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Hadopi : et si on s’était trompé de bataille ?

Je lis toujours avec intérêt les billets du très sympathique et passionné Fabrice Epelboin, sur ReadWriteweb, et désormais sur Owni. Son engagement énergique anti-Hadopi était louable. Mais je ne peux m’empêcher de penser que lui et ceux qui l’ont accompagné dans son projet de réseau des pirates se trompent de bataille sur Hadopi et n’ont pas bien identifié les enjeux réels qui s’expriment dans cette affaire.

Un message brouillé et peu mobilisateur

Je ne suis pas loin de penser aujourd’hui que le sens qu’ils ont souhaité donner à leur engagement aura été contre-productif, contribuant à empêcher une large mobilisation sur le sujet (le seul terme de “pirates”, repris comme étendard, était une erreur à mon avis. Lire aussi : Je ne suis pas un pirate, je suis un bateau ivre gonzo).

Ils ont défendu une approche très teintée d’une idéologie d’internet, que je qualifierai de libérale/libertaire, qui est en réalité très clivante et très loin d’être largement partagée en Europe, et notamment en France. Ils ont – surtout – tenté de déplacer le débat de son enjeu réel vers un affrontement entre les industries culturelles et la masse censément unie et aspirant à un idéal libertaire des internautes, alors que ce n’était pas là le débat décisif.

Du coup beaucoup n’ont rien compris à ce message brouillé, et les autres ne se sont pas sentis concernés.

Il y a quatre acteurs dans cette bataille

Il s’agit en effet d’une autre bataille, qui se joue à quatre. Elle oppose les industries d’internet, des télécommunications et de l’informatique, aux industries culturelles et médiatiques. L’enjeu, c’est le partage du bénéfice de la tonte des consommateurs sur internet. Et si le gouvernement intervient dans cette bataille, c’est en partie en défense des intérêts de sa clientèle, et en partie par effet d’aubaine, car il y trouve un moyen d’accroître son contrôle sur internet, qu’il estime aujourd’hui insuffisant. Quant aux artistes et aux auteurs, personne ne se soucie d’eux en réalité dans cette affaire, ils n’ont été mobilisés que comme des alibis.

Dans un billet marqué par une exaltation très prononcée de la technologie et une vision très naïve de la culture (publié sur Owni et ReadWriteWeb), Fabrice réécrit ainsi cette histoire d’Hadopi comme une bataille contre des ““adversaires” (qui) posent leurs argumentations sur l’ignorance et la peur en se raccrochant à des modèles mentaux obsolètes, appelés à la rescousse pour comprendre, dans l’urgence, la situation”. Le cœur de son argumentation est que “l’élite ne comprend pas LA technologie”, qu’elle pense le monde comme si nous étions toujours au temps des “machines” alors que nous sommes entrés dans l’ère “digitale”.

Le véritable combat se joue en coulisses

Samuel, sur Authueil, avait quant à lui, dès le 6 mars, fort bien situé où se déroulait la véritable bataille : en coulisses (Les surprises d’Hadopi), à l’occasion du dépôt d’un mystérieux amendement “ballon d’essai” (mystérieux car tout porte à croire que le texte a été rédigé en réalité par un lobby. On ne sait pas lequel, mais on peut essayer de deviner B-)).

Parce que cet amendement, c’est du lourd, du très lourd. Il fait peser sur les FAI une menace de poursuites judiciaires telles qu’ils vont, spontanément, se lancer dans le filtrage. Ni plus, ni moins ! Les promoteurs de ce projet de loi hadopi révèle ainsi qu’ils sont conscients du caractère inefficace de ce texte, et qu’il est bien plus facile d’imposer le filtrage par les FAI. Mais comme il est politiquement délicat de le leur imposer, on fait peser sur eux une responsabilité qui les obligera à filtrer s’ils ne veulent pas être poursuivis. Car vous pouvez compter sur les majors pour que des poursuites soient engagées. Le message de Besson (le saltimbanque, pas le ministre) est explicite : l’ennemi, c’est free.

Contrairement à ce qu’avance Fabrice au sujet de la stratégie mise en œuvre par les industries culturelles et médiatiques (ces dernières étaient aussi de la partie et elles ont aussi fait passer quelques unes de leurs propres dispositions-maison à l’occasion d’Hadopi (modification du droit d’auteur des journalistes et création d’un statut des entreprises de presse en ligne), mais elles l’ont fait plus discrètement – lire sur Authueil : Les à-côté d’Hadopi), leur attitude montre bien que ces gens ont fort bien compris de quoi il s’agissait.

Des gens qui savent très bien ce qu’ils font

La bataille ne se déroule pas entre ceux qui ont compris “La” technologie, comme dit Fabrice, et ceux qui végètent dans un archaïsme crasse. Mais bel et bien entre des puissances industrielles et commerciales, qui ont au contraire un sens aigu de leurs intérêts respectifs.

Nous avons d’une part les industries des télécommunications, de l’informatique et d’internet, qui tirent actuellement tous les marrons du feu du boom du web ces dernières années. Elles encouragent les internautes (surtout les jeunes) à échanger tout et n’importe quoi sur le réseau (sans trop se soucier de savoir de quoi il s’agit, car là n’est pas le problème).

Il s’agit surtout de leur vendre toujours plus de matériels et de logiciels pour se connecter, toujours plus de meilleures connexions (le piratage a été incontestablement utilisé comme argument commercial pour le haut débit par certains opérateurs), en les encourageant à rester connectés le plus longtemps possible, pour y être exposés un peu plus encore à la publicité. Il ne s’agit nullement pour eux, contrairement à ce qu’espère benoîtement Fabrice, de favoriser la liberté et l’épanouissement des individus par le partage gratuit de la culture : c’est une stratégie purement commerciale !

Face à eux, nous avons les industries culturelles et médiatiques. Leur modèle économique est de produire des contenus intéressant ou séduisant le public et de les lui vendre. Au besoin en les “sur-vendant”, en forçant un peu la vente par de judicieux groupages de produits unitaires (les albums, ou les journaux), et de sophistiqués programmes de promotion (StarAc pour les uns, idéologie du journalisme démocratique pour les autres).

La formidable entourloupe commerciale du web 2.0

Les industries d’internet ont espéré un temps réussir à remplir leurs tuyaux avec du contenu gratuit produit par les utilisateurs eux-mêmes (la formule était osée, mais assez géniale, il faut le reconnaître). Les entrepreneurs de la Silicon Valley et quelques consultants et intellectuels complices de l’opération ont alors monté une formidable opération de markéting pour encourager les internautes à produire eux-mêmes le contenu auquel on leur vendait l’accès : cette formidable entourloupe commerciale a été désignée sous le terme de web 2.0. De nombreux internautes naïfs ont marché dans la combine au point de se l’approprier et de croire qu’ils en étaient les acteurs…

Mais ça n’a pas suffi. Car les contenus que les internautes préfèrent échanger, ce ne sont pas tellement ceux qu’ils produisent eux-mêmes, que ceux qui sont produits… par les industries culturelles et médiatiques (le “cas” Susan Boyle est, à ce sujet, édifiant).

Or ces contenus sont protégés par une carapace juridique, qui se nomme la propriété intellectuelle, précisément conçue pour garantir aux industries culturelles et médiatiques leur exploitation exclusive. Pour assurer la circulation la plus fluide possible dans leurs tuyaux, les gestionnaires des tuyaux veulent des contenus gratuits, ou les moins chers possibles. Mais les internautes préfèrent les contenus professionnels, que leurs propriétaires souhaitent justement vendre le plus cher possible…

C’est là que le modèle économique des fournisseurs de tuyaux et celui des fournisseur de contenus à injecter dans les tuyaux révèlent leur profonde incompatibilité, voire leur antagonisme. Et c’est de là qu’est né ce bras de fer, dont Hadopi n’est qu’une bataille dans une guerre loin d’être achevée.

L’un finira par racheter l’autre…

Quand de tels conflits économiques se produisent, la logique veut que l’un rachète l’autre. C’est peut-être ce qui arrivera finalement, mais pour le moment aucun des combattants n’a jeté l’éponge et chacun continue à jouer la partie pour son propre compte. On dit, par exemple, Google tenté de racheter le prestigieux mais déliquescent New York Times, mais il serait encore trop cher. Il convient peut-être d’attendre encore qu’il se délite un peu plus, pour le ramasser finalement pour presque rien…

La première vraie bataille s’est déroulée sur ce que l’on appelle le champ des DRM (illustrée en France par le débat controversé sur la loi DAVSI). Il s’agissait “d’embarquer” la protection de la propriété intellectuelle au cœur même des fichiers numériques des œuvres “professionnelles” circulant sur le réseau, par des mesures techniques anti-copie. L’opération a échoué, sans qu’il soit tout à fait possible de discerner la part dans cet échec des réelles difficultés techniques pour mettre en œuvre de tels dispositifs, et celle, si ce n’est du sabotage, en tout cas de la mauvaise volonté des industries d’internet.

Hadopi constitue la seconde bataille, en attaquant le problème à un second niveau : pister sur le net la circulation des contenus protégés, et intervenir après l’échange par la sanction. On sait bien que cette approche à de grandes chances de se révéler inefficace et l’on a toutes les raisons de soupçonner, comme Authueil, qu’elle n’est destinée qu’à préparer l’allumage ultérieur du troisième étage de la fusée : la protection “à la source”, par l’imposition du filtrage aux fournisseurs d’accès internet eux-mêmes.

“Le président de la République actuel a un plan”

Je suis très tenté de partager aujourd’hui la thèse fort documentée de Guillaume Champeau, sur Numérama : Décryptage : Sarkozy et son oeuvre de contrôle du net.

Le journaliste met bien en évidence la réelle cohérence en marche dans la progression de l’œuvre législative du gouvernement en matière d’internet, de Davsi à Hadopi, bientôt Loppsi…

“Le président de la République actuel a un plan”. C’est la première phrase du livre de François Bayrou, Abus de Pouvoir, et l’on peut la vérifier au moins en ce qui concerne le contrôle du net. (…)

Petit à petit, les pièces du puzzle s’assemblent et l’image se révèle sous nos yeux. Le projet de loi Création et Internet n’a pas encore été promulgué que déjà le morceau suivant s’apprête à faire son apparition. Projet de loi après projet de loi, décret après décret, nomination après nomination, Nicolas Sarkozy prépare méthodiquement les moyens pour le gouvernement de contrôler Internet… et les internautes.

Les intérêts d’un gouvernement, qui souhaite plus de contrôle sur internet et le montre clairement par son action, rencontrent manifestement ceux des industries culturelles et médiatiques dans le conflit qui les oppose aux industries d’internet, des télécoms et de l’informatique. De là à imaginer qu’une alliance se soit formée… peut-être un certain soir… au Fouquet’s…

Et les internautes dans tout ça ? Et les artistes, et la “culture libre” de Fabrice, la défense d’un internet du partage libre de la culture ? Sérieusement, vous croyez vraiment que c’est de ça qu’il est question ?

Oui mais “LA” technologie, m’objecte déjà Fabrice, est libre, gratuite et coopérative par nature, presque par essence ! Cette entreprise ne marchera jamais car elle va contre l’esprit de “LA” technologie, qui ne se laissera pas faire.

Un combat de défense du citoyen-consommateur

Pour l’instant, à mon avis, les “pirates” sont surtout intervenus dans ce débat en supplétifs involontaires (mais probablement bienvenus) de la défense des intérêts des industries d’internet. Et c’est là que ça me pose problème.

La défense des intérêts de Google, Microsoft, Yahoo!, Apple, Intel, Orange, Free, et les autres, ce n’est pas mon combat. La défense d’une idéologie de la technologie ou de la “free culture” non plus.

S’il apparait plus nécessaire que jamais d’intervenir dans la bataille assez titanesque qui se joue en ce moment, c’est au nom d’autres valeurs que je suis prêt à le faire : celles de la défense du citoyen, qui est aussi un consommateur. C’est peut-être moins exaltant, mais ça me semble plus réaliste et concret, bref, pragmatique.

72 Comments

  1. Très très bon article.

    Enfin un article intelligent sur le sujet ! Merci !

    Les initiateurs du Réseau des pirates sont non seulement à côté de la plaque sur le fond, mais contre-productifs.

    Soit ils n’ont rien compris au sujet, soit ils ont juste tenté une récup sur un mode perso/démago, brouillant tout l’enjeu réel. Ce débat anti Hadopi, tel qu’ils le présentent, est devenu écoeurant de manichéisme et de démagogie.

    Alors merci narvic de remettre un peu d’intelligence des choses dans ce débat. 🙂

    Votre ancien article prenant la défense de l’auteur, préféré à une vague “conscience collective 2.0” était déjà très bon.

    Ce dont le Web manque de plus, c’est bel et bien de vrais auteurs. Les réseaux commencent à devenir le réservoir de la médiocrité.

    Je n’en peux plus d’entendre le mot “réseau social”, mis à toutes les sauces, pour cacher le vide de la pensée (et pour empocher des contrats juteux) !

    Qu’un auteur intelligent fait du bien, se distinguant du brouhaha mi-puéril mi-malhonnête des “réseaux sociaux pirates”… !

  2. “Car les contenus que les internautes préfèrent échanger, ce ne sont pas tellement ceux qu’ils produisent eux-mêmes, que ceux qui sont produits… par les industries culturelles et médiatiques”

    Comme on l’a vu avec l’exemple de Barbara… C’est gratuit sur Internet, mais produit par la vieille industrie.

    Tout le problème d’Internet est résumé ici.

    Le contenu gratuit généré par les Internautes n’est finalement pas si intéressant que cela.

    Le contenu qui intéresse a un coût. Il trouvait son financement dans l’ancien système. Il est en panne de financement avec le Web 2.0

  3. Le jeu en 3 bandes qui est décrit est remarquable, et c’est un billet qui montre qu’un contenu fourni par un utilisateur a de la valeur 🙂

    Quelques remarques :

    – Je crois qu’il ne faut pas trop mettre les industries Telco dans le même sac que les acteurs web type Google. Ainsi il y a 4 acteurs : Telco, Web, Industries Culturelles, gouvernement, chacun avec des intérêts et une stratégie différente.

    – Finir l’article en rappelant que nous sommes des consommateurs est un peu surprenant car si il y a bien une figure dans laquelle tous veulent nous maintenir c’est bien celle du consommateur. Ainsi le pragmatisme évoqué en fin d’article nous condamnerait-il à ne pas imaginer une autre figure que celui du consommateur : par exemple la figure de l’amateur dans une économie de la contribution ?

    Je crois que la défense du consommateur est nécessaire, mais pas suffisante.

  4. Très bon article, qui tranche avec l’unanimisme ambiant sur le net. Il me semble en effet que les anti-hadopi sont tombés dans un absolutisme qui nuit à leur combat. Le prisme très technophile de leur approche empêche une reprise plus large de leurs arguments, même si sur le fond ils ne sont peut-être pas aussi naif que vous semblez le penser.

  5. Je ne suis pas un admirateur béat de LA technologie, mais on peut reconnaître que les technologies numériques et le web en particulier changent pas mal de choses dans le stockage et la diffusion de l’information. Et puisque tu préfères être pragmatique, disons que le changement majeur se réduit à ceci : des coûts de reproduction nuls. Tous les médias traditionnels ont des coûts incompressibles de reproduction (presse, audiovisuel, disque). Et ça change quand même une chose importante, ça interdit définitivement une économie de la rareté, ou le contrôle des prix par l’offre. Je crois que ce n’est pas loin d’être inédit dans l’histoire.

    PS: (hors sujet) cher narvic, tu m’as bloqué sur twitter, j’espère que je ne suis pas celui-là. Ce serait un malheureux contre-sens. 🙂

  6. “c’est un billet qui montre qu’un contenu fourni par un utilisateur a de la valeur”

    Je crois que narvic est journaliste à la base, non ?

    Bien sûr qu’un auteur peut s’exprimer sur Internet. Narvic est un auteur, plus qu’un “utilisateur 2.0”, jetant son opinion sans réflexion ni analyse sérieuse.

    Le mythe du Web 2.0 c’est de tendre à remplacer la notion d’auteur par la notion d’une discussion collective où l’intelligence du tout l’emporte sur l’intelligence des parties: le média social remplace l’auteur.

    Hélas on voit que trop souvent la réunion des parties conduit à un tout de piètre qualité, manipulé et émotionnel. Dont le plus solide est encore ce qui est pompé sur le contenu pro.

    On sait depuis longtemps que l’audience massive ne va pas à la qualité: TF1 l’emporte sur arte ou France 5.

    Mais les mythologues du Web 2.0 ont fait croire que la masse allait, sur Internet, construire le meilleur des contenus.

    Certains critiquent TF1 mais aboutissent, à force de mettre en avant le “média social”, à un nouveau TF1 : on voit avec Le Post la piètre qualité des intérêts de masse, sur Internet comme ailleurs.

    Certains ont à s’interroger sur le mythe d’une création populaire, par et pour le peuple.

    L’égalitarisme du Web 2.0 rejoint au fond le nivellement par le bas de TF1 : dans les deux cas, c’est la culture et l’intelligence qui perdent.

  7. superbe article.

    je partage le point de vue, radical mais juste, sur le projet du gouvernement, mais en rien celui sur l’erreur de placement du curseur : en effet, c’est bien une version “beta” d’un “pacte pour les libertés numériques” qu’a proposé le réseau (“des pirates” – et là oui, c’est une connerie que d’avoir choisi ce terme 😉 et ce sont bel et bien ces libertés numériques, c’est à dire les libertés fondamentales, parfois nouvelles, nées du monde post-internet qu’il s’agit en priorité de débattre et de défendre (donc de tenter de définir), associé à la problématique (qu’aucun ne résoudra en claquant du mulot) d’une plus juste répartition des richesses vers les véritables créateurs de “l’industrie culturelle” /-)

    J’espère que tu accepteras que ce billet soit cross-posté sur la soucoupe, je pense que ce débat de fond y a toute sa place. C’est en ce sens que beaucoup s’y investissent 😉

  8. “ce sont bel et bien ces libertés numériques, c’est à dire les libertés fondamentales, parfois nouvelles, nées du monde post-internet qu’il s’agit en priorité de débattre”

    Il n’y a pas de défense des libertés qui vaille, sans défense de l’économie de la création.

    Pour le moment les propositions des pirates à ce sujet sont très en-deça des besoins. Ils proposent un financement au rabais, en croyant par exemple que toutes les dépenses des studios sont de l’argent perdu.

    Un artiste ne crée pas son contenu, directement face à un consommateur, sans intermédiaires. Quelques auteurs le font, mais l’économie de la création culturelle ne se limite pas à quelques auteurs.

    Le monde des studios est trop pointé du doigt comme purement parasitaire, alors qu’une histoire de la musique, comme une histoire du cinéma, montre l’importance de la part prise par les studios au processus de création (et pas seulement le financement).

    Comme le rappelle narvic, le public s’intéresse peu au contenu bâclé, créé par la gratuité 2.0

    Au fond, il s’intéresse au contenu produit par l’industrie. C’est ce contenu qui s’échange sur YouTube, par petits morceaux choisis.

    Ce contenu a un coût.

    Les pirates doivent prendre en compte ce juste coût, et ne pas s’imaginer qu’avec une licence globale au rabais on remplit les besoins de financement.

    Le rachat des producteurs de contenu par Google poserait un sérieux problème de concentration des pouvoirs, encore et toujours dans les mêmes mains de Google…

  9. En même temps, on n’est pas en désaccord sur le fond, et quand quelque chose sort du cadre, c’est le cadre qu’il faut changer (© Anna Arent).

    Reprenons.

    Sur le réseaux des pirates, tu as raison, cette terminologie ‘pirate’ était une connerie dans laquelle on s’est laissé embarquer. Autant ce concept exogène peut être porteur ailleurs, autant ici il ne résonne pas. Mea culpa.

    Sur l’efficacité du mouvement, tu as tord, mais en même temps, son efficacité s’est révélée là où nous ne l’attendions pas du tout, et a été assez invisible : celui d’établir une passerelle avec les politiques, des leur apporter les dimensions techniques de leurs argumentations et de leurs amendements, de sensibiliser des membres de l’establishment politique (eux même partis prenantes du réseaux des pirates) et qui a permis au PS d’oser réaliser un coup d’état ‘light’ sans lequel Hadopi aurait continué à être censuré par l’ensemble des média. Là dessus, c’est une réussite totale, mais je mentirai en affirmant que nous l’avions prévu, ce n’est pas du tout ce que nous avions en tête en lançant le réseaux des pirates.

    Aujourd’hui, pas un jour ne passe sans un article pondu par des journalistes professionnels sur Hadopi, alors que l’ensemble de la presse lisait le rat-pack anti Hadopi depuis déjà longtemps sans broncher (pcimpact/ecrans/numérama/rww/quadrature), lui même partie prenante du réseau des pirates. Si ce n’est pas une victoire, je ne sais pas ce que c’est (avec un effet de bande improvisé, j’en conviens). Honnêtement, pas un seul d’entre nous ne pensait qu’on pourrait empêcher Hadopi, nous n’avions que pour ambition de porter le débat sur la place publique, ce qui est arrivé après le vote ou presque (et là dessus, on avait plus d’ambition, il faut le reconnaître).

    Sur le problème de l’opposition industrie de l’informatique/des tuyaux vs. industrie de la Culture/Media, ce n’est pas que tu as tord, et je doute que tu ai mal interprété mes propos : la ‘technologie’ que je porte au nues est soutenue par le Libre, l’Open Source, et tout ça (tu ne va tout de même pas m’accuser de soutenir Microsoft, non ?). Ce mouvement (idéologique ? mouis… bof, en effet) est très nouveau et ne se laisse pas caser dans les shémas anciens. Tu le reconnais toi même implicitement en lui accolant deux qualificatifs que personne il y a peu n’aurait oser associer : libéralisme et libertaire.

    En réalité, c’est vraiment autre chose qu’il nous appartient d’explorer (et dans lequel on trouve en effet un remix de liberalisme et de libertaire), et c’est clairement un concept (idéologie, politique, whatever, à la limite peu importe pour l’instant) né de la technologie (Stallman) et qui déborde ces dernier temps sur tout et n’importe quoi (Culture libre, par exemple, qui n’est pas LA culture mais UNE façon de voir la culture, qui n’a guère d’autre ambition pour l’instant que de voir son existence reconnue, et n’a jamais prétendu à tout renverser lors d’un grand soir quelconque). Ce n’est pas une vision lnaïve de LA culture que je propose mais celui d’une forme que prend sa transmission (et qui impacte sur sa forme et son contenu, bien sûr). Mon point de vue (notamment dans la métaphore de l’écosystème technologique que je martèle en ce moment) est que c’est cela, le cadre de lecture que je propose pour la bataille/guerre.

    Maintenant, pour revenir à ton titre, nous sommes nous trompé de bataille… a priori non, le vrai problème que tu soulève à juste titre est celui de la guerre, pas de la bataille. Celle-ci n’a en effet pas grand chose à voir avec Hadopi, c’est plutôt du coté de Loppsi qu’il faudrait aller voir (c’est d’ailleurs l’une des ambitions d’owni).

    Reste que cette bataille aura permis de mettre pas mal de choses sur le tapis, dont, il est vrai, une sérieuse remise en perspective des illusions professée par le web 2 (tu admettra que pour ma part je n’ai jamais hurlé avec les loups à cette époque, tout juste quelques jappements mal contrôles). cf mon billet sur Susan Boyle.

    Bien sûr qu’il y a une place pour les contenus professionnels dans le monde de demain (Dieu merci), et bien sûr qu’en matière de production industrielle de la médiocrité, les professionnels sont les plus forts (Enguerrand, tout comme toi, avez raison là dessus). Mais n’oublions pas une autre triste réalité : la médiocrité professionnelle (qui ne doit pas faire oublier la qualité qu’on y trouve aussi), est diluée dans une masse de médiocrité amateur (et on y trouve aussi de la qualité), diluant d’autant la manne publicitaire (qui elle n’augmente pas, contrairement à la masse des contenus sur le web), provocant une crise de la monétisation des contenus à laquelle les amateurs sont finalement bien moins sensibles. La monétisation sur le web n’a que très peu de rapport avec la qualité des contenus (en tout cas jusqu’à l’arrivée massive de campagne de branding qui pourrait changer les chose – par opposition aux campagne de promo où le CPM cède la place au CPC et au CPA).

    Au final, le point fondamental de désaccord entre nous (car il y en a un, tout de même), c’est qu’aux quatre acteurs de la guerre en cours que tu nommes (pas de la bataille, j’insiste), s’ajoute en réalité un cinquième, dont je me fait justement l’ardent défenseur, et qui justement sort du cadre : celui d’une technologie libre et ouverte (pas de Google et Yahoo, donc, qui n’en sont, au mieux, que des utilisateurs), qui se fout (presque totalement) des enjeux économiques, et qui malgré tout a un poids très conséquent.

    Je vous renvoi à ce sujet sur le billet qui est – entre autre – à l’origine de celui de Narvic, où je propose une métaphore de la technologie comme écosystème.

    Pour finir sur la conclusion de Enguerrand, reprenant Narvic : « ce sont bel et bien ces libertés numériques, c’est à dire les libertés fondamentales, parfois nouvelles, nées du monde post-internet qu’il s’agit en priorité de débattre »

    Vous avez absoluemtn raison tous les deux, c’est bien l’enjeux de la guerre en cours dont Hadopi n’était que la première bataille. Vous aurez j’imagine remarqué tous les deux que le “réseau des pirates” proposait de signer un “pacte des libertés numériques”. Ces deux composantes étaient bel et bien présentes dès le départ. Reste à laisser tomber, ou tout du moins isoler le coté ‘pirate’ un peu trop ado rebelle pour se focaliser sur les libertés numérique. C’est en cours. C’est ce qui nous a poussé, après le relatif échec du réseau des pirates à passer à autre chose.

    La bataille d’Hadopi a-t-elle préparé le terrain de cette bataille des libertés numériques ? J’ai tendance à croire que oui, mais seul l’avenir nous le dira… Vouloir gagner une guerre en une bataille, vous l’avouerez, est tout de même prétentieux, mais j’ai le sentiment que la bataille de Loppsi, du coté de ceux qui veulent museler/contrôler internet, sera bien plus difficile à mener, non ?

    Si c’est la cas, alors non, on ne s’est pas trompé de bataille. Si la parlement Européen annule ses travaux précédents et que Loppsi passe comme une lettre à la poste, alors oui, on se sera royalement planté, et comme toujours dans ces cas, on fera comme Loic Lemeur, on partira en exil… (ou comme Victor Hugo, oui, c’est mieux, finalement, Hugo, c’est tout de même plus classe).

  10. tu simplifie à mort mais en même temps, le ‘message’ des pirates (en dehors du pacte des libertés numérique) est particulièrement bordélique et mal coordonné, si ce n’est pas du tout. Tout cela plaide en effet pour la mise au placard de ce terme dans lequel s’invite tout un tas d’individus contribuant à brouiller le message. L’idée de faire la passerelle entre pirate et liberté numérique était naïve, la dessus, toi et Narvic avez raison…

  11. “Pour finir sur la conclusion de Enguerrand, reprenant Narvic : « ce sont bel et bien ces libertés numériques, c’est à dire les libertés fondamentales, parfois nouvelles, nées du monde post-internet qu’il s’agit en priorité de débattre »”

    Je citais Nicolas Voisin.

    Personnellement, au contraire, je suis moins préoccupé par le sujet des libertés que par celui de l’économie de la création, et la qualité de la création.

    Concernant les libertés, il faudra cesser de tout voir par rapport aux vieux acteurs : Etats, Microsoft, etc.

    Et prendre en compte l’hégémonie du nouveau pouvoir : Google.

    Google, qui étend ses tentacules en surfant sur ce monde du gratuit que vous défendez comme un paradis innocent.

    Je me demande quelle sera la liberté d’un homme entrant en conflit avec Google… (On voit déjà Google utiliser ses algos pour bloquer la fuite de ses cerveaux…)

  12. Désolé, autant pour moi, je croyais que c’était de vous. Dans ce cas là, en effet, nous sommes dans des camps adverses. Je place les libertés au dessus de l’économie… Comme quoi, je suis probablement plus libertaire que libéral, malgré un passé chargé 😉

    Je comprends que le potentiel pouvoir d’un google qui absorberait les média vous fasse peur (moi même…), j’ai plus de mal à comprendre pourquoi l’état actuel, en France, particulièrement, de la concentration des pouvoir et des actionnaires qui sont derrière les média ne semble pas vous inquiéter… On risque, tout au plus, de passer d’un monopole à un autre (ce n’est pas une raison pour ne pas s’en inquiéter, je vous le concède).

  13. Autre chose, je ne suis pas du tout un adepte du gratuit et de google, mais du Libre. Votre confusion vient sans doute du terme Free, qui désigne en anglais l’un et l’autre, mais cela n’a rien à voir. Et si votre lutte concerne le frein a mettre au tout gratuit, vous vous trompez d’adversaire.

    Autant le Libre est quelque chose que je défendrais bec et ongles, autant le tout gratuit est une connerie, qui détient, ceci dit, un potentiel en terme de nouveaux modèle économique, mais ce n’est pas une raison pour tout miser dessus, c’est clair.

    Je vous invite cependant à réfléchir sur le modèle (payant) du flux par opposition au paiement à l’acte ou à la durée (soulevé d’ailleurs par Narvic dans son billet comme un des point importants de l’évolution non technique qui nous à mené à la situation actuelle).

  14. “Je place les libertés au dessus de l’économie… ”

    Attention, je parle de créations !

    Ne réduisez pas l’enjeu à “libertés”, versus “gros sous”.

    La création, la culture, c’est une valeur qui a autant d’importance que la liberté.

    Qu’est-ce que la liberté dans un monde sans créations, appauvri ?

    La création ne se fait pas sans argent. Pensez à ce que coûte un film !

    Ce que je reproche aux pirates, c’est justement de diaboliser les artistes qui défendent l’économie de la création, comme s’il s’agissait uniquement d’intérêts financiers égoistes.

    Les films à plus petit budget, c’est déjà 300 000 dollars. Pour récolter 300 000 dollars sur Internet, c’est pas simple.

    Même en réduisant les coûts des films (actuellement la moyenne pour un film c’est plusieurs millions de dollars), on est forcé de s’intéresser à l’économie de la création, et de comprendre que c’est pas simple.

    On ne produit pas un film comme un logiciel libre.

  15. “l’état actuel, en France, particulièrement, de la concentration des pouvoir et des actionnaires qui sont derrière les média”

    Rien qu’en France, vous avez plusieurs groupes.
    Dans le monde, vous en avez des dizaines.

    Le pluralisme des acteurs reste plus grand que la situation de Google, qui ne connait pas un seul concurrent d’égal niveau.

    Google contrôle votre correspondance (Gmail: même si vous ne l’utilisez pas, vos correspondants peuvent l’utiliser), indexée;

    votre navigation (barre Google ; Chrome, Google Analytrics, Google Adsense, etc)

    Google hiérarchise la distribution du contenu.

    Google photographie les rues du monde entier…

    Google veut stocker vos informations médicales…

    Maintenant Google veut racheter les médias…

    Google conseille le Président de la première puissance mondiale…

    Remplacez “Google” par “Sarkozy”, et vous n’accepteriez pas une seule seconde une telle concentration titanesque.

    Aujourd’hui Google est “gentil”. Imaginez demain un dirigeant d’une autre nature, à la tête d’un tel empire ? Cette concentration est sans équivalent dans toute l’histoire de l’humanité.

    Le génie de Google, c’est d’avoir combattu le Diable (Microsoft), et d’avoir ainsi gagné sa popularité dans l’imaginaire des libertaires.

  16. et qu’est ce que la création sans liberté ? Le réalisme soviétique ?

    Certes, nous usons tous deux de raccourcis, mais malgré tout, il y a bien une question de hiérarchie de valeurs. Il y a dix ans, votre raisonnement économique sur la création dans le logiciel était défendu par Microsoft. Aujourd’hui, force est de constater que le ‘Libre’ est apte a créer autant si ce n’est plus de valeur que l’économie classique, pour ce qui est du logiciel, tout du moins.

    N’oubliez pas qu’il a fallu presque 40 ans pour en arriver là (de Stallman à Mullenweg, en quelque sorte).

    Pour le cinéma, on en est loin, très loin, c’est clair. Et encore un fois, l’arrivée de ce mode de création de valeur n’a pas pour vocation d’éliminer tout autre mode, loin de là.

    Dois-je vous rappeler par ailleurs qu’il n’a jamais été démontré que le ‘piratage’ portait un quelconque préjudice à l’industrie de la Culture ? Les exemples abonde, je vous renvoi pour cela à un vieux et très long billet… Ces deux monde peuvent non seulement cohabiter, mais être parfaitement enrichissants l’un pour l’autre…

  17. Oui, en France, vous avez quelques groupes, dont TOUS les dirigeants sont bien plus que des conseillers du président, ce sont des amis (et même ‘un frère’ pour reprendre les propos du président).

    Le pluralisme reste plus grand que la situation de Google ? Pas sûr.

    Objectivement, c’est bonnet blanc et blanc bonnet, les deux situations me semblent scandaleuse et sont toutes deux une grave menace pour l’avenir de la démocratie. Se battre contre l’hégémonie de Google, why not, mais si cela revient à faire de Google l’arbre qui cache la forêt, non.

  18. “Remplacez « Google » par « Sarkozy », et vous n’accepteriez pas une seule seconde une telle concentration titanesque.”

    Remplacez Google par Lagardère, Dassult et TF1, et oui, vous avez raison, je n’accepte pas une telle concentration titanesque.

    Vous voyez, on est d’accord 😉

  19. “il n’a jamais été démontré que le ’piratage’ portait un quelconque préjudice à l’industrie de la Culture ?”

    Le piratage des films n’est pas très performant aujourd’hui, parce qu’il est contraint par l’illégalité, le poids des fichiers, la lenteur des réseaux Torrent.

    J’ai été forcé de télécharger une copie pirate d’un film, parce qu’il n’existait sous aucune forme dans le circuit légal, ni DVD ni VOD (c’est un vieux film):

    il m’a fallu 30 heures via torrent !

    30 heures de téléchargement pour avoir un film… Cela limite forcément.

    Puis, on continue d’aller au cinéma: tout le monde n’a pas encore le Home Cinéma.

    *

    Mais regardez ce qui se passe dans les médias : le piratage (= la reprise d’informations sans payer la source) a bel et bien détruit l’économie du journalisme.

    Si le piratage a détruit l’économie des médias papier, c’est parce qu’il est beaucoup plus simple de pirater une info qu’un film.

    En soi, le piratage détruit l’économie de la création ; mais à la condition que le piratage soit simple techniquement.

    Le cinéma est techniquement mieux protégé du piratage que la production journalistique, mais pour combien de temps ?

    Ce que redoute les créateurs culturels, c’est d’en arriver à la situation des journalistes: le moment où il est trop tard.

    Ils maintiennent la pression pour compliquer au maximum le piratage, ce qui le maintient à un niveau préservant le circuit financier légal.

    Leur angoisse, ce serait qu’on s’échange aussi facilement les films, gratuitement, que les infos: ils connaîtraient alors le sort des journalistes papier. Le piratage contient bien en soi une menace de mort pour les créateurs de contenu.

  20. Les industries d’internet ont espéré un temps réussir à remplir leurs tuyaux avec du contenu gratuit produit par les utilisateurs eux-mêmes (la formule était osée, mais assez géniale, il faut le reconnaître). Les entrepreneurs de la Silicon Valley et quelques consultants et intellectuels complices de l’opération ont alors monté une formidable opération de markéting pour encourager les internautes à produire eux-mêmes le contenu auquel on leur vendait l’accès : cette formidable entourloupe commerciale a été désignée sous le terme de web 2.0. De nombreux internautes naïfs ont marché dans la combine au point de se l’approprier et de croire qu’ils en étaient les acteurs…

    … je sais même pas quoi répondre …

    Je retourne benoîtement à mes trucs naifs de web sémantique…

  21. piratage=reprise d’information sans payer la source ?

    désolé, là, je ne vous suivrai pas la dedans. C’est un problème posé à l’économie des média, d’accord, mais confondre dans le même problème ces deux choses, non.

    Le piratage, c’est la copie et le partage à l’identique d’un fichier copyrighté, point, barre.

    Ce que vous évoquez est tout autre chose, et l’on s’éloigne fort du sujet.

    Pour revenir sur le film, 30 heures, outre e fait que vous n’avez pas forcément accès aux bon trackers, qu’est ce que c’est par rapport à l’attente que le film soit diffusé sur TF1 mardi prochain ?

    Vous essayez de calquer un modèle de consommation basé sur l’immédiateté sur un modèle technologique qui ne l’est pas. Tout bon pirate vous expliquera que c’est le modèle de consommation qui s’est adapté en renonçant à l’immédiateté. La technologie induit les usages (et vice versa). Notez que des modèles d’accès payants (ou payés par la pub) sont nés sur la seule valeur ajoutée de l’immédiateté (VOD ou stream de la musique comme Deezer). Notez également que des technologies de P2P permettent désormais (c’est encore balbutiant) de proposer les deux…

  22. Narvic est très remonté contre le web2, mais ne laissons pas cela nous détourner de ce qu’il apporte au débat Hadopi, son point de vue est utile pour avancer (et continuer le combat) 😉

  23. Le débat – très intéressant – entre Enguerrand et Fabrice montre, à mon avis, ce qui a été raté dans le débat sur Hadopi : la Culture ! Les artistes et les auteurs ! Et leur relation avec le public.

    La situation qui s’effondre n’était pas satisfaisante (le règne des majors n’est pas particulièrement favorable à la création), mais celle qui se met en place ne l’est pas non plus (comment financer la création ?). Il ne s’agit pas de choisir un camp dans un affrontement binaire (c’est ça que je reproche à la démarche des “pirates”) mais de proposer une troisième voie entre deux logiques industrielles.

    Une 3e voie qui permette de concilier les aspirations des artistes et de leur(s) public(s) : internet recèle un très gros potentiel pour établir de nouvelles relations entre eux, en marge des industriels des deux bords. C’était censé être la mission d’un ministère de la Culture (dans l’esprit de Malraux), de s’inscrire dans cette logique d’accès à la culture et d’éducation populaire : mais sur ce coup, il a trahi et se consacre à de basses besognes.

    C’est qu’il faut intégrer – en plus ! – l’offensive dans l’affaire du gouvernement, dont on a bien des raisons de soupçonner que ses intentions ne sont pas bienveillantes.

    La tactique du pied dans la porte, bien décrite par Guillaume Champeau, se révèle très adroite et très difficile à contrer : qui peut en effet se déclarer favorable au piratage (à part, justement, les “pirates” !) ? -> Davsi/Hadopi… Qui peut se déclarer favorable aux pédocriminels ? ->Loppsi… Et pour le package que nous prépare en ce moment le gouvernement sur la presse (il en reste encore à venir ! code de déontologie, réforme de la diffamation, labellisation des sites), qui peut se déclarer favorable à la diffamation ?

    Le gouvernement est manifestement très bien préparé dans cette offensive multiple, et le plan de bataille est probablement réfléchi de longue date. L’opération improvisée des pirates, à mon avis, a plombé le débat Hadopi, en le détournant des enjeux réels. Autant en tirer les leçons pour le prochain coup, qui arrive déjà !

    PS1 : @ Fabrice, mon propos sur le rôle de la tarification de l’accès dans le développement d’internet, c’est pas dans le billet, mais en commentaire chez toi sur RWW. 😉

    Et sur l’idée même d’écosystème que tu développes, je ne suis pas d’accord sur le fond, mais j’y reviendrai…

    PS2 : @Christian Fauré : Je ne termine pas en ramenant au statut de consommateur, mais en soulignant que ceux qui ont visé juste, à mon avis, dans cette affaire, ce sont justement les association de défense des consommateurs, comme Que Choisir? Cette action se complète bien entendu sur l’autre plan de la défense des libertés du citoyen. Je crois, personnellement, que c’est ce militantisme de terrain, concret et sans de grandes théories, qui est en réalité efficace. 😉

    PS3 : @Thierry Crouzet : je me retrouve dans les textes que tu pointes. Et j’apprécie qu’on réfléchisse à ces questions sous l’angle de l’auteur (qui m’intéresse beaucoup, je tâche d’y revenir…) 😉

  24. C’est dommage d’assister à une discussion aussi intéressante avec des éléments politiques saillants.
    Mais, on est ici très très loin de ce qui se prépare et qui est en train d’être expérimenté chez les FAI et Telcos.
    L’article est très révélateur de la personnalité de l’auteur, Narvic y est brillamment très à son aise, et il rappelle des points précédents avec lesquels je suis dans l’ensemble d’acccord.
    Mais technologiquement la réflexion reprise de Numérama, a un gros train de retard (ce qui ne m’étonne pas.)
    Ne nous offusquons pas, MAM et Nadine Morano, aussi, n’ont une vue que très imparfaite et rudimentaire des futures capacités de filtrage d’Internet.
    C’est, à mon avis, déjà sur un autre plan que cela se passe, bien au-delà de la Lopsi 2 (qui va servir de second écran de fumée à ce qui va réellement arriver) et je tente de m’en expliquer dans la note, ci dessous.

  25. J’arrive un peu tard dans ce débat, et je suis obligé de dire que je ne suis pas d’accord sur beaucoup d’éléments — en gros, tous les commentaires sauf ceux de Fabrice Ebelpoin.

    Non, le débat sur Hadopi n’est pas un conflit entre deux ou quatre acteurs industriels, pas plus que la boulangerie française ne se résume à un duel entre BNS et Pasquier. Madonna, Trent Reznor ou les rockers chinois ne sont les séides d’aucun des groupes que vous ne citez; ils sont incontestablement des créateurs modernes et ont chacun des propositons originales face à ces questions. Si vous choissisez de confondre “créateurs” et “majors” c’est votre choix — mais n’accusez personne d’amalgamer des choses qui n’ont rien à voir dans ce cas. Je suis parfaitement d’accord que les artistes ont été des prétextes jusqu’à présent : citons-les donc, et citons ceux qui ont l’air de savoir de quoi ils parlent en priorité.

    Quelque soit le débat, on trouve des analyses stériles dans le café du coin — ça ne transforme pas la politique en connerie molle, et on continue à citer Danton, Montesquieu et Arago sans se sentir sali par les nostagiques de Poujade. Cory Doctorow, Lawrence Lessig, Clay Shirky et leurs étudiants ont des analyses très précises de tous ces phénomènes. Aucun n’amalgame les “pirates” sottement ; aucun ne se place dans des logiques conspiratrices ; tous vivent de leur propre création — donc si al seule chose qui vous convient, c’est une dichotomie entre “les créateurs” face aux “méchants”, très bien, mais Hadopi est incontestablement dans le second camp. Vous pouvez choisir de contester leurs arguments plutôt que d’abaisser votre rhétorique à prendre comme adversaire de paille des adolescents énervés.

    Oui, l’immense majorité des parlementaires français (et sans doute mondiaux) est totalement incompétente face à cette question. C’est une catastrophe démocratique aussi grande que de voir la présomption d’innocence sacrifiée, la justice privatisée et la double peine systématisée — ma seule consolation, c’est de voir qu’une telle débandade va dans un seul sens, qui sera décrédibilisée bien assez tôt.

    En attendant, demandez à tous les adolescents autour de vous : grâce à la télé-crochet à à YouTube/Dailymotion, beaucoup distinguent maintenant auteur et interprète, tous savent que la chanson est un métier difficile, aucun n’hésiterait à subvenir aux besoins de leurs artistes préférés dans la mesure de leur propre moyens. Je suis sincèrement désolé que la vente de disque (une technologie obsolète) baisse, mais je ne crois pas que les dépenses pour la musique suivent la même trajectoire, donc je pense qu’avant de crier aux loups beaucoup devraient relire Patrick Walbrœck et remercier Tom, Brokep et Chaz d’avoir fait leur métier à leur place.

    Non, ça n’est pas le piratage qui a détruit le journalisme, c’est la médiocrité crasse de 99% d’entre eux. On sauvera la démocratie quand on distinguera la poignée de journalistes d’investigation des dizaines de milliers de semi-lettrées qui alternent préjugés sordides et copie-conforme des communiqués des maisons de luxe dans les colonnes de magazines féminins, parce que non, je ne pense pas ce que des employés de LVMH ont besoin de régime fiscal protégé. J’espère que je ne choque personne parce que sinon, je vous renvoie à plus compétent que moi sur le sujet :

    http://novovision.fr/?De-l-utilite-democratique-des

  26. “mythe du Web 2.0”

    La face mercantile du Web 2.0 c’est la notion d’UGC (User generated content), qui a été d’emblée un concept marketing, vu comme un filon d’or :

    produire du contenu sans payer les créateurs de ce contenu. Et gagner de l’argent avec ce contenu, sans aucune redistribution aux créateurs.

    On a ensuite eu le “marketing viral”, qui consistait à ne pas payer les utilisateurs se faisant les hommes-sandwiches des messages publicitaires.

    Le plus intéressant chez narvic, c’est bien cette défense de l’auteur, tellement oublié chez les technophiles libertaires, chez qui l’idéal d’un monde non mercantile nourrit une exploitation pure et simple des créateurs, condamnés au bénévolat … à l’insu de leur plein gré.

  27. @ Bertil Hatt

    Bonjour. 🙂

    Bienvenue sur ce blog. (petite musique)

    Enchanté de faire votre connaissance. (bouquet de fleurs)

    Pourriez-vous, s’il vous plaît, tenter de vous exprimer de manière un peu moins confuse et désordonnée (et si possible, si je peux me permettre, moins agressive et péremptoire). Je réussirai peut-être dans ce cas, avec mes maigres moyens, à comprendre ce que vous souhaitez apporter à ce débat, à part des invectives. Et alors, c’est promis, j’essaierai de vous répondre comme je le peux.

    Très cordialement.

  28. @ Enguerrand

    J’ai bien peur, malheureusement, que ce soit la notion même d’auteur, qui échappe à bien des “technophiles libertaires”, comme vous dites. C’est pourtant une notion éminemment moderne, qui ne cesse même de s’affirmer dans notre culture, à mesure que se développe l’individualisme (dont elle est d’ailleurs issue).

    Internet est un outil vraiment très intéressant pour les auteurs. Mais cette dimension échappe largement aux industriels du net autant qu’aux libertaires, dans leur utopie d’un web égalitaire.

    Mais il est vrai qu’on ne peut parler d’auteurs et de création, et même de culture, qu’à partir du moment où l’on considère que tout ne se vaut pas dans le domaine des œuvres de l’esprit. Un exemple ? Je ne sais pas, moi… Lou Reed face à la StarAc, par exemple… Mais bon, ça ne reste qu’un exemple personnel, car c’est bien la difficulté avec tout ça, contrairement à la technologie : c’est à la fois subjectif et collectif. C’est très paradoxal, au fond. 😛

  29. @ Bertil Hatt

    On peut parfaitement remettre en cause l’utilité de bon nombre de journalistes.
    (Je suis assez d’accord avec narvic à ce sujet).

    Il n’en reste pas moins que le piratage des infos a bel et bien tué l’économie du journalisme.

    Qu’on puisse se passer des journalistes, c’est déjà un autre sujet.

    Dans le domaine culturel, il faut commencer par sortir de l’hypocrisie selon laquelle le piratage ne menace pas cette économie.

    Oui, le piratage menace cette économie.

    Surtout le mythe de la gratuité.

    Hadopi force certains idéalistes à faire des concessions, à admettre que tout ne peut être gratuit, qu’il faut trouver un financement alternatif efficace : c’est aussi le bon côté d’Hadopi.

    Maintenant, on peut, comme l’a fait narvic pour les journalistes, poser la question de l’utilité réelle de bon nombre de créateurs culturels : a-t-on besoin de produire autant de films, autant de musiques, etc ?

    Il faut aussi se poser cette autre question : quand on aura dégraissé le milieu du journalisme, quand on aura dégraissé le milieu culturel, quand on aura ramené au centième le nombre de gens vivant du journalisme et de la production culturelle, que feront tous ces chômeurs ?

    Attention au discours qui tend à mettre au chômage tous les gens jugés “parasites” et nuls, “inutiles”…

    On peut étendre ça à toutes les professions, et on se retrouve avec une gigantesque chasse aux “sorcières des personnes inutiles” qui risque de poser de sérieux problèmes sociaux.

    L’idéologie libertaire rejoint ici le mercantilisme ultra-libéral : dégraisser, supprimer tous les postes jugés “inutiles”, licencier massivement.

  30. @ Bertil Hatt

    On peut parfaitement remettre en cause l’utilité de bon nombre de journalistes.
    (Je suis assez d’accord avec narvic à ce sujet).

    Il n’en reste pas moins que le piratage des infos a bel et bien tué l’économie du journalisme.

    Qu’on puisse se passer des journalistes, c’est déjà un autre sujet.

    Dans le domaine culturel, il faut commencer par sortir de l’hypocrisie selon laquelle le piratage ne menace pas cette économie.

    Oui, le piratage menace cette économie, il menace les créateurs de contenu à haute valeur qualitative.

    Surtout le mythe de la gratuité.

    Hadopi force certains idéalistes à faire des concessions, à admettre que tout ne peut être gratuit, qu’il faut trouver un financement alternatif efficace : c’est aussi le bon côté d’Hadopi. 🙂

    Maintenant, on peut, comme l’a fait narvic pour les journalistes, poser la question de l’utilité réelle de bon nombre de créateurs culturels : a-t-on besoin de produire autant de films, autant de musiques, etc ?

    Il faut aussi se poser cette autre question :

    quand on aura dégraissé le milieu du journalisme, quand on aura dégraissé le milieu culturel, quand on aura ramené au centième le nombre de gens vivant du journalisme et de la production culturelle, que feront tous ces chômeurs ?

    Attention au discours qui tend à mettre au chômage tous les gens jugés “parasites” et nuls, “inutiles”…

    On peut étendre ça à toutes les professions, et on se retrouve avec une gigantesque chasse aux sorcières des “personnes inutiles” qui risque de poser de sérieux problèmes sociaux.

    L’idéologie libertaire rejoint ici le mercantilisme ultra-libéral : dégraisser, supprimer tous les postes jugés “inutiles”, licencier massivement.

  31. «Narvic est très remonté contre le web2»

    Moi aussi, je suis remonté contre les discours web2 (il y en a d’autres, à mettre en relief) qui renvoient sans autre forme de procès toute intervention d’état, potentiellement contrôlée par le mandat électif, aux gémonies, au profit de l’équilibre des “marchés” et au financement par la publicité, le mécénat (avec ses dérives patronales, de l’époque romaine aux Médicis, sans exclusive) et autres variantes du “free” selon Chris Anderson, contrôlés par quoi, par qui ? La dilution du marché indirect de l’achat d’espace de publicité, l’achat de capacité de consommation/attention généreusement mise en évidence par les usagers (non, ce ne sont pas des “consommateurs”) des services et produits (non, ce ne sont pas des “contenus”) diffusés par l’Internet.

  32. Très intéressant

    1/ “L’un finira par racheter l’autre…”

    Le mouvement de concentration des métiers est déjà bien entamé je pense :

    Vivendi :
    http://www.vivendi.fr/vivendi/SFR,262 (Telecom / FAI)
    http://www.vivendi.fr/vivendi/Universal (Divertissement Audio, Telecom)
    http://www.vivendi.fr/vivendi/Canal (Divertissement AudioVisuel / Cinéma)

    Bouygues
    http://www.bouygues.com/fr/metiers/ (TV, operateur telecom)

    Groupe Bolloré
    http://www.bollore.com/ (TV, Cinéma, Presse, Publicité)
    et opérateur telecom en devenir http://www.bolloretelecom.eu/

    Orange group s’est déjà diversifié dans la fourniture de contenu.

    Il n’y a qu’Iliad (Free) .. ce qui explique peut-être sa réserve sur la loi hadopi

    La lutte ne se situerait-elle pas dans la concentration des groupes ?
    D’oligopole à ententes discrètes on risque fort de tendre vers un monopole et réduire le citoyen à un simple “consommateur” effectivement (il n’aura plus le choix). Le monopole étant l’objectif non avoué de tte entreprise d’ailleurs !! tellement confortable de fixer ses prix 😉
    Alors après mondialisation oblige, doit-on autoriser de tels rapprochements ??

    2/ Web 2.0
    “La défense des intérêts de Google, Microsoft, Yahoo !, Apple, Intel, Orange, Free, et les autres, ce n’est pas mon combat.”

    Fast Rewind, il est oublié IBM, back dans les 70’s c’était l’unique choix. Apple a démocratisé le PC, Microsoft (Dieu sait que je hais cette société) a plaggié apple, et roulé IBM pour prendre le contrôle du home/business computing.
    Un petit coup de forward pour arriver sur le search Avant Google, le moteur de recherche se contentait d’être un annuaire pour les initiés, je me souviens du temps ou des ouvrages recensaient la liste des sites internet disponibles un peu comme un annuaire des 36 15 lol! Yahoo est l’illustration des mauvais choix stratégiques.. dire qu’ils ont eu l’opportunité de racheter Google 😉

    Le point commun de toutes ces avancées technologiques et de ces acteurs (Apple, Microsoft, Google) qui les ont permises et démocratisées est que leurs fondateurs étaient tous des HACKERS! Pour Bill Gates c’est différent, mais “The Woz” s’est inspiré de “Captain crunch” le phreaker et sa blue box, Larry Page a inventé le PageRank..

    Le Web 2.0 n’est qu’un terme qui marque la différence entre un internet basé sur la communication de liens hypertextes de few 2 many et un réseau visant à permettre à chacun de se mettre en relation, d’échanger, de collaborer et qui tend vers une communication de pair à pair.. (+ enrichissement des contenus plus seulement du texte et des images)
    Ex: l’opportunité d’avoir ce débat. Comment aurais-tu fais pour faire passer ton point de vue fort intéressant sans cette technologie ??
    La neutralité du net (puisque c’est sa préservation qui est en jeu) permet une liberté d’expression, a permis l’alternative open source, c’est un formidable lieu d’échange et un accélérateur de la mise en relation.

    3/ Le Plan Sarkozy
    Je suis d’accord : l’objectif est clairement de contrôler le réseau des réseaux (ambitieux le gars!). Et comme ce réseau n’a pas de frontières.. Il lui faut créer le super “Intranet” français grâce à ce que tout tu as excéllemment décrit (filtrage des FAI..). + jouer sur la peur et l’insécurité pour les citoyens et les artistes : afin de faire accepter par la majorité qui ne sont pas des geeks.

    Je crois fort à un Darwinisme technologique. Soit on s’adapte, soit on passe à la trappe. Refuser, nier ou mettre des barrières à l’évolution ne rendra malheureusement pas service à notre pays, je pense.

    Enfin @Fabrice, la guerre sera longue et éprouvante, les batailles hadopi, loppsi, et les suivantes seront difficile à mener. L’objectif de la “résistance” est de faire comprendre au plus grand nombre la tactique du “cracker” Sarkozy. Pour cela il est nécessaire de faire dans le sensationnel d’où l’utilisation du terme “pirate” j’imagine.
    Un pirate informatique est qq’un qui détourne, bypass, subtilise, contamine pour son profit personnel. La définition d’un hacker est toute autre : il agit dans l’intérêt général et parfois aussi pour s’amuser 😉

    Bravo à tous les deux (@novovision et @Fabrice)pour ce débat qui a animé ma journée bien mal partie !
    ciao!

  33. On m’offre des fleurs maintenant ? Qui a dit que la blogosphère avait perdu toutes ses manières ?

    Pour être “moins confus”, je vais donc lier les incipits du billet initial (>>) aux miens (>) avec une phrase de synthèse — comme ça, tout ça sera lié dans le bon ordre :

    >> Il s’agit en effet d’une autre bataille, qui se joue à quatre. Elle oppose les industries d’internet, des télécommunications et de l’informatique, aux industries culturelles et médiatiques. (. . .)
    >> Nous avons d’une part (. . .) Face à eux (. . .)

    > Non, le débat sur Hadopi n’est pas un conflit entre deux ou quatre acteurs industriels (. . .)

    Tout débat de société ne se résume pas à l’affrontement de groupes bien définis, qui se comprennent l’un l’autre, se mesurent et s’affrontent avec des prétextes rhétoriques. Il y a des changements systémiques qui donnent l’occasion à des espaces de conceptions non-triviaux de s’affronter ; nous en vivons un.

    >> (. . .) le seul terme de « pirates », repris comme étendard, était une erreur (. . .) Du coup beaucoup n’ont rien compris à ce message brouillé (. . .)

    > Quelque soit le débat, on trouve des analyses stériles dans le café du coin (. . .)

    Ça n’avance à rien de dénoncer des arguments confus : pour faire avancer le débat, il faut citer les raisonnements étayés, solides et cohérents — et les critiquer sur le fond.

    >> Quant aux artistes et aux auteurs, personne ne se soucie d’eux en réalité dans cette affaire, ils n’ont été mobilisés que comme des alibis.

    > Madonna, Trent Reznor ou les rockers chinois (. . .)
    > Cory Doctorow, Lawrence Lessig, Clay Shirky (. . .)

    Tous les artistes et créateurs ne sont pas silencieux ; on peut discréditer ceux qui les prennent en prétexte, mais négliger ceux qui apportent quelque chose, c’est se tromper de problème.

    >> (. . .) leur attitude montre bien que ces gens ont fort bien compris de quoi il s’agissait.

    > Oui, l’immense majorité des parlementaires (. . .) est totalement incompétente (. . .)

    Les accusations d’ignorance sont discutables contre les industriels — mais la plupart des invectives visaient des gens qui ont prouvé leur bêtise devant les caméras.

    >> Mais les internautes préfèrent les contenus professionnels (. . .)

    > En attendant, demandez à tous les adolescents autour de vous (. . .)

    Vous avez tord sur la nature des préférences des internautes : les mesures que vous regardez ne considèrent que le contenu professionel ; si vous regardez les pratiques, elles ont changés : les utilisateurs reprennent de la musique promue par des professionnels, mais ré-éditée, re-contexualisée.

    Et enfin

    > Non, ça n’est pas le piratage qui a détruit le journalisme, (. . .)

    était une réponse à Enguerrand :

    >>> (. . .)le piratage (= la reprise d’informations sans payer la source) a bel et bien détruit l’économie du journalisme.

    Tout travail intellectuel a été impacté par internet : les musiciens comme les journalistes ont vu leur rôle remis en question — et les problèmes actuels d’une majorité d’entre eux viennent de leur incapacité à comprendre leur rôle et séparer les créateurs des copistes.

    J’aurai des choses à dire sur “LA” technologie aussi — je ne suis pas d’accord avec Fabrice sur ce point — mais je vais limiter mes “invectives”.

    Est-ce que c’est plus clair maintenant ?

  34. “Je crois fort à un Darwinisme technologique. Soit on s’adapte, soit on passe à la trappe”

    Le darwinisme étendu à la culture pose problème.

    Une certaine idée de la civilisation, c’est d’aller contre le darwinisme social. Le discours utilitariste a ses limites.

    Le Ministère de la Culture a protégé une certaine idée du cinéma français, contre le darwinisme du consommateur.

    Cette protection s’est manifestée par toute une série de restrictions de libertés :

    – la télévision ne pouvait pas diffuser de films certains soirs, pour que les gens aillent dans les salles,

    – les salles bénéficiaient d’une exclusivité pendant plusieurs mois,

    – quota d’oeuvres françaises

    etc.

    C’est ce qu’on nomme une politique culturelle.

    Le cinéma français s’en est mieux trouvé que le cinéma italien, qui n’a pas bénéficié de cette politique culturelle, et a disparu.

    Les pirates se soucient de la diffusion des oeuvres au plus grand nombre, et c’est bien. Encore faut-il permettre à ces oeuvres de trouver un financement.

  35. Merci pour cet article, ainsi que la discussion attenante.
    Et, surtout, je m’accorde avec narvic : n’oubliez pas la Culture !

    A noter, pour Enguerrand et sa bataille contre le GMG (Grand Méchant Google), dans la page Actualités Google, la catégorie “Culture” a été remplacée par “Divertissement”. Au moins les choses sont claires.
    Rien à rajouter sur les analyses concernant les industries culturelles et de communication, ni sur la place du Web dans la diffusion, ni sur la partie floue jouée par les “pirates”.

    Par contre, il me semble que l’interrogation sur la notion d’auteur ainsi que l’économie de la création n’est pas, pour l’instant, portée ailleurs que sur ce fort noble blog.
    Un peu d’histoire : comment faisaient les musiciens & interprètes avant le disque ? de quoi et comment vivaient les auteurs littéraires avant l’imprimerie ? Et même si on s’en tient à la définition de l’auteur datant de l’époque moderne (qui comme chacun le sait commence à la fin du XVème siècle), doit-on en déduire qu’il n’existait pas de culture auparavant ?
    Le changement technologique actuel est au moins de nature à bouleverser la définition de la culture de la même manière qu’au moment de ces exemples.

    Pourvu que narvic continue de s’intéresser à ce sujet passionnant !

  36. @ Bertil Hatt

    Ce serait un long débat d’évaluer l’impact précis de la politique culturelle touchant le cinéma français.

    Ce qui est sûr:

    – un cinéma de langue française a été préservé, et avec lui des équipes de production très compétentes, + un bon réseau de salles.

    Dans un environnement darwinien mondial très hostile, avec prédominance des studios américains (d’ailleurs aidés par un impérialisme d’Etat. L’industrie du cinéma américain fait partie des rares industries rentables à l’exportation, et le gouvernement américain fait tout pour la favoriser).

    Ce qui est sujet à discussion:

    – la qualité de ce cinéma français, son utilité culturelle.

    Il y a un ton, une approche (par exemple: le focus sur les personnages, plus que sur les situations), qui caractérise le cinéma français, et a son importance.

    En dehors de cela, une politique culturelle préserve un contexte créatif, mais ne garantit pas le génie des créateurs, donc rend l’évaluation difficile.

    La population française, plus réduite que la population américaine, réduit la probabilité de voir apparaître des génies.

    Ce qui fait que même dans le cinéma d’auteur, beaucoup de grands noms sont américains. Comme en musique.

    On n’a peut-être pas eu de films indispensables dans les 20 ou 30 dernières années en France, mais pas mal de bons petits films que nous envient beaucoup d’autres pays.

    Quand on parle culture, on a tendance à citer les deux extrêmes:

    1 : les grands génies, rares et qui poussent dans les conditions les plus hostiles, même sans aucune aide

    2 : la grosse daube populaire et commerciale, qui ne justifie pas spécialement d’être aidée 🙂

    En ne citant que ces extrêmes, on en vient à ne pas voir la nécessité des aides:
    le génie peut créer sans argent, la daube peut crever sans regrets.

    Mais entre les deux extrêmes de la création, il y a beaucoup de choses. Qu’on oublie dans les grands classements, mais qui jouent un rôle important.
    Et valent largement la daube gratuite du Web 2.0 🙂 Vous avez vu le niveau des vidéos amateures sur YouTube ? C’est très bas de gamme.

  37. Bonsoir @Enguerrand, et Bonsoir @Narvic (pour réparer oubli de mon précédent commentaire)

    Vous m’excuserez, j’ai lu en diagonale vos précédents commentaires et voilà ce que j’en ai retenu :
    1- la liberté n’a de valeur que si l’on défend la création
    2- le web 2.0 a donné l’illusion que les contenus créés par la communauté internet (ou UGC) seraient de meilleur qualité que ceux créés par les professionnels (infocapitalistes)
    3- il faut sauver l’industrie de la création sinon le contenu va se dégrader et licenciements..
    4- google et le piratage c’est mal.

    Alors, je suis un peu binaire.. (métier oblige). Mais j’en déduis que pour vous la solution Hadopi est une réponse efficace au financement de la culture.
    J’aimerais revenir sur le terme “pirate” dans le monde informatique :
    Un pirate informatique est qq’un qui détourne, bypass, subtilise, contamine, contrefait pour son profit personnel.
    L’échange de données numériques entre pairs ne peut pas être qualifié de piratage de manière absolue. Sinon vous êtes un vilain pirate puisque vous avez passé 30 h au moins sur les réseaux d’échange.

    Revenons sur les 4 points
    1) sincèrement si toutes nos libertés fondamentales étaient supprimés, la création ne serait pas possible ! Donc la hiérarchie c’est 1 liberté 2 création. Supprimer le 1 et vous dégradez le 2 🙂

    2) Vous vous trompez sur le web 2.0 : il n’a jamais été question de fournir des contenus qui soient de meilleur qualité que ce qui peut être fait avec des moyens professionnels. le web 2.0 c’est l’Accès ! la suppression du ticket d’entrée pour permettre à tous avec ses moyens de s’exprimer, cela rejoint la liberté d’expression. Si je poursuis votre raisonnement à l’extrème : il n’y a que les bons contenus qui ont droit à publication.. C’est limite totalitaire ça.

    3) Effectivement il faut sauver la culture, mais prendre l’alibi de l’échange de fichiers ne la sauvera pas. Le partage de fichier n’est pas le monopole de la France contrairement à ce qu’à pu faire croire le Ministère de la Culture. Autre point tenter de limiter le p2p sauverait des emplois ?? Je crois que ce n’est malheureusement pas aussi simple. Et malgré l’application de cette loi : les licenciements continueront.

    4) la psychose Google est intéressante : je ne suis pas aussi méfiant que vous sur le sujet. J’utilise fréquemment leurs services pour mon job ou personnellement (google maps, earth, custom search, news…). Le modèle de Google est relativement simple : fournir des outils gratuitement aux internautes et se financer sur la publicité ou par paiement direct auprès des entreprises (mais sans publicité).

    Le modèle fourni par la culture française mixe paiement direct et publicités (ex je paye pour aller voir un film au cinéma, j’ai des pubs avant, du product placement pendant, du merchandising après..). Donc quoiqu’il arrive j’ai de la Pub !! Il n’y a pas d’offre sans pub 😉
    Alors l’échange de fichiers titille le paiement direct… La diffusion sur les réseaux p2p empêche en réalité la contrefaçon (acte de piraterie). Car avant la démocratisation du p2p, certains revendaient des CD/DVD pour leurs profits. Ce n’était plus le cas jusqu’à Hadopi ! Certains pourront désormais convaincre ceux qui ont peur d’être sanctionné d’acheter des contrefaçons car moins chers..

    Enfin le darwinisme, c’est dans l’ordre des choses j’en suis désolé :
    Reprenons google, combien de moteurs de recherche sont morts parce qu’ils n’ont pas su évoluer..
    La création/culture/divertissement/journalisme est condamné à évoluer car un jour ou l’autre la politique “culturelle” ne suffira plus pour perfuser l’exception française.

    Je crois que dans un commentaire, vous dîtes, que la communauté internet n’a fourni comme proposition de financement que la licence globale. C’est intéressant, on pourrait se demander ce que la loi hadopi a proposé comme nouveau financement, ou ce que vous vous proposez 😉

    Bonne soirée à tous 🙂

  38. “comment faisaient les musiciens & interprètes avant le disque ? de quoi et comment vivaient les auteurs littéraires avant l’imprimerie ?”

    Une bonne partie de l’Histoire s’est faite en exploitant les gens 🙂

    C’est viable, mais est-ce notre idée de la civilisation ?

    Comment faisait-on avant le droit du travail ? –> On travaillait plus, et plus durement, y compris les enfants dès 7 ou 8 ans.

    Comment faisait-on avant la Sécurité Sociale ? –> On était moins bien soigné, on mourrait plus tôt.

    Comment faisait-on avant le système des retraites ? –> On travaillait jusqu’au dernier souffle, ou on comptait sur les enfants, et on mourrait plus tôt.

    On peut avoir un art sans protection du droit d’auteur: Bach gagnait sa vie en tant qu’interprète, enchainant les concerts (dans les Eglises, le service d’accompagnement du culte).

    Une partie de l’art vient des “fils à papa” et autres rentiers (= Proust).

    Mais le droit d’auteur a été inventé au nom d’une certaine conception de l’homme, et inscrit dans les droits de l’homme.

    C’est un progrès social au même titre que la Sécu et le droit du travail.

    Pour le financement de l’art, il faut noter que seul le cinéma impose un très gros coût de production. Le cinéma n’existe que depuis un siècle. Donc pas de comparaison possible avec les autres périodes de l’histoire.

    Le débat Hadopi pose deux problèmes distincts:

    1 : le financement de la création (surtout pour le cinéma : coûts très élevés)
    2 : la juste rémunération des auteurs (y compris pour les arts qui n’ont pas de coût de production importants)

  39. Puisque l’on parle enfin des rapports entre les technologies et la culture…

    Probablement le monde de la culture n’y connait rien à celui de la technologie, si vous voulez (quoique ce soit soit loin d’être aussi simple que ça), mais alors que “ceux” de la technologie admettent qu’ils n’y connaissent rien à la culture (et ce n’est peut-être pas aussi simple que ça, non plus) !

    Sur le cas du cinéma, puisqu’il est soulevé : commençons donc par nous informer de ce qu’est réellement l’industrie du cinéma, après on en reparlera plus confortablement. 😉

    Lire par exemple, cet excellent article récent de

    Monique Dagnaud, sur La Vie des Idées.fr : Les industries de l’image, Le cinéma en Inde, aux États-Unis et France

    Ce qui valide largement quelques uns des arguments d’Enguerrand sur l’efficacité industrielle réelle d’une politique d’exception culturelle comme celle que la France a mené en la matière. Puisqu’elle lui permet de figurer parmi les trois seules nations qui disposent réellement d’une industrie du cinéma dans le monde, avec les USA et l’Inde.

    On pourrait aussi parler de la politique française du livre…

    En revanche, je ne suis pas Enguerrand sur la question de la presse et du piratage (c’est un domaine que je connais un petit plus que le cinéma) : la presse en ligne ne souffre pas réellement d’un problème de piratage, d’autant qu’elle a largement choisi un mode de diffusion gratuit sur internet. Son problème est qu’elle ne parvient pas à rentabiliser son activité, après avoir essayé à peu prés tous les modèles économiques possibles.

    Son problème est, en partie, différent, mais pour l’heure… sans solution. Sauf pour des projets de taille modeste, avec de petites équipes de journalistes sur des marchés de niche. Pour ceux que ça intéresse : on ne parle que de ça sur novövision !

  40. “la presse en ligne ne souffre pas réellement d’un problème de piratage, d’autant qu’elle a largement choisi un mode de diffusion gratuit sur internet.”

    Est-ce qu’elle ne s’est pas largement auto-piratée ?
    Diffusant gratuitement en ligne un contenu qui lui coûtait.

    L’analogie avec Hadopi, c’est :

    – un contenu qui a un coût de production important
    – une diffusion gratuite ou avec financement pub pas à la hauteur du coût de production

    Que le piratage soit un auto-piratage ne change que les responsabilités juridiques: on est, dans les deux cas, face au problème de la diffusion gratuite.

    Il faut ajouter que la presse en ligne a largement toléré la reprise de ses infos par de nombreux sites et blogs, ce qui diminue l’audience des sites sources, et dilue les recettes pub.

  41. PS:

    je ne m’intéresse pas à la responsabilité juridique des pirates, mais au retentissement économique et culturel de cette conduite.

    Donc pour moi, piratage ou auto-piratage, cela revient au même.

    Je ne pointe pas du doigt des pirates, mais des conduites.

    Ce qui me préoccupe, c’est un type de conduite qui aboutit à la destruction des possibilités de création.

    La presse en ligne a auto-détruit ses possibilités de création de contenu, en diffusant son contenu sans retour de financement.

    Ce que j’appelle une conduite de piratage c’est : diffuser un contenu en nuisant à l’économie de sa création.

    On peut être son propre pirate, comme certains serpents se mangent la queue.

  42. @ Enguerrand

    Non, non, ton raisonnement ne tient pas du tout en ce qui concerne la presse. Sur les 600 billets de ce blog, tu en trouveras une bonne centaine qui traite peu ou prou de ce sujet, avec des centaines de liens qui vont avec vers d’autres blogs, sites d’information et de recherches universitaires.

    Le presse n’a rien détruit en se proposant gratuitement sur le web, car c’était déjà l’un de ses propres modèles économiques, tout à fait éprouvé depuis longtemps avant le web : la radio et la télévision et les quotidiens papier gratuits.

    Le problème n’est pas du tout la question de la gratuité, du moins en ce qui concerne la presse. C’est de savoir pourquoi la gratuité qui fonctionnait très bien ailleurs ne fonctionne plus sur internet.

    Pour ce que nous en comprenons aujourd’hui (et nous cherchons ! Il y a un paquet de blogs “nouveaux médias” qui creusent vraiment le sujet, tu peux me croire 😉 ), c’est peut-être en rapport avec :

    – • le prix de la publicité (faible sur internet) et son découplage avec le “support” de l’information
    – • les spécificités du nouveau mode de diffusion de l’information qui font intervenir de nouveaux acteurs dans la diffusion (moteurs, agrégateurs, blogosphère et réseaux sociaux)
    – • un nouveau circuit de diffusion de la méta-information, spécifique à internet, qui rend les choses très compliquées pour la presse (je tâche de revenir dès que possible sur cette question essentielle, mais très spécifique à l’économie numérique de l’information)

    Quoiqu’il en soit, il y a de nombreux parallèle dans les difficultés sur internet des industries culturelles et médiatiques, mais il y a aussi des différences décisives (c’est l’objet même de ce blog depuis deux ans de s’intéresser à ces questions !).

  43. “mais il y a aussi des différences décisives”

    D’accord avec toi sur ce point, bien sûr. Les différences sont énormes, je ne pointais que quelques analogies.

    J’ai lu bon nombre de tes articles sur le sujet, très pertinents 😉

  44. Bon j’ai l’impression que tout ce que je pensais avoir d’intelligent à dire après la lecture de ce billet a déjà été dit bien mieux que je n’aurais su le faire par d’autres… Juste quelques points:

    1. Enguerrand, vous mangez le morceau un peu vite là… “Il n’y a pas de défense des libertés qui vaille, sans défense de l’économie de la création.” ; “, je suis moins préoccupé par le sujet des libertés que par celui de l’économie de la création, et la qualité de la création.” ; Waouh, même si on sait pertinemment que les principaux architectes de la loi hadopi pensent cela en se rasant, c’est rare de trouver quelqu’un qui le dise comme ça, sans détours. Croyez-moi, si Mme Albanel avait tenu ce discours-là, le résultat des courses aurait été différent. 🙂

    2. Sur les vilains-ISP-qui-profitent-gratuitement-de-la-culture: sans aucun doute, cela a été vrai pendant la phase de lancement commercial des offres ADSL haut-débit. Je doute que ça le soit toujours, mais pour le savoir il faudrait aller au-delà des apparences. Savoir combien leur coûtent leurs accords de peering, quels sont les surcoûts de bande passante dus au P2P, pourquoi ils achètent des bidules coûteux pour faire de la deep packet inspection et du traffic shaping… Et pourquoi ils ont finalement acceptés de délivrer leur nihil obstat à hadopi alors que si ce projet mettait réellement en danger leur modèle d’affaires, ils avaient d’innombrables moyens de torpiller la loi, à commencer par leur connaissance des difficultés techniques et des coûts réels que toute cette blague va entraîner. Mais bon, c’est plus pratique de simplifier le message : “Le piratage est responsable des problèmes commerciaux des industries culturelles. Les ISP sont complices”. Que ce soit vrai ou faux, peu importe, la politique moderne c’est avant tout de la communication: faisons de la pé-da-go-gie!

    3. Sur le fait que les anti-hadopi ne se préoccuperaient pas du financement de la culture, je diverge… Ils proposent des choses, que les représentants des ayant-droits rejettent assez systématiquement, pour des raisons qui sont parfois bonnes, parfois moins, mais qui au minimum pourraient appeler la discussion et l’argumentation… Mais non, pour les représentants des SPRD, discuter avec des internautes ne peut se faire qu’avec une très très longue cuillère. Ceux qui se souviennent des discussions pré-DADVSI auront pu remarquer que leur parole (publique) semble devenue pour eux aussi serve que la plume. Dommage ;-(

    4. Sur le droit d’auteur: Depuis Lakanal jusqu’à Lang/1985, le droit d’auteur en France avait toujours fait l’objet d’un consensus, basé sur un compromis entre le droit de l’auteur sur son œuvre ( et notamment le droit de percevoir une juste rémunération de son exploitation commerciale ) et les droits du Public. Je ne ressors pas la citation d’Hugo, elle est partout. Maintenant, le droit du Public… Je doute qu’on en discute beaucoup dans les réunions du ministère de la Culture ou dans les cénacles qui discutent l’ACTA. Avec de pareils défenseurs, le droit d’auteur aura peut-être bientôt besoin d’appeler ses ennemis à l’aide 😉

    5. Last but not least: ce site et ses commentateurs sont une impressionnante démonstration des mérites du web collaboratif… 😉

  45. @ vains dieux

    Au sujet des libertés, je dis simplement qu’on ne peut pas, d’un côté, défendre la totale liberté de l’usager, et de l’autre, ne pas se soucier des conditions économiques du créateur.

    Cette défense des libertés ressemble vraiment à la notion ultra-libérale de la liberté, celle qui broie toutes sortes de droits élémentaires et de conquêtes sociales et de civilisation.

    Lorsque Edouard Fillias combat pêle-mêle le droit d’auteur, le droit du travail, la Sécurité Sociale, … on voit bien quel est son modèle de société: on n’est pas loin de l’abandon radical de tout modèle de société: c’est le laisser-faire total, la jungle.

    La liberté absolue est une fausse valeur : aucune société, aucune civilisation, n’est compatible avec la liberté totale.

    Toute loi se définit par une privation de liberté: une loi fixe ce qui est permis et ce qui est interdit, au nom d’un choix de société.

    Sur la route, il est interdit de conduire bourré à 450 Km/h : cette loi est liberticide mais sauve des vies.

    Défendre la liberté ne veut rien dire: la société française comprend dans son système législatif des milliers de privations de liberté: allez-vous partir en guerre contre toutes les lois, au nom de la liberté ?

    *

    Comme toute loi est une privation de liberté, il est impossible de s’ériger en défenseur de la liberté sans remettre en cause l’existence même des lois.

    On ne peut donc pas défendre “les libertés”, mais étudier au cas par cas la justesse de telle ou telle loi et la justesse de telle ou telle liberté.

    Toute loi est un équilibre entre une chose qu’on tente de protéger et une restriction de liberté comme moyen d’action.

    Il faut peser cet équilibre, et juger, au cas par cas, si l’on n’en fait assez ou trop, si la privation de liberté est trop grande, ou au contraire trop laxiste.

    Ce qu’il faut défendre c’est la civilisation, un équilibre entre des libertés et des privations de libertés, pour construire une société qui ne soit pas la jungle ni non plus le totalitarisme.

    Ceux qui ne défendent que la notion de liberté vont-ils partir en guerre contre le code de la route, liberticide par essence ?

  46. Alors… (rebonjour, au passage, les fleurs, tout ça, ou plutôt les croissants, on est dimanche) 😉

    Pour ce qui est du piratage de la presse, permettez moi d’apporter mon grain de sel, moi qui ne suis pas du même coté de la barrière que Narvic (je ne suis pas journaliste, je ne cherche pas à tirer une quelconque rémunération de mes écrits, mais je comprends parfaitement qu’on puisse avoir un tel objectif, ceci dit).

    Etendre le terme piratage à ce qu’il se passe dans la presse est à mon sens une très mauvaise idée : confusing. Il ne s’agit pas du tout du même phénomène. Il s’agit plutôt d’un gros problème de réintermédiation avec le public, de perte du rôle d’aggrégateur et d’accès à l’information autrefois réservé à la presse, d’arrivée dans ces trois derniers points d’acteurs issus de la techno (Google étant le grand méchant, mais il y a en a plein d’autres). Le phénomène est inquiétant, et comme Narvic, le sort du journaliste en charge de la rubrique conso ne me préocuppe guère, et son chomage éventuel non plus, par contre, l’impossibilité de faire financer, grâce à ses activités qualifiées un peu trop vite de journalisme, celui qui va faire du reportage d’investigation ou – pire encore – de guerre, est extrêmement inquiétant. Il est impératif de trouver des solutions, et on en est loin.

    Ma position résolument techno centrique m’a depuis longtemps permi de prendre, si ce n’est du recul, du moins une capacité à voir les choses différemment. Arrêtez de vous focaliser sur Google, vous perdez de vue l’essentiel : les boites techno on ceci de bien, si l’on peu dire, sur les média centenaires, c’est qu’elle ne dominent, finalement, pas bien longtemps (IBM, Microsoft, Dell, Google… la roue tourne très vite, contrairement au New York Times, installé depuis fort longtemps).

    Sur ce sujet, je me permettrais d’attirer l’attention du monde des contenus (payants) sur deux faits : le premier est l’apparition de sweat shop remplis de gamins issus d’écoles de journalisme, plein d’espoirs et d’ambitions, qui se retrouvent à rewriter des dépèches AFP ou Reuters. Valeur ajoutée ? Zero (Enguerrand parlerait presque de piratage, à ceci près que Reuters et l’AFP, dans ce cas, sont payés, et n’ont jamais cédé aux sirènes du tout gratuit, ce n’est pas un hasard, en tout cas pour l’un d’entre eux). Ces contenus ‘pro’ occupent une place sans cesse grandissante dans la presse (pour le pas dire 95% dans certains journaux), et c’est suicidaire. C’est suicidaire car c’est courir après un rôle d’aggrégateur de contenus que la presse à définitivement perdu (la stratégie éditoriale de Slate, d’ailleurs, semble indiquer qu’ils ont bien saisi ce point et ne cherchent pas à couvrir l’ensemble des sujets, mais juste à être un apport (très) qualitatif à un mix informationnel dont ils ne sont qu’une composante, c’est de ce point de vue une réussite.

    Mais surtout, le point essentiel, c’est qu’il y aura un après Google. Le Web 3.0 (mon Dieu, je visualise à l’instant la tête de Narvic à la lecture de ce terme 😉 ), le web 3.0, donc, celui des machines ‘intelligentes’, celui du web sémantique, celui des algorithmes qui comprennent les contenus, redistribuera les cartes de l’intermédiation, de l’accès aux contenus et de leur aggrégation. Si la presse veut se soucier de son avenir, c’est là qu’il lui faut regarder plutôt que de pleurer sur le pot de lait renversé par le web2.

    Bien sûr, Google est sur les rangs, mais l’acteur aujourd’hui le mieux positionné pour dominer le monde du web 3 n’est autre que Reuters avec Open Calais. Et si vous vous imaginez que votre situation sera préférable avec un Reuters dominant, vraiment détrompez vous, et vite (disclaimer d’usage : Reuters Open Calais est un sponsor et partenaire de ReadWriteWeb pour lequel j’écris, ce simple fait devrait vous mettre la puce à l’oreille).

    La stratégie technologique de Reuters est qui plus est bien plus fine que celle de Google, faites d’API et de webservices, plus proche de celle mise en place par Twitter (dont il est également partenaire via Bit.ly), là où Google, malgré tout, reste résolument Web1, quand bien même il finance et donne accès au web2. Là où Google s’est positionné en passerelle entre le web1 (media) et le web2 (UGC), Reuters se prépare à être la passerelle avec le web3.

    Pour ce qui est des rapports entre le monde de la Culture et des Technologies, il est en effet, Narvic a bien raison de le souligner, grand temps d’établir des passerelles. J’aurais là tendance a dire qu’il y a … comment dire… une certaine crise de la représentativité du coté de la Culture, et quand Enguerrand affirme que Hadopi pose le problème du financement de la création, j’ai envie de lui demander où il a vu cela (et j’ai lu et relu le texte de loi de long en large, pas la moindre allusion à ce fait, les amendement proposant une amorce de solution ayant été rejetés en coeur). Ouvrez les yeux, la loi Hadopi n’en a absolument rien a foutre (et là dessus, je suis tout a fait d’accord avec NKM, même si elle reste bien plus polie que moi).

    Je tiens au passage à souligner que je n’ai jamais croisé de discours résoluement anti culture dans mes rangs (si je puis dire), et qu’il serait souhaitable de ne pas faire d’amalgame entre discours anti majors, anti lobbys et anti culture. Les multiples campagnes de boycott à venir vis à vis des artistes et les média pro Hadopi ne vont absolument pas améliorer la situation ceci dit, et il nous faudra, des deux coté, redoubler d’effort pour ne pas opposer la Culture et la technologie, et faire la distinction entre Malraux et Vivendi.

    Enfin, sur le web2 qui s’invite décidément partout, il me semble impossible de préserver un monde où la Culture est le monopole des professionnels, à moins de faire taire les amateurs, une tentative en cours qui ne fera que les rendre ‘underground’, et l’histoire des 50 dernières années montre que c’est de l’underground qu’est né la plupart des grands mouvements culturels du XXe siècle. Il est impératif de leur faire une place, d’autant qu’ils (si tant est qu’ils ai un porte parole), ne revendiquent pas de remplacer quoi que ce soit, juste d’avoir une place. (je vous fait grâce de ma tirade habituelle sur la Free Culture – Enguerrand, Free comme Libre, pas comme Gratuit, attention, ne laisse pas ton niveau d’anglais t’emporter dans des impasses 😉 )

    Forcer ce mouvement culturel – car c’en est un, au même titre que le rock n’ roll qualifié par nos grand parents de bruit – à vivre dans l’underground, c’est s’offrir dans les dix ans la garantie d’assister à une grande chasse aux sorcières qui brulera les acteurs actuels sans faire la moindre distinction. Laissez simplement le temps aux gamins qui tiennent des Skyblogs aujourd’hui d’atteindre trente ans et de représenter une masse critique. Garanti sur facture.

    Le monde de la presse est aujourd’hui dans la même situation que la sidérurgie Lorraine de la fin des années 70 : pour l’instant, on subventionne pour retarder l’inévitable, et son Mittal n’est autre que Reuters. Be aware, comme disait le grand philosophe Jean Claude Van Damme.

  47. “Reuters et l’AFP, dans ce cas, sont payés, et n’ont jamais cédé aux sirènes du tout gratuit”

    Et c’est justement toute la différence !

    L’AFP ne s’est jamais auto-piratée: elle vend son contenu.

    Les blogueurs n’ont pas un accès direct et gratuit aux infos de l’AFP. Ils ont accès à ces infos via des médias qui ont payé l’abonnement AFP.

    Donc l’AFP a très bien défendu son business, tandis que les médias en ligne ont été un peu naifs, en proposant gratuitement un contenu mal financé par une pub insuffisante.

    “En 2008, l’AFP a enregistré un résultat net consolidé de 1,3 million d’euros, incluant la constitution d’une provision exceptionnelle de 5 millions d’euros, a indiqué la direction dans un communiqué.

    Hors cette provision, le résultat net “aurait été supérieur à celui de 2007″, souligne-t-elle. En 2007, l’AFP avait enregistré un bénéfice net de 6,1 millions d’euros”

    L’AFP commence maintenant à être touchée par l’effondrement des médias (moins d’abonnés), mais s’en tire mieux que ces médias.

  48. Enguerrand, ne fais pas semblant de ne pas avoir lu mon commentaire. L’AFP est dans la m… jusqu’au cou, modèle payant ou pas (désolé Eric, si tu nous lis), c’est Reuters qui va vous bouffer tout cru, et ce n’est pas en rebondissant sur un point de détail de mon commentaire que tu va éviter cela.

  49. @Enguerrrant

    La population française, plus réduite que la population américaine, réduit la probabilité de voir apparaître des génies.

    C’est pour ça que les contraintes de nationalité pour les aides du CNC sont très laxes, et que les “cinéastes français” sont le plus souvent d’origine européenne, avec des équipiers français.

    la grosse daube populaire et commerciale, qui ne justifie pas spécialement d’être aidée

    C’est pour ça que les aides françaises n’ont pas de contraintes sur le budget? — ah, tiens, non. Vous êtes confu sur le rôle des investissements : c’est tantôt contre-productif, tantôt nécessaire, tantô indifférent. Je suis d’accord avec vous : c’est ambigu — mais je le dis comme ça, sans contradiction.

    Vous avez vu le niveau des vidéos amateures sur YouTube ? C’est très bas de gamme.

    Non, et ce pour une raison simple : on en produit 18 heures par seconde ; personne ne le peut, à moins d’avoir plus de six milliers d’écran à portée de main. En revanche, oui, je passe plusieurs heures par jour à regarder des vidéos en ligne, principalement des démonstrations informatiques, ou des conférences/cours d’experts qui gagnent de l’argent autrement, et utilisent ces vidéos pour se faire connaître ; le public est en général restreint (de quelques dizaines à quelques milliers de spectateurs) ; le niveau moyen est incomparablement meilleur à tout ce que peut faire, disons la Cinquième. Ça n’a aucun sens de parler de la consommation moyenne en ligne : 70% des bits échangés sont du spam ; la moitié du reste, de la pornographie. Je regarde ce qui a été rendu possible de nouveau depuis, et je vois surtout des collèges invisibles dans tous les domaines — donc non, ça n’est pas ‘bas de gamme’, c’est “spécialisé”.

    Pour la troisième et dernière fois, Enguerrant et Narvic, oui, il n’y a pas de sélection en ligne, donc Internet est — pour reprendre les mots d’Eric Schmidt (PDG de Google) “un égout” — mais ça n’a aucun sens de s’enfermer dans cette rhétorique. Cessez d’utiliser la reductio ad miserabilium comme argument: les seuls qui sont ridiculisés par ça, c’est vous et votre capacité à trouver du contenu pertinent en utilisant les outils modernes de sélection. Internet, c’est ce que vous en faites, donc n’en faites pas de la merde, sinon on vous prendra pour des chieurs. (Pardon au maître des lieux pour être scatologique, mais j’ai déjà été clair trois fois, on me répond toujours la même soupe — je ne vois plus comment marquer les esprits sans.)

    > ne pas se soucier des conditions économiques du créateur.

    Qui a osé dire ça ? Vous attaquez un homme de paille (ou plus probablement un adolescent énervé qui a préféré troller Numérama que de faire ses exos de maths) et ça devient fatiguant.

    > Edouard Fillias combat pêle-mêle le droit d’auteur, le droit du travail, la Sécurité Sociale

    Je peux vous citez des milliers de gens stupides et dangereux qui utilisent le droit d’auteur à mauvais escient : est-ce que je vous accuse d’être du coté de l’Église de Scientologie, qui défend âprement son “travail de création” ? Ça n’est pas l’objet du débat — donc merci d’arrêter de tirer des poubelles de l’histoire des clochards politiques pour traiter des gens que vous n’écoutez pas de pouilleux. Le reste de votre argument sur “la liberté” est une amusante tirade, digne d’un lycéen qui découvre la philosophie, mais n’a aucune place dans un débat sur l’organisation du système de production d’œuvres culturelles, un système qui est étroitement contrôlé depuis que la première tribu a laissé le premier shaman dessiner des promesses de chasse généreuse sur les murs de sa grotte.

    Les questions sont : les artistes doivent-ils être des professionnels ? Doivent-ils tirer leur revenus de la vente de leurs œuvres ? L’immense majorité de l’histoire de l’art répond non : l’immense majorité des artistes ne vivent pas de leur art, et pour ceux dont c’est l’activité principale, leurs revenus viennent très majoritairement de leur statu (proto-sacerdotal, puis protégé en plus récemment subventionné). Les artistes qui ont vécu de la vente de leurs œuvres sont en général déchirés, ne mangent pas souvent à leur faim, vivent au mieux atrocement mal, et le plus souvent se suicident tôt. Ceux qui gagnent de leur vie de ventes de copies d’œuvre sont très majoritairement des soutiens économiques à la création (producteurs, éditeurs, imprimeurs, interprètes secondaires) dont le rôle et la contribution sont maintenant nettement moindre grâce à la technologie numérique. Tant que vous parlerez de “Création” vous confondrez Van Gogh et ses marchands de couleurs, et resterez aveugles à la part considérable de subventions que touche déjà l’Art, et que personne (sauf quelques poujadistes ininitéressants) ne conteste.

    @ vains dieux

    > Maintenant, le droit du Public…

    Ça me dérange qu’on parle de “Public” quand c’est surtout les artistes futurs qu’on condamne en rallongeant ad libitum les droits voisins — mais oui, c’est cette partie-là qui est inexplicablement absente de tout l’argumentaire du Ministère, qu’on devrait rebaptiser “le Ministère des Artistes Officiels contre leurs propres amateurs”.

  50. J’ai pour le moment un peu de mal à imaginer Reuters prendre la place de Google.

    Une déclaration intéressante de son dirigeant Tom Glocer:

    « Nous n’allons pas nous mettre à devenir propriétaire d’un studio de cinéma ou à lancer un site communautaire pour teenagers ».

    « Nous sommes concentrés uniquement sur les professionnels, des gens qui nous paieront pour nos contenus et nos services ».

    http://mediawatch.afp.com/?post/2008/04/17/Thomson-Reuters-resolument-B2B-desormais-face-aussi-a-Google-et-Microsoft

  51. “les artistes doivent-ils être des professionnels ? Doivent-ils tirer leur revenus de la vente de leurs œuvres ? L’immense majorité de l’histoire de l’art répond non”

    La quasi-totalité des créateurs dans le domaine du cinéma sont des professionnels, et on a beaucoup de mal à imaginer un modèle de production non professionnel pour des oeuvres cinématographiques.

    Les plus grands musiciens sont aussi des professionnels, qui ne font que cela.

    Les très grands écrivains sont aussi des professionnels, qui ne font que cela. Flaubert, Balzac, Proust, Shakespeare écrivaient à temps plein, étaient des professionnels, pas des amateurs.

    L’absence de rémunération réserve l’art aux rentiers. On ne crée pas du grand art en rentrant du boulot le soir, c’est très rare. Il faut s’y consacrer à temps plein.

  52. «L’immense majorité de l’histoire de l’art répond non : l’immense majorité des artistes ne vivent pas de leur art»

    Il faut prêter attention là au sens que l’on donne à artiste par rapport à créateur de propriété intellectuelle et au domaine artistique visé : musiciens, acteurs, danseurs, interprètes d’arts du spectacle (performing arts) sont amenés à consacrer une part telle de leur temps qu’ils n’ont guère l’occasion de se faire rémunérer ailleurs, ce qui fonde sans doute la pertinence d’une activité artistique professionnelle.

  53. Absolument.

    Le point acquis c’est que la plupart des grands créateurs font cela à temps plein.

    Ce que montre l’histoire de l’art, c’est que beaucoup étaient des rentiers et héritiers (pas forcément riches, mais une petite rente permettant de vivoter sans travailler).

    Alors forcément, on peut en déduire que l’art peut exister sans rémunération, mais trouve-t-on juste de réserver la création à ceux qui bénéficient d’une rente, d’un héritage ?

    Et pour certains domaines nécessitant de nombreux interprètes et techniciens, comme le cinéma, le financement s’impose.

  54. Je comprends parfaitement cela, pour quiconque n’est pas technocentré, ça parait bizarre. En même temps, le boss de Google déclarait lui même ne pas s’intéresser au rachat de média et tu sembles moins confiant en sa bonne parole (je n’y crois pas non plus, ceci dit, les média sont juste encore un peu trop cher et le temps joue pour lui).

    Donc think again, et puisque tu cite Eric d’AFP mediawatch comme référence, voilà un débat dans lequel, j’en suis sûr, il serait bien moins catégorique que toi 😉

    Pour reprendre les propos de Glocer de Reuters, je note que “Nous sommes concentrés uniquement sur les professionnels, des gens qui nous paieront pour nos contenus et nos services“. Ce qui est parfaitement contradictoire avec la stratégie d’Open Calais… curieux…

    A l’heure où les média réalisent qu’ils ont sombré dans le tout gratuit un peu trop vite, ne crois-tu pas que Reuters ira vers le payant en matière de contenus, auprès de quiconque susceptible de payer, professionnel ou pas ?

    Pour repasser la balle à Narvic, je souligne – a nouveau – que derrière le deal entre Twitter et Bit.ly concernant la gestion des liens sur la plateforme Twitter se cache… devinez qui ? Reuters ! A l’heure où pas mal de journalistes voient le journalisme de liens comme une réponse à Google, pourquoi Diable ne pas y voir une stratégie similaire de la part de Reuters ? mais… sans les journalistes…

  55. Ah, le code de la route… Inépuisable réservoir, avec la boulangerie, d’analogies plus ou moins pertinentes pour défendre le statu quo en matière de rémunération de la création 😉

    Alors je fais vite: oui, merci, je suis au courant du fait que la liberté n’est pas un absolu au nom duquel on pourrait faire n’importe quoi. C’est plus un principe qu’on peut choisir de défendre, ou pas, en lui attribuant, ou pas, une prééminence sur d’autres principes légitimes. Dans le cadre de la loi qui nous intéresse, je pense qu’il a été tenté de respecter un certain équilibre: c’est ce qui sera cause, à mon sens, de l’inefficacité de cette loi. En revanche, tous les outils nécessaires pour la rendre -un peu plus- efficace et -beaucoup- moins soucieuse des libertés individuelles sont en place.

    Un mot quand même sur votre comparaison: personne de sensé n’ira trouver des externalités positives au fait de rouler bourré et à tombeau ouvert dans des villages. Très peu nieront le lien évident entre la répression de ces conduites et la diminution de la mortalité due aux accidents. Cependant, ne vous en déplaise, nombreux sont ceux qui voient dans la diffusion large de la culture une externalité positive, même si la plupart conviennent aussi que cela crée un vrai problème de rémunération des créateurs; Nombreux aussi sont ceux qui demandent des études indépendantes avant de crier à la causalité unique piratage->baisse des ventes. Et encore plus nombreux ceux qui pensent que la loi hadopi n’est pas de nature à résoudre les problèmes de financement de la création, puisqu’il semble que même ses promoteurs soient déjà en train de réfléchir à préparer la suite.

  56. Enguerrand, sérieusement, je n’ai rencontré personne, je dis bien absolument personne, qui nie la nécessité absolue de rémunérer les créateurs. Qui plus est, à chaque fois qu’un excité s’est lancé dans un tel discours sur un de mes blogs, je me suis efforcé de lui expliquer calmement que cette idée allait nous faire retourner aux Medicis, et que ce n’était pas vraiment souhaitable. Tu prêche dans le vide, tout le monde est convaincu depuis toujours.

    Le problème, c’est que les modes de rémunération des créateurs ne peuvent que changer (Balzac était par ailleurs un businessman, Proust un fils a papa, Shakespeare rémunéré par Lord Chamberlain, son mécène, etc). Ce n’est pas la première fois que les créateurs devront ajuster leurs modèles économiques face à un monde qui change, ni probablement la dernière. L’important serait plutôt de réaliser cette transition sans faire trop de casse, non ?

  57. “L’important serait plutôt de réaliser cette transition sans faire trop de casse, non ?”

    Tu peux passer dans le dernier sujet de narvic, qui évoque le sujet de la licence globale. On y parle de cette question du financement.

  58. On parle de cette question du financement dans le dernier sujet de narvic. Licence globale etc.

  59. Désolé de ne pas avoir participé à votre conversation aujourd’hui, j’étais occupé à m’intéresser à l’état de la presse en ligne et de l’information, ce qui est tout de même un peu le fond de commerce de ce blog. :o)

    Conclusion : ce n’est pas très encourageant… La presse en ligne n’est pas de très bonne qualité (ultra redondante et stéréotypée), mais le pire, c’est que c’est peut-être ce que demande le public…

  60. on a beaucoup de mal à imaginer un modèle de production non professionnel pour des oeuvres cinématographiques.

    Non : vous avez du mal. Il y en a d’autres qui essayent. Et puis ça fait plaisir de voir que mes réells arguments sur la rémunération à l’acte et la distinction entre créateurs et soutiens économiques et techniques ont été complètement passé à la trappe. J’ai cru une seconde qu’Enguerrant avait trouvé une once d’intégrité intellectuelle et ça m’a fait peur.

  61. Quand l’industrie arrêtera de nous prendre pour des gogos, on acceptera peut-être de payer pour de la musique bien échantillonnée. Perso, devoir racker pour un morceau rippé à 128-192kbps gavé de DRM ça me fait irrésistiblement penser à un arnaqueur qui essaierait de me fourguer une k7 audio piratée pour un produit d’origine.

  62. bonjour à tous et merci pour la qualité des échanges

    je pense qu’il faut arrêter de raisonner soit du coté de l’auteur, soit du cote de la techno, soit du coté de l’utilisateur.
    nous avons affaire à un système complexe au sens mathématique du mot, il faut le traiter en temps que tel.
    il faut raisonner transversalement contenu/techno/usages pour réinventer des nouveaux modèles économiques.

    au moyen âge l’homme est au centre de l’espace agrégat.
    quand l’homme a découvert grâce à Galilée que la terre était ronde, il a réussi à prendre du recul, à s’extraire du monde . la perspective comme le dit très bien Panofski a introduit d’une manière abstraite cette profondeur de champ, cette extériorité symbole selon Sloterdijk de la modernité. ” est moderne celui qui croit n’avoir jamais été à l’intérieur”

    et puis l’homme est allé sur la lune ( je résume!), il a découvert qu’il n’ y avait pas la terre et le ciel séparé, mais que l’homme faisait partie du cosmos, l’homme d’une certaine manière est revenu au centre, mais non pas comme au moyen âge, un moi ET le monde, non plutot un moi-monde, UN. Peut être pourrait on appeler cela le post modernisme.

    Aujourd’hui cela est encore en train d’évoluer, nous passons au post postmodernisme ( plus fort que le web 3.0!!), l’homme non seulement est au centre, immergé dans le monde, mais il est actif, il agit sur le monde, il le modèle, l’aspire, l’inspire à tous les sens du mot.

    l’homme est en train de devenir à l’image du Dieu des premières pages de la Génèse : créateur.
    son usage c’est de créer en utilisant la techno. l’homme est le lieu de cette convergence que j’appelle entre contenus technologies et usages.
    un système complexe ne peut se séparer en partie, chacune des parties interagit sur les autres et de plus le milieu environnemental interagit avec l’ensemble. un système complexe permet l’éclosion d’une émergence imprévisible.

    arrêtons de nous battre , technocentristes contre auteurs contres partisans du web 23.0, travaillons ensemble, apprenons les uns des autres, réfléchissons transversalement, et faisons émerger des solutions.

    cela me semble urgent contre tous les google, Reuters, sarkozy et au autres clean state!

  63. Je plussoie, l’union fait la force, et ce qui nous réunit est bien plus important que ce qui nous sépare 🙂

  64. @Narvic Je viens de relire ton article sur Susan Boyle, et je crois que tu minimises un aspect du Web 2.0. Du coup mon commentaire est un peu hors-sujet par rapport a cet article.

    Car les contenus que les internautes préfèrent échanger, ce ne sont pas tellement ceux qu’ils produisent eux-mêmes, que ceux qui sont produits… par les industries culturelles et médiatiques

    Pour cela tu cites un article de TechCrunch qui listes les vidéos « qui buzzent ». Évidemment les vidéos qui buzzent sont principalement créés par des professionnels. C’est leur métier! Le contraire aurait été étonnant..

    Mais le web a depuis le début été le promoteur de la «Longue Traine». Le web 2.0 aura, du moins je le crois, permis a beaucoup d’obtenir une visibilité qu’il n’aurait pas eu. Il ne cherche pas a être dans un Top 50 qu’il ne saurait atteindre sans moyen marketing adéquat. Il recherche une certaine visibilités dans un domaine spécifique.

    Vis a vis de l’article de TechCrunch, je ne serai intéressé de connaitre la part des vidéos professionnels qui faisaient partie d’une campagne de pub viral directement ou indirectement.

  65. Ce qui me reste est que le journaliste est un créatif, que la presse est créative et ne devrait pas se faire référencer (sur google) car elle en à le pouvoir.

    Ce qui ressort pour moi c’est que le débat à mener est encore plus complexe après qu’avant le vote sur hadopi parce que le nombre de gens qui aimerait entrer dans un monde de financement par rentes devient de plus en plus important.

    Ce qui m’étonne est que l’on ne parle plus des intermittents du spectacle.

    J’attends le nouveau salon des Indépendants.

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