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Et si on s’était trompé sur le Tous journalistes ?

“Tous journalistes”, l’expression est emblématique du web 2.0, du règne de la participation généralisée des internautes et du contenu généré par les utilisateurs (UGC). Elle suscite des espoirs peut-être excessifs des participants aux sites alternatifs et une frayeur absolue de bien des journalistes professionnels. Et si on s’était trompé ?

Il semble de plus en plus clair que l’on s’est fait des illusions sur la participation et que le bilan du journalisme amateur est plutôt maigre

Le “Tous journalistes” désignait dans l’esprit de chacun le fait que le journaliste professionnel serait peu ou prou remplacé par le journaliste amateur, mais pour faire au bout du compte à peu près la même chose, mais bénévolement. Et s’il s’agissait d’autre chose, vraiment autre chose que du journalisme, qu’il soit fait par des amateurs ou des professionnels ?

Si le “Tous journalistes” ne signifiait pas que “tout le monde allait devenir le journaliste de tout le monde”, mais bien plutôt que “chacun était en train de devenir son propre journaliste pour lui-même”Sur le net, c’est la fonction de journaliste qui est en train de dissoudre, ou plutôt… de se disloquer. Et rien n’indique qu’une même personne soit là pour récupérer tous les morceaux et les recomposer à sa sauce. Ce serait une dislocation conduisant tout simplement… à une dispersion.

Ma dernière expérience d’information 2.0 me donne à réfléchir…

Toute l’info (ou presque) est sur le web

Une profusion d’informations est désormais disponible en ligne. Elles sont fournies à la fois pas des sources traditionnelles : institutions et organismes publics, entreprises, associations et groupes divers, sous la forme de sites, d’annuaires, de bases de données, etc… mais aussi par des individus, qui témoignent de faits qu’ils ont constatés (vus, photographiés, filmés…), et de situations ou d’états qui sont les leurs, ou encore qui sont des experts dans leur domaine, et qui s’expriment tous et sont accessibles dans les blogs et les réseaux sociaux…

La récolte de l’information (donc la sélection, puis la hiérarchisation) s’étend à un champ désormais tellement vaste sur le web que les journalistes ne sont plus en mesure d’assurer cette fonction à eux-seuls. D’ailleurs, probablement, personne ne le peut plus, même Google. L’exhaustivité est probablement perdue.

Bien des journalistes ont du mal à admettre, ou à comprendre, que c’est le web lui-même qui est en train de devenir l’espace principal de l’information. Cet espace ne se résume plus à des cercles restreints dont l’accès est réservé aux professionnels, par la carte de presse, l’accréditation officielle ou leur carnet d’adresses.

Cette recherche/sélection/hiérarchisation de l’information peut se faire par une sorte de veille collective (réseaux sociaux, blogosphère) ou de manière automatisée (moteurs de recherche et agrégateurs), qui se chargent tous ensuite de la hiérarchiser et de la rediffuser.

C’est le web dans son entier qui est devenu une gigantesque “machine sociale à hiérarchiser l’information” (Gloria Origgi), qui tend à remplacer dans sa globalité le journalisme lui-même, qui jouait ce rôle auparavant.

Le buzz, nouvelle forme de l’actualité

Cette veille collective, c’est elle qui détermine le buzz du net, qui est une forme nouvelle – et une alternative – de ce que produisait auparavant le journalisme : l’actualité.

Reste la question de la vérification. Gloria Origgi avertit qu’il faudra probalement se contenter de se fier à la réputation, attribuée par l’opinion, et que la vérification est probalement elle-aussi perdue, dans un monde de “vérités faibles” :

Selon moi, dans un environnement à forte densité informationnelle, où les sources sont en concurrence permanente pour gagner l’attention des usagers, et où la vérification directe de l’information n’est tout simplement pas possible à des coûts raisonnables, l’évaluation et les classements sont des outils épistémiques et des pratiques cognitives qui introduisent inévitablement un raccourci dans l’information. (…) Et ma modeste prévision épistémologique est que plus le contenu de l’information est incertain, plus le poids des opinions des autres pour établir la qualité de ce contenu est important.

 

L’article en réseau, collectif, inachevé, fluide…

Une autre chose se disloque, pour rester dispersée : l’unité du format journalistique de l’information. Ce dernier n’est plus seulement, ou principalement, l’article, qui tend à disparaître au profit de formats inachevés et fluides, un article “en réseaux”, qui emprunte simultanément au blog, à Twitter, Facebbok, Youtube et Delicious…

Mais cet “article en réseaux” (on devrait plutôt parler de “thème”, ou de “sujet”) n’est même plus réalisé par la même personne au même moment, livrant son produit fini et estampillé. Plus encore, l’agrégation de ces informations qui forment cet “article” n’est pas effectuée par le ou les producteur(s) de l’information, au moment de sa production, mais par l’utilisateur lui-même, au moment de sa consultation. L'”article en réseaux” devient, au bout du compte, une… recherche, un questionnement personnel, une enquête, produisant… un parcours de lecture, à un moment donné, pour une personne donnée.

Et c’est à ce moment que chacun se fait… son propre journaliste. Comme je l’ai été pour moi-même dans mon expérience d’info 2.0, sur l’émeute de Tours…

Je poursuivais déjà le même projet, visant la même démonstration, dans mes précédentes enquêtes en pyjama (mais je ne m’étais pas restreint, dans ces exemples, à des sources en ligne uniquement non-journalistiques) :

Tarnac : retour sur le fiasco d’une enquête policière (janvier 2009)
Traitement comparé d’un faits-divers dans la presse en ligne sur un faits-divers à la prison de Rouen] (septembre 2008)

Ce qui compte dans ces exemples n’est pas que je vous ai fait partager mon “parcours personnel d’information” sur ces sujets d’actualité. Comme me le signale [en commentaire le journaliste du Monde Luc Cédelle, au sujet de l’enquête sur l’émeute de Tours, je fais bien, en publiant cette synthèse, du journalisme à l’ancienne, livrant un produit fini issu d’une enquête journalistique (même si elle était faite en pyjama :o) ).

Non, ce qui est du journalisme 2.0 là-dedans, du “tous journalistes” nouvelle version, c’est que je vous montre que vous pouviez suivre par vous-mêmes exactement le même parcours (d’autres ont pu le faire comme moi), sans même passer, dans mon dernier exemple – ou alors par quasi accident – par un journaliste, tout en étant pour autant assez correctement informés.

“Une organisation non-linéaire de l’information sur le web”

Nicolas Kayser-Brill faisait tout récemment cette remarque lumineuse (sur laquelle je m’étais promis de revenir), en conseillant de prendre Wikipédia pour modèle :

Window on the Media, Pourquoi les sites d’info doivent s’inspirer de Wikipédia

 J’en suis de plus en plus persuadé : Wikipédia représente le seul modèle qui fonctionne pour l’actu en ligne. (…) C’est un premier pas vers une organisation non-linéaire de l’information sur le web.

 

Je poursuis sa réflexion…

• C’est Twitter, Facebook, le mail, un messagerie quelconque branchée sur mon réseau social, partageant mes centres d’intérêt (ou mon agrégateur personnel, que j’ai moi-même paramétré), qui jouent le rôle de veille et d’alerte.

• Cette alerte – si le sujet retient mon attention – me conduit à une recherche ciblée sur un moteur ou un agrégateur d’actualité (sur une base automatisée (Google, GoogleBlogs, GoogleNews), entièrement humaine (aaaliens, Delicious) ou mixte (Digg et Digg-like), ou d’autres formules à venir…). Cette recherche me conduit à des ressources du net. Certaines sont des ressources d’actualité, comme des témoignages, des photos, des vidéos, dans des blogs, sur des réseaux sociaux, ou des plates-formes photo/vidéo, et des communiqués sur des sites institutionnels. D’autres sont des ressources de documentation, pour approfondir (Wikipédia, GoogleBooks, mais aussi l’INSEE, la BNF, Legisfrance, le site de l’Assemblée ou de Sénat, que sais-je encore…).

• Je cherche ensuite des analyses et des commentaires, pour passer de l’approfondissement à la compréhension ou à la réflexion. Je puise à des blogs d’experts ou de leaders d’opinion, je navigue sur les forums… Je pose des questions, je dialogue, je m’exprime aussi à mesure que je me forge une opinion, une opinion que je partage, et qui contribue à son tour à informer les autres…

Un écosystème de l’information… sans journalistes

Un écosystème de l’information entier, et nouveau, se dessine dans cette description (encore un petit peu futuriste pour le moment, je le reconnais. Mais ce type de pratiques est déjà possible). Deux des particularités de cet écosystème sont qu’il est, d’une part, comme l’évoque Nicolas, totalement délinéarisé (donc fragmenté, collectif et asynchrone), et d’autre part qu’il est quasi totalement… sans journaliste.

Oui, décidément, la question n’est pas tant de savoir comment financer le journalisme, c’est bien de savoir s’il sert (servira) encore vraiment à quelque chose !

sur novövision : Le journaliste face à son inutilité (juin 2008) :

Marcel Gauchet (transcription d’un extrait de la vidéo en ligne sur Marianne2.fr) :

Ce qui menace aujourd’hui le journalisme, c’est tout simplement l’inutilité. Et c’est d’ailleurs un peu ce qui est en train de se passer avec le « Tous journalistes ». Parce que, en effet, la frontière entre le journalisme offert et ce que chacun peut penser à sa portée dans le commentaire est très ténue. A partir de là, on peut faire soi-même, avec ses voisins, pour avoir toutes les « rubriques ». Soi-même, on ne peut pas les remplir toutes, mais dans le voisinage, il y a sûrement tout ce qu’il faut. Et ça donne cette espèce de journalisme de proximité, dont la blogosphère est un échantillon… fatal.

 

Une porte de sortie, mais seulement par le haut

De cette situation, quelques journalistes peuvent encore – peut-être – tirer leur épingle du jeu, mais c’est uniquement par le haut, et par le très haut. Ils doivent être hyper-connectés, hyper-réactifs, hyper-cultivés, hyper-intelligents, et plus ou moins polyvalent, multi-tâche et multi-tout :

– pour repérer immédiatement ce qui va faire le buzz,
– s’inscrire immédiatement dans son cours,
– apporter très vite des liens pertinents vers les bonnes ressources d’actualité, vers les bons témoignages,
– et aussi, en même temps, vers les bonnes ressources de documentation,
– puis proposer rapidement une analyse pertinente et un commentaire éclairé.

– (tout en répondant, bien entendu, aux commentaires !)

Une sorte du super-blogueur, en même temps qu’un as du journalisme du liens.

Alors tous journaliste ? Certainement, mais peut-être certains parviendront à l’être… un peu plus que les autres. Et à en vivre.

La barre est en effet placée bien haute… à la survie du journalisme.

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Lire aussi (état précédent de ma réflexion sur novövision – mai 2008) :

Mon information 2.0. : le rédacteur en chef, c’est moi !

15 Comments

  1. Quand l’ensemble du monde de l’info s’accorde pour qualifier d’ “émeute” un incident même pas tragique à base d’une palette et de dix cartons incendiés, c’est effectivement à se demander si tout cela est bien utile …

    A ce compte-là, vous pouvez transcender chaque “chien écrasé” … et le boulot ne manquera pas 🙂

  2. pour rebondir sur la notion de non linéarité de l’information : le modèle de wikipédia montre que les nouveaux sites d’informations sont des bases de données.
    Certains journaux (Guardian et Times) l’on compris et se considèrent comme des DataStores. Ils permettent grace à des api ouvertes d’acceder à leurs articles et à certaines bases de données publiques.

  3. Christophe,

    parler de site d’information comme d’une base de données n’est pas faux. Mais à ce compte là, on peut se demander quelle est la valeur ajoutée du Guardian par rapport au Quid.

    Il faut arriver à combiner les 2 USP des rédactions d’aujourd’hui: les faits ET le débat. Et c’est là tout le problème 😉

  4. @ Szarah

    Je reconnais bien là cette ironie grinçante, qui est toujours un plaisir. 😉 Mais bon, je suis retourné à mon dictionnaire, qui ne me défend pas d’utiliser émeute dans cette situation. Le terme ne demande pas particulièrement qu’il y ait mort d’homme ou pillage de marchands de Rollex, mais insiste surtout sur le caractère “spontané et inorganisé”. Disons alors qu’il y a de petites et de grandes émeutes, certaines tragiques et d’autres ne le sont pas. Ça te va comme ça ? 😉

    @ Christophe et Nicolas

    Tout juste. Cette idée a été également avancée par Mikiane l’an dernier (j’en avais parlé là : Les sites web ont-il un avenir ? ). Ça revient aussi à faire de ces sites/base de données plus des agences de presse, que des journaux selon le modèle traditionnel (un thème que j’aborde souvent ici). 😉

  5. je ne suis pas vraiment d’accord avec le concept de valeur ajoutée apparu dans les commentaires, qui est devenu à mon avis obsolète, sachant que socialement et économiquement tant d’apports bénévoles à la société ont été à la base de richesses non reconnues.

    J’ai produit un article un peu futuriste; à la base de l’expérience du Gardian, pour ceux que cela intéresse, le lien est en-dessous.

  6. Pour commencer, une citation de B. Poulet dans l’Atelier des médias, web émission participative de P. Couve sur RFI: “Le journalisme est peut-être un métier bâtard, mais c’est quand même un métier”. Parce qu’il répond à un besoin. Même à l’heure du web très participatif.

    Comme le dit aussi B. Poulet dans la-dite émission, que deviendraient les radios sans les quotidiens qui leur fournissent le gros de l’info? Elles perdraient en qualité, surtout pour les matinales.

    Il me semble que le web fonctionne de la même façon. Au départ, il faut une info. Et les témoins ne suffisent pas, même si aujourd’hui ils peuvent relater en temps réel -et avant toute agence de presse- l’évènement qu’ils sont en train de vivre (crash Schipol,…).

    Car, à un moment donné, il faut que quelqu’un ait le temps -et les ressources- de “faire le tour” de l’évènement, de creuser, de rencontrer acteurs et observateurs. Comme le fait remarquer Narvic. Ce quelqu’un produit alors une valeur ajoutée, un service. Quand c’est -très- bien fait, ça donne le magazine XXI. Quand c’est écrit par le Wall Street Journal -qui sort un nombre incroyable de scoops par semaine cela dit en passant, la marque du média apporte là aussi une valeur ajoutée liée à sa crédibilité. Les gens, je crois, sont prêts à cliquer pour ça:)

    Et puis, certains évènements ne comptent pas de témoins connectés. Ou pas de témoin du tout. Comme disait un responsable de Slate sur son fil Twitter, “Comment ça pas de twitts sur ce qui se passe au Bangladesh?” (du temps de la mutinerie). Sans journaliste, en entendrait-on parler ailleurs que dans les cercles d’ONG?

    Pour résumer, il me semble que le journaliste a un avenir s’il fait ce qu’il sait faire de mieux… “and link to the rest” 😉

  7. Super intéressant. J’ai néanmoins un problème avec ta conception du Journalisme qui sous tend ton billet comme d’autres récents. La pratique du pyjama ressemble (est) au journalisme parce que depuis 20 ans s’est développé un journalisme de desk. Le journaliste qui prépare un flash est exactement dans la même configuration (enfin presque il y a les confs de rédac etc.). Donc oui, journalisme de liens ou en pyjama cela correspond à un certain type de journalisme. Mais enfin, dire que toute l’info ou presque est sur le web c’est avoir une définition assez restreinte de la vie sociale et politique. Les négociations en cours entre des syndicats ne sont pas sur Internet. Le bargaining politique n’est pas sur Internet etc. Je connais quelques journalistes spécialisés… Et Internet joue très peu dans les infos qu’ils trouvent.
    D’autre part, je ne suis pas sûr qu’il faille se réjouir du buzz (ce que nous avons traité récemment en revanant sur le “buzz” Marc L.). Le buzz est la forme la plus contestable du champ médiatique traditionnel : l’emballement médiatique. Ainsi, ce que l’on reprochait aux journalistes on le retrouve sur la toile encore plus fort. Ce que Bourdieu appelait, la circulation circulaire de l’info. Je te conseille également le compte-rendu de l’emballement médiatique par le journal Le Tigre lui-même. Et pour terminer de tirer la couverture à nous ;-), je compléterai ta conclusion par une autre notion importante pour le rapport entre une rédaction et ses publics : le community management. Le Figaro. fr semble déjà sur le coup.

  8. @ django

    Je t’ai répondu chez toi. 😉

    @ Guig

    Ce journalisme-là, c’est une simple transposition sur internet du journalisme traditionnel. Je ne crois pas que ça fonctionne en ligne : il ne correspond plus à des usages suffisamment massifs pour trouver à se financer en ligne.

    C’est un journalisme d’élite, qui était auparavant subventionné par le lectorat populaire, que l’on forçait à payer pour des articles qu’il ne lisait pas. Sur internet, c’est la vérité des prix ! Les utilisateurs ont le choix de leur propre sélection : on voit ce qui les intéresse ou pas.

    Il est peut-être dommage que les gens ne s’intéressent pas à ce qu’une élite intellectuelle estime “bon pour eux”, mais c’est comme ça.

    Et si c’est vraiment “bon pour eux”, et bien il faut bosser pour les convaincre ! C’est d’ailleurs ce que tentent de faire les ONG dont tu parles… 😉

    @ Emmanuel

    • Journalisme de desk, depuis 20 ans ?

    Pour le journalisme papier, l’essentiel de la diffusion est assurée par le presse régionale, dont plus de 80% du contenu est – depuis bien plus longtemps que ça – du véritable UGC, je parle de la production des correspondants locaux de presse, retraitée par des journalistes avant publication.

    Le modèle que je décris ici, c’est celui de la presse régionale, mais sans les journalistes ! Quand le travail de desk (en tout cas une partie) est effectuée de manière mi-automatisée, mi-sociale (sélection/hiérarchisation) et l’autre partie n’est plus effectuée par personne (remise en forme, correction et… vérification), ou alors après coup (vérification sociale).

    • Le rôle des “journaux” de la radio et de la télé

    A mon sens, ces médias ne relèvent pas de l’information au même titre que les journaux papier. Où plutôt, ils n’en constituent que la Une, la partie hiérarchie et alerte, et il leur manque tout le reste, c’est à dire le développement de l’info. L’audiovisuel ne produit que très très peu de de développement d’information (les documentaires/reportages d’Envoyé spécial par exemple). Tout le reste, ce ne sont que… des titres d’article, sans les articles derrière (ou bien dans les talk-shows, c’est de la pure promotion et non de l’information).

    Cette information n’est pas une information “pour comprendre”, mais seulement une information “pour être au courant”. Savoir ce qui se passe, et savoir ce que les autres savent : pour nourrir la conversation autour de la machine à café, mais aussi pour m’alerter sur un sujet qui m’intéresse, et que j’irai approfondir par ailleurs.

    Cette information peut être effectuée aujourd’hui de manière différente.
    L’alerte : en mode passif, c’est mon réseau social qui m’avertit (Twitter, facebook, mail, Msn, etc…), en mode actif, ce sont mes recherches en ligne, ou encore le paramétrage de mon agrégateur.

    • Le buzz et l’actualité

    Je ne suis pas d’accord avec ton parallèle entre buzz et emballement médiatique. Ce que je place derrière le terme de buzz est plus large que ça. Dans mon idée : à “emballement médiatique” répond simplement “emballement du buzz”…

    Le buzz est pour moi, une nouvelle manière d’établir l’agenda de l’actualité : c’est l’agenda médiatique généré par les utilisateurs. 😉

    Ce sont les utilisateurs qui sélectionnent l’information qui mérite, selon eux, d’être mise en avant.

    Tout cela conduit bien entendu à un monde bien plus fragmenté qu’aujourd’hui, au mieux communautaire, au pire atomisé.

    • L’info spécialisée

    Reconnais d’abord que l’information spécialisée intéresse avant tout… les spécialistes. 😛

    Cette information-là n’a jamais été une information de masse. Les médias audiovisuels la zappent, et dans les médias papiers, elle n’est lue que par une infime minorité du lectorat global.

    Cette information sera toujours produite, car en réalité l’essentiel de son coût de production n’est pas pris en charge par les médias : ce sont des universitaires ou des consultants, des fonctionnaires ou des cadres d’entreprise, des agences spécialisées publiques ou privées.

    Quand les médias la diffusent, elle a en réalité été déjà produite et financée, et circule déjà sous forme de rapports, conférence, etc.

    Cette information est de plus en plus souvent disponible en ligne, mais il faut la chercher. De nouveaux “médiateurs”, comme les blogueurs spécialisés, jouent le rôle de réinjecter cette information dans un circuit plus large, comme nous le faisons, toi et moi, en épluchant des rapports d’étude ou des statistiques, pour en faire des synthèses et les rediffuser sur nos blog.

    • Ce qui manque, c’est l’enquête

    Dans cet écosystème, ce qui manque (et c’est un réel problème), c’est l’information qu’il faut “forcer”, celle qui ne se donne pas toute seule, et que ses “propriétaires” ne souhaiteraient justement pas diffuser, alors qu’il serait d’intérêt public que cette info soit… publique.

    Les ONG et les activistes jouent un rôle important en ce domaine. Mais il est possible que ça ne suffise pas. D’où les pistes de recherche : fondation, crowdfunding et… service public….

    • Conclusion :

    Ce qui m’apparaît aujourd’hui, c’est qu’il est envisageable de voir se reconstruire en ligne un écosystème de l’information entier, dans lequel le rôle des journalistes soit totalement marginalisé.

    Je ne dis pas que ce nouveau système est sans défauts (mais l’ancien ne l’était pas non plus).

    Je voudrais juste proposer que l’on change de point de vue, que l’on ne cherche plus à voir comment on va pouvoir préserver en ligne quelque chose auquel on tient et qui a bien du mal à s’y implanter, et que l’on regarde plutôt ce qui se met en place, pour tenter de comprendre comment ça fonctionne et où ça nous mène, pour tenter, éventuellement, de remédier aux problèmes que pose ce nouveau système. Ça me semble une démarche plus rationnelle et constructive. 😉

  9. Merci @Narvic pour cet très intéressant, comme toujours 🙂

    Je voulais revenir sur l’élaboration de l’info et sa vérification.

    A mon avis cela marche bien si la communauté est suffisamment nombreuse, de qualité, et qu’un travail de synthèse est mis en avant à un moment ou un autre (par un journaliste ou un spécialiste).

    CNN, avec iReport, une plateforme de témoisn d’actualité “non-filtrée” dispose souvent de bons commentaires, qui décèlent assez vite les canulars: la fréquentation est importante, et il s’agit de fans d’actu.

    Idem pour le Post, qui a “sorti” récemment l’histoire d”une vidéo amateur de Gaza présentée comme datant de 2009, mais qui datait de 2005, avant qu’une chaîne de télé ne la diffuse.

    Le Post a aussi rapidement démonté le site “faismesdevoirs”, quand ce dernier a publié plus d’infos sur son équipe. A chaque fois il s’agit de blogueurs, de “Posteurs”, qui signalent telle ou telle info, des infos repérées, recoupées et enrichies par la rédaction.

    On est bien là dans un exemple d’association “pro-am” qui marche bien.

    Le rôle du journaliste va être aussi , peut-être, de certifier de plus en plus l’info, de la vérifier, en décelant, s’appuyant, lançanjt le travail de sa communauté ou d’autres communautés.

  10. Cette idée d’écosystème me semble tout à fait juste, et je suis convaincu que de nombreux internautes et blogueurs doivent retrouver un peu de leur propre démarche intuitive pour rechercher de l’info dans ce que tu décries ici.

    Un exemple qui n’a rien à voir avec le journalisme et qui pourtant illustre parfaitement ce principe d’info sans journaliste. Un jour je suis tombé malade. Très malade. Internet (et Google en premier lieu) remplace le journaliste, il remplace tout aussi bien le diagnostic médical. Ainsi en quelques heures seulement, je pus “reconnaître” ma maladie. Cette maladie très grave ne touche qu’une personne sur 2,4 miilions !

    Il aura fallu presque un mois et quinze jours d’hospitalisation dans un service de pointe pour parvenir au dignostic de Google !

    Par contre, ce qui demeura trompeur dans toutes les infos fournies sur cette maladie par le net, c’est les perspectives de survie et les conséquences à long terme de la maladie. Ainsi je me voyais affublé à longueur de pages de seulement 60% de chances de survie à 5 ans. Cinq plus tard je vais très bien merci !

    Il faut croire que la mort, le “sensationnel” est davantage mis en avant que la mise en perspective !

    Les médecins et les journalistes ont donc encore toute leur raison d’être et un rôle à jouer sur internet !

    http://www.lamachineaecrire.net/

    http://www.lachosenumerique.com/

  11. Bonjour,
    il me semble que si l’analyse est juste, à savoir qu’en effet, il n’est plus nécessaire de passer par la médiation des journalistes sur le web. Il ne faut peut-être pas généraliser le raisonnement.

    Je m’explique. L’analyse est juste parce qu’un certain nombre d’internautes – à mon avis une grande minorité – peut se passer d’intermédiation journalistique.

    Ce n’est cependant pas le cas pour beaucoup de gens : d’abord tous ceux qui n’ont pas encore internet chez eux, et ensuite tous ceux qui, certes ont une connexion, mais consomment l’information de manière traditionnelle en passant par les médias habituels. Et s’abonnent éventuellement à leur Newsletter.

    Ceux-là ne savent pas que Twitter existe, Facebook leur paraît être un OVNI et ils ne distinguent pas un réseau social d’un réseau communautaire…

    Je donne beaucoup de formations multimédias et vous n’imaginez pas le nombre de gens qui ne connaissent pas encore les flux RSS… 😉

  12. @ Phil

    J’ai d’ailleurs pris soin de préciser dans le texte que cette “vision” était… “futuriste”. Il ne s’agit pas de généraliser, mais de montrer seulement que “de telles pratiques sont déjà possibles”, pour ceux qui font preuve d’une certaine agilité avec internet.

    A mon avis, c’est un aspect des choses à prendre en compte dans toute réflexion sur l’avenir de l’information : de telles pratiques vont-elles se généraliser, ou bien resteront-elles des pratiques minoritaires ? A vrai dire, pour le moment… personne n’en sait rien. 😉

  13. @ Narvic : Encore, nous somes des vieux qui ne sommes pas né avec le net, l’agilité des jeunes intellectuels d’aujourd’hui sera bien plus grande que la notre ! 🙂

  14. La “twitterisation” du journalisme et le modèle participatif ont leurs limites, deux me viennent à l’esprit : l’aspect économique (comment financer ses articles, un pyjama coûtera toujours moins cher qu’un vélo…)et d’accès aux nouvelles technologies de l’information.

    A mon sens, la rédaction d’un article, d’une brève, etc comporte immanquablement une phase dans laquelle le journaliste est un simple relai. Si cette composante doit être dépassée, associée à la ligne éditoriale, elle reste nécessaire afin d’assurer la diversité des champs d’information.

    Face à un tout twitter, un français de Quimperlé aura bien plus de possibilités de faire entendre ou d’expliquer sa vérité qu’un malien, même de Bamako. D’autant plus en quelques mots…

    Travaillant en Amérique du Sud, je suis confronté à ces effets de mode qui gagnent la presse. En outre, la tendance occidentale à l’universalisation se transforme souvent en de l’omniscience et un manque cruel d’aller au-delà des problématiques convenues. Comme je le disais plus haut, le fait que l’accès aux techniques de l’information et, en période de crise, aux antichambres des centres de pouvoir (cf. le piston d’amis en difficulté), deviennent la nouvelle norme en thème de régulation m’effraient.

    Pour conclure une réflexion à développer (et à clarifier), la démocratisation de l’information type desk ou machine à café s’accompagne paradoxalement d’une élitisation de l’information ne perçant pas sur la scène de l’actualité à la mode. Je suis bien conscient que cela à toujours existé, reste que, en tant que journaliste, je me vois quasiment obligé de développer des stratégies marketing pour rendre “in” mes articles.

    Et encore, je ne vous parle pas de la multiplication du volume des e-mails aux rédactions, qui, associée aux réductions du personnel, entraine une non réponse quasi systématique aux propositions de sujets. Pour le coup, je tire mon coup de chapeau à l’internet, puisque la rédaction de Rue89 répond quasiment toujours…

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