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Etats généraux : Mediapart appelle les journalistes à la révolte

Je n’insisterai pas sur le fait que la lettre ouverte d’Edwy Plenel & François Bonnet (directeur de la publication et directeur éditorial du site d’information indépendant Mediapart) sur les Etats généraux de la presse est en réalité une lettre fermée (puisque réservée aux abonnés du site web). J’en reproduis ici de larges extraits, en totale violation du droit de ses auteurs, parce qu’il faut savoir ce qu’on veut ! B-) Faire entendre cet appel à ses destinataires à travers l’immensité du web libre, en profitant de la formidable capacité à relayer les messages et faire caisse de résonance de ce média, ou bien s’égosiller dans son bocal à poisson rouge et se condamner à ne pas être entendu ?

Le message d’Edwy Plenel & François Bonnet mérite pourtant d’être entendu très largement.

Je vous épargne la profusion de références pré-révolutionnaires, très XVIIIe siècle, ainsi que l’arrière plan de “journalisme romantique”, très XIXe siècle cette fois, pour en venir enfin à l’essentiel, en 2008.

Il s’agit d’un appel très salutaire aux journalistes à prendre en main un avenir, leur avenir, qui est en train de se décider sans eux, dans un très grand arbitraire et une très grande opacité :

(noir)Le «comité de pilotage», dont (le président de la République) a désigné seul les quatre membres sans aucun critère transparent ni procédure publique, sera coordonné par «mon cabinet», a-t-il ajouté , ne citant qu’ensuite, et donc dans une explicite soumission hiérarchique, la ministre de la culture et de la communication ainsi que la direction du développement des médias qui dépend du premier ministre. Ce comité est chargé de lui faire des «propositions» qui, a-t-il précisé, «tiendront compte (des) suggestions» des professionnels, formule aussi vague dans l’énoncé que souple dans l’exécution. Mais, au final, c’est lui et lui seul qui fera le tri : «J’écouterai et je tiendrai compte de ce qui sera dit.» On a connu engagement plus contraignant…

(noir)De cette régression stupéfiante – le pouvoir s’arrogeant la maîtrise du contre-pouvoir –, tout le reste découle. Désignés par privilège présidentiel, les quatre «pilotes» choisissent de façon régalienne les membres de leurs groupes de travail. Quant à l’organisation des travaux, ni règle précise, ni transparence codifiée, encore moins de procédure claire ou d’ordre du jour précis: l’opacité règne, avec son cortège d’arrière-pensées, de manœuvres et de clientèles, d’intérêts et de réseaux. Un secteur économique qui représente pas moins de 400.000 emplois voit donc la réflexion sur son avenir confiée à une poignée d’experts arbitrairement sélectionnés par le Prince du moment, lequel président a pourtant maintes fois démontré le peu de cas qu’il faisait de l’indépendance des journalistes et de la liberté de la presse.

(noir)Que des Etats généraux d’une presse minée par la crise et ébranlée par le numérique soient une excellente initiative, c’est une évidence. Que le discours introductif de Nicolas Sarkozy contienne des pistes intéressantes, c’est même possible. Mais l’on ne saurait être journaliste et accepter des Etats généraux qui non seulement ne sont pas organisés par la profession elle-même, mais qui, de plus, ne respectent aucun formalisme démocratique. De même que l’on ne saurait prendre pour argent comptant un simple discours présidentiel quand notre métier nous apprend à distinguer communication et information, en confrontant les mots aux actes. (…)

(noir)Nous en appelons donc à toute la profession, à tous les métiers de la presse et de l’information, à toutes les organisations syndicales et professionnelles, pour les inviter à choisir une autre voie, en imposant de véritables Etats généraux de la presse, organisés par la profession elle-même, avec des assemblées délibératives, des délégués élus, des doléances recueillies, selon une authentique procédure démocratique, c’est-à-dire publique.

(/noir)

6 Comments

  1. @ Pierre et Cédric

    Le style de Plenel est toujours aussi inimitable. :-)) Et encore, j’ai sucré le plus folklorique pour ne garder que le factuel.

    Il n’en reste pas moins que personne d’autre ne souligne la manière parfaitement opaque et arbitraire dont se déroulent ces Etats généraux.

    Pour ce que j’en vois moi-même, les quatre “chefs de pôles” sont bel et bien nommés par le fait du prince et la constitution de leurs groupes de travail se fait bel et bien par réseautage discret, et l’on y voit même des traces de copinage et de clientélisme…

    Non ?

  2. Pour ce qui ne relève pas de la constitution ou des institutions (où il a en partie les mains liées), le Prince a toutes les marges de manoeuvres nécessaires pour choisir et nommer des conseillers et ceci sous tous les régimes.

    Après tout qui soutient financièrement la Presse lorsque le monde des affaires ne peut y pourvoir au-delà d’une certaine limite ? l’Etat, qu’il soit rose ou bleu et jusqu’ici aucun camp ne s’est privé de ce genre de modalité dans l’action ou la réflexion…

    On parle bien du pouvoir exécutif, non ?

    Que cela soit efficace ou non c’est globalement la suite des évènements qui décidera.

    C’est en cela que sert le vote et la consultation régulière, tester le bilan et la vision du futur Prince.
    C’est plutôt du bon sens…

    Nothing new under the sun…

  3. Pourquoi est-ce une instance extérieure à votre profession qui convoque et organise ces états généraux ?

    Y a t-il eu des contacts et des réunions entre les différents acteurs de la profession pour établir un ordre du jour ou celui-ci est-il fixé par la même instance extérieure ?

    Quel besoin y a t-il de laisser faire ou d’appeler des externes pour régler vos problèmes ?

    Je crois qu’il va falloir créer de nouvelles appellations pour les journaux ou au moins réformer l’appellation de journaux d’opinion pour journaux de propagande, de façon à ce que les journaux d’informations redeviennent lisibles (va falloir mettre un coup de collier sur l’application de la déontologie d’ailleurs) et revisiter de fond en comble le modèle économique (les journaux de propagande n’auront aucun problème de financement, puisqu’ils le seront par ceux qui souhaitent voir de la propagande pour eux dans les pages du journal).

    La dernière partie est une pantalonnade, mais mes premières questions sont de réelles interrogations.

    Mon avis

  4. A la faveur d’une recherche sur Internet, je découvre votre site, très intéressant.
    Concernant la lettre ouverte de Médiapart, je tiens à préciser qu’elle est en accès libre et que tout le monde peut la lire, sans être abonné à Médiapart.
    Je trouve important de le signaler.

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