sur le web

Je ne suis pas ronchon

Jean-Marie Le Ray, sur Adscriptor :

(noir)Aux ronchons du Web 2.0

(noir)Je réagis à quelques commentaires de Szarah (notamment Le web 2.0 ne détruit pas la culture, il la nivelle au niveau mondial) et plusieurs posts de Narvic, dont l’actuelle première page ne concentre pas moins de 4 billets où il exprime, encore et toujours, sa position fortement critique sur le Web 2.0 (…). Donc, dans une tentative très personnelle de compenser un peu la clameur qui s’élève sur la soit-disant face noire du Web 2.0 et sur les débauches & catastrophes en tous genres qui lui sont associées, voire imputées, permettez-moi de vous donner mon point de vue (…).

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Merci, Jean-Marie, de donner l’ampleur d’une clameur à mes quelques billets sur mon petit blog… 😉

Tu vois, moi j’ai le sentiment qu’il règne plutôt dans la blogosphère une forme de vision idyllique du Web 2.0, et que le discours dominant (la clameur) c’est celle d’une confiance sans beaucoup de recul sur la toute puissance de la technologie pour régler toutes les situations.

Je ne partage pas ce point de vue. Il me semble utile de contrebalancer cette vision, en y remettant un peu de critique.

Je ne suis donc pas “ronchon”, mais j’essaie d’être lucide, donc critique, vis à vis de ceux que je qualifierais pour ma part de “ravis de la crèche du Web 2.0″… 🙂

– le web 2.0 a de grandes qualités, mais il pose aussi de réels problèmes. Il recèle un potentiel de libération mais aussi un potentiel d’aliénation.

– les technologies ne sont pas neutres, elles ne sont pas objectives, elles peuvent être bonnes, mais elles peuvent être aussi mauvaises. Il convient de les surveiller attentivement et de réfléchir aux conséquences de chacune d’entre elles, avant de s’en retrouver prisonnier.

Le Web 2.0 me semble actuellement très immature. Par bien des aspects il est bancal, ce qui est normal pour un “work in progress”. Il est traversé de courants contradictoires, et de forces qui ont des intérêts différents, parfois opposés.

Aujourd’hui, il me semble que le poids de quelques gros intérêts dans le développement du Web 2.0 (une poignée de grosses sociétés américaines) est trop important, par rapport à celui de la grande masse des utilisateurs, mais aussi des petits “créateurs”. Cette situation est déséquilibrée et recèle des risques.

Elle pousse au développement du Web 2.0 dans une direction qui n’est pas celle de l’intérêt général actuellement, mais celle de quelques intérêts particuliers. Il y a d’autres directions possibles.

Voilà le discours que j’essaie de pousser de mon côté, en soulignant les informations ou les points de vue que je peux rencontrer en surfant., qui vont à contre courant de l’opinion générale.

Tes réactions, Jean-Marie, me semblent parfois symptomatiques d’un excès de confiance dans les vertus de la technologie. Et ça peut te mener à considérer comme presque “douloureuses” les simples critiques qui sont apportées au débat collectif… Pourtant, ya pas d’mal à réfléchir et débattre… 😉
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Complément : “La technique et la science comme idéologie”, Jürgen Habermas, 1968 (1973 pour la traduction française).

Préface de Jean-René Ladmiral :

(noir)Il est permis de ramener (la) pensée (de Jürgen Habermas) à une double critique idéologique du positivisme et de ce que l’on pourrait appeler le “technicisme” (…). Le positivisme est cette façon d’hypostasier la science au point d’en faire comme l’équivalent d’une nouvelle foi, donnant réponse à tout. Le technicisme aboutit à faire en quelque sorte fonctionner le savoir scientifique et plus encore la technique, qui en est l’application, en tant qu’idéologie et à en attendre des solutions pour la totalité des problèmes qui se posent à nous.

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Lire la suite… en bibliothèque ou en librairie 🙂
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Mise à jour : La réponse de Szarah à Jean-Marie Le Ray, très intéressante et argumentée, est en ligne sur son blog : “Une excursion chez Ascriptor”).

2 Comments

  1. Notre confiance n’est pas seulement dans la technologie, elle est aussi dans les usages qu’on espère y voir naître.

    Or, quand on regarde les usages de nos nouvelles technologies, on se rend encore plus compte qu’elles ne sont pas neutres une seule seconde et que les usages effectifs sont assez loin des usages rêvés, voire fantasmé par ses apôtres. Que ce que les prospectivistes appellent des signes, des tendances faibles ne sont parfois rien d’autre que des tendances faibles qui ne sont pas appelées à devenir des tendances de fonds (ou pas comme ça ou pas si rapidement, ou pas pour n’importe quelle raison). Dit autrement, le succès de Wikipédia est-il reproductible ?

    Que le web et le web 2.0 soient issus en grande partie d’une communauté de fondus d’informatiques californiens (avec leur philosophie, leurs attentes, leurs vision du monde) n’est pas neutre, effectivement. Le numérique tisse de nouvelles formes de communication et de sociabilité, qui n’ont pas le même impact que les formes traditionnelles, alors qu’on leur prête facilement cette puissance. C’est à mon avis, l’erreur de bien des penseurs de l’internet. Oui, le web représente une force, un pouvoir, une puissance, mais elle n’est pour l’instant au moins, pas du même ordre que les autres puissances/pouvoirs : son “irréalité” (entre autre) la distingue, mais aussi le fait qu’elle ne parvienne pas si facilement qu’on le croit à dépasser son individualisme.

    De par la culture de ses promoteurs (geeks californiens pour faire simple), le web porte en lui des valeurs dont nous ne savons pas grand chose mais qui tiennent entre autre de cet individualisme relationnel propre à la Côte Ouest des Etats-Unis. Comme le disait Christophe Aguiton, “Le web 2.0 résulte de la tension créative entre la société individualiste californienne d’aujourd’hui et l’esprit communautaire à l’américaine.” Les outils du web 2.0 partent de l’individu pour créer des liens sociaux et communautaires, et pas l’inverse. Mais ils y parviennent beaucoup moins que d’autres formes de sociabilité : ils ne produisent que des artefacts, des coopérations faibles.

    Le web 2.0 s’inscrit souvent dans une volonté de neutralité (neutralité de l’outil) qui est tout sauf neutre. Car la neutralité affichée de Wikipédia par exemple, plonge ses racines dans l’idéal de la presse américaine, qui distingue le fait du commentaire. Et c’est en soit, un idéal.

    Notre problème, c’est qu’on a du mal à distinguer les éléments positifs, les questions cruciales en suspend et les éléments plutôt négatifs.

  2. @ Hubert

    Très intéressante contribution à ce débat qui n’est pas prêt d’être clos…

    La “vision” des fondateurs de Google d’un internet démocratique presque par essence (très campus américain de la côte ouest en effet) est aussi typiquement idéologique… Et bien loin de la conception de la démocratie qui domine encore en Europe 😉

    Ce qui me frappe dans cet état d’esprit “techniciste”, c’est si que si personne ne sait où l’on va, la confiance est telle qu’on se refuse même à envisager la possibilité que l’on aille dans le mur ?

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