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Journaliste ? Redevenir un auteur, ou laisser la place aux robots… (1/3)

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Jean-Christophe Feraud, sur son blog Mon écran radar, exprime sa nostalgie du journalism gonzo de Hunter S. Thompson dans les années 70 (de l’autre siècle).

“Ce journalisme de récit littéraire, subjectif, sauvage et halluciné (pour en savoir plus allez faire un tour sur Gonzo.org) – est aujourd’hui en voie de disparition. Tout comme le journalisme d’investigation. Et en bonne partie pour les mêmes raisons.”

“L’époque n’est pas porteuse pour le journalisme de récit, d’enquête et de reportage avec du panache, du nerf et des tripes.”

Pourtant, estime-t-il :

“Ce journalisme engagé qui revendique l’honnêteté subjective plutôt que de s’abriter derrière une fausse objectivité bien hypocrite est pourtant à mon sens l’un des meilleurs moyens de ramener le lecteur à s’intéresser à la presse.”

Pourquoi en arrive-t-on là ? L’écriture des journalistes est pour Jean-Christophe de plus en plus formatée :

Le journaliste français, notamment, s’aventure de plus en plus rarement en dehors des techniques journalistiques et des clôtures stylistiques acquises lors du fameux double cursus “idéal” Sciences Po + CFJ.

Et bien sûr la crise de la presse papier associée au manque de perspectives économiques de la presse en ligne débouche sur une réduction générale de la voilure éditoriale : plans sociaux dans les rédactions (sur novövision – avril 2008 : Presse écrite : la grande crise a commencé), et replis sur un journalisme low-cost (février 2009 : Avenir du journalisme ? Tu seras un prolétaire, mon fils), qui vire au canon à dépêches (mai 2009).

La survie d’un journalisme digne de ce nom

Je partage en partie le point de vue de Jean-Christophe, et sur cette partie j’ai même tendance à aller beaucoup plus loin que lui : au delà du journalisme industrialisé, de l’usine à info sous le règne du marketing éditorial, qui se profile déjà distinctement à l’horizon, c’est la robotisation du journalisme et le journal sans journalistes qui se dessine tout aussi clairement, et qui pourrait même arriver encore plus vite que prévu (ou redouté)…

Mais je ne partage pas la seconde partie de son point de vue : “l’époque n’est pas porteuse pour le journalisme de récit”. Bien au contraire, il est même aujourd’hui la seule issue pour la survie d’un journalisme digne de ce nom : redevenir un auteur… ou disparaitre !

En poursuivant ici ce débat en ligne en réponse à son billet (ma contribution à une nouvelle œuvre ouverte en ligne, collective, interactive et réticulaire 😉 ), Jean-Christophe me donne aujourd’hui l’occasion de faire la synthèse de quelques unes de mes lectures récentes sur le sujet (des liens que j’avais stockés en prévision d’un billet qui tardait à venir et des livres dont je n’avais pas encore fait de note de lecture).

Un voyage en deux temps, donc : une ballade un peu triste dans les coulisses de la robotisation en cours du journalisme, qui mène tout droit à sa paupérisation, puis à sa disparition par substitution de l’homme par la machine ; et une petite exploration de formes anciennes d’un pur journalisme d’auteur (le gonzo journalism de quelques allumés du magazine Rolling Stone, aux USA dans les années 70, et le new journalism d’un Tom Wolfe, Truman Capote, ou Norman Mailer à la même époque), qui fait aujourd’hui un très intéressant retour sur le devant de la scène aux Etats-Unis (new new journalism, narrative non-fiction)… et même en France…

Lire la suite :

Les journalistes finiront-ils par briser les claviers ? (2/3)

Le journalisme s’écrit aujourd’hui dans ses marges 3/3

2 Comments

  1. Cher Narvic
    Ravi de voir ce débat rebondir ici et merci pour le lien vers mon blog…
    Nous avons effectivement une vision assez proche et raisonnablement critique de l’impact de la crise morale, professionnelle, éditoriale et déontologique à l’oeuvre sur le journalisme et la sphère de l’information
    Une toute petite précision cependant : quand je dis que “l’époque n’est pas porteuse pour le journalisme de récit”, c’est un constat factuel : dans les médias traditionnels où est-il ce journalisme de récit, d’aventure et d’expérimentation en dehors de “XXI” et parfois de “Télérama” (et “Libé” ou “Le Monde” quand ils veulent) ? Un peu sur le Web et dans la blogosphère. Certes ce contre-journalisme n’occupe pas plus de place qu’il n’en avait dans les années 60-70, mais précisément l’époque était ouverte à la contre-culture, bien plus porteuse qu’aujourd’hui où la logique comptable et normative laminent toute velléité créative porteuse de “nouveau journalisme”…
    C’est un constat…mais pas une fatalité. J’écris aussi “changeons l’époque” : en expérimentant et en débattant ici et ailleurs, en reprenant notre métier en mains individuellement et j’espère un jour collectivement. A cet égard, la fin du vieux du monde de l’imprimé à laquelle nous assistons (avec de moins en moins de nostalgie en ce qui me concerne) est une opportunité sans précédent de reprendre la main…à condition certes de pouvoir vivre demain de notre clavier.
    C’est tout le problème qui se pose à tous ceux – journalistes, blogueurs, intellectuels – qui sont aujourd’hui aux avant-postes du front numérique. Trop chers, trop vieux, trop jeunes, trop libres ou trop rebelles pour être embrigadés dans la production tayloriste et de l’info standardisée…On comprend mieux pourquoi les grands groupes de presse et les géants de l’internet américains encouragent aujourd’hui les recherches sur le robot-journalisme…
    Le journal sans journaliste qui produirait de l’info-produit déclinable sur tous les supports ? Ce n’est plus de la science-fiction. Cela nous guette. J’ai été aussi stupéfait que toi par l’absence de réaction des confrères sur le sujet… Perso j’avais écris un billet sur le sujet bien avant l’enquête du Monde (cela dit je n’ai pas la même audience 😉
    Alors puisque l’époque n’est pas porteuse, changeons l’époque ! (on peut toujours rêver)
    JCF

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