sur le web

Eolas est un média. La preuve par 57

On sentait venir quelque chose d’énorme… On vous avait prévenu dès mardi sur ce blog. C’est totalement inédit, d’une ampleur sans précédent. Le blog le plus célèbre de France vient même d’en changer son appellation pour l’occasion : en ce 23 octobre 2008 le “Journal d’un avocat” est devenu le “Journal des magistrats en colère”

L’appel de Maître Eolas à libérer la parole des magistrats se révèle un formidable succès. 52 57 64 billets (!) (Eolas ne cesse de refaire ses comptes) de magistrats et d’autres membres de l’univers judiciaire ont été reçus et sont aujourd’hui publiés sur le blog. Jamais un média traditionnel n’avait réussi quelque chose qui ressemble à ça.

(Mise à jour : on cherchait le “journalisme citoyen”. On vient de le trouver dans ce qui forme au final une véritable enquête participative sur l’état de la Justice en France aujourd’hui, vue par ses propres acteurs.)

J’y vois la preuve éclatante que les magistrats de ce pays sont les premiers à estimer qu’il y a quelque chose de pourri dans le royaume des médias et que seul le blog d’Eolas est aujourd’hui crédible à leurs yeux pour recueillir leur témoignage.

Il y aura d’énormes leçons à en tirer pour les médias et les journalistes. A moins d’un considérable sursaut, ces leçons pourraient bien être… définitives.

L’ensemble est rassemblé sous le même mot clé et vous trouverez tous ces textes ici.

Maître Eolas le souligne :

(noir)La plupart étaient signés par un nom identifiable, mais tous ont demandé l’anonymat, certains par crainte, d’autre pour respecter l’esprit du blog.

(noir)Aucune tentative d’usurpation de la qualité de magistrat.

(/noir)

Et d’ajouter :

(noir)Bonne lecture : vous avez une opportunité unique de découvrir ce qui se passe sous la robe. Merci aux magistrats ayant participé.

(noir)Et une dernière chose : c’est l’extraordinaire maladresse confinant à l’incompétence de l’actuelle garde des sceaux qui a conduit à ce projet un peu fou. Qu’elle en soit remerciée. Donner envie aux magistrats de s’exprimer ainsi, ce qui va tant contre leur culture, restera sa plus grande réussite. Il y a des fleurs qui poussent dans les cimetières.

(noir)Mais qu’une chose soit claire : si elle peut être critiquée, même durement, ce ne peut être que sur ses idées, sa méthode, ses réformes. Les attaques personnelles et notamment les allusions à sa vie privée sont grossières et déplacées, même si elle même a pu être tentée d’en jouer pour améliorer son image.

(/noir)

Je ne peux, à mon tour, que vous encourager à vous plonger dans cette formidable lecture. Quelque chose que vous n’avez jamais pu lire ailleurs, jamais dans la presse en tout cas.

Les médias sont morts un peu plus aujourd’hui à l’occasion de cette expérience. Si les magistrats de ce pays n’accordent même plus aux médias le crédit suffisant pour recueillir leurs doléances et que seul le bog d’un avocat reste digne de confiance pour accueillir leur témoignage, c’est bien qu’eux aussi estiment aujourd’hui qu’il y a quelque chose de pourri dans le royaume des médias.

Parmi les journalistes “officiels”, seule Pascale Robert-Diard, pour Le Monde, a vu monter ce phénomène. Elle est d’ailleurs une authentique blogueuse ! Les autres n’ont rien vu venir. Ce qui témoigne bien à quel point ils sont aujourd’hui… déconnectés des réalités.

Si j’en crois les referers de ce blog, quelques médias en ligne ont tout de même relevé mon alerte, à défaut d’avoir vu ce qui se passait chez Eolas. Les autres en parleront probablement demain… (mes lecteurs ne s’y sont pas trompés, en tout cas, qui ont fait de ce billet de mardi le plus lu de ce mois. Merci 😉 )

Vendredi
Rue89
Contre-feux

Et vous, quelle conclusion en tirez-vous ?

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Mise à jour (12h00) :

On a (re)trouvé le journalisme citoyen

Une réflexion supplémentaire me vient, en poursuivant la lecture de ces billets chez Eolas (je n’ai pas encore tout lu) : j’ai le sentiment de me retrouver face à une véritable enquête participative sur l’état de la Justice en France aujourd’hui. Quel autre terme que celui de “journalisme citoyen” correspond mieux à une telle entreprise ?

On le cherchait partout depuis longtemps. Au point de douter qu’il existe réellement. On vient enfin de le trouver.

Que des journalistes professionnels “travaillent” ensuite cette information, la synthétisent, l’illustrent ou la commentent, c’est fort bien. Mais cette information a été collectée, réunie, éditée (les précieuses notes d’Eolas, qui explicitent un sigle ou un point de droit évoqué par ces témoins)… et publiée, sans aucune intervention de journaliste professionnel. Le tout dans un processus très spontané, peu organisé, mais très rapide, rendu possible par internet. C’est bien une révolution de l’information.

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Mise à jour (16h00) : lire aussi…

– La plume d’Aliocha : “Les juges ne mentent pas”

– Authueil : “Libération de la parole”

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Mise à jour (25 octobre 2008) :

Deux synthèses intéressantes (à mon avis) des témoignages publiés chez Eolas :

– Jules (Diner’s Room) : “Rachida et les quarante billets”

Analyse des témoignages de magistrats et autres acteurs du monde judiciaire recueillis chez Eolas. La meilleure synthèse que j’ai lue jusqu’à maintenant (c’est celle d’un blogueur non journaliste… )

– Isabelle Zyserman (Rue89) : “Eolas : la colère des magistrats s’exprime chez un avocat”

Pour ceux qui n’ont pas le temps de lire les témoignages de magistrats collectés et publiés par Eolas, la journaliste Isabelle Zyserman en propose un digest, une lecture synthétique avec de nombreux petits extraits significatifs.

Et le “premier bilan” tiré par Eolas de son projet “un peu fou” :

– Eolas : “Premier bilan – Journal des magistrats en colère” :

“Je suis dépassé par le succès de mon initiative, et je suis ravi” : “Mon blog a battu son record de fréquentation. La mariée de Lille peut aller se rhabiller. Mon site a enregistré plus de 53.000 visites (contre une moyenne de 30.000), dont au moins 23.000 visiteurs uniques (contre 15.000 d’habitude). Cela ne tient pas compte des lecteurs par flux RSS. Concrètement, c’est 33 Go de bande passante pour la seule journée d’hier.”

Cette affaire a des retentissements dans le monde anglophone :

– Nicolas Kayser-Bril (Online Journalism Blog) : “France: Blogs are dead. Now they’re called ‘the media’”

(en anglais) Synthèse à destination des lecteurs anglophones du phénomène Eolas en France, et analyse des rapports blog/média.

23 Comments

  1. @ Nick

    L’audience d’Eolas, c’est tout de même 15.000 lecteurs par jour, et surtout, parmi ceux-là, il y a le cabinet de la ministre et des journalistes du Monde.

    Ces magistrats ne cherchent donc pas la discrétion, mais au contraire le retentissement. L’article de Pascale Robert-Diard a même joué probablement comme un signal : allez-y lâchez vous, votre tribune sera lue.

    Les médias sollicitent sans cesse le monde de la justice pour des témoignages sur la situation actuelle : ils n’obtiennent que ceux des représentants syndicaux.

    On n’a donc jamais vu 50 tribunes de magistrats réunies par un média (et surtout en quelques jours seulement).

    La question de l’anonymat est toujours un problème : depuis que le respect du “Off” est brisé par les journalistes, le soupçon se développe qu’ils ne sont plus en mesure de respecter réellement l’anonymat non plus. On leur reproche aussi de ne pas rapporter les propos fidèlement et de les mettre en scène de manière spectaculaire ou sensationnelle.

    Alors que vis à vis d’Eolas, ces magistrats ont spontanément (pour la plupart dit Eolas) fournit les indications permettant de les identifier tout en demandant l’anonymat.

    Lisez les commentaires habituels chez Eolas, et vous mesurerez la défiance qui s’y exprime envers les médias.

  2. Mais il y a bien longtemps que les médias ne s’intéressent plus ou très mal aux problèmes rencontrés par les composantes sociales de ce pays. Ou alors lorsque l’info est « traitée » c’est sous une forme caricaturale. Ceux qui protestent font de la « grogne sociale », défendent des « corporatismes », etc.

    Eolas à mon sens n’est pas un média, il gère tout simplement un espace propice à l’expression de ses pairs. Cela est aussi vrai pour certains Skyblog qui permettent de prendre le pouls de la banlieue.

    Reste à travailler la matière pour donner corps à une vraie information qui dépasse le stade de l’émotion et du ressenti. Ça c’est l’affaire des médias qui ne le font pas, d’où ce sentiment que le moindre espace de liberté est un média. Cette confusion est dangereuse car des contre-feux peuvent très vite voir le jour sur le Net. Demain un Eolas de droite soutenant le gouvernement peut très bien recueillir 104 témoignages de magistrats pro Dati … et réussir un joli coup médiatique.

  3. À Narvic :

    15000 visiteurs ou 15000 lecteurs ? 😉 15 000 visiteurs, ça doit nous faire en gros du 2 000 lecteurs réels par jour (d’après moi — sachant que la très grosse majorité des visiteurs ne restent pas assez de temps pour lire les billets, nous en avions déjà parlé en juillet), ce qui est déjà énorme pour un blog mais il faut tout de même relativiser. Car avec ses histoires de nombre de visiteurs, j’ai toujours cette impression qu’on survend trop largement les sites internet par rapport aux autres médias.

    Et si, justement, la principale force du blog de Maître Eolas, et en particulier de cette spectaculaire série de billets, était justement sa capacité… à être relayé par la presse ?

  4. @ Serge

    Je ne saisis pas très bien la nuance que vous faites entre un média et un relais d’opinion. C’est le rôle des médias de relayer les opinions.

    L’expression de ces magistrats est bien à destination du public et dans le but de nourrir le débat public qui est aujourd’hui ouvert sur une question d’intérêt général.

    Il se sont bornés (c’était l’exercice demandé) a justement apporter des témoignages et des récits et pas des plaidoyers ou des propositions de réforme : cela regorge donc d’information.

    Je suis un peu circonspect sur la formule : “Reste à travailler la matière pour donner corps à une vraie information”. Et surtout sur le terme “vraie” information. La vraie information est déjà là. Vous pensez peut-être plutôt à sa synthèse, sa mise en perspective… Bref… son commentaire. 😉

    Sur “votre” projet de contre-feux : que cet “Eolas de droite” se dresse donc et tente le coup. Je vous fais le pari que ça ne marchera pas. Je vous rappelle surtout que cette fronde des magistrats ne peut pas être réduite à une simple affaire droite-gauche, ni même corporatiste (au cas ou vous n’auriez pas suivi les événements 🙂 ). Les trois principaux syndicats de magistrats “ont appelé d’une même voix à la mobilisation” aujourd’hui, signale l’AFP

  5. @ Ouinon

    En effet, il s’agit de 15.000 “visiteurs” et non “lecteurs” (cf. article du Monde, cité dans le texte).

    Sinon le principe du “relais de média en média” est justement un fonctionnement médiatique habituel. Mediapart se plaint assez que les autres médias ne reprennent pas assez ses infos !

    Eolas est aujourd’hui intégré dans ce circuit des médias (depuis l’affaire de le faute professionnelle de l’assistante sociale, qui a été révélée chez lui et reprise ensuite par de nombreux médias, et son rôle dans le débat sur le mariage annulé de Lille, où il a poussé une analyse qui allait frontalement contre celle défendue par les principaux médias, qui ont fini par rééquilibrer leur position en voyant qu’elle suscitait un tel débat).

    Le nombre de lecteurs réels n’est donc pas si déterminant dans ce circuit de l’information. Ce qui compte, c’est bien d’être intégré au circuit.

    Il est remarquable, et c’est bien ce que je souligne ici, qu’un blog prennent aujourd’hui une telle place dans le circuit de l’information concernant la justice et le droit. C’est bel et bien un média à part entière, mais ce n’est pas un média de journalistes.

    Cette histoire met en évidence à quel point les frontières ont aujourd’hui bougé, en raison d’internet et des blogs, dans le monde de l’information.

  6. Oui, je suis d’accord avec ce que tu écris mais il faut tout de même reconnaître qu’il y a un certain paradoxe dans le fait de compter sur le relai d’un royaume des médias qu’on estime « pourri » pour se faire entendre au delà d’une sphère restreinte d’habitués (cf. l’exemple de Mediapart que tu cites ci-dessus ; ou ton paragraphe qui débute par « Les médias sont morts un peu plus aujourd’hui à l’occasion de cette expérience (…) » ).
    Cependant, le monde de l’expression sur internet n’en est pas à un paradoxe près et je pense que l’essentiel, dans une démarche comme celle d’Eolas, est d’espérer que cela puisse contribuer à faire aboutir à des mesures concrètes, quels que soient les moyens de diffusion.

  7. Si je suis fondamentalement d’accord sur le phénomène, narvic, j’aurais quand même de nombreuses réserves quand à ce fameux journalisme citoyen. En effet, si Eolas a réussi ce qu’il a réussi, c’est aussi parce que des conditions très particulières sont réunies sur son blog et sa personne.

    Cela me semble similaire à une éclipse parce que la configuration des astres est parfaite : Maitre Eolas écrit particulièrement bien (mieux que la plupart des journalistes du moins) , il a une conscience très développée – ce que le journalisme semble avoir en partie perdu – , il ne méprise a priori aucun de ses lecteurs qu’ils soient juristes ou non, et bien sûr fait partie de ce fort silencieux corps de métier auquel il donne la parole. Enfin, il agit comme un journaliste, notamment via l’anonymat garanti à ses sources contre une assurance qu’il donne à ses lecteurs que ceux qu’ils cite n’usurpent pas leur titre.

    Bref, je ne suis pas sûr que cela puisse se faire avec beaucoup de corps de métiers.

    Je dirais que le plus grand intérêt d’Eolas, justement, est qu’il montre à l’ensemble de la profession journalistique comment ils devraient se comporter, et pourquoi les journalistes ne sont pour la plupart abordés qu’avec méfiance. La confiance met des mois à se gagner, et quelques secondes pour se perdre. Ce qu’Eolas fait maintenant n’existerait pas si cela ne faisait pas des années qu’il explique patiemment à ses lecteurs les arcanes du droit. De plus, ses lecteurs sont fidèles alors qu’il donne son opinion (sacro-saint péché du journaliste moderne), mais il le fait toujours de manière solidement argumentée et sans manque excessif de respect. Ainsi, on peut ne pas être d’accord avec lui, mais on est forcé d’admettre son honnêteté intellectuelle. Et, effectivement, ça ne lui rapporte rien, il n’a pas besoin de ça pour manger et n’est donc soumis à personne autre que sa conscience.

    Tant que le journaliste pense que son travail est un simple boulot comme un autre, il sera méprisé, au même titre que les politiques carriéristes, ou les policiers/juges peu scrupuleux ou les faux philosophes médiatiques. Parce que ce sont tout sauf des métiers comme les autres.

    Ce qu’a de plus précieux un journaliste (ou un journal) , c’est son indépendance et la confiance des lecteurs et des sources. Cette confiance n’est plus là, tout simplement. On en revient à la nécessité d’une sérieuse refondation de la notion de journalisme tel qu’il est vu aujourd’hui.

    Par ailleurs, je vais diverger, mais quand on lit le blog d’Aliocha, on se rend assez vite compte que les journalistes ont abdiqué depuis un moment déjà. Abdiqué face à l’argent, abdiqué face à la communication, abdiqué face au pouvoir. Mais, plus important, les blogs anonymes de journalistes sont le symbole de l’abandon de ce que la philosophie du journalisme n’aurait jamais du arrêter d’être : un putain de sacerdoce au service de la vérité et de l’honnêteté intellectuelle. Et la preuve que cette philosophie du métier a disparu, c’est que le seul fait d’énoncer ce genre de propos vous fait passer pour un doux rêveur idéaliste. Parce que “vous comprenez, faut bien bouffer” . Ben ouais, mais alors faut pas s’étonner de se faire cracher dessus, plutôt que de jouer les vierges outragées et de cracher sur l’internet.

    PS : je n’ai rien contre l’anonymat – je le pratique – , mais je trouve que c’est un beau symbole de l’évolution de notre société, dont les journalistes sont censés être un pilier. Il y a pas mal de boulot en vue si on veut redonner au quatrième pouvoir un semblant d’efficacité pour penser notre société.

    On pourrait d’ailleurs interpréter le succès du blog d’Eolas comme une disparition du rôle d’interpellation de la société du quatrième pouvoir, quand c’est le monde judiciaire qui s’empare du nouveau média qu’est internet et fait office de nid de résistance face aux pouvoirs politique et législatif, alors que la presse courbe le dos si bas et que la plupart des journalistes ignore superbement les fantastiques possibilités qu’offre internet.

  8. @ Ouinon et Moktarama

    Vous soulignez à votre manière tous les deux ce qu’il y a de paradoxal dans cette affaire. Et je suis plutôt d’accord avec ça, finalement. 😉

    Les journalistes professionnels auraient dû et auraient pu faire ce travail, mais ils ne l’ont pas fait et les blogs prospèrent en partie sur cette défaillance des journalistes qui ne sont pas là où on les attend.

    Mais l’incapacité des journalistes à opérer ce tournant sur le net, et en même temps à revenir dans le droit chemin des bonnes pratiques, du courage et de l’écoute des attentes profondes de leur audience, incitent tout de même à se demander où se trouvent réellement les obstacles. Et sont-ils réellement surmontables ?

  9. Mais l’incapacité des journalistes à opérer ce tournant sur le net, et en même temps à revenir dans le droit chemin des bonnes pratiques, du courage et de l’écoute des attentes profondes de leur audience, incitent tout de même à se demander où se trouvent réellement les obstacles. Et sont-ils réellement surmontables ?

    Je crois que tu poses la bonne question, ici, Narvic. C’est même celle que toute votre profession devrait se poser. Car votre problème actuel est double. D’un côté, vous avez cette formidable adaptation au nouveau canal de diffusion à faire, mais aussi une révolution des esprits et de la philosophie de votre exercice du métier à accomplir.

    Pour parachever le tout, les deux ne peuvent absolument pas être retardés, et ce en pleine récession.

    Du coup, comme j’ai un paquet de choses à dire sur ces deux sujets, je me suis mis à rédiger plusieurs billets, ça va prendre quelques jours à mettre en forme mais fondamentalement, il y a beaucoup de pistes à explorer et de pratiques à mettre en oeuvre. Ce qui est positif là-dedans, c’est que ces changements ne pourront être que positifs pour le travail et la conscience des journalistes, c’est là-dessus qu’il faut s’appuyer. Ce teasing de fou 🙂

  10. Wow !

    Moktarama m’a soufflé, il a, pour ma part, su clairement exprimer ce que je ressens à propos des médias de masse et du journalisme à l’heure actuelle.

    Je signale d’ailleurs avoir eu le même ressenti à propos du journalisme à la lecture du blog d’Aliocha (mon premier blog de journaliste après celui-ci). C’est d’ailleurs cette évocation de la part de Moktarama, qui m’a le plus interpellé dans son propos, faisant écho à mes arguments.

    Mon sentiment.

  11. Une petite remarque : tout est aussi question de format. Il est impossible de faire parler les magistrats aussi longtemps, de façon aussi intense que chez eolas. Il a choisi d’être exhaustif, comme pourrait l’être par exemple un bouquin sur le malaise des magistrats…

    Dès lors je comprends mal cette obsession à vouloir faire d’eolas quelque chose qui se substituerait aux médias traditionnels. C’est un média de fait, comme porteur d’informations, mais je ne le vois pas en opposition aux autres médias… Il y a tout simplement complémentarité. On ne peut pas dire autant dans une page du monde ou dans un format de deux minutes à la radio, qu’on ne dit dans 57 articles sur un blog!

    Et pourtant, on en peut pas dire que les médias n’aient pas largement relayé les raisons de la grogne des milieux judiciaires.

  12. Oui, bon, je chipote, mais c’est pour pousser un vieux billet de janvier 2006 (il date un peu mais le concept fonctionne encore ;o) cf le lien en bas de commentaire !

    Blague à part, j’insiste sur cette notion de pré-média : ni un journal intime – en l’occurence l’intimité professionnelle – ni tout à fait un média – il manque une dimension plus rationnelle dans le raisonnement.

    52, 57 ou 1 000 avocats qui prennent la parole, tous dans le même sens, pour exprimer leur colère, ce n’est pas ce que j’attends d’un média.

    Par contre, c’est ce que j’attends d’un corporation qui a compris qu’une manif dans la rue avait moins d’impact qu’une communication habile en ligne – cf le fait qu’Eolas soit source d’infos pour les médias et lu par la chancellerie.

    Cela fait-il pour autant de son blog un média ? Non, je ne trouve pas. Nous sommes dans
    . la manifestation en ligne ;
    . la(es) lettre(s) ouverte(s) ;
    . le recueil ;
    . le fanzine politiquement engagé.

    Bref, ce n’est pas un média. D’ailleurs je pense qu’ils sont loins – et Eolas le premier – de vouloir être considéré comme tel.

    A ce sujet j’ai enfin trouvé une représentation qui me plait sur la place des médias dans le process de l’information. Reste plus qu’à le faire (ça marche aussi comme teasing ? ;o)

  13. @ Le chafouin

    Je ne suis pas vraiment d’accord avec toi, ce n’est pas une question de moyens ni de format. Les médias auraient dû faire ce boulot bien plus en profondeur qu’ils ne l’ont fait. Eolas les a tout simplement doublés.

    D’ailleurs LeMonde.fr vient subitement de comprendre ce qui se passait et ouvre à son tour un appel au témoignage en ligne des magistrats (via Versac, sur Twitter) Il y a de quoi ricaner tout de même !

    Ça fait une semaine qu’Eolas a lancé son opération et on en parle ici depuis mardi… (…sifflotement…)

    Eolas a réalisé cette opération avec une économie de moyens et une rapidité remarquable : quel journaliste est aujourd’hui en mesure de réaliser une telle récolte de témoignages, d’une telle qualité, auprès de gens si difficiles d’approches, en si peu de temps et pour un tel coût de production ? Ne cherche pas… 😉

    Que reste-t-il au journaliste : un travail d’édition de ces témoignage : les classer par thèmes, les synthétiser pour faire ressortir des informations importantes, les remettre en perspective par une documentation. Ce n’est tout de même pas le plus important tout de même, par rapport à la récolte des témoignages…

    D’autant que les médias tradi ne cessent d’accuser les blogs de ne faire que recycler et commenter leur propre production. Là, on est exactement dans la position inverse et c’est Pascale Robert-Diard dans Le Monde qui commente le blog d’Eolas. Il y a tout de même comme un renversement dans cette histoire… Non ?

    Cela dit, l’excellent commentaire de Moktarama un peu plus haut vise juste : seul Eolas est en mesure de faire ça pour le moment (quoique mon petit doigt me dit qu’un tel succès suscite déjà d’autres vocations que celle du monde.fr… B-) )

  14. @ Cedric

    Je ne suis pas d’accord non plus avec toi. Les textes récoltés par Eolas (je ne les ai pas tous lus. On est à 61 63 maintenant !) ne sont pas des tribunes syndicales, et c’est ce qui fait toute leur richesse.

    Ce sont pour beaucoup d’entre eux de véritables témoignages de magistrats, de greffier, d’experts, sur leur vécu intime du fonctionnement de la justice depuis les fin fonds des campagnes jusque dans les banlieues sensibles. On y voit apparaître le quotidien, jusque dans les détails, les toutes petites histoires.

    A lire, je t’assure, il faut parfois s’accrocher : on finit vraiment par avoir honte de son propre pays tellement la Justice y parait miséreuse et dérisoire.

    Certains commentateurs écrivent qu’ils ont les larmes aux yeux à lire enfin écrit ce qu’ils vivent tous les jours et qu’ils ont le sentiment que le gouvernement, et plus largement le pays, ignore. Ou ne veut pas voir…

    C’est un matériaux de première qualité sur la Justice en France aujourd’hui. Alors oui, délibérément c’est du journalisme de mettre ça sur la place publique. Du très bon journalisme. Et l’endroit où tout cela est publié est un média, un vrai média. (en plus il y a même le parfait timing de l’info en publiant tout cela aujourd’hui, alors que le Monde ne s’y met que maintenant !)

    C’est du vrai journalisme. Et c’est un blog qui l’a fait.

  15. @narvic : c’est marrant parce que, à le rapprocher du billet que tu as rédigé aujourd’hui sur “Les infiltrés”, on voit pointer une contradiction. Je ne peux pas t’accuser de te contredire, dans ce dernier tu rapportes des points de vue mais n’en exprime pas vraiment ;o)

    Ceci dit, in fine, les deux reposent sur le même ressort : nous sommes en mode subjectif dans les deux cas.

    On peut même aller plus loin puisque chez Eolas les billets sont anonymes, tout comme les témoignages chez les infiltrés.

    Alors, d’un côté nous aurions un média télévisé qui pourrit une profession, et de l’autre nous aurions l’apparition d’un média ?

    Où l’on retombe, une fois encore, sur cette satanée définition de ce qu’est un média et la (plausible) déontologie journalistique.

  16. @ Cedric

    C’est pas faux. :-)) il doit y avoir quelque chose de pointu dans cette réflexion. 🙂

    Sinon : les infiltrés, j’ai pas vu, alors je m’avance pas trop. Eolas, j’en ai lu quelques uns. Suffisamment en tout cas pour dire que c’est très fort.

    Ça me donne l’impression que les médias tradi sont à la remorque du et qu’il n’arrivent pas à le rattraper parce qu’il s’y prennent mal et qu’en réalité ils n’ont pas vraiment compris ce qui se passe. (le secret, c’est que l’essentiel se joue dans les blogs. Mais chut… Ne pas le dire aux médias. B-) )

  17. “ils n’ont pas vraiment compris ce qui se passe.”

    Pas d’accord, ils ont très bien compris.

    L’effet de corporation joue à fond : “« Ce discours professionnaliste était une arme de combat territorial et identitaire, et quand celui-ci fut gagné, il fut aisé de constater que son objectif était de faire accéder les journalistes à la notabilité sociale, à un respect individuel et collectif. »” (citation extraite de cette note http://novovision.fr/?Le-journalisme-ou-le)

    Ce type de comportement n’est pas nouveau, c’est même une constante dans beaucoup de professions.

    Les tenants des postes intéressants ne souhaitent pas se remettre en cause pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la déontologie ou le professionnalisme mais avec la protection de leurs statuts et de leurs revenus.

    La tiédeur sucrée de leur prose est la parfaite illustration de leur conformisme moelleux.

    Mon avis.

  18. Dans le chaudron du Web où les intellos s’entre congratulebnt et se renvoient l’ascenseur à coups de citations et de liens, il y a de rares et brillantes exceptions, elles sont le fait d’humanistes qui traitent de vrais sujets.

    Maître Eolas est de ceux-là, il oeuvre sereinement au rapprochement du citoyen et de la Justice, dans la droite ligne du Journal des procès du regretté Philippe Toussaint et d’autres prédécesseurs illustres.

    Un vrai sujet, une vraie connaissance, un vrai talent et un vrai dévouement : une exception vous dis-je.

    Soyez lucide (vous savez l’être) et rendez-lui cette justice (humour) de ne pas le ravaler au rang d’un simple média ou d’un exemple à suivre : Maître Eolas n’est pas si facilement consommable, il est tout simplement hors cadre 🙂

  19. Sur le blog d’Eolas, magistrats et avocats, sans grande tradition de lutte collective, manifestent leur mécontentement sur un blog acquis à leur cause et possédant une véritable notoriété dans la profession. Son succès est tel que les médias institutionnels et le ministère de la Justice s’y reportent pour y glaner de l’info. Une conclusion paraît devoir s’imposer aux spécialistes de l’information : un blog peut être un véritable “média” et les témoignages dont il est porteur peuvent être la marque d’un véritable “journalisme citoyen”…

    Je suis sceptique. Car reste la question de la valeur « journalistique » de ce « journalisme citoyen » composé de « témoignages ». Le rôle d’un journaliste n’est-il pas d’aller au-delà des formes empiriques du vécu, d’aller au-delà des « faits, rien que les faits », à débusquer l’existence de réalités présentes non dites, sous-jacentes ? Bref : dans ce cas, à ne pas se contenter de témoignages ?

    En outre, ce « journalisme citoyen » n’est-il pas surtout pour les autres journalistes (ces « témoins du présent » de plus en plus assis) qu’une nouvelle occasion de s’informer à peu de frais (…en somme, le perfectionnement de la « circulation circulaire de l’information ») ?

    En attendant, pourrait-il en être de même dans d’autres couches sociales en lutte ? Je ne le crois pas. Chez les travailleurs, par exemple, dans les usines, dans les hôpitaux, les dépôts (là aussi, il est vrai, des lieux où les journalistes s’aventurent peu) la lutte de classe est une réalité ancienne. Ce n’est pas par l’intermédiaire d’un blog que les travailleurs révoltés vont s’adresser aux médias, encore moins par son intermédiaire qu’ils peuvent lutter et imposer leurs revendications. Avant la lutte, on n’a pas le temps, ni toujours les moyens d’écrire ; et dans la lutte, tandis que les CRS veillent et que les jours de grève non payés s’accumulent, la priorité est dans l’inversion du rapport de force. Lequel ne peut passer par le « journalisme citoyen », mais par des rassemblements collectifs, des assemblées générales, des piquets de grève, des rencontres avec les non-grévistes, des manifestations, etc. Les luttes sociales, ils le savent, ne se font pas dans les discours (même si ça peut rassurer quelques uns de croire le contraire).

    Toutefois, je le concède, le blog d’Eolas a un mérite pour tous ceux qui réfléchissent à l’information contemporaine : sans l’actuelle mobilisation des magistrats contre la misère du système judiciaire, il est peu probable que ce blog eut fait parler de lui. Il nous montre donc qu’un média ne peut vraiment « médiatiser » que s’il est porté socialement…

    En même temps, il faut le reconnaître : le blog d’Eolas traduit surtout, par son ampleur, la vraie méfiance des magistrats à l’égard de formes de mobilisation sociale radicales. C’est la raison pour laquelle il est devenu, à mon sens, le lieu de rassemblement et d’expression d’une catégorie sociale modérée qui, bien que n’ayant pas fondamentalement intérêt à remettre en question l’ordre social, souhaite tout de même en découdre pour améliorer les choses. Cruel dilemme…

    Le blog d’Eolas, un épiphénomène social ?

  20. @ Recriweb

    Je veux bien que cette affaire soit pleine de paradoxes, mais ta réaction n’en est pas exempte non plus. 😉

    Nouveaux outils, nouveaux usages. Et ceux qui y ont accès en usent. Tandis que ceux qui ne les connaissent pas… ne les connaissent pas.

    Est-ce un épiphénomène pour autant ? Où bien c’est un usage qui demande un certain apprentissage et qui demandera un certain temps à se diffuser dans la société en fonction du niveau d’apprentissage de chacun ?

    Sur le journalisme : le plus dur dans ce métier, c’est de recueillir l’information à le source, ce sont les témoignages.

    Après, la mise en perspective, c’est surtout une affaire de documentation, pour permettre des comparaisons. Le web offre de nouveaux outils accessibles à de plus en plus de gens pour faire ça soi-même, au moins en partie. Quant à l’analyse, ce n’est le plus souvent que du commentaire, et je ne suis pas sur que ce que les journalistes produisent en ce domaine soit ce qui se fait de mieux parmi ce qui est disponible en ligne.

    Ce qui est remarquable dans cette affaire, c’est qu’Eolas touche au coeur de ce qui apparaissait encore comme le dernier refuge du journalisme : la récolte des témoignages, aller sur le terrain (même si ce secteur lui aussi est entamé par la multiplication des témoins avec leur cam-phone). Tandis que la documentation était laissée à Google et le commentaire à la blogosphère.

    Alors non. Je ne crois pas que ce soit un épiphénomène. C’est au contraire un phénomène précurseur, annonciateur de la diffusion progressive de nouveaux usages…

  21. Trop d’hyperboles risquent de le disqualifier, nous ne sommes qu’un tout petit monde, à la David Lodge ! 🙂

    Il me semble que le plus important, c’est de porter à la connaissance du citoyen-lecteur de blogs (en tout cas, lecteur d’Eolas!) une réalité habituellement tue. Qui parmi nous connaissait le lot des magistrats, qui avait bavardé avec un gardien de prison, avec une greffière ?
    La lecture de ces témoignages nous informe, nous incite à réfléchir, à remettre en question nos idées préconçues, à relativiser nos expériences de justiciable.

    En ce sens, Eolas fait oeuvre de journaliste, de “passeur d’information” et d’éditeur.

    D’ailleurs à lire les commentaires, ce qui me frappe, c’est que beaucoup remercient Eolas et les auteurs des billets. (voir aussi les réactions de blogueurs “ordinaires”, comme http://bulledepapier.typepad.com/weblog/2008/10/les-magistrats.html)

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