le grenier le meilleur de novövision

J’existe ! Je suis sur Twitter

– 13 h 27. Et si j’allais déjeûner ?
– 13 h 58. Je vais déjeuner ! Yes !
– 14 h 16. Filet de merlan. Sancerre. Chez Minim’s.
– 14 h 29. Café.

La vie d’un blogueur célèbre, minute par minute, en direct sur internet, ça vous intéresse ? Vous n’avez qu’à le suivre à la trace sur Twitter, le nouveau “média viral” qui fait fureur chez les branchés. Mais où mène cette nouvelle forme de strip-tease en ligne ?Connaissez-vous Twitter? En quelques jours, la blogosphère ne plus parle plus que de ça. J’exagère à peine… On commence donc à savoir à peu près ce que c’est. Mais on se demande toujours si ça sert vraiment à quelque chose…

Pierre Chapaz, sur Kelblog, a trouvé ça “nul. Sans intérêt”, mais il nous explique tout de même de quoi il s’agit, dans un billet limpide:
“J’ai compris qu’il s’agissait de publier des textes ultra-courts, une ligne, vite fait en montant dans l’ascenseur ou en sortant de ma baignoire. Certains appellent ça “micro-blogging”, le blogging des addicts qui ne peuvent pas arrêter de blablater mais ne veulent pas prendre le temps d’écrire le
moindre vrai post.”

Le blogueur a donc ouvert un compte sur le site twitter.com (c’est gratuit), et il a repéré quelques uns de ses amis déjà inscrits:
“J’ai lu ce qu’écrivent mes amis Loic Le Meur et Tariq Krim… Je suis ainsi le moindre de leurs faits et gestes, je n’ignore rien de leurs déplacements, avion, Israel, voiture, hotel, Paris, Londres, rencontré machin, vu bidule, c’est chouette. Mais bon, pas vraiment indispensable et à vrai dire je m’en tape un peu.”

Loïc Le Meur était en effet sur le coup depuis quelques semaines déjà et pour lui l’affaire est entendue. Etre ou ne pas être de “la génération Twitter” ne se discute plus: “Dire que Twitter est stupide vous range définitivement parmi les vieux cons”.

Laurent Gloaguen, sur Embruns, s’est donc demandé un moment s’il en était, n’y voyant d’abord qu’un “pipilog”, avant de se laisser aller à la “twittermania” et de reconnaitre que le machin est sérieusement t“addictif”.

“Puisque tout le monde s’y met”

Jeremie Berrebi partage son enthousiasme : Découvrez l’effet Twitter !, tandis que Vincent Abry est plus réticent mais finit par y venir lui aussi “puisque tout le monde s’y met”

“Mais à quoi ça pourrait bien servir?”, se demande toujours Pierre Chapaz:
“Les bloggeurs qui écrivent des posts sur Twitter sont bien embêtés, car aucun d’entre eux (ou presque) n’a trouvé d’utilité au service. Alors le sujet des posts c’est d’imaginer à quoi ça pourrait bien servir.”

Ouriel Ohaion lui répond dans TechCrunch et avance “10 bonnes raisons d’utiliser Twitter”.
Il reconnait que “Twitter (…) est aussi inutile qu’un blog si personne ne vous lit et que l’email si personne ne vous répond”, mais ce nouvel “outil de communication social” “a un bel avenir devant lui”

Et dans un post bien charpenté, Frédéric Cozic, dans aYsoon, détaille quels en sont les usages et qui utilisent ce service:
“Certains vont donc utiliser le service pour se mettre en avant et décrire complètement leur vie, ce qu’ils font toute la journée… d’autres vont l’utiliser comme un système de messagerie instantanée publique enfin d’autres s’en serviront pour diffuser de la micro information à leur communauté.”
Ce “média viral de messages courts” servirait donc à plein de choses :
(Raconter) “Ma vie et moi-même
– Communiquer comme une messagerie aux yeux de tous
– Envoyer des SMS gratuitement
– Suivre en live des Conférences
– Alternative à un blog, le micro-blogging
– Bookmarker publiquement de manière éphémère
– Interroger la communauté
– Signaler sa présence
– Philosopher
– et bien d’autres encore…”

Le fantasme de la connection permanente

Alors que le débat se poursuit (un aperçu sur wikio), ce phénomène qui a déjà attiré, selon Ouriel Ohayon “quelques centaines de milliers quand même” de “early adopters” (ces fans d’innovation qui sautent sur tout ce qui est nouveau), m’inspire des réflexions d’un autre ordre :
– Que signifie ce besoin éperdu de connection permanente? On doit me joindre et je dois pouvoir joindre sept jours sur sept, à toute heure et en tout point du monde, l’ensemble des membres de mon entourage (ma communauté ou mon réseau social, comme vous voudrez…). Téléphone et SMS, mail, chat, messenger, blog, et maintenant Twitter… Multiplier les canaux, inter connecter les réseaux… Pourquoi tant d’efforts ? Peur de rater une opportunité, de passer à côté d’un destin qui peut se jouer sur un appel ? Ou l’effrayante angoisse contemporaine de se retrouver… seul au milieu de la foule ?
– Que reste-t-il de la vie privée ? Qui veut encore d’un jardin secret, quand on met à la disposition du monde entier ses photos de vacances et ses vidéos familiales, que l’on raconte sa vie au jour le jour dans un blog, et maintenant sa journée minute par minute avec Twitter ?
Cette transparence personnelle totale vis à vis du monde entier est-elle tenable, est-elle vivable sans devenir fou ? Est-ce, en une sorte de paradoxe à la Baudrillard, une stratégie maximaliste et quasi suicidaire de l’individu pour s’opposer à la pression de plus en forte vers un contrôle social généralisé, une forme folle de résistance à Big Brother: puisque tu veux me surveiller, tu sauras tout de moi, absolument tout, jusqu’au moindre pipi du matin, et c’est moi-même qui me dévoile sans pudeur ; je te submerge de tant d’information que cette information en perd toute pertinence, elle n’a plus aucun sens… et c’est donc moi qui gagne au final ?

Sa vie est sur le web

Deux expériences limites ont lieu sur le web actuellement, qui illustrent jusqu’à l’excès cette perspective. L’une est en mode “naïf”, si l’on peut dire, l’autre est en mode résistant…

Depuis 15 jours, m’apprend Martin Lessard sur Zéro seconde (via InternetActu et dGdlV), Justin porte une caméra web sur sa casquette de jeune américain de la côte ouest. Relié en direct sur Internet”:
“On ne le voit pas, lui, nécessairement, mais on voit ce qu’il fait. Question de savoir ce que c’est que d’être Justin. Sortir avec ses amis. Se déplacer. Ranger de la vaisselle. Dormir. 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Jusqu’à la fin de ses jours. Y compris ses moments au petit coin. Et éventuellement ses acrobaties au lit…s’il trouve quelqu’un (…).
C’est Loft Story, sans montage, sans studio. Sans compétition. Vous êtes invité à participer sans inscription. L’horaire de Justin est affiché sur son site. Son téléphone aussi. Vous faites partie de sa vie. Sa vie est sur le web. Le monde est son décors.”

“Nourrir la bête”

L’histoire de Justin m’inquiète un peu… Celle d’Hasan Elahi, racontée par Christophe Guérit sur Ecrans me glace littéralement: “Hasan Elahi, traqué volontaire. Depuis cinq ans, un artiste américain soupçonné de terrorisme expose en ligne sa vie quotidienne.”

“Il commande un sandwich et le prend en photo. Un passage aux toilettes, encore une photo. Un aéroport, une gare, autant de clichés qu’il charge instantanément sur la page qui permet à qui le désire d’observer sa vie quotidienne, étape par étape. Hasan Elahi, 35 ans, artiste Américain originaire du Bangladesh, est au cœur de son propre travail : au fil de dizaines de clichés, il se laisse littéralement suivre à la trace. Jusqu’à l’émetteur GPS qu’il porte en permanence et qui relaie sa position au premier internaute venu.”

Soupçonné à tort d’activités terroristes en 2002, mais placé tout de même sous surveilllance “Hasan Elahi décide de prendre les devants en prévenant systématiquement le FBI avant chacun de ses —fréquents— voyages par avion. Evitant ainsi de nouvelles arrestations, il en arrive à penser que « le meilleur moyen de protéger (sa) vie privée est de la rendre publique », comme il l’explique à Wired.” (Un film créé à partir des images collectées depuis 2002 sera présenté au festival Pocket Films, du 8 au 10 juin au centre Georges Pompidou à Paris.)]

“Pour nourrir la bête qui le suit et désarmer la surveillance” souligne Christophe Guérit “il franchit une étape supplémentaire : chacun pourra désormais savoir (sur internet) où il se trouve, voir ce qu’il a mangé, ce qu’il a bu, consulter ses dépenses par carte bleue…”. Et la police écoute ? Il semblerait bien que oui !

Je trouve ça terrifiant… Et vous ?

narvic

Mise à jour du 1er juin: Martin Lessard nous donne des nouvelles de Justin, [qui s’est trouvé une petite amie, et il ouvre un débat intéressant sur “Vie privée et bourse du Web 2.0”:
“La vie privée a une valeur qui est différente pour tous. Avant de l’échanger pour une notoriété sur le réseau, il est important que chacun en connaisse le contenu, la valeur et les conséquences.”

Un billet sur le site toujours intéressant InternetActu : ” UpFing07 : Tous apprentis sorciers ? Et alors !”. En rapport avec notre sujet, on y évoque “l’avènement d’une société de surveillance choisie et désirée par les individus, et pas imposée par des états totalitaires ou marchands intrusifs” et “d’une forme de “traçabilité désirée” “… Recommandé par novövision !

Mise à jour 2 : Un point très complet et pédagogique par Ouriel Ohayon, sur TechCrunch : “10 conseils pour bien utiliser Twitter.”