le salon

Contre Aliocha

Je me permets d’emprunter ce titre à la blogueuse anonyme Aliocha, qui avait commis ce grandiloquent billet Contre Eolas, pour afficher à la face du monde toute la douleur de sa rupture avec le maître. Il est vrai qu’on ne brûle jamais si bien que ce qu’on a adoré (la même Aliocha détient en effet le record mondial de commentaires sur le blog d’Eolas : plus de 1000 à ce jour – je croyais le légendaire Troll Detector du maître plus efficace que ça. :o) ). Quoiqu’il en soit, rassurez-vous, les voilà réconciliés et copains comme jamais. Probablement depuis que le maître lui trouve le nez “charmant”. On a changé des faces du monde pour moins que ça, en effet.

Pourquoi je vous parle de ça ? A l’époque où la procureure Aliocha lançait son terrrrible réquisitoire contre Eolas, coupable, forcément coupable… puisqu’avocat (D’une formule osée que me suggèrent Duras et Sartre, dans un souffle réunis)], d’avoir dit du mal des journalistes (on y vient), elle n’hésitait pas à me citer comme témoin de l’accusation dans son procès (je n’avais rien demandé). Mais depuis quelques temps, notre procureure s’est lancée dans un nouveau procès, et c’est moi qui suis aujourd’hui dans la position de l’accusé… parce que j’aurais dit du mal des journalistes (on y est). Et que même, ce n’est pas permis, et que même c’est très mal. La procureure Aliocha tient fermement la garde à la porte du Temple, et n’hésite pas à crucifier de son verbe acéré tous les blasphémateurs. Voilà mon tour.

Examinons donc cet acte d’accusation et tentons de formuler une timide plaidoirie en défense.

Précisons tout d’abord qu’Aliocha semble être elle-même journaliste. Elle nous le dit, sans pouvoir nous en dire plus. Aliocha est une procureure anonyme. Elle travaille comme pigiste dans la presse économique parisienne, après une formation juridique. Je ne sais si l’on peut considérer ces points comme des informations, selon les canons professionnels du journalisme, puisqu’ils ne sont pas recoupés. En l’absence de vérification, je les mentionne donc sous les réserves d’usage. J’aurais même dû enrober ça de l’un de ces – fort pratiques – conditionnels qui envahissent aujourd’hui la parole de journalistes, qui ont, ces derniers temps, [semble-t-il, une fâcheuse tendance à moins vérifier ce qu’ils avancent.

Mais voilà qu’au lieu de me défendre, j’aggrave mon cas, et je dis encore du mal des journalistes. Je vais finir par me faire taper sur les doigts. Quoique, comme le dit la procureure elle-même, un blog, c’est pas du journalisme, c’est de l’“opinion”, on a donc le droit de raconter n’importe quoi. Elle s’y connait.

Revenons à l’acte d’accusation, examinons les éléments à charge (quelques uns du moins, je n’ai pas fait l’effort de repeigner le document in extenso. Il se répète beaucoup d’ailleurs. Ces échantillons sont représentatifs).

Je serais donc, sur ce blog, “un spécialiste de la mort des médias”, qui même “veut” la mort du journalisme. Quand un spécialiste des médias – tout court, quant à lui -, rédacteur en chef à l’Expansion, comme Bernard Poulet, fait le constat lucide et glaçant de “La fin des journaux”, voyez donc, s’insurge notre procureure, que j’entends cette nouvelle avec “enthousiasme”, et qu’elle me fait osciller entre “délectation” et “jubilation”. Dit plus directement, je serais donc une sorte de vautour en train de me repaître d’un cadavre.

Que répondre à ça ? En réalité rien. Il n’y a là ni information, ni argumentation. Un simple délire qui témoigne d’une lecture pathologique de ce que je peux écrire sur ce blog. On peut simplement tenter d’identifier la pathologie en question, et renvoyer à cette accusation de nécrophilie le soupçon d’une forme d’hystérie.

Le blogueur qui veille en moi ne peut toutefois s’empêcher de s’interroger : comment peut-on être aussi mal lu et donc si mal compris ? Comment peut-on en arriver à ce point à provoquer chez certains lecteurs une lecture tellement biaisée de ses propos, qu’elle finit par déformer et noircir à l’extrême systématiquement le moindre argument. Même le plus anodin est travesti, pour appuyer une nouvelle imprécation, comme une fagot supplémentaire à porter au pied du bûcher.

Ça devient en effet problématique quand l’accusation ne se nourrit plus que de la déformation systématique d’une lecture délirante. Il me faut peut-être quitter-là la robe de l’avocat en défense, pour endosser l’habit du clinicien.

C’est que la maladie s’aggrave ces jours-ci. C’est ce qui me fait réagir aujourd’hui.

Ainsi j’écrivais récemment De l’utilité démocratique des journalistes…, pour rappeler cette simple évidence que la majorité des journalistes travaillent dans des magazines spécialisés, de la presse professionnelle à la presse de loisir et de consommation, ce qui a fort peu de rapport, soyons honnêtes, avec le rôle de “chien de garde de la démocratie”.

Que n’avais-je pas écrit là ! Un véritable blasphème. On ne doit pas dire ces choses là ! Il ne s’agit rien d’autre que des “allégations de Narvic sur le nombre excessif de journalistes”. Je sens venir le point Godwin, et l’on va bientôt m’accuser de vouloir ouvrir des camps. Si on lit bien d’ailleurs, c’est quasiment déjà fait.

Ainsi, poursuit l’imprécatrice, “Narvic réduit le rôle démocratique de la presse à un simple argument corporatiste”. On touche-là un début d’argumentation rationnelle sous le voile du délire, même s’il s’agit toujours de la même lecture biaisée de mes propos.

C’est qu’Aliocha défend, sur son blog, la haute idée qu’elle se fait du journalisme. Jusqu’à se poser en vestale, porte-parole anonyme de toute une profession – qui ne lui a rien demandé – dont elle se fait la gardienne des valeurs. Malheur à celui qui n’a pas l’heur de partager ce point de vue et, pire, défend une autre conception du journalisme. Crime de lèse démocratie. Je sens revenir le point Godwin à grands pas.

Ma conception du journalisme est qu’il est avant tout une attitude et non un règlement ou une religion. C’est même une attitude fort paradoxale, dont je n’oublie pas que l’histoire en fait une fille de la littérature et de la politique, avec d’improbables rejetons

Alors non, je ne crois pas qu’il convienne de définir le journalisme comme étant la profession des “gardiens de la démocratie”, car ça n’a rien à voir avec le travail qu’effectuent dans la réalité (et non dans le fantasme) la grande majorité des journalistes. Alors oui, certains d’entre eux, qui mènent un travail de reportage et d’investigation sur des sujets d’intérêt général sont un utile secours à l’information du citoyen pour l’éclairer dans ses choix politiques. Mais non, l’existence de ces derniers, qui ne sont en réalité qu’un poignée (et donc certains, tels Pierre Péan et Denis Robert, n’ont d’ailleurs pas de carte de presse) ne sauraient servir de caution ou d’alibi à toute une profession pour aller quémander au gouvernement des centaines de millions d’euros de subventions publiques à la presse. Une presse qui continue à s’affirmer pourtant libre, en refusant de s’interroger sur ce que le gouvernement demande en contrepartie d’un tel cadeau (re-lire à ce sujet Frédéric Filloux, sur Slate.fr : Le jour où Sarkozy a acheté la presse).

J’ai la faiblesse d’adhérer à cette définition d’Hubert Beuve-Mery : « Le journalisme, c’est le contact et la distance », en privilégiant pour ma part “la distance”, quand d’autres glissent dangereusement, à mon goût, du “contact”… à la promiscuité.

Ainsi, selon ma propre conception du journalisme, un journaliste économique ou financier, par exemple B-), n’a pas d’“ami financier”. Selon moi, un journaliste digne de ce nom, ça ne déjeune pas, Madame. 😛 En tout cas pas avec ses sources. Selon moi en effet, la promiscuité de certains journalistes avec les mondes politiques et économique est une réelle gangrène du journalisme français et mine sa crédibilité dans l’opinion. On ferait bien de prendre exemple, sur ce point, sur le journalisme américain, qui passe plus de temps à enquêter et moins à déjeuner (tiens, au passage, qui paye l’addition ?)…

Ma vision du journalisme, je ne me la suis pas faite comme ça tout seul. J’ai un peu observé depuis quinze le journalisme de l’intérieur, tel qu’il se fait et non tel qu’on le rêve. J’ai lu aussi des livres au lieu d’aller déjeuner. Certains écrits par des journalistes qui réussissent à prendre une certaine “distance” vis à vis de leur propre profession, ce qui semble si difficile et douloureux à d’autres. Et certains livres écrits par des non-journalistes, ce qui me semble-là bien plus intéressant encore, pour celui qui est toujours à la recherche de ce regard avec “distance”

De Philippe Cohen et Bernard Poulet à Yannick Estienne, Denis Ruellan et Nicolas Pelissier, (bref dans ma bibliothèque et un peu partout sur ce blog) j’ai tenté ici de développer une réflexion sur le journalisme appuyée sur une argumentation et sur une documentation, qui n’était pas forcément disponible en ligne, ou pas toujours facilement accessible.

J’ai précisément tenté de me dégager de l’“opinion”. Je n’ai peut-être pas réussi, mais il est tout de même difficile de recevoir de telles leçons de ceux qui n’ont même pas cherché et qui s’en gargarisent. De ceux qui, perpétuellement empêtrés dans leurs propres contradictions, affirment d’un côté se refuser à la polémique, quand leur propos n’en est de l’autre qu’un flot continu.

J’ai quelques fois, par le passé, tenté d’engager le dialogue avec Aliocha, ici même, sur son blog et chez quelques hôtes bloguesques accueillants. Sans succès, face à tant de désinvolture intellectuelle. J’y avais renoncé, préférant le silence à cette stérile tentative de conversation qui ne commence jamais. Mais la harpie s’acharne, et à défaut d’arguments, vous avez compris que ce n’était guère sa préoccupation, elle me poursuit de ses sarcasmes. Me voilà donc acculé par ce nouvel assaut, réfugié en mon blog fortifié, pour écrire ce pauvre billet en timide tentative de défense. Juste pour vous expliquer pourquoi, si ce n’est ce billet à titre d’exception, je ne décèle pas, en ce qui me concerne, le moindre intérêt à parler d’Aliocha sur ce blog. Promis, c’est dit, on ne m’y reprendra plus. La polémique est close. :-))

9 Comments

  1. Et bien… entre l’énorme file de commentaire chez Aliocha et votre prose, sans parler du petit tour qui s’impose que Eolas, il va au moins falloir une après-midi à vous lecteurs les moins fidèles pour comprendre quelque chose !
    Je ne ferai pas cet effort, ce n’est pas fondamentalement pas très intéressant, des engueulades d’anonymes sacralisés, par blogs interposés !

    Sur ce, j’espère retrouver bien vite, des choses plus intéressantes à lire sur les 3 blogs sus-nommés !

  2. @ Thomas

    Je ne m’étais jamais essayé auparavant, ni sur ce blog, ni ailleurs, au genre du billet polémique. Mais tant qu’à répondre à la polémique, il faut le faire avec les mêmes armes. Et j’en avais marre de me faire traiter à longueur de billets de charognard du journalisme.

    PS: si narvic est un pseudonyme en effet, je ne suis pas anonyme en ligne. On peut même facilement trouver ma photo.

  3. Bonjour Narvic,

    Contrairement à Thomas, j’aime bien les engueulades, vous pouvez continuer si vous le souhaitez.

    Deux petites critiques sur la forme :

    – Dans votre post vous endossez successivement trois habits: celui du supplicié, puis la robe de l’avocat (de votre propre cause) puis la blouse du clinicien (chargé de faire l’autopsie de votre cadavre, de celui d’Aliocha ou de celui du journalisme?). Ca fait beaucoup pour une saynète et je finis par me demander si vous n’êtes pas transformiste. Bref, je m’y perds un peu.

    – L’attaque personnelle est un art: visiblement vous n’y excellez pas et je vous en félicite. Virez donc de votre post tout ce qui est attaque perso contre Aliocha, vous ferez du bien à votre ulcère et vous vous rendrez accessible à un type comme moi, qui est loin de comprendre tous les enjeux du journalisme.

    Sur le fond: ben je vous rejoins. Le problème c’est que je rejoins aussi Aliocha. Alors que faut il que je fasse? Que je vous sépare, comme les deux composants d’un explosif binaire? Ou que je vous combine au risque de m’en prendre plein la gueule?

    Comprenez moi bien: si vous voulez vous en mettre plein la gueule avec Aliocha, vous le faites, moi je compterai les points parce que j’aime bien les combats de boue. Mais là, je pige pas ce qui vous oppose. C’est pas que je veuille vous réconcilier, c’est que je ne comprends pas sur quoi vous vous opposez.

    En fait, ce com est complètement égoïste: à la base je voudrais choisir mon camp pour taper sur la gueule de celui qui va perdre. Donc, il faut que je comprenne ce qui se passe. Juste pour prévoir qui va être le plus fort.

    Bref, je suis un client du journalisme.

  4. Voyez-vous, tschok, je n’apprécie pas plus que ça la polémique et je suis peut-être en effet maladaroit dans ce domaine, mais il y a deux chose que je tolère assez difficilement et qui sont la malhonnêteté intellectuelle et l’hypocrisie. Il se trouve qu’Aliocha, en multipliant sur son blog les billets polémiques truffés d’attaque ad hominem à mon sujet (ce que, pour ma part, je fais ici pour la première fois, et probablement la dernière, car ce blog tire à sa fin), Aliocha cumule ces deux problèmes.

    Prétendre comme elle le fait sans cesse que je veux la mort du journalisme et que je jubile des difficultés qu’il rencontre, alors que je tente sur ce blog tout au contraire de comprendre ce qui ne va pas et de réfléchir à des solutions, c’est de la malhonnêteté intellectuelle.

    Ces attaques polémiques très désagréables ne visent d’ailleurs qu’à bâtir un écran de fumée autour d’un journalisme de fiction, qui n’est qu’un produit promotionnel, pour éviter de répondre à quelques questions embarrassantes sur le journalisme tel qu’on le fait en France depuis quelques dizaines d’années, et qui expliquent peut-être largement le discrédit dont il fait l’objet dans l’opinion. C’est une hypocrisie, et elle est d’ailleurs partagée par d’autres dans cette profession.

    J’estime que la posture que prend Aliocha, en défense d’un journalisme qui n’existe pas, est une imposture. Ça me démangeait de l’écrire avant de mettre ce blog en stand by. Voilà qui est fait. Et ça me soulage. :-))

  5. On a quelque peu l’impression de voir s’affronter deux philosophies du journalisme, et c’est particulièrement intéressant, même si votre billet et les multiples d’Aliocha qui en parlent directement ne sont pas les plus percutants.

    De votre côté, vous semblez assez désabusé, revenu de promesses en lesquelles vous aviez vous-même cru. Vous avez décidé (ou peut-être jamais arrêté, finalement) de retrouver les raisons qui font que cet idéal est fort loin de la réalité du journalisme (sauf pour une poignée, effectivement). Vous vous êtes lancé dans les blogs parce que vous y avez trouvé quelque chose que vous ne pouviez pas faire ailleurs, et l’exploration de ce nouvel univers, puis sa confrontation avec le monde journalistique, ont permis de mieux comprendre pourquoi le journalisme était ce qu’il était (c’est assez tautologique, mais les lecteur connaissent vos billets), historiquement et peut-être bien ontologiquement (cette position si précaire, et d’autant plus que l’argent est une variable importante). Vous avez également l’air de penser que le journalisme ne dépend pas des personnes mais de la manière dont on travaille, et ne se définit pas comme la somme de ceux qui sont journalistes. Vous n’avez l’air de croire que d’une manière toute relative en l’objectivité et en la neutralité de la production journalistique (mais peut-être que je projette, corrigez-moi si je me trompe). Votre blog a une importance majeure pour vous, car il vous permet de contrôler le processus de bout-en-bout, et vous croyez à la re-personnalisation de l’information.

    Aliocha, de son côté, est relativement nouvelle dans le métier. Et elle fait son métier, peut-être fort bien d’ailleurs, en ce sens qu’elle fait ce que son média lui demande de produire. Sur son blog, elle admet les failles énormes que cela crée dans la déontologie, tout en en reportant exclusivement la faute sur les patrons de presse alors qu’elle-même rentre dans ces canons pas forcément heureux de la proximité. Elle réclame, par ailleurs, que le code de déontologie permette de réelles sanctions, ce qui, convenez-en, est une proposition intéressante (que, comme vous savez, je soutiens chaudement dans le principe) . Elle pense également que le journalisme est la somme des journalistes, et partant de la que le journalisme tout entier (et de manière indissociable, c’est à dire qu’on ne pourrait avoir que l’investigation, que toute la production a un intérêt) est le quatrième pouvoir, un peu comme Sylvie H me vantait le vivre-ensemble et les chiens écrasés pour justifier les subventions. Elle est persuadée que la transmission de l’information se doit d’être neutre et objective, et pense visiblement que c’est aujourd’hui le cas de la grande presse (et son cas) . Elle trouve le blog intéressant parce qu’il lui permet de s’exprimer, mais ne pense faire que de l’opinion et donc que ses billets n’ont pas de valeur informative.

    Forcément, les points de clivages sont nombreux entre vous tant vos positions, bien que toutes deux respectables, sont antagonistes. Aliocha n’aime pas votre ton volontiers pessimiste, votre violence lorsque vous dénoncez ce que vous estimez être des légendes de la profession, votre enthousiasme non dissimulé pour internet malgré l’absence de modèles économiques, et votre jugement lapidaire sur des patrons de presse qu’elle conspue mais prend toujours bien soin de distinguer des journalistes. Visiblement, vous n’aimez pas les piques qu’elle vous jette de temps à autre, son enthousiasme pour la totalité de la profession journalistique alors même qu’elle en pointe régulièrement les fautes, sa légèreté à propos de règles qui vous semblent des bases déontologiques indispensables, son optimisme à tout épreuve et quelque déconnecté des chiffres de vente…

    On aura compris que si je penche nettement du côté de narvic, j’aime malgré tout lire Aliocha sur son blog, parce qu’elle donne des informations pertinentes et écrit bien tout d’abord, parce qu’elle aussi aime la qualité, et parce qu’elle représente formidablement bien tout ce qui me semble emblématique de la situation intellectuelle d’une profession à la dérive. Aliocha voit que les patrons de presse poussent à faire du court et du buzz, elle voit que les journalistes ne peuvent résister à ce genre de pressions à la baisse, elle voit que la déontologie n’est pas appliquée systématiquement, elle voit que ce sont rarement les meilleurs qui se retrouvent tout en haut de l’échelle, elle voit la communication dévaster les contenus journalistiques, elle voit que la presse lutte pour sa survie…mais refuse d’en tirer les conséquences, parce que le journaliste doit bien faire son boulot, et que c’est donc la faute des patrons de presse. Non seulement c’est se dédouaner à très bon compte, mais surtout c’est s’interdire de vouloir explorer d’autres possibilités de journalisme, et le fait que vous le fassiez, vous, avec un tel enthousiasme pour ce qui adviendra, doit pousser à quelques interrogations (et à quelques piques bien senties).

    Bref, j’attends la suite avec un certain intérêt 😉

  6. @ Narvic,

    Je commence à mieux comprendre votre position.

    Si je vous suis bien , pour vous, sa posture est une imposture et la vision du journalisme qu’elle défend est une fiction.

    Je ne serais pas loin de vous donner raison, mais en même temps je ne pense pas être aussi critique que vous sur les journalistes (il est vrai que je les connais peu) ou sur la presse en général (que je ne lis quasiment plus, pour tout vous dire, alors que j’étais un lecteur quasiment professionnel).

    Et puis j’ai une objection, mais qui concerne Aliocha: je crois bien que sa vision du journalisme est davantage un idéal qu’une réalité et qu’elle en a conscience, alors que votre vision du journalisme me semble tout aussi lucide, mais désabusée et peut être un peu amère.

    J’ai l’impression que pour vous la messe est dite, alors qu’Aliocha, toujours dans l’église, continue à changer régulièrement les cierges.

  7. Bonjour Narvic,

    Je n’apprécie guère ni ne pratique régulièrement la flagornerie, ni même le commentaire d’ailleurs. Mais là, je vous sens bien seul 😉

    Après la lecture du billet d’Aliocha, je comprends votre énervement. Malgré tout, pensez à Nietzsche et “ne regardez que vos pairs”. Car franchement, Aliocha se contente ici (je ne critiquerais pas son style ni son blog en général, j’avoue que je ne le lis pas régulièrement) d’un tissu de poncifs enrubanné dans un style vaguement cynique. Malheureusement, cette bouillie ne parvient guère à masquer un profond vide argumentatif et un fond vindicatif…

    Pendant qu’Aliocha tente de faire du style et met bout à bout des principes tout faits, vous offrez à vos lecteur une image de vos réflexions quotidiennes, d’une pensée qui se construit, vous partagez votre veille. C’est quand même autrement constructif. Après, personne n’est forcé d’être de votre avis et chacun peut regretter cet état constant de work in progress. Mais, pour ma part, je préférerais toujours une pensée qui se construit qu’une pensée toute faite. Et pour en revenir à la prose Aliocha, quand on en appelle aux philosophes, il ne faut pas négliger ses sources et éviter surtout cette stupidité qui consiste à vouloir faire croire que tous sont d’accord sur la question. Sinon, on se contente de montrer qu’on ne les a pas lu… (Mais chut, ceux qui vos défendent ne sont pas censés connaître l’existence du livre 😉 )

    Quand à votre goût pour l’attaque contre l’égo des journalistes, il me fait bien marrer. C’est de bonne guerre, le tout étant de ne pas s’en contenter, ce que vous ne faites pas.

    Bref, je vous rejoins et pas seulement par solidarité un peu naïve mais aussi parce que c’est agaçant pour vos lecteurs (donc moi) d’être constamment pris pour des geeks incultes et naïfs…

    Et puis pas trop longtemps le stand-by svp, parce que avec les vacances qui approchent, Place de la Toile va s’arrêter. Qu’est-ce qu’on va lire et écouter cet été ? 🙁

  8. De temps en temps, une petite engueulade est une bouffée d’air.
    Ce qui est vrai, bien rappelé dans le commentaire du dessus, c’est que vous êtes dans une démarche de consolidation ou de construction, bien plus “positive” que la démarche du journalisme olfactif.
    Alors blogueur, pas blogueur, journaliste, pas journaliste, expert, pas expert, qu’importe si c’est une certaine qualité qui vous anime.
    Je n’irais pas pourtant chercher mon compagnon de trente années, Nietzsche, pour vous défendre. 😉

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