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Conflit en Géorgie : l’autre version

J’emprunte ce titre adapté à l’un de mes aimables correspondants, qui se reconnaitra. 😉

Après avoir bien ri aux dépens de Bernard-Henri Lévy et son hallucinant “reportage” dans la Géorgie en guerre, je redeviens un peu sérieux pour signaler l’unanimisme et le simplisme quasi général de la presse française dans son interprétation de ce conflit.

Il est peu de dire que le reste de la presse internationale aura été moins rapide à désigner les bons et les méchants dans cette affaire et présente un tableau où le gris (et même un gris plutôt sale) domine très largement sur le noir et blanc.

Quelques heureuses exceptions françaises à signaler toutefois, blogueur, universitaire ou journaliste, qui rament à contre courant pour tenter de redonner à l’interprétation de ce conflit toute l’épaisseur de sa complexité :

Le remarquable blogueur Malakine, sur Horizons, tout d’abord, avec lequel je ne suis pas toujours en accord par ailleurs, proposait, dès le 11 août !, une analyse très intéressante, sur la responsabilité du président géorgien dans le déclenchement du conflit :

La guerre d’Ossétie : Un fruit de “l’occidentalisme”

Et deux jours plus tard une analyse de la “médiation” française de Nicolas Sarkozy dans cette affaire, qui ne ressemble guère à celles qu’on lit dans Le Figaro ou Le Monde, mais qui apparaît comme bien plus réaliste !

Medvedev offre une victoire diplomatique au « président de l’Europe »

Dans Libération ensuite, Bernard Guetta proposait son analyse le 14 aôut, mettant en évidence à son tour “l’immense responsabilité” du président nationaliste géorgien, que les autres médias dépeignent toujours comme une sorte de héros de la démocratie, sauvagement agressé par l’ogre russe :

Russie-Georgie: la vraie raison de cette guerre

Le Monde, enfin, semble aujourd’hui se réveiller de sa torpeur béhachelienne et publie le reportage de son envoyé spécial en Géorgie Piotr Smolar, qui dresse un tableau en tous points contradictoire avec celui romancé par BHL, en donnant la parole à cette population ossète, qui s’estime victime des Géorgiens et “sauvée par les Russes” :

Tskhinvali, traumatisée par l’attaque géorgienne, se relève avec l’aide des Russes

Non, décidément, rien n’est simple dans le Caucase. La presse française serait bien inspirée de faire l’effort de l’expliquer…

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Complément (19h00) :

Aujourd’hui dans Libération, Charles Urjewicz professeur des universités à l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales), s’élève contre ces “historiens, journalistes et hommes politiques (qui) décrivent une cohabitation harmonieuse sapée par les complots de la Russie” : ” Il est urgent de rappeler les faits historiques.”

L’Ossétie du Sud face aux nationalismes

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Complément (19h30) :

Signalé par un lecteur en commentaires ;-), ce “point de vue” publié par Le Monde, de Marc Almond, maître de conférences en histoire à l’Oriel College de l’université d’Oxford :

Moscou-Tbilissi : responsabilités partagées, par Mark Almond :

(noir)Courageuse petite Géorgie ? Aborder la situation à travers la grille d’analyse de la guerre froide ne tient pas. Il serait simpliste de faire porter à la seule Russie la responsabilité des affrontements autour de l’Ossétie du Sud. L’Occident serait bien avisé de ne pas s’en mêler. Pour beaucoup, voir des tanks russes franchir une frontière en plein mois d’août rappelle les tristes souvenirs de Prague en 1968. Ce réflexe de guerre froide est parfaitement naturel, mais, après deux décennies de retrait des Russes hors de leurs anciens bastions, il est trompeur.

(/noir)

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Mise à jour (22 août 2008) :

– le pseudo-“reportage” de BHL en Géorgie, publié par Le Monde, est aujourd’hui mis en pièce par la contre-enquête menée de la rédaction de Rue89, qui met en évidence de claires affabulations : “BHL n’a pas vu toutes ses “choses vues” en Géorgie”

– le Washington Post publie une tribune d’une journaliste russe en stage dans sa rédaction, qui dit sa déception envers le modèle de journalisme “à l’américaine” après avoir constaté le parti-pris pro-Géorgien et le manque d’objectivité des médias américains dans le traitement du conflit. “La presse américaine libre ? Mon œil !” (via Courrier International)

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Complément (25 août 2008) :

– Lire aussi : Nicolas Kayser-Bril (Window on the Media), “Géorgie: Confusion dans la couverture”

(noir)A l’inverse de leurs homologues russes, aucun journaliste français n’était sur place au début de la guerre. Comment une zone aussi instable et aussi importante peut-elle être aussi mal couverte ?

(/noir)

5 Comments

  1. Pour les gens avec un peu de temps devant eux, il y a cette vidéo d’une conférence d’un ressortissant Géorgien critiquant la démocratie en Géorgie et le président actuel.
    La vidéo est d’autant plus intéressante qu’elle a été tournée en mai, bien avant les problèmes actuels.

  2. @ Le Crapaud

    Merci du lien. Intéressant (je précise aux lecteurs tout de même : la vidéo fait une heure et elle est en anglais. Présentée par UChannel, dépendant de l’université de Princeton).

  3. pour compléter d’autres versions du conflit en Géorgie,le numéro de septembre du monde diplomatique propose 2 articles:l’éditorial de Serge Halimi qui dénonce la vision manichéenne du conflit et l’article de Jean Radvanyi intitulé:quand les grands jouent en Ossétie du Sud

  4. pour compléter d’autres versions du conflit en Géorgie,le numéro de septembre du monde diplomatique propose 2 articles:l’éditorial de Serge Halimi qui dénonce la vision manichéenne du conflit et l’article de Jean Radvanyi intitulé:quand les grands jouent en Ossétie du Sud

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