le chemin de Tarnac le meilleur de novövision

Internet est-il la voix du peuple ?

Certains voient dans l’expression libre qui se déploie sur internet, souvent marquée par des opinions “radicales” et même parfois de la “colère” ou du “ressentiment”, une sorte de “voix du peuple”, un “miroir de l’opinion”. Cette expression serait celle “simplement des citoyens, des Français”

C’est oublier que de nombreux éléments nous indiquent au contraire que le “débat” en ligne est essentiellement animé par une infime minorité des internautes, qui se croit représentative alors qu’elle représente surtout elle-même, et qui, de surcroit, fait aussi partie des élites sociales du diplôme et du revenu, dont elle dénonce pourtant la mainmise sur le débat public.

Si internet constitue bien un réel progrès de la liberté d’expression par rapport aux médias traditionnels, on est encore très loin de la “démocratie numérique” car le débat en ligne est bel et bien aujourd’hui monopolisé par une minorité agissante.<doc561|center>

Il y aurait donc un monde d’“en haut”, celui du pouvoir et des élites sociales, et un monde d’“en bas”, dont internet serait l’expression. Internet serait déjà un espace global, au sein duquel se formerait désormais l’opinion publique, prélude à l’émergence d’une démocratie directe de masse électronique… Ça viendra peut-être, mais on en est aujourd’hui très loin, et bien des discours courants sur internet aujourd’hui traduisent une perception biaisée, quand ils ne relèvent pas d’un fantasme partagé.

La perception, par bien des internautes, de l’importance d’internet et de son usage réel dans la population générale me semble en effet très décalée par rapport à la réalité.

Tout d’abord car tout le monde ne possède pas un ordinateur et n’a pas accès à internet (que ce soit à domicile ou au travail). Si la majorité de la population française est aujourd’hui connectée et fait un usage régulier d’internet, il reste tout de même une minorité non négligeable de 37% des Français qui ne se connectent jamais à internet.

Surtout, la répartition socio-démographique de l’usage d’internet est très inégalitaire : il y a de vrais accrocs (les jeunes, les urbains, les diplômés, les cadres, les hauts revenus) et d’autres qui ne le sont pas du tout (les vieux, les ruraux, les non-diplômés, les ouvriers, les bas revenus).

La population des internautes n’est donc pas du tout, socialement, économiquement et démographiquement, représentative de la population française. Les élites sociales, justement, en termes de diplômes et de revenu, y sont même très sur-représentées. Et “la France d’en bas” y est, quant à elle, très sous-représentée, voire quasiment absente.

Ensuite, qui s’exprime en ligne ? Internet est sans aucun doute un formidable outil d’expression, qui élargit considérablement les possibilités offertes aux gens de se faire entendre par rapport au monde des médias traditionnels, dont l’espace est limité (volume de pages, temps d’antenne) et dont l’accès est contrôlé par des professionnels, selon la logique économique de leur support. Certes, mais qui utilise réellement ces possibilités nouvelles d’expression ?

Là-encore la perception me semble biaisée et donner lieu à des fantasmes. Parmi les internautes, ceux qui s’expriment dans le cadre d’une forme de débat public en ligne sont une infime minorité. Et le problème, car il y a bien là un problème, c’est que cette infime minorité ne se perçoit pas elle-même comme telle.

On le constate dans tous les espaces d’expression ouverts sur internet, dans les blogs et leurs espaces de commentaires, dans les espaces de commentaires des médias en ligne et même dans les réseaux sociaux : l’écrasante majorité des lecteurs ne s’exprime jamais. Dans les forums des débuts d’internet, il existait même un terme pour les désigner, qui semble aujourd’hui tombé un peu en désuétude : les lurkers.

Non seulement ceux qui s’expriment sont très minoritaires (on peut avancer la proportion de 1% des lecteurs), mais parmi eux l’expression semble quasiment monopolisée par une toute petite minorité au sein de cette toute petite minorité. On atteint là un groupe d’une taille si réduite par rapport à l’ensemble de la population, qu’on ne peut plus le considérer comme représentatif d’autre chose que de lui-même et seulement de lui-même.

Considérer internet comme la voix du peuple, ou même seulement comme un miroir de l’opinion publique, est donc finalement, aujourd’hui, totalement abusif. Internet permet probablement une libération et un élargissement de la prise de parole en public par rapport aux médias traditionnels, mais l’usage qui en est fait reste très modeste. On a même le droit de penser qu’internet n’est pas, pour l’heure, cet espace où “le peuple” prendrait la parole à laquelle “les élites traditionnelles” lui refusaient l’accès, mais celui de l’émergence d’une autre forme d’élite, une aristocratie de l’expression en ligne, peut-être un peu plus large que l’autre, mais alors à peine et encore ce n’est même pas sûr.

Ce tableau ne poserait d’ailleurs pas de problème en soi, si l’on considère que l’espace d’expression d’internet est plus libre d’accès que celui des médias traditionnels – c’est donc une amélioration du débat démocratique. Mais ça le devient si cette minorité agissante d’internet s’affirme, et même se considère elle-même, contre toutes évidences, comme représentative d’autre chose que d’elle-même.

Pour le moment, et jusqu’à nouvel ordre, la légitimité démocratique réside toujours dans le suffrage universel. “La souveraineté nationale appartient (toujours) au peuple” et celui-ci “l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice” (article 3 de la Constitution). Ces représentants ne sont d’ailleurs pas uniquement les élus des institutions politiques, mais aussi ceux des “corps intermédiaires”, les partis politiques, les syndicats et organisations professionnelles, et de multiples organisations représentatives et associations, formant cette “société civile”, dépositaire elle-aussi d’une part de la légitimité démocratique.

On peut juste noter au passage que la France compte probablement bien plus d’élus politiques, syndicaux et associatifs, qu’elle ne compte réellement d’internautes actifs prenant la parole dans le débat public (à eux-seuls, les conseillers municipaux sont déjà plus d’un demi-million, alors que cette minorité agissante d’internet ne dépasse peut-être pas 100.000 individus aujourd’hui ).

Notre société de masse moderne vit ainsi, encore de nos jours, sous le régime de la démocratie représentative, même si l’on sent monter depuis plusieurs décennies une aspiration à plus de démocratie directe. Ce mouvement s’exprime d’ailleurs “dans les deux sens” : des citoyens vers les représentants, sous la forme du référendum et des pétitions (dont la reconnaissance de la légitimité politique a été plusieurs fois étendue par des réformes de la Constitution ces dernières décennies), et des représentants vers les citoyens, à travers le développement de l’usage des sondages (qui sont une manière d’interroger l’opinion avant de prendre une décision). De nouvelles institutions démocratiques plus directes sont également développées, comme les enquêtes publiques, les conseils de citoyens (de quartier, de la jeunesse, des anciens, etc.), tous ces outils de ce qu’il est convenu d’appeler “la démocratie participative”.

Internet ouvre, bien entendu, des perspectives pour développer de manière plus massive et en profondeur cette association de l’ensemble des citoyens au débat public, à la réflexion collective et à la prise de décision politique, mais les initiatives sont encore balbutiantes. Ne serait-ce que la question du vote électronique. Celui-ci est encore très loin d’être satisfaisant, alors de là à passer à la consultation en ligne, quand plus du tiers des Français n’est pas connecté à internet, il reste du chemin à parcourir…

La question de l’accès à internet

• Enquête “Conditions de vie et Aspirations des Français”
La diffusion des technologies de l’information et de la communication dans la société française (CREDOC – 2008).

Qui a accès à internet ?

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L’acce?s a? un ordinateur e?tant de plus en plus souvent synonyme d’acce?s a? Internet (88% des ordinateurs “à la maison” sont connectés à internet), on retrouve ici, peu ou prou, les ine?galite?s observe?es pour l’ordinateur, lie?es a? l’a?ge, au diplo?me et aux revenus (

Qui accède à un ordinateur ?

Les deux-tiers de la population française de 18 ans et plus (67%) disposent d’un ordinateur à la maison. Mais ce chiffre masque de profondes disparités :

L’a?ge est tre?s de?terminant : 92% des 12-17 ans disposent d’un ordinateur contre 17% des 70 ans et plus.
La taille du foyer (et la pre?sence d’enfants) joue aussi : 39% des personnes vivant seules ont un ordinateur, alors que 90% des personnes vivant a? quatre, cinq ou plus disposent d’un tel e?quipement.
Le diplo?me est tout aussi discriminant : alors que 33% des non-diplo?me?s sont e?quipe?s d’un ordinateur, la proportion est presque trois fois plus e?leve?e (91%) chez les diplo?me?s de l’enseignement supe?rieur.
Les cadres supe?rieurs (93%) et les membres des professions interme?diaires (89%) ont un acce?s tre?s large a? un ordinateur a? domicile. Seuls un tiers des retraite?s et la moitie? des personnes au foyer disposent d’un e?quipement a? domicile.
Les personnes vivant dans un me?nage qui dispose de faibles revenus affichent un taux d’e?quipement plus bas qu’en moyenne (43%). A l’inverse, 95% des titulaires des revenus les plus e?leve?s sont e?quipe?s.
– Enfin, 75% des habitants de Paris et de son agglome?ration sont e?quipe?s en ordinateur (74% pour ceux qui re?sident dans les grandes agglome?rations provinciales). Les moins bien lotis restent les habitants des villes moyennes, de 20.000 a? 100.000 habitants (62%, 7 points en dec?a? de la moyenne nationale).

L’accès à un ordinateur sur le lieu de travail (pour les élèves, étudiants et actifs) ne bouleverse pas cette répartition (parmi l’ensemble des personnes accédant à un ordinateur, seuls 3% n’y ont accès que sur leur lieu de travail) :

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Quant a? l’absence totale d’acce?s a? l’ordinateur, qui concerne en moyenne 28% des Franc?ais, elle est le lot de 83% des personnes de plus de 70 ans, de 68% des retraite?s, et de plus d’une personne au foyer sur deux (51%). Cette absence d’e?quipement concerne e?galement les deux tiers des non-diplo?me?s et 55% des personnes vivant dans un me?nage qui dispose de moins de 900€ par mois. Pour tous ces groupes en marge de l’univers informatique, la situation n’a pas du tout e?volue? en un an.

 

) :

– Alors que 89% des 12-17 ans peuvent surfer sur Internet a? domicile, c’est le cas de 14% seulement des 70 ans et plus ;
– Plus de huit diplo?me?s du supe?rieur sur dix (82%) acce?dent a? la Toile depuis leur domicile, contre un non-diplo?me? sur quatre (27%) ;
– 91% des personnes vivant dans un me?nage be?ne?ficiant de plus de 3.100€ par mois disposent d’une connexion a? Internet a? domicile. La proportion tombe a? 34% chez ceux touchant moins de 900€.

Qui se connecte à internet ?

Quand on observe non plus l’accès à internet, mais la connexion elle-même, on retrouve une situation comparable à celle observée entre l’accès à un ordinateur et son usage réel (

Quel usage de l’ordinateur ?

Avec quelle fre?quence utilisez-vous, vous-me?me, ce micro-ordinateur (ou ces micro-ordinateurs) ? (tableau, format .pdf) :
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– 45% des Franc?ais utilisent quotidiennement un ordinateur a? domicile. Cette proportion atteint 74% chez les cadres supe?rieurs ou les 18-24 ans, 69% chez les e?tudiants, 68% chez les personnes vivant dans un me?nage disposant de revenus mensuels supe?rieurs a? 3 100 € et 67% chez les diplo?me?s du supe?rieur.
– 18% des personnes posse?dent un micro, mais l’utilisent moins souvent : 24% des ruraux sont, par exemple, dans ce cas de figure.
Au total, 63% de la population utilisent couramment un micro-ordinateur (alors que 69% des Franc?ais sont e?quipe?s).
– Enfin, 37% n’ont pas d’ordinateur ou, s’ils en ont un, ne l’utilisent jamais. Cette proportion est en baisse de 4 points cette anne?e. Cela concerne principalement les personnes a?ge?es (87% des plus de 70 ans), les non-diplo?me?s (76%), et les retraite?s (73%). Remarquons que les personnes disposant dans leur foyer de moins de 1.500 € de revenus mensuels n’utilisent pas le plus souvent d’ordinateur chez eux.

 

).)

Lorsqu’on tient compte de tous les modes de connexion possibles (lieux publics, lieu d’activite? professionnelle, e?cole, domicile, mais hors te?le?phone mobile), il apparai?t que 45% des Franc?ais de 12 ans et plus naviguent sur Internet tous les jours ; 12% se connectent une ou deux fois par semaine et 6% le font moins souvent. 37% ne se connectent jamais.

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• Structure de la population selon son usage d’Internet (tableau au format .pdf) :

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L’a?ge : avant 40 ans, 65% des individus sont des internautes re?guliers (avec un pic de 71% entre 18 et 24 ans). Apre?s 40 ans, la pratique re?gulie?re d’Internet ne cesse de diminuer, pour devenir quasi-inexistante apre?s 70 ans.
Le niveau de diplo?me : 74% des diplo?me?s de l’enseignement supe?rieur ont l’habitude de se connecter journellement. Ce n’est le cas que de 12% des non-diplo?me?s.
Les revenus du foyer : alors qu’on mesure 70% de connexion quotidienne pour les titulaires des revenus les plus e?leve?s, 62% des personnes qui vivent dans un foyer disposant de moins de 900€ par mois n’acce?dent jamais a? Internet.
La profession – cate?gorie sociale : les cadres supe?rieurs sont les champions de la connexion (83% de connexion quotidienne) ; les membres des professions interme?diaires (69%) et les e?le?ves et e?tudiants (67%) se distinguent e?galement par une proportion e?leve?e d’internautes re?guliers. Deux groupes restent majoritairement re?tifs a? Internet : les retraite?s (76% ne se connectent jamais) et les personnes au foyer (61% ne se connectent pas non plus).
La taille du foyer : de?s que le foyer compte trois personnes, la proportion d’individus se connectant tous les jours est nettement supe?rieure a? la moyenne.
Le lieu de re?sidence : les habitants des grosses agglome?rations provinciales ainsi que ceux de Paris et de son agglome?ration se connectent plus qu’en moyenne (50 a? 53% d’usage quotidien), tandis que les ruraux sont un peu en retrait (37%).

Que fait-on en ligne ?

• Créer un blog :

Les jeunes sont les plus fervents amateurs de blogs : plus d’un ado sur deux en a cre?e? un sur la Toile (53%) et 44% des e?le?ves et e?tudiants ont fait de me?me. Entre 18 et 24 ans, une personne sur trois a un site personnel ; ensuite, la pratique diminue fortement (13% entre 25 et 39 ans, 6% et moins passe?s 40 ans).

• Autres usages significatifs (ordre décroissant) : télécharger de la musique ou des films, regarder la télé, travailler et se former à la maison, chercher un emploi, effectuer des démarches administratives, faire des achats en ligne, télécharger des logiciels.

• Mais pas vraiment “s’informer” ou “comprendre l’actualité”.

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Internet n’est, très majoritairement, pas considéré par les Français comme leur source principale d’information. Et là encore de forte disparité socio-démographiques apparaissent, selon la même répartition qu’observée sur les autres points.

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Qui s’exprime en ligne ? (1) Les commentaires

• Sur novövision : La participation en ligne ? 0,075% des lecteurs ! (juillet 2008)

Le site Rue89 a fait analyser ses statistiques d’utilisateurs :

Ces chiffres indiquent :

« 10% des riverains ont posté 80% des posts. A l’inverse, la majorité des riverains ayant posté deux commentaires ou moins pèse moins de 4% du total des commentaires ».

Soit une minorité occupant tout l’espace, et une majorité totalement invisible !

Rapportées au lectorat, ces données sur les commentateurs sont édifiantes :

– 4.500 commentateurs actifs en mai-juin, soit 0,75% du lectorat
– 450 d’entre eux monopolisent 80% des commentaires, soit 0,075% du lectorat !
– 31 personnes dépassent les 1000 commentaires chacune (dont le journaliste de Rue89 Pierre Haski), soit plus de 31.000 commentaires sur un total de 380.000 (0,005 % des lecteurs pour quasiment 10% des commentaires). On est bien loin de l’agora rêvée…

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Pour dire quoi ?

Et encore faut-il regarder un peu ce que sont réellement ces commentaires, notamment dans les sites de médias…

Sur novövision :

Y a un problème avec les commentaires (août 2008)

Y a un problème avec les commentaires (suite) (septembre 2008)

Encore et toujours le problème des commentaires (3)… (janvier 2009)

La qualité du débat démocratique est loin d’être au rendez-vous, et la liberté de l’expression, une expression dont on a vu qu’elle n’est celle que d’une infime minorité, vire souvent au défouloir. Il y a de quoi se demander si la liberté d’expression n’est pas plutôt ici celle de celui qui crie le plus fort…

Qui s’exprime en ligne ? (2) Les sites sociaux

L’aristocratie de Twitter, sur narvic.fr (octobre 2009)

Twitter, Friendfeed et narvic.fr : une audience très… liquide (octobre 2009)

Je trouve peu de données sur le nombre réel d’utilisateurs français (de Twitter). Eric Scherer, sur AFP-Mediawatch évoquait début juillet 2009 « 126.000 personnes (en France), sur un total de 18 millions dans le monde ». Boris Manenti, en août sur nouvelobs.com signale que, selon une Etude Sysomos réalisée en mai 2009 après analyse de plus de 11,5 millions de comptes Twitter, la France compterait pour 0,90% de l’ensemble des « Twitter users », soit à peine plus de 100.000. De plus, selon la même étude, 10% des comptes seraient « dormants » (« c’est-à-dire que l’utilisateur suit moins de 10 personnes, possède moins de 10 « followers » et a écrit moins de 10 messages. »), et 21% n’ont jamais posté une seul message sur le service.

Bref Twitter, c’est « 75% des messages postés par 5% des utilisateurs ». Même s’il faut nuancer la signification de ce chiffre, en tenant compte des robots spammeurs (« 24% des messages mondiaux sont publiés automatiquement par des machines, en grande partie pour « spamer » sur le réseau »). Mais bon, 5% de 100.000, ça ne nous ferait de toute façon que… 5000 utilisateurs réellement intensifs en France, qui occupent presque seuls tout le terrain. Et parmi eux, quelle proportion de journalistes ?

Les leçons de Digg : la faillite de la démocratie de l’info (octobre 2008)

Pour la deuxième fois en quelques semaines, le site de partage « démocratique » de l’information en ligne Digg.com vient de procéder à une vague de bannissement d’utilisateurs, parmi lesquels ont compte à nouveaux quelques uns des contributeurs « historiques » les plus actifs de sa communauté d’utilisateurs.

Le blogueur David Chen, sur Mashable, analyse la persistance de ces profondes difficultés relationnelles entre le site et sa propre communauté d’utilisateurs comme une faillite de ce modèle égalitaire, emblématique du web 2.0.

La prise du pouvoir par les contributeurs les plus actifs lui parait en effet inévitable dans tous les sites communautaires ou participatifs. Et plutôt que de l’empêcher comme Digg tente de le faire de manière tout à fait vaine, David Chen suggère au contraire d’accepter ce phénomène et de le réguler, dans le dialogue avec la communauté plutôt que dans la confrontation permanente.

Mais c’est bel et bien tout un pan du « modèle web 2.0 » qui s’effondre au passage en montrant au grand jour les limites « des modèles basés sur le crowdsourcing »… et c’est l’ambition d’une « démocratie de l’information » qui tombe à l’eau par la même occasion.

Qui s’exprime en ligne ? (3) : surtout les jeunes diplômés

• dans L’information à l’état gazeux, ou la sublimation du journalisme (février 2009), à propos du livre du chercheur Franck Rébillard, Le web 2.0 en perspective :

Participation réduite aux acquêts

Un mot auparavant, sur la seconde objection de fond apportée par Franck Rébillard à la thèse Web 2.0 du « tous les lecteurs sont des auteurs » sur internet : non seulement les lecteurs ont toujours été actifs vis à vis de leur propre lecture, même hors internet (première objection), mais tous les lecteurs ne participent pas sur internet à la création des contenus. Plus même, « la création de contenus » reste sur internet « une activité socialement discriminée » (seconde objection).

Il faut bien réaliser que la création de contenus par les internautes constitue un épiphénomène plutôt qu’un phénomène social généralisé. Et en déduire par extension que la posture active des internautes tant vantée par les partisans du web 2.0 est sans doute l’exception, non la règle.

Il s’agit surtout là pour l’auteur d’une « remise en perspective » au regard de ce que l’on sait du niveau réel de participation des internautes en ligne. (…)

Franck Rébillard indique que « l’intervention des internautes sur le contenu n’est pas une pratique mineure mais minoritaire » :

Et c’est bien au sein des franges intellectuelles de la société que se recrutent principalement les individus formant la minorité des internautes générateurs de contenus sur l’internet.

C’est en tout cas ce qu’indiquent les études menées « sur le profil socioprofessionnel des “rédacteurs citoyens” des sites de journalisme participatif », tels qu’OhmyNews ou Agoravox. Les progrès de la démocratisation scolaires conduiront peut-être à élever ce niveau de participation, mais le phénomène, s’il est pérenne, demandera du temps.

100.000 gus font l’opinion derrière leur écran ?

Récemment, une tribune ouverte par Les échos au consultant Samuel Morillon a mis quelques internautes en émoi :

Une minorité fait l’opinion sur le Web (Les Echos)

(Enikao) voit dans cette analyse une “insulte” envers “les personnes qui participent aujourd’hui sur le web” :

Des professionnels entretiennent le mythe d’un Internet sauvage et barbare

Il a sûrement raison de souligner que ce discours dramatisant est celui d’un professionnel qui a justement de judicieux conseils à vendre aux entreprises pour combattre le mal qu’il dénonce, mais on peut s’arrêter tout de même sur l’un des points qu’il avance: l’opinion sur le web (et notamment celle sur les marques, qui sont les clientes du consultant) est le fait, pour l’essentiel, de “100.000 internautes, non représentatifs de la majorité du lectorat sur Internet”.

Les contenus générés par ces internautes surreprésentés sur la Toile influencent le lectorat général, celui qui consomme de l’Internet, mais qui produit peu. Le positionnement idéologique souvent radical de ce noyau d’internautes, renforcé par la pratique courante de l’anonymat, représente une menace pour les entreprises.

Samuel Morillon ne dit pas, dans cette tribune, comment il arrive à cette estimation de 100.000 faiseurs d’opinion sur internet, mais au vu des éléments cités plus haut dans ce billet, ce chiffre ne me semble pas si absurde.

Quant au caractère radical – et décalé de l’opinion majoritaire – qu’exprimerait cette minorité agissante en ligne, nous avons cette fois des éléments plus concrets…

L’internaute engagé monopolise la conversation

L’étude est réalisée par des chercheurs de l’Université de l’Ohio et signalée par le site de l’Atelier.fr :

L’internaute engagé et bavard ne fait pas forcément le leader d’opinion

Les personnes ayant des opinions fortes ont plus tendance que celles plus modérées à s’exprimer sur les réseaux sociaux. Ce qui leur donne l’impression d’être en majorité et que leurs avis sont plus partagés qu’ils ne le sont en réalité. Telle est la conclusion d’une équipe de chercheurs de l’université de l’Ohio. Selon elle, ces personnes ont plus besoin de partager leurs opinions – et c’est souvent parce qu’elles croient qu’elles sont nombreuses à avoir les mêmes idées. “C’est un cercle qui se nourrit lui-même” , explique Kimberly Rios Morrison, responsable de l’étude. “Plus ces personnes s’expriment en public, plus elles ont l’impression qu’elle sont nombreuses et représentatives de l’opinion de la majorité”. C’est plus précisément le fait de paraître nombreux qui les encourage à s’exprimer encore davantage, ajoute la chercheuse.

Reste que parler plus fort n’est pas forcément avoir plus d’influence, nuance Sami Jaber, fondateur de DNG Consulting. “C’est vrai que sur les plates-formes communautaires, les gens qui s’expriment beaucoup sont ceux qu’on référencie le plus”, explique-t-il à L’Atelier. “Surtout si leurs avis vont à contre-courant de l’opinion de tout le monde. Ces gens là sont écoutés, mais pas forcément soutenus”.

Le lieu d’expression du malaise des classes moyennes

“Trop de colère sur Internet, ou pas assez dans les médias traditionnels ?” s’interroge Guillaume Champeau sur Numérama, évoquant une sortie du chroniqueur Jean-Michel Aphatie dénonçant, à propos d’événements récents, “une certaine dérive d’Internet, où dominent la colère et le ressentiment”.

Guillaume Champeau y voit “une faute d’analyse” :

Qu’est-ce qu’Internet, au fond ? Sont-ce les internautes qui sont remplis de colère et de ressentiment, ou plus simplement les citoyens, les Français… qui font Internet ? Les médias traditionnels, s’ils ne relaient pas cette colère, s’ils ne se font plus l’écho (comme ils ont enfin su le faire avec l’affaire Jean Sarkozy) de la défiance des citoyens, favorisent l’expression de cette colère sur Internet.

Il n’est pas certain que ça soit faire preuve de professionnalisme que de ne pas entendre cette colère des Français, et de ne pas la relayer. Ni moins encore de prendre l’effet, Internet, pour la cause.

A la lecture de tout ce qui précède, je suis tenté de placer ailleurs la “faute d’analyse”. Si ne s’agit pas de nier qu’une colère s’exprime bel et bien sur le net (narvic sur slate.fr : Sous le règne du buzz, malaise dans la politique et l’information), on a vu précisément en quoi “les internautes”, et surtout ceux qui s’expriment en ligne, ne sont justement pas “simplement les citoyens, les Français”.

Cette expression en ligne, “un épiphénomène plutôt qu’un phénomène social généralisé”, qui n’est “pas mineur mais minoritaire” et issu “des franges intellectuelles de la société” (Rébillard), produit donc un discours d’opinion plus “radical” et “engagé” que ne l’est celui de la majorité, et qui se croit majoritaire alors qu’il ne l’est pas (Rios Morrison).

Ma propre opinion, et je l’ai déjà développée sur ce blog, est bien qu’internet, plutôt que “la voix du peuple”, celle “des citoyens, des Français”, ou le “miroir de l’opinion publique”, est surtout, pour le moment :

Une arme des classes moyennes contre les élites médiatiques (février 2009)

34 Comments

  1. Question idiote au vu de tous ces chiffres : n’y a-t-il que 11% des adolescents qui appartiennent à des foyers dépourvus de connexion à Internet, ou en d’autres termes les 40% environ de familles dépourvues d’Internet à domicile n’ont-elles pas pour la plupart d’adolescents parmi leurs membres ?

  2. Il est évident qu’internet n’est pas la voie du peuple.

    Cela dit, c’est un media qui n’est accaparé par aucun lobby. La presse française ne peut pas en dire autant. L’immense majorité des titres appartient à quelques personnes. Et ne parlons pas de la télé !

    Internet a permis à une fraction très minoritaire de la population de s’exprimer. Les media traditionnelles ne donnent cette possibilité qu’aux affidés de ses propriétaires.

  3. Parmi ces 37% de Français qui ne se connectent jamais, on compte une grande part de personnes seules et de personnes âgées. Les adolescents bénéficient d’un très fort accès à internet, de même que les foyers composés de plusieurs personnes. On peut en déduire que la présence d’adolescents à la maison est une forte motivation familiale pour s’équiper.

  4. Je trouve que c’est un bon billet, c’est un point de vue que je trouve trop négligé. On ne retrouve pas du tout l’image du peuple à travers internet. J’irai même plus loin, je doute que le débat politique intéresse profondément une grande partie de la population. Internet me semble permettre seulement d’élargir le cercle du débat politique a une communauté qui n’a pas d’impératif à respecter pour exister. La liberté de pensée est bien plus forte sur internet où l’on ne se retrouve pas dans l’obligation de respecter des objectifs politique. Pas besoin de mentir pour plaire. (il ne me semble quand même pas impossible que la réputation d’une personne a une influence sur sa production, plus une personne est suivie, plus le fait d’être suivi a une influence sur le discours)
    Je constate donc qu’il y a l’émergence de points de vues alternatifs plus proche du peuple et plus diversifiés, ce qui est une bonne chose, mais le peuple ne sera jamais capable de se gouverner lui-même, c’est pour ca qu’on s’est mis a payer des impôts. On paye et on est censé être libéré de la lourde tâche de l’organisation. L’impôt religieux, c’était le même principe, en payant on se libérait des questions existentielles. Le problème de ce système de service assez naturel est que la tentation est trop grosse pour ceux qui s’occupent de gérer ces services.
    @pitzsch

  5. Sur le fond cette tribune n’est pas entièrement fausse, mais elle est calamiteuse dans ses approximations ou ses insinuations.
    Pour être précis, sur la nature insultante (et sans aucun élément de preuve factuelle à l’appui) des propos :
    “Même s’ils ne possèdent pas de compétences initiales” > de compétences en général ou de compétences en quelque chose de particulier. Et si oui, en quoi ?
    “Les propos peuvent être argumentés mais laissent peu de place à la discussion” > sur la base de quoi en arrive-t-il à cette conclusion ? Je ne me reconnais pas là-dedans, ni la plupart des gens que je lis et que je lie. Et ça fait du monde.
    “La notoriété de l’avatar est fréquemment la finalité de comportements où l’émotion est poussée à l’extrême” > oui, il y a des embrouilles, mais que signifie “émotion poussée à l’extrême” ? Suicide, tentative de meurtre ?
    “Selon nos études, ces internautes sont souvent inactifs (sans emploi, étudiants…) et peuvent consacrer un plein-temps au dénigrement d’une société” > si ce n’est pas traiter les gens qui commentent de glandeurs monomaniaques, je ne vois pas ce que c’est.

    Intéressante comparaison entre les décideurs politiques et les internautes actifs. La question qui me paraît désormais intéressante : dans quelle proportion ces deux ensembles se recoupent-ils (la tendance est sans doute croissante, mais ce serait intéressant d’avoir une idée des proportions) ?

  6. Bonjour Narvic,

    Pour aller dans le même sens et enfoncer le clou, on pourrait même suggérer qu’il y a un partage de plus en plus net entre deux écrans : la TV et le micro comme l’a montré la dernière étude du DEPS.
    http://blogues.ebsi.umontreal.ca/jms/index.php/post/2009/10/14/Dix-ans-de-pratiques-culturelles

    Quand à dire qu’il n’y a pas de lobby sur le net, c’est faire preuve d’une double méprise. La première étant de considérer que le lobby, c’est les autres. Bien des opinions proférées sur le web défendent en réalité l’intérêt particulier (y compris et peut-être surtout économique, par ex sur le thème de la gratuité pour des personnes sur-consommatrices d’information et de culture) de la catégorie sociale qui s’est emparée de ce moyen d’expression. La seconde est de croire naïvement que les puissances organisées n’interviennent pas sur ce média.

    Mais, relativisons. Tous les médias (livre, presse, radio..) ont démarré de cette façon. Tout cela va se décanter progressivement quand le Web-média aura trouvé un équilibre économique.

  7. Clay Shirky avait noté depuis 10 ans environ la distribution en loi de puissances des “actifs” dans les communautés en ligne, où on retrouve une distribution classique en 80/20.

    Cela étant, Narvic, je pense que l’on peut distinguer :

    1) la question de la distribution

    2) la question de l’ouverture. La principale rupture d’internet me semble être que le réseau permet de casser la CLOTURE qui caractérise les médias contemporains, dont le fonctionnement est entièrement verrouillé. A cet égard, même si la distribution à un instant T est du type 80/20 vous avez la possibilité d’une régénération des contenus, des participants, des idées etc.

    Un aspect lié à cela est aussi qu’avec la cloture existe le petit monde, comme monde fermé sur soi, avec des individus en relation entre eux. Avec l’ouverture vous avez peut-être 20% mais en relation avec les 80% restant, et cela aussi çà change tout !

    A ce point de vue internet est antithétique de la constitution actuelle des médias.

  8. Y a-t-il vraiment quelque chose de changé sur le web à ce sujet ?

    Les sciences de l’information ont proposé depuis les années 20 du siècle dernier des lois de distribution sur les articles scientifiques, sur les citations dans les articles, sur les demandes d’articles, etc. Voir par ex : http://isdm.univ-tln.fr/PDF/isdm17/isdm17a167_lafouge.pdf

    Dans tous les cas en simplifiant on retrouve la loi des 20/80. Cela est sans doute valable aussi pour tous les médias, même si les mesures précises sont quasi-impossibles à construire pour un média plus ouvert que l’information scientifique.

    La différence du web tient plutôt à un effet d’échelle et de rapidité. Mais au delà d’une période d’effervescence, encore une fois commune à tous les médias naissants qui sont l’occasion de prises de parole nouvelle pour des exclus de médias plus anciens, il est très probable que le web-média trouvera son propre point d’équilibre avec les mêmes tensions que ses prédécesseurs.

  9. On en revient donc à cette réflexion d’Emmanuel Parody, que je cite dans le billet pointé à la fin du texte (sur la revanche des classes moyennes) :

    En vérité c’est une bataille pour la prise de pouvoir autour des fonctions d’intermédiation. Et comme toute lutte qui se veut révolutionnaire, ceux qui la mènent le font au nom du peuple et de la démocratie pour n’instaurer, au final, qu’un système équivalent mais rénové.

    De la distribution… en loi de puissance, à la redistribution… du pouvoir. 😉

  10. Probablement redistribution du soi-disant pouvoir d’expression mais y a-t-il vraiment pouvoir ? Seuls ceux qui ont de l’argent (je parle des moins de 1% dans le monde) ceux là ont vraiment le pouvoir. Nous pauvres internautes, on ne fait que se défouler et s’illusionner sur notre soi-disant pouvoir.

  11. Vous noterez que j’ai veillé à ne surtout pas utiliser le terme de “fracture numérique”, et que celui de “fossé numérique” ne se glisse dans mon billet que comme titre donné par le CREDOC à une illustration que j’ai reprise. 😉

    Surtout, j’ai tenté de me borner à un usage purement descriptif de cette étude. La problématique soulevée par Guichard touche à l’interprétation, de nature idéologique, voire morale, de ce concept de “fracture numérique”. Ce qui n’est pas mon objet. Je ne porte aucun jugement de valeur sur le fait que des gens disposent d’un ordinateur et se connectent à internet… ou pas. Les gens font bien ce qu’ils veulent et ce qu’ils peuvent. Du coup, j’estime que l’usage que je fais de ces chiffres est acceptable. Mais si vous avez une objection, on en cause… 🙂

    PS: Dans le titre de l’étude du Credoc, la notion même de “technologies de l’information” mérite elle-aussi une analyse du même type que celle de Guichard. D’ailleurs Yves Jeanneret l’a déjà faite.

  12. Vos chiffres ne reflettent pas tout!
    Ici, ils sont arrêtés, ailleurs, c’est plus dynamique ou via google

    Depuis octobre 2008, date à laquelle je me suis intéressé à l’hadopi via le billet de J-M Planche, puis les vidéos de B. Bayart, je ne me suis jamais autant investi en ligne, toutes les semaines, j’achète la presse papier (Télégramme, Bakchich, Libé, Le monde, Le Canard), et également abonné. Hélas, je ne suis pas Crésus…
    Quand je vois le nombre de posts sur le site de pcinpact lors des premières saisons d’hadopi, le nombre de vues de la question au médiateur de tf1 pour J.Bouggenhem, au site de stream de lcp , eolas, etc, etc, …
    Une période épique, passionnante, presque irréelle mais si riche en rebondissements (orchestrés jusqu’à l’overdose?) Garder la tête froide, prendre de la hauteur, observer, commenter, mais si c’est pour se répéter comme l’autre Million-Dollar Man, c’est pas utile de flooder, aussi, je m’abstiens quand l’essentiel a déjà été dit (+ adage Don’t feed the troll)

    F.Lefèvre: ce qui est important, c’est le contenu (des tuyaux).
    Venant d’un lobbiste, tout est dit,
    surtout ne sachant pas définir le web 2.0…

  13. Bien sûr, et je ne dis pas que cela nuit à l’argumentation (réussie, comme toujours) de ce billet. J’avais juste envie de partager la lecture du papier de Guichard que je trouve assez challenging (comme on dit, et au même titre, effectivement, que la réflexion autour des technologies de l’information menée entre autres par Jeanneret – merci pour le conseil-lecture récolté ici même il y a quelques mois). Tellement challenging que personnellement, j’hésiterais beaucoup avant de réutiliser n’importe quelle statistique de ce genre de rapport…

    Une lecture attentive des propos précédents nous fait relever une contradiction :
    89% des adolescents, et 34% des ménages modestes ont l’internet à domicile. À
    moins de supposer que les pauvres ne font plus d’enfants, ou qu’il n’y a plus de
    pauvres en France, cette statistique surprend.

    Cette contradiction est totale, car persistante quel que soit le modèle choisi : en découpant la
    société française en trois classes, pauvres (ménages modestes à moins de 900 Euros par mois, nos
    34% de connectés), moyens (nos 61% de connectés, supposés aussi refléter une classe moyenne), et
    riches (hauts revenus, 91% de connectés, plus de 3100 Euros par mois d’après l’annexe du rapport),
    et en supposant que les ménages de ces trois groupes sociaux ont en moyenne autant d’enfants, nous
    réalisons qu’il faut en France énormément de riches pour arriver à 89% d’adolescents connectés à
    domicile, puisque ce taux est très proche de celui des hauts revenus. Plus précisément, il ne peut y
    avoir plus de 6,6% de ménages pauvres, ni plus de 3% de ménages aux revenus moyens. La France
    serait alors composée à 90% de ménages à hauts revenus. La seule façon de réduire ce taux consiste
    à imaginer que cette dernière classe sociale ait en moyenne beaucoup plus d’enfants que les deux
    autres. Par exemple, dans l’hypothèse où les ménages à « hauts revenus » auraient deux fois plus
    d’enfants que les deux autres classes sociales, la classe supérieure ne peut représenter moins de
    30% des ménages. Et si nous appliquons un modèle adapté à l’imaginaire populiste (les pauvres
    font beaucoup d’enfants), le taux de riches doit alors largement dépasser les 90% de la première
    hypothèse. Modèle idéal où les pauvres disparaîtraient !

    Je trouve ça assez convaincant, même si j’avoue ne pas avoir été disséquer moi-même le rapport du CREDOC ou refait les calculs 😉

  14. une infime minorité d’internautes ou comme dit pisani de webacteurs, certes. Toutefois, ceux et celles qui s’expriment ne s’exprimaient pas forcément avant. Voir les réponses à un de mes billets intitulé mais d’où sortent-ils tous ces blogueurs? (peux ps mettre de lien j’ai un souci blogger) et daté 7 sept. Autrement dit, “on ne me donne pas la parole, je la prends” . Et si ce sont des gens “instruits”, les blogeurs ne sont pas ts des csp++
    Alors, pas représentatifs en nombre, bon. Mais cette prise de parole, c’est quand même important.
    D’autant plus qu’au-delà de la rage ou de la colère, il y a svt une vraie générosité, partage de compétences etc (et même pr celles qui se prennent la porte du frigo sur les pieds).

  15. Et pendant ce temps, le Parti Pirate allemand obtient près d’un million de suffrages aux législatives de septembre 2009… les révolutions ont toujours été bourgeoises, ne l’oubliez pas 😉

  16. Bravo pour votre blog et votre article chaudement recommandé par monsieur Demorand sur INTER ce matin… 😀
    (si vous avez raté : Demorand sur inter c’est ici
    vous dites :

    Les jeunes sont les plus fervents amateurs de blogs :
    • Autres usages significatifs (ordre décroissant) : télécharger de la musique ou des films, regarder la télé, travailler et se former à la maison, chercher un emploi, effectuer des démarches administratives, faire des achats en ligne, télécharger des logiciels.
    • Mais pas vraiment « s’informer » ou « comprendre l’actualité ».

    N’est ce pas représentatif du comportement des jeunes off line ? Combien de jeunes gens aujourd’hui lisent le Monde ou autres publications dites “d’information” ?… Combien lisent ? Une personne qui ne lit jamais les journaux dans la vie ou ne s’intéresse qu’à la face people de l’actu ne risque pas de s’y mettre en ligne. Notre comportement en ligne n’est jamais bien loin de notre attitude dans la vie… de nos goûts ou dégoûts. Cela dit, je suis d’accord avec vous… la voix des blogs ou sites d’info en ligne et celle de ceux qui les commentent ne représentent pas l’ensemble de la société… pas plus que TF1 même s’ils sont nombreux nous dit-on à regarder cette chaîne… Alors pour pour le débat sur l’identité nationale : un français c’est quoi ? good luck ! Au sujet des commentaires sur le net… j’ai osé une petite réflexion jetez ici un oeil ! Dianaros !

  17. Pardon mais je n’ai pas tout lu. Trop long, ennuyeux. Une démonstration limpide se devrait d’être courte. Ne pas s’appuyer sur des graphiques dont le seul mérite est d’être en couleurs !!!

    Pour être plus sérieuse : à trop vouloir prouver on ne fait qu’accumuler les données sans leur donner du sens.

    D’ailleurs vous ne dites à aucun moment qui est le peuple.

    Ne serait-il composé – que de vieux ? ( forcement attardés, lents et très cons non…..)

    – que d’ouvriers ?(forcement ignares plus PMU que pensée socratique)

    – que de jeunes ? (forcement drogués accros aux consoles et éventuellement à d’autres découvertes )

    Ah bourgeois nantis bien à l’abri de vos privilèges bétonnés par le pouvoir en place, vous ne vous sentez pas du peuple n’est-ce pas, vous êtes au mieux : à coté voire au dessus pour les plus immodestes.
    Vous vous fourrez le doigt dans l’oeil, vous en êtes du peuple.

    Vous exprimez un point de vue de classe.

    Le peuple s’exprime ailleurs.

    Par manque de goût pour les querelles des élites auto-proclamées, par le peu d’enthousiasme que ces blogeurs ont pour les interventions d’autres qui ne participent ni du même courant de pensée di du même clan social.

    Vos statistiques le disent (enfin celles de Rue 89) 10% des commentateurs représentent 80% des commentaires déposés.

    Cela pose plutôt le problème de cette propension qu’à la bourgeoisie d’occuper tous les espaces, égoïstement, stratégiquement, “impérialement”, culturellement afin de ne laisser à personne d’autre le droit à une expression libre.

    Car il ne suffit pas qu’il y ait un espace pour que l’on s’exprime, il convient que ceux qui y écrivent déjà vous accueillent confraternellement, vous répondent, voire estiment vos interventions suffisamment intéressantes pour les rapporter au fil de la discussion.

    Le peuple est là, nous en sommes tous, et j’ajouterais que quelquefois il n’y a pas matière à intervenir tellement le sujet est oiseux et les commentaires concons.

  18. encore faut il définir ce qu’est ” le peuple ” !
    Ce terme ayant souvent une conotation péjorative , il est difficile d’en saisir la portée .
    En ce qui me concerne , je suis très surpris des résultats des enquètes citées . J’ai 75 ans , surfe tous les jours sur le net et suis connecté depuis plus de dix ans. Autour de moi , mes amis , sensiblement du même age , sont tous connectés et surfent plus ou moins régulièrement , en particulier , prennent leurs messages tous les jours . Je n’appartiens pas a une classe privilégiées et suis loin d’avoir 3000€ par mois !!!
    Il serait donc interessant de peaufiner un peu les statistiques , qui comme chacun sait, permetent par exemple de faire respondre la production automobile dans le monde avec le nombre de naissance de veaux dans la Creuse , C’est une question de courbe !!!
    Soyons donc prudent ( pour ne pas dire septiques ) devant les travaux d’intellectuels qui cherchent surtout a confirmer leur propre opinion .

  19. Noyés …

    Les chiffres sont en définitive moins impressionnants que je ne le craignais… Si “100 000 personnes font l’opinion”, c’est déjà mieux que 1 000 ou que 100 ou que 10…

    Mais on peut aussi raisonner par l’absurde et se dire que le problème principal de l’opinion (si tant est qu’une telle entité existe…) sur Internet est qu’un message n’aura d’impact que s’il est lu (truisme absolu) or, plus de messages sont postés et moins on peut en lire (proportionnellement, s’entend).

    On pourrait rêver d’une société où chacun, vissé à son clavier partagerait son temps entre rédaction et lecture de messages. Le paradoxe, c’est qu’alors il ne se passerait plus rien en dehors des échanges d’opinion et que la machine deviendrait strictement auto-réflexive.

    Donc, pour en revenir à cette minorité qui occupe le terrain sur le Net, d’accord cela ne constitue pas une “démocratie numérique” mais le nombre même de membres potentiels à chaque débat fait de cette notion une chimère. (Au fait, cela constitue l’un des points faibles du très bon film (pas encore sorti) 8th Wonderland qui met en scèhe un groupe d’internautes inventant un pays virtuel sur la Toile (mais doté de moyens d’action bien réels) : jamain on ne nous montre comment leur “démocratie directe” pourrait réellement fonctionner à plus de 10 ou 20…)

    Yossarian

  20. Bonjour.
    Sans vouloir être triviale quand cette enquête était fouillée et passionnante, il y a une faute d’accord dans la première phrase du chapeau (radicale). Elle fait tache et ce serait dommage de couper les lecteurs dans leur élan.
    Merci pour le blog.

  21. Bonjour,

    J’ai lu votre article avec intérêt. Vous parlez notamment de ceux qui s’expriment sur Internet et aussi sur les commentaires d’articles. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué mais s’expriment aussi sur internet ce que j’appellerai des “commentateurs de diversions”, ce sont ces étudiants ou stagiaires que l’on paye pour tourner en ridicule des sujets intéressants ou polémiques sur internet. J’ai pu noter que sur un site comme 20 minutes, entre autres, souvent beaucoup de commentaires étaient empreints d’idées dont je suis sure sont issues des armadas de petites mains payées à redorer le blason, d’entreprises, de partis politiques, de marques etc

  22. Tout-a-fait d’accord avec votre analyse. Une simple remarque: je publie moi-meme un blog (http://helvetia-atao.blogspot.com) et je peux affirmer que je n’ai jamais pretendu etre representatif de qui que ce soit… sinon de moi-meme. La Toile est pour moi un mur sur lequel je colle mes affiches, affiches que j’espere etre lues par le plus grand nombre, mais sans illusion ni pretention aucune.

  23. “Mais ça le devient (un problème) si cette minorité agissante d’internet s’affirme, et même se considère elle-même, contre toutes évidences, comme représentative d’autre chose que d’elle-même.”

    Et vous, qui représentez-vous ?

  24. On est plusieurs, on est du peuple (quel vilain mot s’il est mal employé) et comme on est rejeté par ces pseudo élites intellos qui regardent leurs stats en travers avant de les avaler crues.

    Je reviendrais quant à moi faire un petit tour chez Narvic pour voir s’il progresse un peu dans l’analyse.

    Ne pas parler ce n’est pas parce qu’on a rien à dire.

    Sur Médiapart, je n’interviens que, justement, si j’ai quelque chose à dire. Et le mépris de certains blogueurs me conforte dans l’idée que certains ne font que de l’occupationnel, faute d’idées ??? Non je n’irais pas jusque là. Mais pas loin.
    @+ peut-être

  25. Article trés interressant, une tentative louable pour dresser un portrait de l’internaute agissant, peu reluisante par contre l’utilisation par Demorand de votre enquête, profitant plus de l’occasion pour regler des comptes avec une minorité insupportable qui a osé parler de J Sarkosy, Frederic Mitterrand, sur un média qui n’a pas encore, à subir les prérogatives de la trés petite caste auquel il appartient.
    Avec comme seul argument la loi du nombre, de la représentation démocratique, toute émergence d’une parole divergente est donc décrédibilisée, Zola n’a qu’a bien se tenir.Si toutes ces microscopiques prises de paroles ne représentent que 100 000 personnes passez votre chemin.

    D’autre part l’argument qui consiste à dire que cette minorité ne rêverait en fait qu’à acceder à une parole et un pouvoir qui lui échapperait, je me demande si ce n’est pas là la production paranoiaque de nos penseurs journalistes, qui pensent que forcément “on” veut leur place .
    Eh bien non, merci. On en a simplement marre des Nicolas donneurs de leçons.

  26. Bonjour,

    Votre article traite directement de problématiques sur lesquelles je travaille quotidiennement, à savoir la participation des citoyens aux politiques publiques. J’ai fait une présentation aux conclusions proches des votres la semaine dernière à scpo paris (http://bit.ly/3fb78D mais comme tt ppt sans les commentaires ce n’est pas très intéressant).

    Je suis un habitué du blog, en mode lurker. Non pas car je ne m’intéresse pas à la politique (bien au contraire, elle me fait en partie vivre) ni parce que je juge la participation superflue, mais bien parce que je n’ai pas le temps. Il me semble que cette donnée est minimisée dans le fantasme de la participation : prendre le temps de discuter en ligne sur le long terme en revenant 15 fois par jour regarder les réponses à son commentaire pour y re-répondre n’est pas donné à tout le monde.

    Ce que je constate à travers toutes les opérations de participation menées, c’est qu’il y a un fossé de l’intérêt à la participation. Premièrement, le postulat selon lequel une majorité de la population s’intéresse à la politique (au sens où on conçoit l’ensemble des politiques décidées) me parait sujet à bcp de réserve.
    Mais même en acceptant ce postulat, je ne connais quasiment aucune opération de coproduction ou de participation / débat publiques pleinement réussis. desirs d’avenir version 2006 mis à part, mais dans un contexte très particulier, celui d’une présidentielle. Si vous parcourez les sites tels que http://bit.ly/4ze4tG (exemple parmi bien d’autres – pourtant réalisé par la netscouade), vous constaterez que la participation est très décevante.

    Ceci se constate dans quasiment toutes les opérations similaires, y compris à l’étranger (le CAS avait sorti une étude sur ces phénomènes il me semble).

    Par contre, s’il est vrai que les gens ne débattent pas dans ces espaces, le débat est bien présent, mais sur des plate-formes plus “communautaires” (dans le sens de communautés de centres d’intérêts ou professionnelles). On a ainsi pu constater pendant la présidentielle des débats assez vifs sur le site doctissimo. Idem aux us sur des sites de geeks. Finalement, le phénomène n’est pas si étonnant : les gens discutent de ce qui les touchent.

    Il y a donc dans cette voie quelque chose à creuser, proche de la gestion de la relation citoyen, qui ne déracine pas le citoyen pour l’amener à débattre sur une tierce plate-forme : car il n’y viendra pas.

  27. Des réactions :

    1) Ce sont toujours les mêmes… qui écrivaient aux courriers des lecteurs, qui téléphonent aux émissions de radio, qui votent, qui font de la politique ou sont élus, qui sont journalistes ou écrivains, qui achètent des biscuits sur-emballés ou du café équitable, qui manifestent ou font grève, qui viennent aux réunions de parents d’élèves, etc…

    Chacun évolue dans un ensemble limité de dimensions, mais à chaque fois influence peu ou prou l’évolution du monde.

    2) Non, le crowdsourcing n’est pas mort. Le web 2.0 évoluera éventuellement vers des positionnements automatiques des commentaires, articles et blogs en fonction de l’identité supposée des auteurs et de leur fréquence d’intervention. La « démocratie de l’information » ne tombe pas à l’eau, sa pénétration dans la population évoluera comme la pénétration des frigidaires dans les ménages au siècle dernier.

    3) Soit ces 100.000 personnes influencent sensiblement la marche du monde, auquel cas il faut les considérer avec la plus grande attention : ils forment en quelque sorte une Assemblée Nationale aux membres auto-proclamés, bien plus nombreux que nos députés donc à priori représentatifs d’une plus grande variété de points de vues.
    Soit leur influence est mineure, auquel cas leur minorité ne gêne en rien et la longueur de cet article a fait perdre du temps à son auteur et à ses lecteurs !

    De la part de l’auteur de 99,5% des articles de l’encyclopédie ouverte Issuepedia.

  28. “bien plus nombreux que nos députés donc à priori représentatifs d’une plus grande variété de points de vues. ”

    Ce n’est pas très scientifique cette remarque. L’entrisme social est peut-être la règle à l’assemblée – au moins peut-on y voir la représentation de sensibilité politique. J’ai peur que la diversité des fameux 100 000 soit tout autant sinon plus sujet à caution.*

    A lire également sur la diversité social des “participants”, cette étude de Pew intitulée “The Internet and Civic Engagement”, particulièrement intéressante : http://bit.ly/2PoNRp

  29. J’ai trouvé votre contribution très intéressante car elle pose à la fois des questions sur la fracture numérique (même si certain-e-s considèrent qu’elle est un mythe), disons plutôt les l’accès socialement et culturellement inégal aux nouvelles technologies, sur l’état du débat démocratique et surtout les nouvelles frontières du champ politique et son éventuelle plus grande ouverture.

    “Considérer internet comme la voix du peuple, ou même seulement comme un miroir de l’opinion publique, est donc finalement, aujourd’hui, totalement abusif. Internet permet probablement une libération et un élargissement de la prise de parole en public par rapport aux médias traditionnels, mais l’usage qui en est fait reste très modeste.”
    En effet, si le cout d’entrée dans le débat (politique) est plus faible car gratuit et anonyme, cela ne suffit pas à faire de l’internet un lieu de débat démocratique où chacun-e intervient, c’est-à-dire se sent légitime à intervenir. Les ressources (les différentes formes de capitaux au sens de Bourdieu) utiles pour exprimer une opinion politique publiquement restent nécessaires pour franchir cette barrière de la légitimité. En gros, sur le mode de “est-ce que ce que je vais dire ne va pas être bête, inutile”, est-ce que j’ai bien compris etc.” surtout quand la signature de certains constributeurs a un poids symbolique.

    Pourtant dans certains cas on a pu constater une plus grande ouverture du débat, avec une plus grande diversité de contributeurs : le cas du référendum sur le traité constitutionnel en 2005 est à cet égard éclairant. Cela signifie qu’il est possible, dans certaines circonstances, que le débat sur internet soit au niveau du débat démocratique dans la société. Dit autrement, internet n’est pas plus un lieu de débat démocratique que ne l’est la société… Et qu’il fonctionne probablement avec les mêmes règles d’exclusion et de confiscation de la parole par des représentants auto-proclamés.
    Il y a fort à parier que les 100 000 individus (?) de la “minorité agissante” sont de grands cumulards de ces propriétés sociales et qui ont déjà accès au débat et au champ politique : militants ou sympathisants politiques aux opinions constituées, commentateurs et faiseurs d’opinion (journalistes, sondeurs, blogueurs “influents” etc.).

    Une autre thèse de votre texte qui fait débat : la “minorité agissante” (ou causante…) aurait des prétentions à représenter, à incarner, le peuple ou l’opinion publique. Sans rentrer dans les détails sur la réalité de l’existence ou non d’une opinion publique, je pense que se baser sur la constitution de 1958 pour évaluer ce qui relève ou non de la légitimité démocratique est un peu court. La constitution de 1958 propose une lecture de la démocrative représentative qui n’est pas forcément partagée… ni démocratique.
    Les récentes évolutions démocratiques que vous évoquez (renforcement de la reconnaissance pétitionnaire, démocratie participative) me laissent là aussi sceptique : le réferendum sur la Poste n’aura pas lieu malgré une dynamique citoyenne indéniable, les conseils de quartier ou de la jeunesse quand ils existent ne sont bien souvent que des appendices croupions sans pouvoir décisionnaire (et budgétaire) réel.

    Au final, ce qui ressort de tout cela, c’est que le débat sur internet fonctionne probablement selon les mêmes règles ou presque que le débat dans la société. La monopolisation du discours politique (au sens large) reste de mise. On constate le même phénomène dans les organisations politiques, syndicales ou associatives : les plus actifs cumulent les postes, s’accaparent la parole, parlent “au nom de” etc. Et si les propriétés sociales légitimes ne sont pas toujours les mêmes (voir ce que dit Pudal de la sélection et de la construction de l’image des dirigeants communistes dans le PCF), il n’en reste pas moins que les mécanismes de confiscation de la parole sont similaires. Et pour que ça marche, il faut maintenir le mythe de la démocratie et de la représentation du groupe.
    Le supposé caractère “radical” de ceux et celles (surtout ceux d’ailleurs…) qui prennent le plus la parole pour commenter, publier, relève là encore plus de la dénonciation que de l’analyse comparative sérieuse. En tout lieu et de tout temps, ce sont ceux qui disposent des outils, des ressources pour produire un discours politique, qui parlent. Il suffit d’assister à une assemblée générale lors d’une grève étudiante ou lors d’un mouvement social dans une entreprise pour le constater. Logique. Et ceux qui parlent ne sont pas forcément les plus “radicaux” mais peut-être plutot les plus engagés…

    Dernière remarque : si je partage avec vous que la fraction de la société qui débat sur internet est globalement diplômée, jeune, et appartient aux fractions intellectuelles des classes moyennes, il faudrait quand même affiner l’analyse.
    Quoi de commun et de différent entre l’ado sur son skyblog (beaucoup plus répandu que les comptes Twitter… qui occupe pourtant tout le débat sur internet en ce moment), le journaliste sur twitter, le fan sur la page myspace du groupe du quartier, du sympathisant politique sur Libé.fr ou Mediapart, d’un bibliothécaire sur son blog mi professionnel-mi narcissique, ou d’un cadre du privé sur Facebook ?

  30. Un peu de mémétique et de théorie de la pointe et l’on vera autrement cette minorité un peu malmenée dans l’article.

    Décidément j’aimerais bien que Pierre Levy daigne répondre à ma question à propos de la forme géométrique (les?) que l’on pourrait associer à l’intelligence collective.

  31. Non, internet n’est pas la voix du peuple … du moins pas pour le moment. VOtre article est très intéréssant. Pour ma part, je vois le truc plus d’un aspect technique. Il n’y a pas assez de citoyen, web-averti, pour dire que la population du web représente le vrai peuple. casino en ligne

  32. Vous dites que “le « débat » en ligne est essentiellement animé par une infime minorité des internautes, qui se croit représentative alors qu’elle représente surtout elle-même, et qui, de surcroit, fait aussi partie des élites sociales du diplôme et du revenu, dont elle dénonce pourtant la mainmise sur le débat public.”

    Je m’inscris en faux et j’en donne deux exemples :

    Voyez la pétition mise en ligne sur FaceBook par une certaine Isabelle Buquet et intitulée : “retablir la peine de mort aux pédophiles et violeurs”

    Je vous livre la description in extenso de cette “pétition” sans y avoir modifié quoi que ce soit :
    Je cite : ” Description : la pédophilie ,et les violes sur les femmes sont devenu une mode et mal condanmé ma pensé serais pour ses delis la, de retablir la peine de mort ,et que justice sois faite ! ! ! ”

    Tenez vous bien il y a plus de 300000 personnes qui ont signé cette pétition ! Près de 8300 messages sur plus de 800 pages de commentaires !

    Il suffit de lire ce descriptif, d’analyser cette démarche, et de lire le pedigree de la crétrice de cette pétition pour s’assurer qu’elle ne fait pas partie de l’élite que vous mettez en cause…

    Lisez aussi les commentaires de certains forums, par exemple Libération. C’est le comptoir du café du commerce : vous y relèverez des commentaires hallucinants de bêtise, d’inculture, des âneries telles que mon clavier refuse de les reproduire, qui émanent de personnes qui ont accès à internet, mais n’ont pas visiblement pas eu accès ou été passionnées par les études supérieures, la lecture, l’histoire, la philosophie ou la sociologie… Et pourtant ces commentaires sont parfois adoubés par de nombreux internautes, et je ne parle pas seulement des sujets délicats pouvant dériver rapidement vers le racisme et la xénophobie et où rôdent de nombreux militants frontistes…

  33. @ EagleEye

    Merci de lire toujours ce billet plusieurs mois après sa parution. Savez-vous qu’il s’en est passé des choses depuis sur ce blog ?

    Sinon, je ne trouve pas que votre commentaire soit contradictoire avec mon billet. Que le débat en ligne soit, comme vous le citez vous-mêmes, “essentiellement” animé par une minorité n’empêche pas d’autres gens de s’exprimer. Vous ne croyez pas ?

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