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Embargo à 25.000 € sur le rock belge

Je découvre, via The Mole (Molenews), les curieuses pratiques d’Universal Music vis à vis de la presse belge, et la polémique qu’elles déclenchent ces derniers jours en Belgique…

La major de la musique aurait donc imposé à la presse belge un embargo (lire note en fin de texte sur la définition de l'”embargo de presse”) sur la publication de l’interview d’un rocker belge, à l’occasion de la sortie du nouvel album du groupe dEUS, en imposant à des journalistes de signer un invraisemblable contrat.

Selon The Mole :

(noir)Pas question d’approcher le groupe faute de s’engager préalablement, par contrat signé, “à ne pas publier cette interview (ou une partie de cette interview) avant la date du mardi 15 avril 2008 ni d’en faire part à une tierce personne avant cette même date. Le Media de presse écrite réalise l’importance de cet embargo et s’engage à payer à l’Artiste (avec un grand A!) des frais de dédommagements – à savoir un montant de 25.000 euros (vingt-cinq mille) – en cas de non respect de cet embargo et ce sans intervention juridique”.

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L’affaire remonte à la semaine dernière, et l’embargo courrait jusqu’à demain 15 avril. Il a finalement été rompu samedi (The Mole) par le journal Le Soir de manière spectaculaire.

Daniel Couvreur (Le Soir) : “L’interview à 25.000 euros d’amende” :

(noir)En réalité, la clause de 25.000 euros n’est qu’un exemple de la dérive consistant pour une firme de disques, un management, un artiste, à considérer le journaliste comme un intermédiaire chargé de faire la promotion d’un produit.

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Note pour les non-journalistes 😉

Un “embargo” est un terme de jargon de presse qui désigne la pratique consistant à donner une information à des journalistes, en leur demandant de ne pas la diffuser avant une date convenue d’avance. Il s’agit habituellement d’une sorte d’engagement moral, et pas d’un contrat signé, avec une “clause d’amende” à 25.000 € !

Le bien-fondé de cette pratique reste déontologiquement contestable, même si c’est parfois la loi ou la déontologie elle-même qui peut conduire à y recourir : tous les résultats des élections, par exemple, sont placés “sous embargo” jusqu’à la fermeture du dernier bureau de vote à 20heures, alors que le dépouillement est terminé depuis longtemps, et donc le résultat connu, dans les bureaux qui fermaient à 18h…

Dans le domaine économique également le recours à l’embargo est parfois incontournable, pour des informations dont la primeur doit, par exemple, être réservée à une assemblée générale d’actionnaires ou un comité d’entreprise, alors que les journalistes en connaissent déjà la teneur.

Mais les “embargos” ne sont le plus souvent rien d’autres que des entreprises de manipulation de la presse (et du public !), visant à orchestrer des campagnes de communication, en bénéficiant d’un effet d’échos, quand tous les médias disent la même chose au même moment.

Mise à jour : lemonde.fr en parle à son tour (à 14h03 !). C’est qu’ils ne sont pas en grève… au monde.fr !