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Info en ligne : les pure-players jouent la transparence

Dans la dernière émission d’@rrêt sur images La ligne [email protected], les responsables de quatre des principaux pure-players de l’information en ligne animés par des journalistes professionnels (François Bonnet, de Mediapart, Pierre Haski, de Rue89, Nicolas Beau, de Bakchich, et Daniel Schneidermann, d’Arrêt sur images), jouent le jeu de la transparence : chiffres de recettes et de dépenses, audience, niveau des salaires, nature et répartition de l’actionnariat, etc.

Il faut saluer cette opération vérité, qui ne fait que souligner le contraste de ces nouveaux sites “de journalistes”, par rapport aux médias traditionnels et à leurs propres sites web, dont presque aucun n’affiche une telle transparence (notamment au niveau des salaires !).

Les informations diffusées tout au long de cette conversation de 1 heure 40 ont été recollées par mézigue. M’indiquer si j’ai fait des erreurs, merci. 😉

Sommaire de la série

Ce billet est le second d’une série de cinq :

Le journalisme et l’information : le débat qui a enfin lieu ?
Info en ligne : les pure-players jouent la transparence

Information et journalisme : les pure- players du net posent les questions qui dérangent
Pour une critique de la critique des médias :o)
– Entre corporatisme et blogosphère, la stratégie de rupture élastique des pure-players de l’info en ligne (à venir)

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Rue89 :

(informations fournies par Pierre Haski)

audience : 1,5 millions de visiteurs uniques (VU) par mois (selon Nielsen). temps moyen de lecture 20 minutes.
équipe : 20 salariés, tous en CDI, dont 15 journalistes.
Salaires : minimum 1800/1900€ (alignés sur la grille de la convention collective des journalistes).
comptes : budget de 1 million €/an (dépenses surtout constituées par la masse salariale), avec 400.000€ de recettes publicitaires et 400.000€ de recettes liées aux activités de diversification (création de sites internet et formation). Soit un déficit cette année de 200.000€ et un espoir sérieux d’atteindre la rentabilité d’ici 2011-2012.
diversification : sortie le 16 juin 2010 d’un magazine mensuel sur papier Revue89 (vente en kiosque), reprenant des contenus publiés sur le site et des inédits. 3,90€. Tirage à 80.000 exemplaires avec l’espoir d’en vendre 30.000. L’objectif est de toucher un autre public que celui qui vient sur le site.
actionnariat : les fondateurs, la société des amis (40 personnes) et 7 investisseurs (“personne n’a plus de 10%, à part les fondateurs”).

Mediapart :

(informations fournies par François Bonnet)

audience : 600.000 VU/mois, 22.000 abonnés individuels, 3000 abonnés en équivalent collectifs (médiathèques, associations, entreprises…). Le nombre d’abonnés a doublé depuis 2009. Le point d’équilibre est à 40.000 abonnés.
équipe : 25 journalistes, tous en CDI, dont 23 débauchés de médias existants et repris à leur salaire “du marché”.
Salaires : entre 5000€/mois au maximum (le directeur éditorial François Bonnet lui-même) et 1700€ net/mois pour le plus jeune embauché.
comptes : 3 millions € de dépenses/an, dont 2 millions € de masse salariale. Déficit “important” de 1,5 million € “cette année”, mais le chiffre d’affaires a “plus que doublé” sur la période. L’équilibre financier est envisagé “pour le début 2012”.
diversification : suppléments trimestriels sur papier, les premiers se sont vendus à 15.000 exemplaires, pour un tirage de 40 à 45.000. L’opération est rentable, “de quelques milliers d’euros”. Un livre, vendu 19,90€ en librairie à 18.000 exemplaires (ce qui est un très bon résultat par les temps qui courent).
actionnariat : (même structure que Rue89 ou Bakchich) les fondateurs, des “amis” (100 personnes) et 3 investisseurs (les informations sont fournies sur le site) (d’autres informations sur les comptes de Médiapart chez @si :o)).

Bakchich :

(informations fournies par Nicolas Beau)

audience : 350.000/400.000 VU/mois (Nielsen), la dernière fois que Nicolas Beau s’était intéressé à la question, ce qui ne semble pas récent… :-))
équipe : 15 journalistes, tous en CDI.
Salaires : entre 1500 et 3000 €/mois, sur 13 mois.
comptes : 1 million € de dépenses/an. “Pour l’instant, nous avons brûlé 2,5 millions €”, avec la nouvelle levée de fonds (700.000 €), “nous avons de quoi tenir 3 mois”.
diversification : la première version de l’hebdo papier a été un échec (30.000 exemplaires vendus au début ; 6.000 à la fin). La nouvelle formule se vend actuellement à 12.000 exemplaires, pour un point d’équilibre à 27.000 exemplaires.
actionnariat : les fondateurs (autour de 20%), la société des amis, présidée par Isabelle Adjani (80 personnes – moins de 10%); deux investisseurs gros actionnaires (un avocat belge et Xavier Niel, de free, mais contrairement à des “rumeurs parisiennes”, l’homme d’affaires controversé Alexandre Djoury, n’est pas actionnaire).

@rrêt sur images :

(informations fournies par Daniel Schneidermann)

audience : 25.000 abonnés (contre 43.000 la première saison), mais “nous plafonnons”.
équipe : 8 salariés
comptes : (informations fournies sur le site) léger déficit en 2009 de 13.243 €, “après un spectaculaire excédent en 2008”. @SI publie ses comptes (pour ses abonnés) : Notre petite entreprise (2009), Notre petite entreprise, an II (2010) – (accès payant).
actionnariat : indiqué sur le site, “Le site est exploité par une Société par Actions Simplifiée, Loubiana (“au capital de 38.500 euros”). Daniel Schneidermann en est pour l’instant le président, et l’associé unique. Cependant, cette société a vocation à accueillir comme associés les partenaires et salariés du site”.

Encore une fois, chapeau pour la transparence, et bravo à Guy Birenbaum pour avoir réussi, grâce à sa bienveillante opiniâtreté, à leur tirer les vers du nez. 😉

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Sommaire de la série

Ce billet est le second d’une série de cinq :

Le journalisme et l’information : le débat qui a enfin lieu ?
Info en ligne : les pure-players jouent la transparence

Information et journalisme : les pure- players du net posent les questions qui dérangent
Pour une critique de la critique des médias :o)
– Entre corporatisme et blogosphère, la stratégie de rupture élastique des pure-players de l’info en ligne (à venir)

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