la chambre

Je ne suis pas un pirate, je suis un bateau ivre gonzo

Je n’ai pas signé le “pacte des pirates”, mais je continue d’y réfléchir…

J’ai eu l’occasion récemment d’en parler un peu de vive voix avec l’un des promoteurs de cette opération du “Réseau du pirates”, le copain Nicolas, du Nuesblog. Je lui ai répondu que, moi, je ne venais pas de la “culture libre”, mais plutôt de la “culture livre”.

La “culture libre” ne m’est pourtant pas totalement étrangère. Ces quelques références, par exemple, figurent parmi mes livres de chevet depuis leur parution :

– Olivier Blondeau et Florent Latrive, Libres enfants du savoir numérique. Une Anthologie du “libre”, L’éclat, 2000.
Hakim Bey, TAZ, Zone autonome temporaire, L’éclat, 1997.
– Critical Art Ensemble, La résistance électronique, L’éclat, 1997.

Ou même :

Daniel Defoe, Libertalia, une utopie pirate, 1724-28, trad. 1990, L’Esprit frappeur, 1998.

Et pourtant, je crois que je suis délibérément plus Rock’n’roll que Peace and love. Et dans une version du Rock’n’roll passée par le Punk et surtout la New Wave, dont rend un peu compte le titre même de ce blog

J’admets que ma posture n’est pas dénuée de romantisme, et je me place plutôt dans la lignée d’un Brummel tragique, à la Barbey d’Aurévilly ou à la Baudelaire. Si je cherche à être “résolument moderne”, je suis un peu old school quant à mes influences initiales, et j’ai zappé un épisode, pour passer directement du 19e siècle au No future de 1977, et à la suite… Mais j’ai gardé la marque de mon 19e siècle initial. Et tout ça finit dans le gonzo… (Pour ceux qui sont vraiment très accrochés sur la question, je suggère la lecture des “Actes
du Colloque International “L’événement dans l’espace euroméditérranéen”
, de septembre 2006. Surtout la contribution de Dominique Trudel : “Hunter S. Thompson et le journalisme gonzo : la peur comme épistémologie de l’événement” (à partir de la page 163 du document .pdf), qui ouvre des perspectives épistémologiques inattendues sur le journalisme gonzo… Mais l’épistémologie du journalisme gonzo, c’est vraiment pour ceux que ça intéresse… B-)
)

J’ai peut-être un peu trop le culte de l’auteur, et même pire, le culte du dandy comme auteur de lui-même…

Bref, tout ça ne me conduit pas précisément vers la “culture libre”

Ces deux cultures ne sont pas antagonistes et peuvent, à l’occasion, trouver des points de convergence – c’est le cas dans la lutte contre le projet Hadopi – mais ça ne saurait entraîner une adhésion, de ma part, sur ce qui est, de la vôtre, un véritable projet de société, qui n’est pas le mien.

Alors, OK pour un bout de chemin ensemble, mais désolé, pas pour une adhésion…

Je ne suis pas un pirate, je suis un bateau ivre

9 Comments

  1. Salut,

    Il y a un truc que je ne comprends pas très bien, pourquoi signer pour le réseau pirate signifierait appartenir à la culture du libre.

    Les deux me semblent distinctes.

    Quant à la culture du “libre”, je ne vois pas d’équivalence avec la culture hippie.

    Sinon, je crois que c’est une grave erreur pour des gens du libre de se proclamer, même ironiquement, “pirates”.
    Il y a eu tellement de tentatives journalistiques bidons en France visant à une assimilation entre le terme de “pirate” et de “hacker”, que c’en était désespérant d’avoir à systématiquement réexpliquer à ceux qui ne lisaient que la presse.

    Ma vision des gens du libre, ce sont plutôt des gens extrêmement brillants et compétents et qui ne transigent pas sur le principe de liberté. Et ceci sur un spectre politique très large.

    Par exemple, la mouvance libertaire aux Etats-unis, qui a participé à la naissance et à l’élaboration continue del’Internet couvre tout le spectre politique de l’extrême gauche à l’extrême droite.
    Ce n’est pas à percevoir comme un sous-ensemble situé nécessairement à gauche, comme on aimerait pouvoir le définir et le fixer en Europe.
    L’activisme estudiantin d’AG avec son côté provocation et farce, ne restitue pas, hélas, au niveau de la communication, la force des arguments du “libre”.

  2. C’était attendu : la petite bourgeoisie du Web récupère sans surprise les craintes confuses des classes moyennes 🙂

    Les aristos comme les vrais pirates (ils sont souvent cousins) se tiendront loin de ce buzz opportuniste.

    Et au final, cet éventail de truismes et de lieux communs fera de jolies listes à déclarer à la CNIL.

    Mais les auteurs qui vivent de leurs oeuvres ne manqueront pas de trouver les articles 4 et 5 du manifeste un peu gonflés.

    Ces pirates d’opérette desservent les intérêts du libre, on peut se demander pour qui ils roulent ou s’ils ont bien conscience des véritables enjeux.

  3. Je ne serai pas aussi acide que Szarah ;-), mais il me semble bien que ce sont les “pirates” eux-mêmes qui se revendiquent de la “culture libre”.

    Je n’ai rien contre le principe de Linux (mais je suis Mac OS), ou Firefox (mais je suis Safari), ou les licences CC (je ne les utilise plus). A y réfléchir, je ne vois guère le “libre” croiser mon chemin que sur Wikipédia, et, bien sûr, Spip, qui me sert à publier ce blog. Ce n’est pas vraiment mon univers…

  4. Tiens, je ne sentais pas complètement poindre le côté punk, mais dans ce cas voici un auteur radical qui pourrait t’intéresser : Bob Black. Attention, vitriol included…

    http://www.spunk.org/library/writers/black
    (dans la langue d’Iggy Pop)
    Sinon il a été réédité en Mille et Une Nuits.

    Par ailleurs, je comprends bien cette envie de se dire “compagnon de route” sans adhérer au parti. (Enikao) n’existant pas, il ne milite pas.

  5. Rappel : livre et libre ont la même étymologie.
    En fait l’opposition concerne la culture technique au sens de Simondon qui est proche de celle du libre, et la culture littéraire, culture normée qui sert de point de distinction par rapport à la culture de masse.
    L’enjeu se situe autour de ces différentes cultures dont les deux dernières sont de plus en plus aspirées par la culture du spectacle.
    Il va vraiment falloir que j’écrive un truc là dessus même si je dois en devenir un las vegas parano

  6. > Il y a un truc que je ne comprends pas très bien, pourquoi signer pour le réseau pirate signifierait appartenir à la culture du libre.

    Ça me semble même contradictoire d’associer pirate et libre. Le monde du libre est très soucieux du respect de ses licences.
    Même si leur action n’est pas dépourvu d’intérêt, l’utilisation du terme « pirate » va nuire à la bonne compréhension du projet et les enfermer dans la catégorie margoulins de l’internet.
    On a déjà du mal à se faire entendre, si en plus on tends le baton pour se faire battre…

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