le chemin de Tarnac

La paix des chiens

Cynisme, adj. et subst.

Étymol. et Hist.
– 1. 1375, éd. 1531 philosophes ciniques « qui appartient à l’école philosophique d’Antisthéné » (Raoul de Presles, Cité de Dieu, 1 de R. Hist. litt. Fr. t. 8, p. 505);
– 2. 1552 à la cynique « comme des chiens, impudemment » (Rabelais, Tiers Livre, éd. Marty-Laveaux, chap. 18); 1674 adj. « impudent, effronté » rimes cyniques (Boil., A. poetique, II, p. 173);
– 3. 1752 pathol. spasme cynique (Trév. Suppl.). 1, 2 empr. au lat. class. Cynicus « qui appartient à la secte des cyniques » (< gr. ??????? de ???? « chien » parce que les adeptes de cette école se moquaient des convenances); 3 cf. lat. cynicus spasticus trad. du gr. ??????? ??????? (Celse ds TLL s.v., 1590, 26).

• Cynisme :

Le cynisme était avant tout une attitude face à la vie provenant d’une école philosophique de la Grèce antique, fondée par Antisthène, et connue principalement pour les frasques de son disciple le plus célèbre, Diogène de Sinope. Cette école tente un renversement des valeurs dominantes du moment, et enseigne la désinvolture et l’humilité aux grands et aux puissants de la Grèce antique. Radicalement matérialistes et anticonformistes, les Cyniques, et à leur tête Diogène, proposent une autre pratique de la philosophie et de la vie en général, subversive et jubilatoire.

Par une étrange dérivation du terme, produit des choix de la mémoire collective, on parle de nos jours de cynisme pour désigner un mode de pensée qui diffère tellement des normes établies (en particulier dans le domaine de la morale) qu’il en devient choquant. On peut attacher à ce cynisme une sorte d’humour noir (parfois involontaire), pince-sans-rire, mordant et ironique, souvent employé pour manifester une certaine rébellion face à un monde incompréhensible de par la multiplicité des conventions factices, socialement admises, qui le régissent — à la différence du sarcasme, qui ne recherche pour sa part qu’une démonstration de force. Au-delà de cette indifférence affichée à la morale et aux convenances, le « cynique » moderne n’a plus grand-chose à voir avec les philosophes antiques dont il sera question ici.

3 Comments

  1. Et, justement, pour distinguer ce cynisme originel de celui des modernes (le cynisme des puissants qui consiste à dire: vous savez que je sais que vous savez que je vous mens, mais je vous mens quand même parce que je suis un puissant), Sloterdijk emploie le terme “kunisme”. Le kunisme, c’est le cynisme originel, celui de Diogène.
    Un courant de pensée difficile à définir. Une philosophie par l’action.

  2. Eric, je suis un peu dubitatif sur Sloterdjik, même s’il m’intéresse et que je le lis. Idem avec Badiou et Zizek. Pour le moment, Léo Ferré me semble plus, comment dire dire ?, … concret et pragmatique. 😉

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