qu’il conseille aujourd’hui de réviser du sol au plafond : “l’article n’est plus la pierre angulaire du journalisme”.

Pour lui, c’est sur une autre base qu’il faut reconstruire le journalisme d’aujourd’hui, à l’heure d’internet : la nouvelle pierre angulaire est “le sujet” (“the topic”), dans un travail interactif, en construction permanente et qui se montre en train de se faire….

Un article seul, ou même un “catalogue de liens”, ne suffisent pas à rendre compte de la complexité de la réalité d’aujourd’hui et de permettre au public de comprendre.

(noir)A la place, je veux une page, un site, quelque chose qui soit créé, “curated” (Je ne trouve pas de traduction satisfaisante pour le terme “curated“, dérivé de “curator”, que l’on traduit par “conservateur” quand il s’agit d’un musée, et par “commissaire” quand il s’agit d’une exposition. “Supervisé” ou “organisé” conviendraient peut-être. Ou pourquoi pas “éditorialisé” ?), edité, et discuté.

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(noir)“Instead, I want a page, a site, a thing that is created, curated, edited, and discussed.”

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Il s’agit là bien plus que du traitement multimédia (ou “rich media”) de l’information, cher à Alain Joannès, mais d’un traitement qui est aussi, tout à la fois, interactif et “en construction”

Jeff Jarvis revient aujourd’hui sur cette idée pour la préciser. Sa “nouvelle unité de couverture” de l’information doit contenir ces quatre points :

1. Une agrégation “éditorialisée” (voir note 1). Et de reprendre sa désormais célèbre formule : “Do what you do best, link to the rest” (“fais ce que tu fais le mieux, mets des liens pour le reste”). Cette agrégation de liens (On ne quitte décidément pas le “journalisme de liens”, ou “link journalism” en ce moment, sur ce blog. 😉) formant “the best of the rest” (le mieux de ce qui se fait ailleurs)…

Jeff Jarvis pointe un excellent exemple de cette manière de traiter le “best of the rest”, une agrégation de liens remarquablement menée par le journaliste en ligne Matt Thompson, pour rassembler ce qui s’est écrit en ligne de mieux sur la crise financière, le tout classé par grands thèmes explicatifs, avec mises à jour régulières et possibilité pour les lecteurs inscrits de proposer des liens supplémentaires et de commenter.

Une vraie réussite de “journalisme de liens” sur un sujet d’actualité encore tout chaud :

The Money Meltdown. Everything you need to know about the global money crisis of 2007-?

2. Un blog “qui traite l’histoire comme un processus, pas un produit, avec une couverture en continu et une conversation, qui pose des questions et y répond, donner des mises à jour, combler les lacunes : un journaliste montrant son travail.”

3. Un wiki “qui nous donnent un aperçu des connaissances actuelles. Quoi de mieux que Wikipédia?”

4. Une discussion.

On relèvera que cette logique ne correspond plus du tout à un journalisme de “produit fini” et que le journaliste doit prendre en compte, avant la rédaction, la multiplicité des formes et des supports à travers lesquels il traitera son sujet, autant qu’il en assurera ensuite le suivi. Je soulignerai aussi que si ces pratiques sont encore très largement étrangères aux journalistes français, des choses qui s’en rapprochent fort se pratiquent courramment dans les blogs : des liens, des mises à jour, des discussions, et l’intégration des commentaires pertinents dans le texte… 😛

4 Comments

  1. @ Pierre

    Pour toi, on est plus dans l’analogie “médicale” que dans celle du “commissaire d’exposition”/curator (qui rassemble des éléments, les documente, les organise et supervise leur présentation) ?

  2. Je suis assez d’accord sur le fait qu’aujourd’hui le journaliste ne doit plus se contenter d’un “produit fini”. C’est là tout l’avantage du web par rapport au papier : pouvoir proposer un “produit” (je n’aime pas trop ce terme mais je n’en vois pas vraiment d’autres, “article” étant justement trop réducteur), un produit donc qui puisse s’enrichir de commentaires, liens, etc. et être mis à jour en temps réel. Cela nécessite effectivement que le journaliste en assure le suivi. La question se pose alors de savoir pendant combien de temps ? Car tout cela demande bien évidemment des moyens dont les rédactions actuelles ne disposent pas.

    En tout cas, j’aime bien l’idée de Jeff Jarvis. C’est pour moi l’expression d’un journalisme vivant. Ce qui s’en rapproche le plus aujourd’hui, tu as raison Narvic, ce sont bien les blogs.

  3. Il y a selon moi toujours l’idée de proposer la possibilité de poursuivre le débat soit dans les commentaires soit en ouvrant son article (sujet) vers d’autres supports et réflexions. F.Pisani notait que le journaliste est amené à devenir un médiateur de conversation. Il est donc un point de départ et non plus un début et une fin.

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