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De la vitesse de propagation d’une erreur en ligne

Guillaume Marrelec, sur Acrimed, retrace le parcours dans les sites de presse économique professionnels d’une dépêche d’agence de presse erronée, diffusée et rediffusée de manière automatisée, sans aucune vérification en chemin…

La dépêche, en anglais, fait état d’un détournement de fond de 5,4 millions de dollars reproché à un banquier américain. Lors de la traduction française de la dépêche, les millions sont devenus des milliards. Le 29/07 à 17h25 exactement, l’information erronée se diffuse instantanément :

(noir)Miracle de la reproduction automatique des dépêches : aucune vérification des sources, aucune alarme devant le chiffre astronomique d’un détournement, non plus de 5,4 millions, mais de 5, 4 milliards de dollars !

(/noir)

Les sites internet Yahoo finances, L’Usine Nouvelle, Radio BFM, La Vie Financière, L’Expansion, La Tribune, tombent dans le piège.

Seul le site de Capital prendra les 2 minutes nécessaires pour éditer la dépêche et la corriger, avant de la diffuser à… 17h27.

6 Comments

  1. Il ne s’agit pas d’une dépêche réécrite pas les sites en question mais d’une dépêche publiée automatiquement dans le flux de l’agence. Lequel est exclusivement sourcé du nom de l’agence. En pratique cela signifie que les rédactions ne peuvent réagir qu’a posteriori.

    Ca n’excuse pas tout mais ça explique…

    L’erreur serait plus inacceptable s’il s’agissait de dépêches réécrites c’est à dire passées par le filtre de la rédaction. Petit exercice bien plus révélateur pour juger du niveau d’expertise.
    Recemment dans un quotidien en ligne la guerre en Georgie était qualifiée de “conflit des Balkans” dans une dépêche d’agence réécrite (l’erreur ne figurait pas dans la dépêche d’origine).

  2. J’entends bien, Emmanuel, et je souligne dans le texte qu’il s’agit de rediffusion automatisée.

    Ça ne fait que souligner l’intérêt des filtres et de la multiplication des points de vérification dans le processus de diffusion de l’information.

    Le développement des formes automatisées de diffusion assurent une démultiplication de l’audience pour une nouvelle, avec des effets positifs mais aussi des effets négatifs.

    Ça témoigne peut-être aussi d’une baisse du niveau général de vérification même dans les sites professionnels de l’info.

    Il me semble parfois bien loin, le temps où le premier réflexe du journaliste recevant une dépêche d’agence était de” prendre son téléphone pour la vérifier… 🙁

  3. Ca va faire hurler mais je crois qu’on ne peut plus contrer ce genre d’erreur. un site web intègre désormais naturellement des contenus en provenance de tiers. La production de la rédaction n’est qu’une fraction de ce qui est diffusé.
    Donc c’est la signature des articles qui doit servir de repère et c’est à l’émetteur du flux de corriger/mettre à jour ces infos. La redaction ne peut intervenir a posteriori que sur les sujets ou les erreurs qu’elle a identifiées. D’où les dispositifs d’alerte présent sous les articles pour prévenir la redac d’une erreur.

    Oui le métier change. Quant à l’époque où on décrochait le téléphone je ne crois pas l’avoir connue. Quand j’ai débuté, j’appelais systématiquement, sans formation journalistique je trouvais simplement ça normal et une fois sur cinq mon interlocuteur se disait surpris de m’avoir au téléphone. J’étais le premier ou le deuxième à appeler malgré le nombre d’articles déjà publiés…

    mais il faut dire que dans les années 90 les depêches d’agence étaient tellement truffées de conneries (sur mon secteur en tout cas) qu’on ne leur faisait pas confiance…

  4. A mon avis, il faudrait peut-être tout de même que le monde de l’information professionnelle réfléchisse à des procédures de contrôle nouvelles dans une situation nouvelle, car s’il n’est plus en mesure de garantir la vérification de l’information, il perd l’un de ses avantages concurrentiels décisifs vis à vis des autres diffuseurs d’information.

    Et donc sa raison d’être…

  5. Est-ce que matériellement la rédaction peut intervenir dans les flux d’agence ? Je sais que les correcteurs du Monde.fr n’en ont pas le droit et n’y ont pas d’accès.

  6. Les redactions se concentrent justement sur leur production pour le qualitatif. Helas tant que Google privilégie le volume il n’y a pas grand chose à espérer. Personne ne renonce au qualitatif mais le quanti est un passage obligé…
    La demande naturelle des redactions est de pouvoir contrôler ces flux mais rares sont celles qui en ont les moyens.

    En pratique certaines intègrent le flux d’agence dans le CMS et décident des articles qui passent en publication mais je suis presque sûr que pour beaucoup les flux sont traités automatiquement à part.

    Ainsi on peut éventuellement “dépublier” un article mais pas toujours “l’éditer”, d’ailleurs les contrats avec les agences ne le permettent pas toujours ou l’interdisent… C’est aussi simple que ça.

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