net et news

Dans ce nouveau Web de masse, vous êtes plutôt hacker ou bien consommateur ?

Je poursuis ma réflexion du week-end sur le changement assez radical de stratégie de la firme Apple depuis quelques années, qui s’est transformée au point de passer, jadis, du statut de créateur d’ordinateurs préféré des “créatifs” en tous genres (dans le domaine de la PAO, du graphisme à la presse, à la pub et au net, dans celui de la vidéo et du cinéma, ou encore de la musique, etc.), à celui, aujourd’hui, de fournisseur préféré des masses planétaires en produits mobiles destinés à la simple consommation de produits culturels (souvent réalisés sur des Macs, d’ailleurs), tels que la musique, la vidéo et le cinéma, les jeux, et du texte (presse et livres). Que s’est-il passé ?

L’avénement du Web de masse

Ce qui a changé, au fond, depuis le temps où je posais pour la première fois les doigts sur le clavier d’un Macinstosh, il y a de ça vingt ans, puis que je branchais pour la première fois ce Mac à internet avec un Modem à 14000 bauds, c’est que le Web est devenu… un Web de masse. En 1995, nous étions 16 millions d’internautes, nous sommes aujourd’hui 1,7 milliards (source). Et ça change tout !

Cette réflexion, largement personnelle et rétrospective, me pousse à m’interroger sur mes propres relations avec l’informatique et internet depuis une vingtaine d’années. Mais elle pourrait inviter aussi chacun à se positionner à son tour sur son propre rôle dans ce nouveau Web qui prend forme aujourd’hui : dans ce Web planétaire de masse, êtes-vous un hacker ou un consommateur ?

Serais-je donc un hacker ?

A vrai dire, je ne m’étais jamais considéré comme un hacker jusqu’à aujourd’hui, mais il conviendrait peut-être de créer désormais une nouvelle catégorie de hacker dans laquelle je pourrais finalement trouver ma place. Le hacker, ou “bidouilleur”, selon la traduction proposée par Tristan Nitot, c’était pour moi celui qui mettait les mains dans le cambouis informatique ou électronique, une activité que je n’ai jamais particulièrement prisée, la trouvant très salissante.

C’est un peu ce qui faisait que les macmaniacs formaient une classe un peu à part dans le petit monde des pratiquants de l’ordinateur, une position source de bien des conflits, sur les braises desquels Apple n’hésitait d’ailleurs jamais à jeter un peu d’huile B-) :

Il y avait donc les hackers, tous des geeks !, qui fabriquaient leurs ordinateurs à la main, avec un fer à souder, pour y installer Windows (pouah !), ou plus baroque encore : Linux (?!?). Et il y avait les adeptes du Mac… Et nous, nous n’étions certainement pas des geeks, nous étions chics. Nous étions des créatifs ! Nos ordinateurs étaient beaux, nos logiciels intuitifs… Plutôt que de perdre notre temps à bidouiller tout ça, nous pouvions le consacrer entièrement… à créer. |-)

Tout ça était certes un peu puéril, mais nous étions encore de grands adolescents, et n’était-ce pas aussi une sorte de période d’adolescence de la micro-informatique… et d’internet ?

En y réfléchissant aujourd’hui, je me dis que nous étions tous des hackers. Tous des hackers, car tout cela était nouveau. Pas seulement nouveau pour nous, c’était tout simplement nouveau en soi, et souvent même expérimental. Nouveaux outils matériels, nouveaux outils logiciels… et nouveaux usages, tous à découvrir, à expérimenter, à détourner…

Bienvenue aux hackers de contenus

Il y avait ainsi des hackers de hardware (avec leurs fers à souder), les hackers de software (avec leurs lignes de code)… et les hackers… de contenus, qui bidouillaient du texte, du son ou des images. Voilà donc ma catégorie à moi : hacker de texte et d’image !

Mon domaine de prédilection perso à l’époque (avant que je ne m’intéresse vraiment à internet, en fait), c’était de bidouiller des journaux dans mon salon, avec mon Mac et mon imprimante. Mais d’autres bidouillaient déjà sur leurs micro-ordinateurs des sites internet – puis des blogs, de la musique ou de la vidéo, de la photo et toutes sortes de “graphismes créatifs”. Tout ça, c’était bien de la bidouille, de l’expérimentation. Plus que des early adopters des nouvelles technologies, nous appartenions plutôt, en fait, à la catégorie des innovators

Internet, j’avoue, j’ai mis un peu de temps à m’y mettre. Le temps de faire mon deuil du papier. Pour moi, la micro-informatique, ce fut d’abord la PAO, la publication assistée par ordinateur, et ce qu’on voulait dire par là, à l’époque, c’était publier… sur du papier.

La révolution était déjà énorme. La PAO mettait à notre disposition, dans le salon, des moyens techniques qui étaient auparavant réservés au monde professionnel. Il y avait bien déjà des ordinateurs dans les journaux quand j’y ai mis les pieds pour la première fois (la numérisation de la presse est antérieure à l’apparition d’internet du Web, elle remonte pour l’essentiel aux années 80), mais ces ordinateurs étaient de véritables armoires. On y accédait par des terminaux, un simple écran et un clavier (avec du texte en vert sur fond noir), et il fallait lui parler en code ! Les journalistes plus âgés que moi, qui étaient déjà là depuis un moment, trouvaient pourtant ça mieux qu’avant : ils avaient connu les cartes perforées ! Il aura fallu encore longtemps avant que les micro-ordinateurs ne pénètrent dans les rédactions des journaux, et j’ai eu un Mac à la maison bien des années avant d’en avoir un au bureau.

Après l’ordinateur personnel, j’ai vu ainsi peu à peu, sortir des ateliers pour arriver dans les maisons, les premières imprimantes personnelles, les premiers scanners personnels…. et les premières connexions à internet personnelles. Et c’est là, avec internet, que je me suis mis à prendre de l’avance technologique sur mon propre journal :o) (Je vous raconterai un autre jour l’aventure épique des premiers contacts lamentables et désastreux de ce journal avec internet.)]. A cette époque, nous étions 16 millions d’internautes dans le monde, nous sommes aujourd’hui 1,7 milliards…

La grande mystification du Web 2.0

Ce n’est plus le temps des early adopters. Il n’y a pas 1,7 milliards d’innovators. Nous ne sommes pas tous des hackers !

La grande mystification du Web 2.0, c’est d’avoir prétendu que nous étions tous des auteurs, tous des créateurs : tous écrivains, tous journalistes, tous musiciens, tous réalisateurs de vidéo ou photographes. C’est une vaste foutaise. L’outil ne crée pas ses usages : il faut qu’une main tienne l’outil, et qu’elle soit reliée à un cerveau qui ait au moins l’envie et le temps de créer, si ce n’est un talent pour le faire.

Je comprends bien qu’Apple (et les autres, bien entendu) soit plus intéressé aujourd’hui par le marché des 1,7 milliards de gens connectés, pour leur vendre des outils électroniques à connecter, que par la petite frange ultra-marginale d’entre eux (peut-être 1% ?) qui cherche des outils pour créer.

Ce dont témoigne le changement de stratégie d’Apple, c’est tout simplement que le Web a profondément changé. On a pu croire un moment, alors que n’étaient encore connectés que des innovators et des early adopters, que le Web était un monde peuplé de créateurs et dédié à la création, un monde de hackers, s’appropriant des nouveaux outils pour les détourner de leurs usages, leur inventant de nouveaux usages… Mais c’était juste que ceux-là n’étaient pas encore rejoints en ligne par les autres, par cette early et late majority, qui est aujourd’hui arrivée (puisque [les deux tiers des Français sont aujourd’hui des usagers réguliers d’internet)… qu’elle occupe le terrain et n’a pas du tout le même comportement.

Le web 2.0 : une idéologie

On ne dira jamais assez le mal qu’à pu faire cette idéologie du Web 2.0 dans notre compréhension de ce qui se passe sur internet. Et je dis bien “idéologie”, car c’en est une. Cette idéologie qui nous a encouragé à regarder le Web à travers le prisme d’idées préconçues, plutôt que d’en observer la réalité des usages.

Avec un peu de recul, les principes de cette idéologie sont plus aisés à repérer aujourd’hui. Franck Rébillard, dans un ouvrage que je cite sans cesse sur ce blog (Vous finirez bien par le lire… 😉), en cerne les contours :
“Le réseau comme vecteur d’une horizontalité égalitaire”
“La libre communication comme idéal sociétal”
“L’autonomie de création comme valeur du nouvel esprit du capitalisme”.

Et pour relier tout ça, une vision techniciste de l’homme et de la société, qui postule que si tout le monde possède un marteau, tout le monde deviendra menuisier, car c’est le marteau qui fait le menuisier. A ce régime-là, en effet, si tout le monde possède un ordinateur connecté à internet et un appareil photo numérique, alors… tout le monde est journaliste en ligne ! Non, c’est trop court et ça ne suffit pas.

Je ne veux pas dire par là que faire du journalisme c’est si compliqué que ça. Ça s’apprend, et si on est un peu doué et motivé, on y arrive vite. Je veux dire que posséder les outils techniques qui permettent de faire du journalisme, ne créé pas automatiquement chez tout le monde l’envie de s’essayer à faire du journalisme.

Dans un certain sens, le discours du Web 2.0 relevait un peu de la prophétie auto-réalisatrice : en faisant la promotion du Web comme de l’outil qui permettait à tous de devenir des “créateurs de contenus”, on devait bien réussir à en convaincre quelques uns qui n’étaient pas déjà tentés de passer à l’action. Mais là où il y a escroquerie, c’est d’avoir voulu faire passer le partage en ligne de son album de photos de famille… avec sa famille… pour un nouvel acte créatif. Et surtout, là où il y a eu déception, chez les promoteurs du Web 2.0 eux-mêmes, c’est quand on a constaté que tout le monde n’avait ni l’envie, ni le temps, de devenir “créateur de contenus” en ligne !

Là où il y a idéologie, c’est d’avoir prétendu que par nature les réseaux établissaient entre les gens des relations horizontales égalitaires (alors que se reproduisent en ligne des différences et des hiérarchies comme dans tout le reste de la société). C’est d’avoir prétendu que par nature la libre communication de tous avec tout le monde sur internet créait les conditions d’une société idéale, sorte d’avènement de la démocratie universelle par la grâce de la fibre optique. Ce qui est de l’idéologie, c’est d’avoir prétendu que dans ce “nouveau monde”, chacun était destiné à accomplir son autonomie personnelle par la création, que chacun devenait une sorte d’auto-entrepreneur de son propre bonheur numérique.

Internet est de retour sur la Terre

Les hackers voient peut-être les choses comme ça. Et j’ai d’ailleurs moi-même tendance à préférer les relations sociales égalitaires, à veiller précieusement à la liberté de mon expression et de mes communications, à estimer que l’autonomie de ma création est une condition de mon accomplissement… et à trouver qu’internet est un bon moyen pour moi de faire tout ça. Mais tout le monde n’est pas comme moi !

Plein de gens ont des projets différents et il y a d’autres moyens de se réaliser dans la vie, en privilégiant, par exemple, sa vie familiale ou les voyages, le sport ou le jardinage, les sorties au bistrot entre copains ou les séances de shopping interminables avec les copines… et en n’utilisant, dans ce cas, internet que comme un service pour se faciliter la vie, aider à la réalisation de ces projets, ou simplement pour y jouer et se divertir, et consommer les créations de toutes sortes produites par les autres…

Il va falloir que je commence déjà par cesser de dire moi-même que Youtube est une plate-forme “de partage” de vidéos en ligne, alors que c’est pour l’essentiel un site “de consommation” de vidéos, par cesser de dire que sur les réseaux Peer-to-Peer on “partage” ou on “échange” des films et de la musique, alors que l’écrasante majorité d’entre nous se contentent d’aller “se servir”, pour ensuite “consommer”.

Il va falloir aussi cesser de dire qu’internet est le nouveau lieu du débat public, alors qu’il n’en est qu’une composante nouvelle, qui ne se substitue pas à la discussion du dimanche en famille, au café du commerce, à la vie associative ou aux réunions de quartier. etc. etc.

Bref, il ne s’agit pas d’“annoncer la fin du Web 2.0”, mais de se désintoxiquer de son idéologie et du regard biaisé qu’elle conduit à porter sur le Web. Pour enfin voir ce nouveau Web de masse tel qu’il est : 1,7 milliards d’internautes aujourd’hui, dont l’écrasante majorité n’envisage pas d’utiliser cet outil autrement que comme un consommateur, une toute petite minorité choisissant plutôt de l’utiliser… comme un hacker

—-

(Trouvé sur Mashable : 1 internaute américain sur 3 est un “Conversationalist”)

—-

14 Comments

  1. En fait, c’est souvent fromage et dessert.
    Des fois simplement fromage. Mais j’adore le dessert, alors dessert c’est plus souvent.

    N’oublions pas que ceux qui créent sont aussi des surconsommateurs, ou bien l’ont été.
    N’oublions pas que beaucoup ne font que consommer puis piquent une colère, ou sont émus, ou sont amusés, et viennent noter cet article, commenter ici et là.

  2. Tu as incontestablement mis en oeuvre tes talents de hacker en concevant le titre de ton article 😉
    Je m’y suis rué comme une mouche sur son plat favori. Et en plus je trouve que ton point de vue se défend bien 🙂

  3. C’est parfaitement observé : de la consommation boulimique à la création, il y a la curiosité puis l’envie de participer, de s’en mêler. Ensuite viennent les défis techniques et plus si affinités.

    Mais Narvic oublie un détail : un hacker doit être reconnu par ses pairs, sinon c’est seulement un bidouilleur 🙂

  4. Bonjour, ou plutôt rebonjour puisque j’ai déjà posté le commentaire reproduit ci-dessous à la suite du billet sur “l’avenir radieux de l’internet”. Pardon pour la répétition donc, mais il se trouve que ce commentaire portait précisément sur la massification de l’internet…

    Pour compléter la réflexion engagée avec ce billet, un lien (ci-dessous) vers une intervention du sociologue Dominique Cardon. La massification de l’internet, et en particulier le décalage entre les pratiques des nouveaux venus et celles de leurs prédécesseurs, pourrait être à l’origine d’un certain nombre d’idéaux déçus.

  5. @ Szarah (et (Enikao))

    Sur ta dernière remarque : mais sache bien que ce que mes bidouillages de fanzines sur XPress me permettaient de faire cracher à mon imprimante à cette époque suscitait même parfois les encouragements des corporations réunies des typographes et des secrétaires de rédactions, plutôt étonnés d’ailleurs qu’on obtienne de tels résultats sur une machine qui tenait sur la table du salon et sans avoir jamais manié un typomètre gradué en cicéros. |-) (Pour le typomètre, j’ai appris après.)

    Sur le début et le commentaire d’(Enikao): reste à voir si les usages et les pratiques particulières du net inventées avant qu’il ne devienne un dispositif de masse seront adoptés peu à peu par ces nouveaux arrivants… Ce serait une question d’apprentissage, voire d’initiation, donc de temps ? Ou bien ces nouveaux arrivants ne viennent “que” maintenant parce qu’ils ont d’autres motivations. Ce serait fromage sans dessert ?

  6. L’article du sociologie Dominique Cardin, signalé ci-dessus par Franck Rébillard, est en effet remarquable et éclaire mon propos dans ce billet sous un jour qui me donne à réfléchir…

    • “Vertus démocratiques de l’Internet”, Dominique Cardon, La vie des Idées (décembre 2009)

    Lire notamment la dernière partie : “Le tournant idéologique de la massification de l’Internet” :

    Internet est en train de se transformer sous l’effet d’un profond et soudain mouvement de massification des usages. Le développement des blogs et des réseaux sociaux, la généralisation des usages du web par les jeunes de toutes origines sociales, la pénétration des outils numériques dans un nombre de plus en plus important de sphères de la vie sociale, la diversification des usages commerciaux, ludiques, pratiques ou fonctionnels du réseau des réseaux, bref la routinisation des pratiques de l’Internet, constituent un tournant important et un enjeu intellectuel décisif.

    (…)

    La faille qui s’est ouverte entre les idéaux des militants de l’Internet et les activités des nouveaux pratiquants conduit a des remises en cause, des incertitudes, voire à une sorte de nostalgie conservatrice, renvoyant dans l’enfer du commerce et de l’abrutissement culturel les nouveaux usagers du réseau.

    (…)

    Ce désajustement entre les idéaux de l’Internet politique et les pratiques du web n’est pas nouveau. Il fait en quelque sorte partie de son histoire, constamment nourrie par une conflictualité féconde entre l’Internet marchand et l’Internet non marchand. Mais, comme l’a montré Jonathan Zittrain, un tel changement d’échelle dans les usages conduit à rendre ces décalages beaucoup plus apparents. Il augmente considérablement les risques de voir certains des choix technologiques les plus structurants dans l’organisation de l’Internet être remis en cause au nom de la sécurité et de l’obligation de qualité qui seraient dues aux nouveaux entrants, moins compétents pour affronter les aléas techniques du réseau. Une tension de plus en plus forte se fait ainsi jour entre les militants de l’Internet du premier âge et leurs enfants, entre les partageux du wiki et les pokeurs de Facebook, entre les codeurs de communautés et les « customiseurs » de page MySpace, etc.

    J’y reviens, rapidement, dans un troisième épisode de ce qui est désormais… une série. 😉

  7. je me demande si ce phénomène n’est pas le prix à payer à la massification d’une technologie quelle qu’elle soit. On peut citer par exemple l’automobile où au commencement seule une poignée de pionniers étaient capables de construire puis conduire une voiture. Peu à peu une nouvelle population s’est mise à accéder à cette technologie. Ces derniers étaient capables de conduire mais pas de réparer leur véhicule ; à le construire a fortiori… Maintenant peu nombreuses sont les personnes capables de faire autre chose que de conduire leur voiture.

    Pour en revenir au web de masse, le passage du statut de consommateur à celui de créateur semble difficile pour les nouveaux arrivants ; les technologies sont également plus complexes qu’il y a quelques années. Les nouveaux internautes me semblent avoir une vision plus passive des choses. Cette passivité favorise probablement l’émergence d’un écosystème tel celui d’iTunes. L’accueil réservé à l’iPad est pour moi symptomatique. Les internautes chevronnés sont pour la plupart dubitatifs alors que l’accueil réservé par les débutants est plus enthousiastes.

    Je crois que nous sommes dorénavant en présence d’au moins deux populations qui ont un usage différent de l’Internet. Il reste aux chevronnés à favoriser le passage du côté consommateur au côté hacker en ne condamnant pas ipso facto le comportement passif des consommateurs.

  8. Sur ta dernière remarque : mais sache bien que ce que mes bidouillages de fanzines sur XPress me permettaient de faire cracher à mon imprimante à cette époque suscitait même parfois les encouragements des corporations réunies des typographes et des secrétaires de rédactions, plutôt étonnés d’ailleurs qu’on obtienne de tels résultats sur une machine qui tenait sur la table du salon et sans avoir jamais manié un typomètre gradué en cicéros. (Pour le typomètre, j’ai appris après.)

    Veuillez recevoir, cher Narvic, l’expression de mes excuses les plus plates. Il existe en effet des bidouilleurs de génie qui se cantonnent dans une seule spécialité, ce sont un peu des monomaniaques. Mais comme vous récidivâtes (voyez comme je me mets en frais dans ma contrition, je ne me fends pas d’un subjonctif pour n’importe qui) avec vos travaux de plomberie, ici et ailleurs, je dirai haut et fort que l’esprit du hack, vous l’avez indubitablement.

    Pardon d’avoir douté 🙂

  9. @ Jérôme

    Tes réflexions rejoignent celle de Dominique Cardon, signalées dans le message précédent : la massification est un défi, peut-être mortel, pour la “culture” spécifique du net.

  10. Je ne suis pas sûr que le web 2.0 n’ait jamais prétendu nous transformer tous en auteurs et créateurs. Certains l’ont peut-être cru. Pas tous. http://www.internetactu.net/2006/02/10/cherche-internaute-20/ et http://www.internetactu.net/2008/06/27/vouloir-un-web-cooperatif/ par exemple… On a les idéologies auxquelles on veut croire ;-).

    Pour autant, l’internet demeure une plateforme. Elle demeure un outil qui permet de faire participer le plus grand monde, selon des échelles de participations variées. La techno demeure un levier de transformation et il n’y aura pas de transformation de la société sans élargissement de la capacité d’innovation à l’ensemble de la société (donc sans remettre en cause le principe de la société du spectacle). http://fing.org/?Le-manifeste-de-la-Fing

    C’est un outil qui permet à plus de gens que d’autres outils d’être ou de devenir hacker. Ca ne veut effectivement pas dire que tout le monde va le devenir, non. Mais on ne peut pas croire non plus que tout est perdu ;-).

  11. Moi je suis assez optimiste sur la créativité des prochains utilisateurs du web.
    Quand je vois ma nièce de 6 ans demander à jouer à xpress: elle écrit, puis imprime, puis découpe ce qu’elle à écrit pour aller le scotché quelque part, et dessiné après à côté. Elle a aussi compris le principe du photomontage en en voyant un d’un de ses tontons sur le web: on prend en photo un playmobile, on le passe sur l’ordi, on l’imprime, on le découpe et le colle sur une photo avec elle: on obtient donc un playmobile géant à côté d’elle.

    Certes, ce n’est pas encore du web, car elle en a rien à foutre de l’avis d’inconnus virtuels pour l’instant, mais dès que le papa aura son ipad, et qu’elle voudra dessiner aux doigts dessus, mais que le père ne pourra pas imprimer faute d’imprimante, il lui faudra bien un espace web pour y mettre ses dessins, même si ça ne sera que pour montrer ses dessins à la famille.

    Bref, tout ça pour dire que bidouiller des journaux dans son salon, c’est de la gnognote à côté de ce que fait déjà la nouvelle génération, et de ce qu’elle produira comme contenus créatifs 😉

  12. Salut Narvic,

    Ta réflexion est pertinente, mais je me demande si tu n’est pas un peu impatient…

    Internet apporte tant de changements d’un seul coup qu’il est fatalement très long avant que les usages de type “créateur” parviennent à être mainstream.

    Il y a en effet tout une série d’étapes à accomplir avant d’arriver au boss final délivrant le diplôme de hacker…

    Je reste optimiste. Des site comme facebook, l’air de rien, ont des effets très pédagogiques sur les gens. Au départ juste pour ses potes, il devient petit à petit un média social à part entière qui va montrer aux gens tout ce qui est possible de faire sur internet.

    Tu parles de se “désintoxiquer” de l’idéologie du web 2.0, je crois que la vraie question est que la société se désintoxique du système de l’ancien monde. Celui des médias de masse, de la pyramide sociale etc etc. Ce système a englué la masse dans la léthargie et la paresse.

    A mon sens, le problème n’est pas que la masse ne veuille pas créer, mais c’est qu’on leur a formaté l’esprit dans l’idée qu’ils ne peuvent pas, que ce petit jeu est réservé aux autres…

    Continuons à montrer inverse 🙂

Comments are closed.