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Journalisme: l’objectivité, c’est dépassé

Une révolution culturelle est en cours dans les médias américains : la culture traditionnelle de l’objecitvité et de la vérité perd du terrain, face au marketing rédactionnel et à “une nouvelle culture de la concurrence”.

Dans son enquête sur l’avenir des quotidiens aux Etats-Unis, “Les jeunes lisent de moins en moins les journaux. Ils préfèrent tirer leurs informations de l’Internet.”, Eric Green signale le point de vue de l’enseignant, consultant et blogueur, Steve Boriss :

(noir)L’impartialité considérée comme obsolète

(noir)Steve Boriss, directeur associé du Center for the Application of Information Technology de l’université de Washington à Saint-Louis, considère l’information comme faisant de plus en plus partie de l’industrie du divertissement.

(noir)Selon lui, les reporteurs seront de plus en plus des assembleurs et des présentateurs d’articles d’information auxquels ils ajouteront leurs propres opinions et analyses.

(noir)Au cours du siècle dernier, a-t-il dit, est apparu un « mythe » selon lequel les articles devaient être totalement objectifs, le rédacteur devant s’abstenir de toute opinion personnelle.

(noir)Mais le simple fait, pour le rédacteur, de sélectionner les faits pertinents pour un article constitue l’expression d’une opinion, a affirmé M. Boriss. Il a rappelé par ailleurs que les États-Unis avaient été créés pour permettre aux citoyens de s’exprimer librement, l’opinion personnelle était considérée comme « sacrée ».

(noir)Il y a près de cent ans, on a tenté de faire du journalisme une science dans laquelle le rédacteur disait la vérité. « Ce modèle est en train de s’effondrer. »

(noir)Jusqu’à présent, a-t-il ajouté, des grands quotidiens tels que le New York Times et le Washington Post contrôlaient le débat national, les réseaux télévisés suivant leurs initiatives.

(noir)« Mais maintenant, l’Internet permet de nombreuses discussions, et les nouvelles ne sont plus filtrées » par quelques grandes institutions médiatiques. Dans un récent blog consacré à l’avenir de la presse, il a affirmé que l’Internet serait le seul média à survivre.

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(noir)Un changement de culture des journalistes(noir)

Sur son propre blog, Steve Boriss observe ce qu’est en train de faire Ruppert Murdoch au Wall Street Journal, qu’il a racheté l’an dernier.

(noir)Rappel : Le Monde diplomatique : “Le Wall Street Journal est un cas à part dans la presse occidentale. Deuxième quotidien des États-Unis par la diffusion (environ 2 millions d’exemplaires, derrière USA Today, mais loin devant le New York Times, près d’un million d’abonnés à l’édition électronique payante), il n’a pas attendu l’arrivée de M. Murdoch pour publier des éditoriaux ultra-conservateurs, souvent caricaturaux. Mais il produisait aussi des enquêtes d’une qualité exceptionnelle.”

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Avec l’arrivée de Murdoch, les choses changent : Murdoch est à la recherche d’un “changement de culture de son média”, souligne Steve Boriss. En finir avec la culture du “journalisme moderne” (“qui place avant tout ses propres principes d’objectivité, de vérification, de droit du public à l’information et d’indépendance”) au profit de celle du “journalisme de place de marché” , dont les principes sont : “satisfaction de l’audience, valeur de la publicité, et une concurrence réelle sur le marché des idées”.

Pour y parvenir, la rédaction du Wall Street Journal est invitée à “faire des articles plus attrayants pour le lecteur, avec plus d’infos, des articles plus courts, des titres plus vifs, une couverture plus importante de la politique et des informations générales”. Fin de “l’idéal du journalisme”, place au marketing rédactionnel et à “la culture de la concurrence”.

Steve Boriss ne manque par de remarquer que les start-ups disposent en la matière d’un avantage sur les “vieux médias” : pas de changement de culture à opérer, on peut se lancer directement dans la nouvelle…

Ce qui rejoint d’ailleurs tout à fait les observations en France de Yannick Estienne sur “Le journalisme après internet”.

Ce qui se rapproche aussi, d’une certaine manière, du point de vue développé par Benoît Raphaël sur “Demain, tous journalistes ?”. “Comment les blogueurs ont révolutionné le journalisme” : “Les pionniers du blog, ces “non journalistes” ont révolutionné notre approche de l’info”, en apportant au journalisme “la conversation ; l’info perfectible, ou l’info “work in progress” ; le buzz ; l’info antéchronologique et pas hiérarchisée ; le référencement ; l’info tremplin ; un ton nouveau…” La tonalité est ici plus “cool” dans la manière d’appréhender le phénomène, mais il s’agit bien du même changement de culture professionnelle…

1 Comment

  1. Retour à une presse plus modeste axée sur la satisfaction du lecteur. Bref retour à la presse de proximité et “utile”.
    Le vrai problème c’est qu’il n’y aura bientôt plus de poisson à emballer…

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