le salon

De l’utilité démocratique des journalistes…

Que les journalistes eux-mêmes aiment à se présenter comme les “chiens de garde de la démocratie”, qu’ils mettent sans cesse en avant ce rôle fondamental qu’ils joueraient dans l’espace public et dans la formation de l’opinion publique, ça se comprend. C’est de bonne publicité, quand il s’agit de défendre toute une corporation, d’obtenir un statut et des avantages particuliers de toutes natures (et notamment des subventions massives de l’État, qui représentent aujourd’hui 10% du chiffre d’affaire de la presse – autant dire une perfusion ! cf. Frédéric Filloux : Le jour où Sarkozy a acheté la presse, sur slate.fr ).

Des journalistes intoxiqués par leur propre mythologie

Là où ça devient problématique, c’est quand les journalistes se mettent à croire eux-mêmes à ces discours de pure autopromotion professionnelle, dont l’objectif principal est tout de même surtout de faire passer la pilule au contribuable, à qui il est demandé de payer trois fois l’information : une première fois au kiosque, une seconde à la caisse du supermarché quand il finance la publicité par un surcoût sur les biens qu’il achète, et une troisième fois sur sa feuille d’imposition.

C’est même assez gênant de voir ces journalistes se retrancher tous en file indienne derrière la figure du “journaliste d’investigation”, érigé en modèle absolu et définitif de ce qui serait l’essence même de cette profession, ce qui imposerait à tout citoyen de se dresser pour le défendre bec et ongle, sous peine de grand danger politique. Dans d’autres situations, on appelle ça une prise d’otage…

Vous devez déjà savoir que je ne me suis jamais joint sur ce blog aux vestales de cette pure mythologie, car je n’y crois pas. Pire même, j’affirme que le journalisme ce n’est pas ça. La très grande majorité des journalistes n’ont aucune utilité démocratique. Ils remplissent une fonction de service, très souvent d’aide à la consommation, qui n’est pas dénuée d’utilité sociale et nullement dégradante (il n’y a pas de sot métier), mais qui n’a rien à voir avec la politique.

Mais alors ils font quoi, les journalistes ? C’est pas bien sorcier à savoir. Il existe une Commission nationale d’attribution de la carte de presse, qui établit des statistiques et les met à la disposition des chercheurs…

Des journalistes abstentionnistes à leurs propres élections

Je signale au passage, juste pour rigoler un peu, que les “gardiens de la démocratie” n’ont même pas été foutus capables de voter eux-mêmes en nombre suffisant à la toute récente élection pour le renouvèlement de cette même Commission de la carte (le quorum n’a pas été atteint, indiquait mardi la Commission, selon l’AFP).

Cette commission constitue pourtant la principale organisation de la profession et joue un rôle déterminant dans la définition de ses frontières (cf. Denis Ruellan, Expansion ou dilution du journalisme ?). Ils ont bonne mine, les “gardiens de la démocratie”… qui ne votent même pas pour élire l’instance chargée de dire – justement – qui est digne de faire… un bon “gardien de la démocratie” !

Les deux-tiers des journalistes travaillent dans la presse magazine et régionale

Donc, ils font quoi, les journalistes, au lieu d’aller voter ?

Répartition des journalistes (titulaires de la carte de presse) selon le support de publication (source: Eric Neveu, Sociologie du journalisme, 2004, La découverte) :

– Presse magazine et spécialisée : 42%
– Presse régionale et locale (quotidiens et hebdos) : 23%
– Presse nationale d’information générale (quotidiens et hebdos) : 13%
– Télévision : 12,3%
– Radio : 8,5%
– Agences de presse : 6% (Je sais ! Ça fait plus de 100% au total. Adressez vous à l’auteur. 😛)

Détaillons. Prés de la moitié des journalistes travaillent dans la presse magazine. C’est le sociologue Eric Neveu qui souligne “la rupture par rapport à une représentation du journalisme comme auxiliaire de la démocratie” :

Le lecteur auquel s’adresse cette presse n’est plus saisi dans la figure totale du citoyen mais à travers une de ses composantes identitaires (retraité, homosexuel, parent d’élève), un de ses loisirs (jardinage, opéra). Tendanciellement, c’est une relation de service, souvent d’aide à la consommation que propose un tel journalisme, davantage qu’un mode d’adresse au lecteur en tant que citoyen.

On peut ajouter que ce journalisme est bien plus fortement marqué par les ravages du markéting éditorial et des relations de promiscuité avec les annonceurs publicitaires, que par le respect des canons déontologiques du journalisme indépendant. Et c’est un euphémisme.

La seconde grande composante de la profession est celle de la presse régionale et locale (additionnée à la première on embrasse déjà les deux tiers de la profession). C’est peu de dire que le rôle de “gardien de la démocratie” de cette presse est problématique (je sais de quoi je parle) : concentration sur une information locale de service, absence d’enquête, tendance générale au conformisme, grande dépendance vis à vis des institutions locales (qui fournissent gratuitement une information de service dont on ne peut se passer), et le plus souvent, pour couronner le tout, une situation locale de monopole.

La presse radio et télévision : elles ne sont que marginalement “productrices” d’information originale et se bornent, pour l’essentiel, tant au niveau de la sélection que de la hiérarchisation (l'”agenda”), à recycler l’information produite par la presse écrite nationale et les agences.

Restent 4 à 5.000 candidats – seulement – au statut de “gardiens de la démocratie”

Restent les quotidiens et les hebdos nationaux généralistes : une partie de leurs rédactions se consacre elle-aussi à l’information magazine et thématique (pages conso, mode, auto, loisirs, spectacles, people, voyage, high-tech, etc.), qu’il convient de déduire de ceux qui s’occupent réellement des pages politique, économie, social et société (éducation, santé, justice…), et international.

Une part seulement des 12% de cette presse doit donc être ajoutée aux 6% de journalistes d’agence. Ce qui nous fait, au bout du compte, 10 à 15% seulement des journalistes qui ont rapport avec l’activité que l’on prête aux “gardiens de la démocratie”. Sur 37.307 cartes de presse attribuées en 2008 (en comptant que certains sont au chômage), il nous reste grosso-modo 4.000 à 5.000 journalistes concernés par notre grande affaire.

75 à 125 journalistes d’investigation au Royaume-Uni

Et parmi eux, combien font réellement de l’investigation ? On semble assez discret sur le sujet en France. On est un peu plus ouvert – ou simplement intéressé à la question – au Royaume-Uni. Le site Journalisme.co.uk signalait avant-hier qu’un groupe de journalistes britanniques réfléchissant à la survie du journalisme d’investigation, sous la conduite de Paul Lashmar, estime le nombre de journalistes qui s’y consacrent au Royaume-Uni à “seulement 75 à 125” pour tout le pays.

Qui parie que ce n’est pas grosso-modo la même chose en France ?

Qu’on me comprenne bien (J’ai cru lire ailleurs que certain(e)s ne me lisaient pas vraiment avant de réagir, se laissant aller à des passions bien peu journalistiques et laissant libre cours à une manifeste surchauffe… Je vais éviter d’évoquer une forme d’hystérie.)], il ne s’agit pas de nier qu’on a un vrai problème avec le financement d’un [journalisme d’investigation au bord du collapse. Mais il s’agit de le ramener à ses proportions réelles, de ne pas en faire Le problème Du journalisme en général, et de ne pas se laisser intoxiquer par le discours professionnel qui laisse entendre que l’avenir de la démocratie est lié à celui des journalistes des rubriques people, cosmétique et gadgets high-tech.

Dans le débat plus général sur l’avenir du journalisme et de son financement sur internet, l’argument de la démocratie et de l’investigation est très largement un alibi, un arbre très opportunément mis en avant pour masquer l’absence de forêt.

Il y a d’un côté la question du journalisme “politique, économie et social, société et international”, notamment dans sa dimension d’enquête et de reportage, et de l’autre celle du journalisme de loisir et de consommation, dans toute sa dimension commerciale et markéto-publicitaire.

Que ces deux journalismes rencontrent l’un et l’autre des difficultés avec les développements de l’usage d’internet dans le public, ne rend nullement légitime d’en faire un paquet cadeau et d’invoquer l’alibi démocratique à toutes les sauces. Voilà, c’est dit.

Et c’est là qu’on atteint, à mon sens, le point de rupture du journalisme. Cette profession composite n’a aucune homogénéité. La principale conséquence pour elle d’internet est de disloquer cette unité de façade : il y a des journalismes. Les problèmes et les enjeux ne sont pas les mêmes pour les uns et pour les autres. Les solutions seront vraisemblablement différentes (et il n’y en a pas forcément pour tout le monde). Il n’est nullement dit, à cette heure, que l’improbable unité du journalisme résiste à ce rouleau compresseur qui vient…

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Lire aussi :

Pierre Langlais (slate.fr) : La fin du mythe du journaliste

16 Comments

  1. pas mal, dislocation annoncée indeed… le web va délivrer l’une de ces 2 grandes familles. merci pour ce papier, merci au “kilo octet” aussi…

  2. Si, une petite chose à dire: tout cela concerne la France. Pour le reste du monde, certaines choses restent exactes, d’autres moins

  3. @ Raph

    Deux points sont en effet des spécificités toutes françaises : la part prépondérante du journalisme magazine dans la profession ne se retrouve pas ailleurs, et surtout le niveau de subventions étatiques ! C’est Frédéric Filloux, dans l’article cité en début de billet qui souligne “un niveau d’aide publique par lecteur cinq fois supérieur à celui de la Suède par exemple, mais un taux de lectorat trois fois moindre”.

  4. Replacée dans ces proportions, la piste “dons” évoquée par Eric Mainville me semble pertinente. Le travail solitaire d’un Jacques-Olivier Teyssier à Montpellier est soutenu par ses lecteurs justement parce qu’il fait partie des seuls à traiter en profondeur certains sujets difficilement abordables par les journalistes de la presse locale.

    Les dons pourraient devenir un mode de financement important pour quelques milliers de journalistes indépendants, spécialisés ou généralistes, et reconnus de fait pour leur “utilité démocratique” au niveau local ou national.

    Les plus réticents sont peut-être les journalistes eux-mêmes. Le geste de faire passer le chapeau garde une connotation négative, et être à la merci de ses lecteurs sans intermédiation de l’employeur commence à peine à acquérir ses lettres de noblesse. Une piste de plus…

  5. De mon temps, le “don” qui permettait une planification dans la durée et qui assurait la sécurité, cela s’appellait un “abonnement”, pas une aumône 🙂

    Peu importe la thématique, les abonnements ont toujours été une manière de “soutien militant”. Et c’est valable pour le Web comme pour le papier : le “gratuit” est une illusion qui met à la merci des sponsors et des subventions (donc du pouvoir). Mieux vaut dépendre des principaux intéressés : les lecteurs.

  6. Si le total des chiffres donnés fait plus de 100%, c’est peut-être que certains journalistes travaillent pour plusieurs entités, non ?

  7. @Sarah

    Justement, le «don» permettant la planification dans la durée à prix fixe tel qu’il est pratiqué par la plupart des périodiques est profondément injuste dans la mesure où il interdit aux plus modestes l’accès à l’information (ou une forme d’information / d’aide à la consommation…). Alors que l’ «aumone», qui consiste à rétribuer en fonction de ses moyens, si elle est suivie par un prix de vente modique ou mieux à la gratuité serait un outil bien plus puissant si assimilé ; que ce soit quant à la production ou la réception de l’information, en ce sens qu’il nécessite une implication de la population bien supérieure à la passivité ambiante.

    Rendre le public «producteur» (au sens du cinéma, celui qui fournit les moyens de production – justement – de la culture) plutôt que consommateur assurerait à mon avis une bien plus grande indépendance. C’est à dire qu’il ne s’agirait pas de subventions institutionnelles mais d’un vrai comportement collectif, où certains lecteurs se sentent responsable d’assurer les conditions de production d’un bien culturel commun. Un bien culturel auquel ils pourraient accéder gratuitement.

    C’est notamment la démarche de l’association kassandre pour leur projet «varsovie express», qui va plus loin en impliquant le public dans la phase créative du projet. Dans la presse, sans arriver à la gratuité, on assiste à la possibilité d’abonnements “militants” pour des journaux à relativement bas prix comme fakir ou cqfd.
    Cependant on est encore loin d’arriver à généraliser ce type de fonctionnement ou ne serait-ce que créer un réseau parallèle de production d’une information et d’une culture gratuite et de qualité (non pas que les deux soient antinomiques, mais le gratuit n’obtient pas encore la même légitimité aux yeux du grand public ou des institutions que les groupes de presse établis). Malgré les reculs imposés à la réflexion par des lois liberticides, je pense que la société se rapproche d’être en mesure de se poser les bonnes questions, au sens de Mac Maharaj dans Untitled Thinkers ProductionsConversation #1 (à 4 minutes dans la vidéo).

    Pour en revenir aux journalistes et poursuivre avec la problématique des questions, mon impression (peut être erronée) est que sur la loi hadopi à part sur le net (ou dans des documentaires ne traitant pas de la loi comme good copy, bad copy ou steal this film), le gros du débat a porté sur des fausses questions du genre, faut-il considérer que les pirates volent ? Quelle serait la punition adéquate pour ce type de vol ? Combien perdent les entreprises productrices de culture ? Et les artistes pour l’expression desquels ces dernières suent sang et eau” ? Malgré certaines questions plus pertinentes concernant les atteintes à la vie privée (cf. loi loppsi2 en préparation). Un angle de questionnement est resté en plan, le système de production/diffusion de la culture et de l’information tel qu’il existe est il légitime ? Est-il judicieux que le gros de la production artistique soit laissée entre les mains de financiers ? Le problème existe aussi pour la presse… La rétribution à la vente est elle un horizon indépassable ? Alors que finalement le travail de création est effectué en amont et qu’une fois l’oeuvre créée, le travail auquel on donne un prix est finalement plus celui de responsables marketing. Et ce type de questionnement pourrait aussi être un point d’accès à la LRU et autres réformes de l’enseignement, qui est évité avec le même soin.

    Je ne suis pas sûr d’exprimer correctement mon point de vue ici, tout ceci semble brouillon, mais pour résumer, la remarque de Szarah me semble symptomatique d’une société où en dehors de certains blogs et de quelques spécialistes, les tenants de la diffusion de l’information évitent soigneusement certains aspects sociétaux de l’accès à la culture, qui pourraient remettre en question leur légitimité.
    Mes excuses pour ce long hors-sujet, qui en plus ne doit pas apporter grand chose de nouveau sur ce blog…

  8. Et si on enlève à ça les journalistes sportifs… champions du monde de l’opinion et du loisir émotion. Puis les SR, les rédacteurs graphiques, les spécialistes de la réécriture des filsd’agences… et j’en oublie. On doit en effet tourner autour de 200 journalistes qui font vraiment de l’investigation en France. Il suffit pour s’en convaincre d’ouvrir un journal local et de compter. Donc en effet, si le journaliste c’est celui qui fait de l’investigation… la profession prend une sacrée cure d’amaigrissement.

  9. @ Loizbec

    J’entends bien votre souci de donner à chacun les mêmes possibilités d’accéder à … tout mais le souci est que nous vivons dans un monde payant.

    L’Opéra, le théatre, le cinéma, les musées, les galeries d’art, la visite des pyramides d’Egypte, l’éducation, le poste de Président : tout est payant (je n’ai pas dit “à vendre”).

    L’accès à la culture n’a jamais été gratuit.

    La culture est un créneau commercial comme les autres. L’information aussi. C’est payant.

    Pareil que l’eau et la nourriture.

    On peut le déplorer mais certainement pas le nier.

    Le Web a fait naître l’espoir du gratuit et il existe un exemple réussi : la Wikipedia.

    Mais c’est au prix de l’anonymat des artisans.

    Les coûts sont assurés par les dons, les principaux donateurs sont les contributeurs et on en arrive ainsi à la prédiction de l'”Homme au chapeau mou” : on les fait payer pour bosser.

    C’est donc une réussite selon votre proposition :

    C’est à dire qu’il ne s’agirait pas de subventions institutionnelles mais d’un vrai comportement collectif, où certains lecteurs se sentent responsable d’assurer les conditions de production d’un bien culturel commun. Un bien culturel auquel ils pourraient accéder gratuitement.

    Hélas, je doute que ce modèle du triple don de soi (être anonyme + bosser pour rien + payer pour publier) plaise aux journalistes.

  10. Une précision historique (?), les magazines féminins (ceux qui font la promo des régimes et des crèmes toujours belles) ont été les premiers (dans les années 1970) à parler de sujets dits de société qui faisaient marrer les mâles rédactions des news et encore plus des quotidiens: la violence faite aux femmes; les Folles de la place de Mai; la lutte des femmes en Italie du sud contre la mafia, la drogue; les familles monoparentales,;le plafond de verre; l’homosexualité; le backlash (retour de manivelle) anti-“feministes” etc.

    Cela me rappelle l’écrivain William Gaddis qui disait être content d’avoir le même éditeur que la romancière de best-sellers Judy Collins, parce que comme ça on pouvait lui filer à lui de grosses avances….

    Pour reprendre le premier thème, encore aujourd’hui cela n ‘intéresse qu’avant et après le 8 mars. Et cela mériterait à mon sens des enquêtes, de l’investigation, de l’analyse sur ce que cela reflète de la société, mais on se heurte encore à des réflexions “tes histoires de bonnes femmes ça n’intéresse personne” et donc des refus.

    Bref, ça m’énerve tjrs un peu cette mise à l’écart d’un type de presse qui a joué un rôle non négligeable pour certaines, relatives hélas, prises de conscience.

  11. Ce qui est utile à la compréhension globale du problème, dans votre article, c’est qu’il fait surgir la collusion du journalisme et des pouvoirs polituqe et économique qu’il est supposé critiquer en toute indépendance. Compte tenu de la loi Hadopi et de ce nous attend encore sur ce plan, on comprend mieux pourquoi cette loi plus que scélérate et dangereuse pour LA démocratie n’a pas été franchement dénoncée et attaquée dans ses fondements par la profession… qui assure là sa défense contre le lire échange de l’info sur les sites trop souvent dits “communautaires”.

    C’est ainsi que depuis “le coup de Trafalgar du refus de la Constitution européenne par les Français (…/…) Les amis de Nicolas Sarkozy dans les grands médias et l’industrie culturelle l’ont très vite convaincu qu’il fallait faire quelque chose. Lui pour conserver le pouvoir, eux pour limiter cette concurrence gênante”.

  12. mmm, je ne nie pas que nous sommes dans une société payante, il y a cependant divers “business models” du gratuit et c’est un peu réducteur de dire que Wikipedia est le seul exemple de gratuité qui fonctionne. Le site que nous sommes en train d’utiliser pour notre discussion est généré par spip, qui est un des très nombreux logiciels issus du libre. Les auteurs de certains logiciels libres sont tout à fait trouvables (spip, chaque contribution de la wikipedia est d’ailleurs associée à un utilisateur, certains d’entre eux profitent au sein de leur communauté d’une certaine notoriété) quand il ne s’agit pas de stars comme Linus Torvalds.
    Votre comparaison avec des ressources vitales me parait erronée, en ce sens que l’on n’a pas encore trouvé le moyen de dupliquer à l’infini et quasiment gratuitement ni l’eau ni la nourriture…
    Enfin, là où je voulais en venir c’est que pour l’opéra, le théâtre, ou tout autre spectacle vivant, il y a une nécessité de recréation partielle pour chaque représentation. Alors qu’une fois écrit, un article ne s’use pas en étant lu. Une fois sorti un album ne demande plus de travail de l’artiste. Encore une fois, je suis tout à fait d’accord avec vous sur le fait que notre société est une société où tout est bien commercial, où le désintéressement est au mieux une qualité de perdant, pour ne pas dire un défaut. Et le meilleur moyen que cela en change pas consiste à délimiter des zones de pensées considérées comme inutiles ou improductives, à ne surtout pas remettre en question le bien fondé du système actuel. Et c’est un peu ce que je reproche aux médias dominants.

  13. La vraie question à creuser serait plutôt de l’utilité sociale des journalistes, domaine bien plus vaste que celui de la démocratie qui ne concerne en réalité que la politique, ou du moins, dans l’optique que donnent les jounalistes eux-mêmes à la question.

    La vérité est que tant que les journalistes n’accepteront pas de revenir aux bases du journalisme authentique, celui pour lequel les gens sont prêt à payer, i.e. le journalisme de commentaire, d’opinion, ou l’on prend clairement position, ou l’on s’apostrophe d’un canard à l’autre etc. Le journalisme de plume, de style, de harangue. Le journalisme partisan, militant.

    De nos jours, lorsqu’on est citoyen moyen, il faut être bien con pour aller payer pour de l’info brute. Internet a tué ce business et il serait temps que tout le monde l’accepte. Le scoop est mort, internet est bien plus rapide.
    Restent, l’analyse et le commentaire (en Amérique du Nord on fait la distinction: l’analyse est équilibrée, “neutre”, le commentaire est libre et souvent partisan). On peut en trouver de très bons sur le net, mais ça demande déjà plus de recherches. Peu de gens ont le temps de produire de profondes analyses ou de beaux textes bien écrits sur le net.

    Là réside la vrai valeur ajoutée du vrai journalisme, mais encore faut-il l’assumer et arrêter de se cacher derrière le petit doigt de la neutralité. D’autant plus que les journalistes les plus à cheval sur cette fiction bidon sont ceux-là mêmes qui ont été les plus grands chantres de la Doxa actuelle.

    Et c’est peut-être là que le bât les blesse le plus: admettre que, en fait de neutralité, on prend déjà sournoisement parti pour le système en place en soutenant le status quo, c’est tomber les masques, admettre la duplicité, s’exposer aux demandes d’explications… Alors on fait semblant, comme Le Monde devant la grogne des universitaires, son lectorat non assumé, de ne pas comprendre. Et peut-être bien que Le Monde prendra la claque aussi comme Libération. Ou du moins on l’espère. Ce serait là un bel exemple de démocratie pardi!

    Seuls les nigauds aujourd’hui payent pour des ressucées de l’AFP. Ceux qui en ont entre les deux oreilles veulent de l’opinion, des (vrais) débats, des clashs d’idées. Il veulent lire du vrai contenu, de la densité, de l’épaisseur, quitte à ne pas être d’accord.
    Ramenez-nous les Camus, Zola et autres, et les ventes repartiront en flèche à la hausse!

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