après le journalisme

Franck Rébillard : un risque de briser “cet enchevêtrement si spécifique à l’internet” ?

Ça faisait longtemps qu’il n’y avait pas eu de blogueur invité sur novövision… et que je n’avais pas, non plus, transformé en billet un commentaire posté sur ce blog….

Franck Rébillard, chercheur en sciences de l’information et de la communication, dont je vous ai déjà parlé sur ce blog (et s’il faut croire Google, j’y reviens même… assez souvent !
😉 ), m’en donne aujourd’hui l’occasion.

Je republie ainsi sous forme de billet de “blogueur invité” le commentaire posté hier par Franck Rébillard, à la suite de mon billet En ligne, les journalistes n’ont pas inventé grand chose.

Une intervention tardive dans ce fil de commentaires… Pardonnez-moi, j’ai lu plusieurs billets de novövision comme souvent à la traîne, mais avec toujours autant d’intérêt ! Voici quelques réactions au sujet des subventions aux éditeurs de presse en ligne.

J’ai d’abord eu vent des prises de position de Narvic par la lecture de Libération (papier). Et il est vrai que dans cet article (Libé de mardi ?), les propos de Narvic -tels qu’ils étaient repris- semblaient limités à une critique de l’interventionnisme public en matière d’information, surtout qu’ils étaient cités juste avant ceux de Edwy Plenel insistant lui sur la distinction Etat / Président de la République. J’ai cru comprendre qu’un traitement médiatique similaire avait eu lieu sur France Info. Or, lisant ensuite les billets dans leur détail sur novovision, j’ai découvert une analyse bien différente (et pertinente !), insistant sur la difficulté du « journalisme professionnel » à évoluer avec l’internet, dont ce subventionnement circonscrit sur l’internet constituerait un symptôme.

Je partage largement cette analyse. Et me demande : pourquoi les journalistes de France Info et Libération n’en ont pas fait état dans toute sa nuance ? Par manque de place dans leurs colonnes, par manque de temps ? Probable. Par solidarité « corporatiste » (consciente ou non, contrainte ou non ) ? par une difficulté à « entrer dans » un raisonnement qui, comme celui de Narvic, suppose des « journalistes professionnels » une certaine mise à distance de leur propre position sociale (ce qui n’est évident pour personne) ? pour une autre raison ? Je ne sais pas.

Un petit point de désaccord toutefois avec les propos de Narvic : le sort réservé à Rue89 me semble un peu sévère. Lors d’une recherche universitaire menée en novembre 2008, j’avais observé dans cette rédaction une attention particulière (feinte ? je ne crois pas) aux réactions des internautes, dont témoigne Laurent Mauriac dans son commentaire. Et dans une autre étude sur le pluralisme de l’information, (voir le billet de novovision sur le « règne du canon à dépêches »), Rue 89 figurait justement parmi les sites apparemment les plus originaux en matière d’actualité sur le web. Ce rapport plus étroit de Rue 89 avec les internautes pourrait l’expliquer.

Mais bon, à part cela, encore une fois, je partage largement l’analyse développée par Narvic. S’il y a bien une originalité forte de l’information en ligne, c’est l’interrelation entre des espaces de publication et de diffusion très différents les uns des autres, entre blogs et agrégateurs, entre éditeurs industriels et commentateurs passionnés, etc. Et de fait, cette limitation des subventions aux « professionnels » risque de briser quelque peu cet enchevêtrement si spécifique à l’internet, ou en tout cas de le faire évoluer dans un sens particulier. Ici, il me semble une fois de plus que la comparaison la plus pertinente n’est peut-être pas entre l’internet et la presse écrite, mais entre l’internet et la radio. Voir ce que les radios « libres » et « amateurs » ante-1981 sont devenues. Se demander également si les aides du Fonds de soutien à l’expression radiophonique, aujourd’hui principalement dévolues aux petites stations de la bande FM, sont un bien pour le pluralisme de l’information. Ces dernières n’ont-elles pas contribué à un renforcement du morcellement de l’espace public, voire à un certain communautarisme ? Des recherches sur ce « vieux » média qu’est la radio seraient certainement très éclairantes pour mieux comprendre l’évolution de ce « nouveau » média qu’est l’information en ligne.

Encore merci à Narvic pour ses écrits et les débats qu’il suscite ! J’espère que, malgré la nouvelle orientation de novovision, ses billets sur l’« après-journalisme » continueront à fleurir, même à un rythme différent.

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1 Comment

  1. @ Franck Rébillard

    Ma réaction sévère, en effet, à propos de Rue89, est celle d’une sorte d’amoureux qui se sent trahi. 🙁 C’est bien à propos des journalistes de Rue89 que je parle de ces journalistes que je sentais prêts à franchir vraiment le pas pour sortir d’une conception corporatiste du journalisme et tenter de se trouver sur internet une nouvelle place dans un écosystème de l’information dont les journalistes ne sont plus le centre.

    En fondant ce syndicat professionnel, en admettant ne serait-ce que le principe lui-même de ce statut des éditeurs de presse en ligne, Rue89 me laisse en effet un goût amer. Il s’agit bien pour moi d’un “grand pas en arrière”. C’est ma douche froide personnelle de cet hiver 2009-2010.

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