sur le web

Je veux lire Jeff Jarvis en français !

Un livre, qui s’annonce comme l’un des plus intéressants de l’année dans le monde sur le thème des nouvelles technologies, n’a toujours pas trouvé d’éditeur en français, car il n’est pas dans la ligne de ce que les éditeurs français ont décidé de nous faire lire : c’est qu’il est favorable à Google et seuls les livres anti-Google sont aujourd’hui les bienvenus. C’est invraisemblable, mais ça se passe comme ça en France aujourd’hui, apparemment !

Il s’agit de l’ouvrage de Jeff Jarvis, à parraitre bientôt aux Etats-Unis : What Would Google Do? Selon son auteur, journaliste et professeur de journalisme à l’Université de New-York, véritable gourou visionnaire des nouvelles technologies de l’information, dont je vous parle (très) souvent sur ce blog : “Les éditeurs français ne veulent pas d’un livre favorable à Google. Ils veulent de la polémique contre Google.”

Jeff Jarvis, sur son blog BuzzMachine :

(noir)By the way, one country that has not bought What Would Google Do? is France. French publishers didn’t want a book favorable to Google. They wanted polemics against Google. By the way, American publishers told me that they have a French rule: If a book succeeds in France, it won’t anywhere else. So they told me to be just as happy that the French haven’t bought it. What is it about the French?

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Fabrice Epelboin sur ReadWriteWeb décrit ainsi le contenu du livre :

(noir)Son éditeur le présente comme un mélange de prospective, d’expérimentation, de manifeste et de manuel axé autour de Google. Jeff Jarvis dit avoir essayé de faire du reverse engineering sur Google, l’entreprise qui a connu la plus forte croissance de l’histoire du capitalisme, pour en extraire quarante règles de base, applicables aussi bien au management, à la direction d’entreprise, qu’à la vie de tous les jours.

(noir)Ses trouvailles sont inattendues (counterintuitive en anglais), créatives, pratiques et par dessus tout, visionnaires.

(noir)Jeff Jarvis aborde, entre autre, l’idée d’une voiture crée par ses conducteurs, d’une université mondiale où les étudiants façonneraient individuellement leur cursus, d’un avion qui carburerait grâce à un réseau social et d’un restaurant open source. Au final, il passe en revue un large panel d’industries et d’institutions qui pourraient bénéficier de l’approche que Google a mise en œuvre et qui l’a mené au succès. Ce livre, conclue Jarvis dans sa présentation, “ne parle pas de Google, mais de vous”.

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Sarcastique, Fabrice Epelboin demande :

Y a t-il un éditeur indépendant en France ? (et courageux)

On l’espère. Sinon on lira le livre en anglais. En plus on le commandera directement aux Etats-Unis ! Et on conseillera dans nos blogs à nos lecteurs de faire pareil. 😛 Et que la filière de l’édition française ne vienne surtout pas se plaindre après ça.

10 Comments

  1. Bonjour,
    Je suis journaliste indépendant et éditeur français, gérant de la maison Tatamis que j’ai créée en mars 2006, voici donc bientôt 3 ans.
    J’avais alors écrit 2 livres qui ne trouvaient pas d’éditeur, bien qu’ils aient été présentés chacun à une trentaine d’entre eux, avec l’aide d’un agent littéraire.
    Mais ils étaient trop risqués économiquement (un livre contre Ardisson au moment de son apogée à Tout le monde en parle) ou trop politiquement incorrect (bien que légal).
    J’ai donc décidé de créer une maison qui ne publierait que des livres refusés partout ailleurs pour de mauvaises raisons.
    Or en lisant votre article, je n’ai pas été convaincu que le livre ait été refusé par des éditeurs.
    J’ai plutôt été convaincu qu’aucun éditeur n’a contacté l’agent de M. Jarvis pour en acheter les droits.
    Si M. Jarvis a essuyé des refus, qu’il donne des noms, ça permettra de se faire une meileure idée :
    – du nombre de maisons qui ont refusé
    – de la qualité de ces maisons

    Mais au-delà de cela, il me semble que la raison qu’il invoque pour que les maisons françaises aient refusé son livre n’est pas une bonne raison. Faire un livre pro-Google serait plus difficile que de faire un livre contre Google ?
    Ce serait bien la première fois qu’un pouvoir est plus facile à critiquer qu’à louer.
    En plus il existe de nombreux livres en français qui font la part belle à Google, citons par exemple l’excellent livre de John Batelle paru en 2006 :
    http://lewebpedagogique.com/geographie/un-livre-pertinent-sur-google/
    En réalité, j’ai beau chercher je ne trouve que des livres en français qui sont pro-Google, et aucun qui soit anti. Qu’on éclaire mes lumières !
    Du coup l’annonce de Jarvis est un pétard mouillé, en plus il en profite pour cracher allègrement sur la France (comme un de ses collègues américains qu’on a vu au Web08), ce qui n’est pas très fair play. Un coup de pub à peu de frais quoi, et je me demande bien comment des blogs de la qualité de Narvic a pu tomber dans ce panneau. Me tromp-je ?

  2. Je me méfie de tout ce qui est parole rapide et globalisante sur tel peuple ou tel autre, cela vient assez facilement des français pas futés à propos ds Etats-unis.

    J’imagine que cela vient aussi de nombreuses personnes tout autant limitées aussi présentes dans divers pays, à propos des français.

    Je pense qu’il faut ici surmonter le débat pour ou contre Google, car en toute logique, une majorité d’éditeurs ou de journalistes français contre Google ne veut pas dire qu’une majorité de la population française soit contre Google.

    Le propos de Jeff Jarvis est à classer dans les propos cancaniers, pas au niveau de la première phrase, mais du lachage de la bonne vanne grasse d’éditeur américain, “de toute facon ce qui se vend en France, personne n’en veut”.

    C’est là qu’il faut faire agir son esprit critique sur la forme bien plus que sur le fond.

    Quand on se dit spécialiste d’Internet ou de ce curieux réseau donc représentant, défenseur et amateur (au sens d’aimer) d’un certain universalisme, on ne s’abaisse pas à ce genre de propos, car généralement on a soit l’élégance de ses paroles, soit l’intelligence d’avoir un regard qui porte au-dessus de ses simples lunettes.

    Et surtout on a l’humilité de penser qu’un refus n’a pas forcément pour cause le négociateur en face.

    Parlons de quelques grands du Net, comme Vinton Cerf, Tim Berners Lee, Linus Torvalds, etc. Il me semble ne jamais les avoir entendu parler de la sorte, ou s’abaisser aux cancans…

    Manifestement, Jeff Jarvis s’autorise des propos qui sont tout a fait le genre de propos d’un mec qui a pris le melon, ou qui a les chevilles qui enfle. Mais pas d’une voix responsable sur l’avenir d’Internet.
    Cela laisse présager rien de bon de son livre, bien au contraire.

    A noter en parallèle que les mecs de médias sans grand entendement technologique, qui s’autorisent à penser la stratégie de Google, bah c’est la même chose que les journalistes qui pensent comprendre la stratégie au foot aussi bien que Wenger, et d’autres entraineurs.

    Entendons-nous bien cela n’empêche que Jeff Jarvis fait des papiers intellectuellement très stimulant pour un certain niveau de compréhension d’Internet, il est un des rois de l’infotainment médiatique pour cette strate de compréhension.
    Mais pas au delà.

  3. Je viens d’aller voir la traine de commentaires sur le post de Jeff Jarvis, à part l’avis beaucoup plus averti des spécificités culturelles françaises d’un certain Evan Rudowsky (qui sans tomber dans la frustration de Jeff Jarvis de pas etre publié en France, dit des choses justes mais sans manier l’irrespect), le reste tient plus du lynchage beauf en règle autour d’un pastaga au comptoir.

    A mon avis, ni Larry Page, ni Serguey Brin, n’ont eu officiellement cette violence de propos, la preuve, eux ils ont accès à la responsabilité de la stratégie de Google, et pas Jarvis : CQFD

  4. S’il n’est définitivement pas publié en Français : on se regroupe a quelques internautres anglophones et motivés et on diffuse une traduction maison en open source ?

  5. @ e-boo

    Je me contenterai de jauger les “quarante règles de base” annoncées, ça devrait être suffisant pour évaluer la qualité du reste 🙂

  6. S’il se confirme que les éditeurs français (francophones?) ne publient pas le bouquin de Jarvis, on trouvera une autre source.
    La situation monopolistique de Google et sa position dominante sur plusieurs pans de la net-économie et de la net-analyse en font aujourd’hui une société décriée par certains acteurs… qui lui reprochent de gagner trop d’argent.
    Quel que soit notre camp (pro ou anti), une analyse de type reverse engineering ou prospective de Google ne peut qu’intéresser.

    Je regrette que Jim Jarvis n’aie pas d’autre argument que la polémique pour vendre son bouquins aux Français. Il crée un buzz en jouant sur la communication négative. C’est son problème… Peu m’importe.
    Partisan du “user first”, je m’en vais de ce pas commander le bouquin… ou essayer d’en trouver une synthèse 😉

    PS : merci Narvic pour l’info.

  7. En même temps … avons-nous vraiment besoin d’importer des gourous, ne pourrions-nous tenter de penser et de déchiffrer par nous-mêmes ?
    Et la ficelle du complot des éditeurs francophones n’est-elle pas un peu grosse pour nos esprits critiques ?
    Et que venez-vous faire dans cette galère, Narvic, sinon vous positionner en bonne place sur la requête “jeff jarvis” sur google.com ? 🙂
    (Vous apprenez vite, bravo)

  8. Assez ridicule de penser que Jeff Jarvis puisse être blacklisté. Malgré l’intérêt qu’on lui porte (et que je partage) Jeff est largement inconnu ici et rien ne dit qu’un tel sujet justifie la prise de risque d’un éditeur. Mis à part s’il mise sur les déclarations outrancières du bonhomme pour créer de l’agitation médiatique. Ce qui est tout à fait jouable mais ne fera guère avancer le débat…
    J’ajouterais qu’il y a déja plusieurs auteurs de qualité dont les livres ont été traduits mais n’ont connu qu’une diffusion confidentielle.

  9. Renseignement pris, il semble que l’éditeur de Jarvis demande beaucoup trop cher (problème de melon, sans doute). Et que le marché français ne permettrait pas un éditeur de rentrer dans ses frais. C’est aussi prosaïque que ça.
    Censure ? Si c’est le cas, elle serait donc économique et organisée par l’éditeur et l’auteur eux-mêmes. Mais sur un plan marketing, invoquer la censure est toujours bon.

    JR

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