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De la corruption de la presse

Confessions d’un journaliste qui en a croqué… un tout petit peu, et qui en a vu d’autres se gaver autour de lui. Ou comment, en quelques anecdotes vécues, vous dégoûter à jamais… d’un métier dont vous aviez la vocation.

Avertissement pour les âmes sensibles : ce que je m’apprête à faire dans ce billet s’appelle “cracher dans la soupe”…

Deuxième avertissement (mise à jour tardive du 15 février à 1h00)
à destination de ceux qui débarquent à l’improviste sur novövision directement sur ce billet. Un autre billet est présent sur ce site, pour vous suggérer de réfléchir à l’effet de buzz qui vous a conduit jusqu’ici… Juste pour votre information…

Mise au point (18 février 2008): un site abject, qui répand des propos nauséabonds (auquel je me garderai donc de faire la moindre publicité !), renvoie vers ce billet voulant en faire une sorte d’illustration sur le thème “tous pourris”. J’avertis donc les lecteurs abusés, qui seraient parvenus ici par ce chemin, qu’ils sont tombés à la mauvaise adresse. Ce Billet ne témoigne que des faits que j’ai vécus, dans les conditions où je les décris. Si je prône, en effet, une moralisation des pratiques dans la profession de journaliste, après avoir constaté des abus manifestes, je nie à quiconque le droit d’instrumentaliser mes propos au profit d’une généralisation douteuse. Je crois la profession de journaliste tout à fait capable de se ressaisir pour mettre fin à ces abus. Du moins je le souhaite.

Il y a en effet des sujets que les journalistes n’abordent guère eux-mêmes, et qu’ils n’aiment pas du tout que d’autres abordent à leur place. “Ça ne se fait pas”, “tu vas te griller à mort”

Les journalistes estiment généralement que personne d’autre qu’eux n’est habilité à critiquer leur profession, et si l’un d’entre eux ose sortir de l’étroite limite d’autocritique que la profession consent sur elle-même, c’est un traître ! Yves Roucaute avait résumé ça d’un trait, dans un livre fort intéressant paru en 1991 (“Splendeurs et misères des journalistes“) :

“Le premier qui tire sur les journalistes est mort”

 

Je suis donc agréablement surpris de lire ce matin sur le site de Rue89, l’article d’un journaliste qui tire sur les journalistes, qui vise bien, et touche la cible là où ça fait mal : la corruption chez les journalistes. Ça me donne bien envie d’en rajouter moi-même, car il se trouve que j’ai été journaliste dans une vie antérieure, et que j’en ai vu bien d’autres…

Augustin Sclabert révèle comment la RATP sait se montrer “très généreuse avec les journalistes”: pendant la cérémonie de voeux du président de la RATP, “très discrètement, des représentants de la régie ont aimablement offert aux journalistes présents une carte intégrale 5 zones. Un sésame valable un an et que le quidam paie un peu plus que le montant d’un smic mensuel net, soit 1062,60€”. Et le journaliste de Rue89 d’ajouter : “Selon des journalistes spécialisés, il s’agit pourtant d’une tradition bien ancrée, qui concernerait une quarantaine de confrères chargés par leurs médias de couvrir les activités de la régie.”

Des témoignages de lecteurs s’accumulent dans les commentaires de l’article pour donner d’autres exemples de ces pratiques : l’un d’entre eux assure même que “cette gangrène ronge toute la profession”. Je confirme ! Et ce n’est pas d’hier…

Itinéraire d’un jeune corrompu

Ainsi je confesse que, lorsque j’étais jeune journaliste dans un quotidien, je me suis fait offrir par une marque automobile un voyage de plusieurs jours tous frais payés aux Jeux Olympiques d’Albertville, alors que je n’ai jamais, ni de près ni de loin, écrit le moindre article dans la rubrique sportive d’aucun journal. Juré craché !

D’ailleurs, l’article que j’ai bel et bien écrit, et qui a été publié, en “remboursement” de ce cadeau, ne concernait aucunement le sport… mais présentait l’opération de sponsoring de cette marque automobile à l’occasion des JO.

En toute honnêteté, ce n’était rien d’autre qu’un publireportage, mais il était pourtant présenté comme un reportage. Ça me gênait un peu. On m’avait dit, en école de journalisme, que ça ne se faisait pas…. Mais on me disait maintenant, dans la rédaction, que ça se faisait…

Je confesse que je me suis fait offrir par une chaîne de télévision un séjour de luxe à Monaco (transfert en hélico depuis l’aéroport, hébergement en palace et dîner en restau étoilé), pour faire la promotion dans mon journal de la grande finale du jeu télévisé vedette de cette chaîne à l’époque. Publicité, rien d’autre que de la publicité…

J’étais tout jeune et je me suis retrouvé là tout bizarre, entouré d’une fine équipe de journalistes vieillissants de la presse quotidienne et télé, qui se connaissaient fort bien, car ce petit rendez-vous annuel était devenu pour eux comme une habitude. Cette année là d’ailleurs, on se plaignait bien de la qualité du service : le petit club vacances quatre étoiles à Monaco n’était plus ce qu’il était…

Je confesse que je m’en suis mis plein la panse de mets exquis, dans le meilleur restaurant d’une obscure ville de province (avec des étoiles au Michelin et tout, et tout), à l’invitation de l’attachée de presse d’une association d’aide aux handicapés, qui n’hésitait pas à puiser dans la caisse pour régaler tous les jeunes journalistes de moins de 30 ans à peu prés présentables à 10 km à la ronde, pour 1000 francs le repas par personne. Oui, je sais, le coup du fric des handicapés, c’est vraiment dégueulasse. J’ai honte.

Je confesse que j’ai rédigé, à la demande de mon rédacteur en chef de l’époque, une fort longue série hebdomadaire d’articles de complaisance sur une exposition dite “de prestige”, tellement passionnante que je suis bien sûr que personne n’a lu ma prose… Mais l’exposition se tenait au siège de la banque avec laquelle le journal était en train de négocier un gros emprunt… On m’a assuré en remerciement que la direction de la banque avait été flattée de la qualité de mon travail, ce qui m’est allé droit au coeur… Si la banque avait dû payer l’espace publicitaire correspondant à cette chronique à rallonge, il y en avait pour des milliers d’euros.

Je n’ai rien gratté directement sur ce coup là, c’est vrai (si ce n’est quelques petits fours), mais mon rédacteur en chef n’a pas oublié par la suite ma confraternelle complaisance… Le petit jeune que j’étais avait naïvement pris ça pour une marque de confiance, avant de réaliser que les vieux briscards de la rédaction avaient tous refusé le job avant lui, car justement, il n’y avait rien à gratter sur ce coup !

Mon initiation à la corruption journalistique s’est finalement arrêté là, quand je me suis rendu compte que je filais un mauvais coton et que cette mauvaise pente ne m’amenait pas précisément à la carrière de journaliste dont je rêvais alors… Je suis devenu une mauvaise tête. Et depuis j’ai renoncé à “faire carrière”.

Service de presse, presse au service

Mais je n’en ai pas moins continué à voir… Et j’ai découvert autour de moi des pratiques d’une banalité quotidienne, érigées en système, et qui ne choquaient plus personne.

Unetelle avait réussi à se placer dans les petits papiers des attachées de presse des grandes boîtes de cosmétiques : elle recevait pour des centaines d’euros de produit de beauté de luxe chaque année, dont on se demandait bien ce qu’elle pouvait faire, car il n’y avait plus de rubrique “beauté” dans ce journal depuis longtemps. Mais peut-être s’était-on bien gardé de prévenir les attachées de presse…

Après de sombres manoeuvres de couloir, un autre était parvenu à faire main basse sur le filon des disques. Un troisième avait l’exclusivité des vidéos, un autre le monopole des bandes dessinées… Ces “services de presse” dont les éditeurs arrosent les rédactions par centaines d’exemplaires chaque année, sans jamais être trop regardant sur les retombées promotionnelles qu’ils en obtiennent réellement (car il s’agit bien de ça). Il est un fait que ces journalistes n’écrivaient jamais une ligne au sujet de leur “butin”, et ramenaient tout ça prestement à la maison.

Il y avait bien le chroniqueur littéraire, un vieux journaliste que j’aimais bien, qui ne marchait pas dans la combine. Tous les livres qu’il recevait étaient sur l’étagère derrière son bureau. Chacun pouvait se servir… à condition de lire et d’écrire un compte-rendu. Lui-même se dévouait ensuite pour chroniquer les livres qui le méritaient et qui n’avait pas trouvé preneur à la distribution. L’honnêteté du bonhomme surprenait un peu et le faisait passer dans la rédaction pour un original…

Tout cela n’était certes que babioles et ne porte pas tant à conséquences. Ça ne fait que témoigner que la recherche des “petits profits” et la rapacité n’épargnent pas plus les journalistes que toute autre profession… Du moins celle où il y a quelque chose à gratter… Quoique je me suis laissé dire qu’il arrivait à des hypermarchés de licencier des caissières pour moins que ça !

Le management par le voyage de presse

Ces “petites affaires” prennent toutefois une autre dimension quand elles deviennent la règle de fonctionnement habituel du journal à travers la pratique institutionalisée de ce que l’on pourrait appeler le “management par le voyage de presse”.

L’un des commentateurs de Rue89, JA7 (Touriste à Bruxelles), travaillant dans le secteur du tourisme, vend la mèche :

“La réalité, c’est que la plupart des rédactions (…) utilisent même ces voyages comme une variable “bonus” pour récompenser certains de leurs journalistes (il arrive fréquemment que le journaliste accueilli ne soit pas le spécialiste tourisme du journal).”

 

Je confirme ! Et je me souviens de ce chef de service qui avait obtenu la haute main sur les offres d’essai voiture, proposées par les constructeurs automobile… Dit comme ça, “essai voiture”, ça ne paye pas de mine… Mais si on précise que l’essai aura lieu au Canada, au sud de l’Espagne, que l’hébergement est prévu dans un Relais & Château en Sologne, ça vous tente ?

Au début, il s’en gardait bien l’exclusivité pour sa pomme. Mais le bougre avait de l’ambition professionnelle et il lui vint l’idée de se forger une coterie dans la rédaction, un petit réseau de confrères “redevables”, une force de frappe bien utile quand on veut montrer à ses chefs que l’on compte, que l’on est suivi, que l’on a du monde à son service…

Ainsi commença le petit commerce… Il y avait au sein de la rédaction ceux à qui on proposait des essais voiture et ceux à qui on ne proposait pas. Ah, comme il est difficile de refuser “comme un service” de faire un remplacement au pied levé, tard le soir, quand un il y a un week-end en Autriche à la clé…

Un jour, j’ai même entendu le bougre s’interroger devant moi sans vergogne, avec une pointe de gourmandise pensive : “Tu as remarqué ? On n’a pas de rubrique “tourisme” dans le canard. On devrait, tu ne crois pas ? On reçoit plein de propositions de voyages et personne n’y va. C’est dommage…” Ainsi va la presse…

Deux poids, deux mesures

La généralisation admise des petites rapines et l’institutionnalisation, par la direction des journaux eux-mêmes, de la complaisance publicitaire sont déjà problématiques en elles-mêmes, quand elles touchent aux biens de consommation comme les voitures ou les produits de beauté. Mais il y a pire…

Deux anecdotes, qui me gênent encore pas mal aux entournures aujourd’hui. Je n’étais pas d’accord, certes. Et j’ai réagi, un peu mollement. Mais au fond, j’ai laissé faire. Et je n’en suis pas fier. Je vide mon sac aujourd’hui…

Un jour, la Chambre de commerce d’une quelconque province s’entiche du projet d’étendre la capacité d’accueil de l’aéroport dont elle a la responsabilité, et doit pour cela procéder à l’allongement conséquent de la piste d’atterrissage, de manière à pouvoir accueillir des avions plus gros.

On passera sur le fait que le journal du coin ne juge pas indispensable un instant d’enquêter sur ce projet, de vérifier s’il est économiquement viable et si les retombées que l’on en attend sont réalistes. La Cour des comptes se chargera de ce travail plus tard, et elle pourra d’ailleurs en vérifier la totale inanité économique. Rassurez-vous, le projet ne s’est pas fait, mais certainement pas grâce à la presse. Bien au contraire.

On s’intéressera plutôt à la levée de bouclier des riverains de l’aéroport, refusant l’accroissement des nuisances entraînées par ce projet, alors que les autorités leurs avaient maintes fois promis et juré, à l’oral comme à l’écrit, que jamais, ô grand jamais, il n’y aurait d’extension de cette piste.

Les riverains s’organisent, fondent une association de défense, manifestent bruyamment… Bref, ils remuent ciel et terre et ameutent les médias à leur rescousse. La Chambre de commerce s’organise de son côté, finance des études ad hoc (ad hoc signifiant : confirmant ce qu’on lui a demandé au préalable), et mobilise ses réseaux pour les diffuser.

Il est très édifiant d’observer le traitement par le journal local des différentes péripéties de cette affaire, un feuilleton qui s’est étalé sur des semaines. Chaque initiative de la Chambre de commerce fut relayée par le journal au maximum de sa capacité : compte-rendu confié à une reporter, publié dans les pages les plus visibles, communes à toutes les éditions du journal et diffusées dans l’ensemble de sa zone de diffusion. Chaque initiative des opposants (manifestation, réunion publique, etc.) fut confiée à un correspondant de presse (rédacteur non-professionnel associé localement à un journal et payé au lance-pierre). Le compte-rendu, réduit au minium (petit texte et une photo), était perdu dans les pages intérieures ultra locales, diffusées dans une seule édition.

Qui a décidé ce traitement très curieusement différencié du même sujet ? Encore un bougre de chef de service, qui se trouvait, par ailleurs, émarger très régulièrement au compte de la même Chambre de commerce, pour laquelle il effectuait, à titre personnel, plusieurs fois par an des interventions trébuchantes dans divers cénacles confidentiels. Ne croyez pas que c’est un hasard : la Chambre de commerce avait un allié dans la place et il joua quand ce fut utile le rôle pour lequel on le payait. C’est juste de la petite corruption au quotidien dans la presse quotidienne…

Par ici la monnaie

La seconde anecdote est plus gênante encore, car les conséquences auraient pu être dramatiques.

Un jour, dans une lointaine province, il prend l’envie à un quidam irresponsable de balancer des parpaings du haut d’une passerelle d’autoroute sur les voitures qui passent à sa portée. Il réussit à en choper une par le pare-brise : un mort.

La gendarmerie réagit aussitôt et se met en chasse du coupable, pour tenter de l’empêcher de nuire avant qu’il ne fasse d’autres victimes. Elle juge opportun de prévenir rapidement la presse, qui – sait-on jamais ?- estimera peut-être utile d’avertir ses lecteurs-usagers de l’autoroute de se méfier en passant sous les passerelles…

Le journaliste chargé des faits-divers considère l’affaire d’importance (d’autant qu’il est lui-même usager de cette autoroute, et sa famille aussi !). Il “vend” donc le sujet à son supérieur hiérarchique, qui le trouve à son goût et se pourlèche déjà d’un gros titre à la Une : “Une histoire pareille, ça va faire trembler dans les chaumières mon coco. On va vendre du papier demain !” (oui, il arrive qu’on parle comme ça dans les rédactions…). Il “vend” donc le sujet à son supérieur hiérarchique (c’est très hiérarchisé les journaux, vous savez).

Vient le moment rituel de la journée dans les rédactions : la conférence de rédaction. C’est là où tous les sous-chefs de quelque chose (les rédactions sont de véritables armées mexicaines) viennent vendre ce qu’ils ont au catalogue, et qu’un chef, un peu plus chef que les autres, décide de ce qui est d’importance et de ce qui ne l’est pas pour l’édition du lendemain. Le sous-chef au parpaing est content de son coup, il est sûr d’emporter le morceau ce soir, “d’avoir la meilleure histoire du jour”, “un super truc qui vaut dix fois la Une”, et accessoirement de grappiller des points au concours permanent du meilleur sous-chef.

Mais le plus-chef-que-les-autres n’est pas de cet avis. A la surprise générale, il estime même qu’il est urgent de ne rien publier à ce sujet. Rien du tout, ni à la Une, ni ailleurs. Nada, quedal. Il marmonne un vague : “ce n’est pas notre rôle de créer la panique”, et avance même une sorte de : “on va gêner l’enquête si on balance le truc.”

Quelque sous-chef ambitieux, aussi choqué que ces confrères par une telle décision, se dit que l’occasion est trop bonne. “Ce con de chef vient de faire une grosse bourde. Enfonçons le clou pendant qu’il est encore chaud et savonnons sa planche avant que le vent ne tourne. Allons de ce pas cafter l’affaire au grand sur-chef”, et accessoirement grappiller des points pour bibi au concours des sous-chefs…

Mais l’ambitieux revient penaud du conciliabule. Il n’a pas marqué de point ce soir. Il n’y aura pas une ligne sur ce faits-divers le lendemain dans le journal !

Relever les compteurs

Le lendemain, l’affaire revient sur le tapis aussi sec, et la même scène se rejoue : on ne publie rien, bétonne une nouvelle fois le plus-chef-que-les-autres. Mais ça commence à branler dans le manche…

D’aucuns journalistes s’étranglent de rage dans les couloirs, car chacun sait dans la maison quel est le fin mot de cette histoire dans l’histoire. Notre désormais célèbre plus-chef-que-les-autres est, à ses heures et en prime de son boulot “officiel”, le rédacteur attitré et appointé de la revue promotionnelle éditée chaque année à grand frais… par la compagnie des autoroutes !

Le calcul est fort simple : “cette histoire de parpaing va effrayer le client, qui risque bien, demain, de choisir un autre chemin que celui qui passe par le lucratif péage autoroutier qui m’assure chaque année bien du beurre dans mes épinards. Retarder la publication autant que possible, et ce sera toujours ça de gagné pour mes amis des autoroutes, qui sauront bien me rembourser de cette gentille attention à l’occasion… Et ne pas oublier ce soir de griller un cierge à Saint-Christophe. Prions pour que le connard au parpaing ne remette pas ça dans la nuit. Ça pourrait finir par me coûter plus que ça ne me rapporte cette histoire…”

Heureusement qu’il y a quand même un sur-chef au dessus du plus-chef-que-les-autres… Le sur-chef est d’un naturel plutôt conciliant et peureux, c’est comme ça qu’il est arrivé à cette place. Or il ne voit pas cette histoire d’un très bon oeil : “ça commence à énerver la troupe dans les couloirs et ce n’est jamais bon pour moi quand la troupe s’énerve, vu que c’est moi le chef et si certains perdent leurs nerfs, ça finira toujours par me retomber dessus. Et puis merde, moi, je ne touche pas un centime sur le péage des autoroutes. Je ne vais pas perdre des points au grand concours national des sur-chefs pour les magouilles à trois sous d’un mec tout juste bon à relever les compteurs” (quand on creuse un peu, on n’est pas si confraternel que ça dans la presse…). Au passage, ne croyez pas que… Le sur-chef avait “ses oeuvres”, lui aussi…

Le sur-chef mettra donc fin à la plaisanterie, en publiant le fait-divers avec seulement 24 heures de retard. La morale ne dit pas combien d’argent la compagnie des autoroutes a mis de côté durant ces 24 heures, mais on sait que les gendarmes ont finit par mettre le grappin sur le connard au parpaing avant qu’il ne tue quelqu’un d’autre… Ça se passe comme ça dans la presse…

Ma morale personnelle est plus amère : le plus-chef-que-les-autres est monté en grade et se retrouve aujourd’hui rédacteur en chef d’un quotidien de province. Le sur-chef a continué, peureux et conciliant, à mener sa barque avec adresse, et se retrouve aujourd’hui patron d’un grand titre français. Moi, j’ai quitté cette presse…

15 Comments

  1. Ego te absolvo …

    Du moment que tu n’as jamais cité B-H Levy comme spécialiste du Pakistan on te pardonne tes petites fautes

  2. J’ai eu ma carte de presse, en 1970 aux Editions Mondiales….Tout était déjà en décomposition avancée. J’ai quitté le journalisme quelques années plus tard. Il était déjà mort. Dénoncer en 2008 des funérailles aussi lointaines, ce n’est plus une critique mais une commémoration.
    L’héritage de l’obscurité confisque le désir de voir.
    navajo-m

  3. Le terme de “corruption” me paraît excessif. Je pense que comme toute profession, la tentation est grande de se payer sur la bête. Accepter une invitation, ma foi, si l’annonceur est assez idiot pour rincer des journalistes hors coeur de cible, why not. Ne pas couvrir une info pour préserver sa pitance : là se situe à mon avis la ligne jaune.

  4. @Alexis

    Dans ce sens : Corruption, “moyen que l’on emploie pour faire agir quelqu’un contre son devoir ; sa conscience” (Microrobert), ça me semble convenir. Quelle que soit la somme, “se payer sur la bête” ne satisfait pas ma conscience…

  5. Je suis d’accord sur l’analyse mais la difficulté est toujours de savoir où commence la compromission.

    Je pense qu’il est irréaliste par exemple d’attendre des journaux, au vu de leur situation financière, qu’ils financent les voyages de presse (légitimes) de leurs journalistes. Il appartient aux annonceurs de jouer le jeu en ne “blacklistant” pas le journaliste qui bien qu’invité garde son esprit critique.

    En tant qu’agence, nous invitons régulièrement des journalistes à des déjeuners relationnels qui facilitent les échanges mais ne compromettent en rien (à mon avis) l’intégrité du journaliste (et je vous rassure, le ticket moyen est plus proche des 50 € pour deux que des mille balles par personne). Le cas que vous citez est d’ailleurs par contre totalement en dehors des clous et est presque plus révélateur de l’absence d’éthique et de conscience professionnelle de certaines agences que de la corruption des journalistes concernés.

    En tout cas, très intéressant billet qui a le mérite de déclencher le débât !

  6. @ Alexis

    En effet, une partie du problème vient probablement de la situation économique catastrophique de la presse (tous les quotidiens généralistes son en déficit), et du déclassement social des journalistes (prolétarisation, précarisation, sauf pour quelques vedettes).

    Mais pas seulement, à mon avis. J’entends bien les protestations habituelles : “moi je sais très bien garder mon indépendance, même quand je reçois des petites faveurs”. Je reste persuadé que c’est une hypocrisie, car on est JAMAIS libre vis de celui dont on accepte un cadeau. Le mieux, à mon avis, est donc de les refuser TOUS.

    C’est une attitude certes un peu rigoriste, mais :

    1/ pour ma part, je ne suis pas âpre au gain, je n’aime ni le luxe (et encore moins le bling-bling), ni les mondanités, et je sais vivre de peu… Pour ceux qui ne sont pas comme moi, c’est peut-être un peu plus difficile;-)

    2/ les journalistes vont devoir donner des gages de moralité très sérieux, s’ils veulent rétablir leur crédibilité.

  7. Pour info (et par correction), ce commentaire que j’ai laché chez Embruns: Franchement, parler de corruption pour évoquer des pousse-mégots qui se vendent pour un week-end Relais et Chateaux en Sologne (on croit rêver!), un essai de bagnole au Canada, ou “un séjour de luxe à Monaco”, c’est un peu comme de qualifier la finale de belote coinchée de Charbonnières-les-Bains de rencontre du siècle: on fricote avec l’emphase et on tutoie l’hyperbole! Bref, ça sent fort la rancoeur de plumitif aigri… Rien à voir, en tout cas, avec les vrais seigneurs de la corruption et les princes de la carambouille!

  8. Je peux confirmer… en tant que non journaliste, ayant travaillé dans l’audiovisuel privé et public, j’ai pu observer exactement les mêmes comportements. Une carte de presse est un accessoire très utile dans la vie d’un journaliste français. Plus il a de notoriété, plus la vie lui est facilitée.

    Si ça intéresse quelques uns, j’ai écrit quelques anecdotes surl’ambiance, mais pas la corruption dans un blog :
    clomanidelatélé.wordpress.com

  9. Pas mal d’auto absolution dans ces posts. Vous me ferez 3 pater et 6 ave.
    Je doute que le mot corruption puisse s’accommoder d’une échelle d’intensité. Le pousse mégot comme le pousse Havane répondent aux mêmes motivations. Le premier agira à l’identique dans le contexte du second.
    Le tout mercantile n’a pas épargné la Presse. Difficile de cracher sur les annonceurs qui la financent même si ces derniers s’avèrent être des pollueurs de premier ordre ou les fanatiques d’un ordre technocratique aux motivations obscures.
    Le journaliste a perdu depuis des lustres sa liberté individuelle d’opinion. Au profit d’un mot d’ordre collectif institué par l’élite maffieuse et industrielle qui finance jusqu’à l’encre de son stylo. Il subsiste quelques résistants plus présents sur la toile qu’au sein des rédactions. Pourvu que ça dure !
    La sclérose de la communication qui préside à la perte progressive de son intégrité ne relève pas que de la seule Presse.
    Toutes les activités, au sein desquelles pouvaient être considérées comme indispensables, l’intelligence, la réactivité, la contestation, la créativité, subissent la même dégénérescence.
    Navajo-m

  10. Bonjour,
    J’ai trouvé votre article intéressant et j’ai notamment apprécié les précautions prises en guise d’introduction, permettant de comprendre que ces dérives, même si elles sont monnaie courante, ne sont pas la généralité.
    Heureusement, l’éthique existe encore.
    Pour moi, ces dérives ont deux origines essentielles : la cupidité humaine, dans laquelle notre société nous conforte, mais aussi l’état de déliquescence de la presse et surtout la précarisation des journalistes. Quand on est payé à coups de lance pierre, la tentation peut être grande d’accepter de petits cadeaux, pour “mettre du beurre dans les épinards”.
    Bien sûr, en tant que journaliste pour qui les mots éthique et déontologie ont un sens, je ne justifie pas ces pratiques, mais tente seulement de trouver des explications.
    Je m’insurge contre les cadeaux faits aux journalistes, voyages de presse et autres ménages ultrarémunérateurs qui, effectivement, créent une relation viciée entre les journalistes et de grands groupes industriels, des politiques… Mais je milite pour que ce métier soit reconnu à sa juste valeur et payé honnêtement.
    Je sais me contenter de peu mais ne peut supporter de donner beaucoup de temps et beaucoup d’énergie sans être justement rémunéré. Car les journalistes, aussi passionnés soient-ils par leur métier, vivent aussi dans une société où il faut payer son loyer, ses factures, sa bouffe, la crèche ou la nourrice des marmots…
    Aujourd’hui, comme beaucoup de journalistes ayant connu la précarité, j’ai fait le difficile choix économique de travailler dans la presse institutionnelle pour pouvoir vivre de mes compétences.
    Je suis prêt à perdre les avantages que j’ai aujourd’hui (9 semaines de congés, un salaire relativement confortable, un comité d’entreprise) pour revenir à ce qui me fait vibrer : l’Information. Mais je me refuse à accepter les emplois ultraprécaires qui me sont proposés, non seulement pour ne pas mettre ma famille en danger, mais surtout parce que, par déontologie justement, je refuse d’être exploité (surtout que pour moi, le rôle d’un journaliste c’est notamment de dénoncer l’injustice).

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