le salon

Conflit à 20minutes.fr : une divergence… stratégique !

Le paradoxe de la crise qui secoue aujourd’hui la rédaction du site 20minutes.fr, en grève depuis la mise à pied de son rédacteur en chef Johan Hufnagel, c’est qu’elle vient sanctionner… le réel succès de la nouvelle formule du site, impulsée depuis le début 2007 par Pierre-Jean Bozo, PDG de 20minutes France, et mise en oeuvre sur le web par Johan Hufnagel…

La logique sportive voudrait pourtant, parait-il, qu’on ne change pas une équipe qui gagne…

Mais à y regarder de plus près, il n’est pas sûr que la direction de 20minutes et la rédaction en chef du site web soient tout à fait sur la même longueur d’onde et qu’elles défendaient bien, en réalité, le même projet…

Au delà de la question, loin d’être exclue, d’un conflit de personnes et de pouvoir dans le management de 20minutes France, celle d’un désaccord stratégique sur les relations du site internet avec le reste du groupe apparaît clairement en filigrane, dans un contexte de tension entre rédaction et direction face à la pression publicitaire…

Un cocktail pour le moins… explosif. Depuis son lancement en mars 2007, à l’initiative de Pierre-Jean Bozo, et sous la direction de Johan Hufnagel, la nouvelle formule de 20minutes.fr est un succès. Augustin Scalbert le rappelait hier sur Rue89 :

(noir)Arrivé fin 2006, Johan Hufnagel a piloté avec succès la mise en place de la nouvelle formule du site. De 1,7 million de visiteurs uniques et 14,2 millions de pages vues lors du premier mois complet (avril 2007), 20Minutes.fr est passé en juillet 2008 à 3,2 millions de VU et 44,4 millions de pages vues. « Nous sommes le seul site d’information a avoir dépassé nos records de l’élection présidentielle de 2007 », ajoute le journaliste qui donne ces chiffres.

(/noir)

Rattraper le retard en ligne des gratuits

Cette nouvelle version de 20minutes.fr, mise en ligne le 15 mars 2007, sous le nom de code V5, et sous le concept sûrement plus sexy pour le marketing de “20minutes 20.0” (dixit Pierre-Jean Bozo : interview vidéo publiée sur le blog de Franck Perrier en février 2007) aura largement rempli son objectif de rattraper le retard sur le web de 20minutes par rapport à ses concurrents de la presse payante.

Muriel Signouret, sur Stratégies.fr le soulignait en mars 2007 :

(noir)Un développement (sur internet) d’autant plus urgent que l’étude d’audience des quotidiens Epiq intègre désormais des indicateurs cross-médias, mesurant l’audience conjointe du quotidien, du site Internet et des éventuels suppléments hebdomadaires. Or, à l’aune du nouvel agrégat sur la marque média, 20 Minutes (deuxième quotidien national en audience), et Metro (cinquième) perdent de leur superbe, passent respectivement à la cinquième et à la sixième place du classement, derrière L’Équipe, LeMonde, LeFigaro et Le Parisien-Aujourd’hui en France.

(/noir)

On aurait pu croire les quotidiens gratuits “génétiquement” plus à l’aise sur internet que leurs confrères payants, du fait même de leur modèle de diffusion gratuite, et d’un financement à 100% par la publicité… Mais les quotidiens gratuits, tardivement arrivés sur le marché français (20minutes a été lancé le 15 mars 2002, et Métro le mois précédent. cf. Acrimed) auront surtout “consacré leurs cinq premières années d’existence à construire leur réseau de diffusion à travers l’Hexagone et à asseoir leur audience” (Muriel Signouret). On soulignera aussi que si la gratuité donne un avantage concurrentiel certain à 20minutes et Métro sur les journaux payants, celui-ci s’annule en ligne où tous ces médias privilégient la gratuité (au moins partielle en ce qui concerne lemonde.fr).

Une stratégie à contre-pied…

Pour rattraper ce retard, Pierre-Jean Bozo présentera une stratégie qui tranche nettement avec celle des autres médias et qui prend même singulièrement le contre-pied du discours en vogue : séparation des médias contre convergence, “interactivité” avec le lecteur contre “participation” des intenautes, valeur ajoutée professionnelle du journalisme contre co-production “pro-am” (professionnel-amateur) de l’information…

Pierre-Jean Bozo (en vidéo chez Franck Perrier) :

(noir)Le projet V5, qui sera lancé à la mi-mars (2007), est un projet lourd sur lequel nous investissons une dizaine de millions d’euros. Nous créons une rédaction dédiée d’une trentaine de personnes. Contrairement à ce que font les autres, où l’on parle de “bi-média” de “cross-média”, et où l’on essaye de rassembler l’équipe radio et l’équipe web, l’équipe presse papier (quotidien ou magazine) et l’équipe web, nous, nous séparons.

(noir)Notre vision 2010 est d’être une maison de médias, de décliner nos médias, sous la marque ombrelle 20minutes. C’est notre stratégie. Le 15 mars prochain, ce sera un nouveau “look” pour le web, qui intégrera très rapidement, sous un an, des prolongements mobiles, et, au-delà, des web-radios et des web-TV.

(noir) Nous restons sur notre métier et sur la valeur ajoutée que nous apportons au lecteur, celui qui consomme l’information. Notre valeur ajoutée, c’est de donner une information essentielle, une information locale, une information servicielle et une information de distraction. Nous sommes des éditeurs de contenus : nous assumons jusqu’à la responsabilité pénale ce que nous publions. Cela veut dire que nous avons la ferme intention de certifier les informations qui sont publiées chez nous.

(noir)Donc, effectivement, faire participer l’internaute au débat, mais ne pas laisser se diffuser des informations fausses, sans fondement, insultantes, dénigrantes, etc. Notre valeur ajoutée, c’est le métier même de journaliste. C’est de certifier l’information.

(/noir)

Développer la marque avant tout

On est en effet très loin du “tous journalistes” et de la sur-valorisation du contenu généré par les utilisateurs (UGC, User generated content), qui serait pourtant, selon d’autres, le B-A-BA de la presse en ligne du futur… 😉

Auprès de stratégies.fr, Pierre-Jean Bozo désignera cette stratégie d’une formule lapidaire : la nouvelle version du site 20minutes.fr constitue « la neuvième édition du quotidien ». (Voir aussi : Benoît Raphaël : “Internet, la “dernière” édition des quotidiens gratuits”).

La stratégie affichée est clairement celle de la complémentarité entre les médias en vue d’élargir l’audience de la “marque ombrelle”, en tablant sur un effet de vases communicants, dont on attend, bien entendu, des synergies… publicitaires :

(noir)« Le papier étant arrivé dans sa phase de maturité, le Web nous permet de démultiplier la puissance et le rayonnement de notre marque au-delà des huit agglomérations dans lesquelles nous sommes distribués », souligne Élisabeth Cialdella, directrice marketing de 20 Minutes. (…) « Nous élargissons notre potentiel de cible, en termes d’âge notamment, en passant d’un bassin de 12 millions à un bassin de 20 millions d’individus », poursuit Élisabeth Cialdella, qui espère que 20minutes. fr rejoindra le peloton de tête des sites d’information avant la fin de l’année. (stratégies.fr)

(/noir)

… contre une approche très web 2.0

Johan Hufnagel (ancien de libération.fr) met en avant surtout deux notions clé de son approche du nouveau 20minutes.fr : “interactivité” et “immédiateté”.

(noir)Une interactivité mise en avant également par le nouveau 20minutes.fr, qui ambitionne plus que jamais de « devenir un site communautaire en poussant le Web 2.0 », selon Johan Hufnagel, rédacteur en chef chargé des nouveaux médias. La présentation de la V5 se rapproche d’ailleurs davantage de celle des blogs de Myspace. L’immédiateté est l’autre pilier du portail : « Les sites d’information sont généralement très bons sur l’actualité chaude. Nous, nous irons encore plus loin en étant ” live “, avec des éditions spéciales, voire un fil d’information heure par heure pour suivre une actualité précise », insiste Johan Hufnagel, transfuge de libération.fr. (stratégies.fr)

(/noir)

Stéphane Alliès, ancien de 20minutes.fr, aujourd’hui à Mediapart, souligne l’apport innovant de Johan Hufnagel à la mise en oeuvre du projet :

(noir)Avec ses défauts et son caractère, voilà bien un mec qui a pourtant tout compris au web et à la façon de faire évoluer ce nouveau support en matière d’info (dans la direction opposée à celle de Mediapart, mais finalement en pleine complémentarité). “Une kilométrique” où se déroulent les infos (maquette copiée par tous depuis), réactivité maximale, blogs événementiels et collectifs (présidentielle, coupe du monde de rugby, élections américaines), traitement “live décalé” de l’actu, infos et photos apportées par les internautes cf. illustration ci-dessous], hébergement et développement (avec aide financière) du [Bondy Blog, appréhension propre des sujets (interviews, décryptages maison, emplois de pigistes à l’étranger)… tout pour sortir du cercle infernal du copié-collé de l’AFP, tout en cherchant à maîtriser au mieux les potentielles dérives de “l’info en continu”…

(/noir)

J’ajouterai que l’innovation majeure, à mon sens, apportée par Johan Hufnagel aux sites de presse est la sortie, enfin !, du “tropisme de la une”, hérité de la presse papier, qui conduit à “construire” la quasi totalité des sites actuels autour de leur page d’accueil, alors que 80% des lecteurs “débarquent” directement dans les pages “intérieures” en suivant des liens et des moteurs de recherche ! 20minutes.fr aura été le premier site français à traiter chaque page d’article comme une page d’accueil, reprenant l’essentiel des éléments qu’on trouve chez les autres sur la “Une”.

Un journaliste de 20minutes.fr, actuellement en grève (il restera donc anonyme) met aussi en avant le caractère visionnaire et charismatique du personnage, qui a su constituer autour de lui une équipe très soudée (correspondance personnelle, publication autorisée par l’auteur) :

(noir)Johan Hufnagel est un grand rédacteur en chef web, sans doute un des 5 meilleurs en France, quelqu’un qui a vraiment le sens de l’info, du web, de l’innovation, du travail en équipe. Si on peut lui reprocher d’être parfois un peu irascible, toute son équipe apprécie son exigence et sa volonté, jamais démentie, de développer une relation affective avec les gens, tranchant avec la froideur qui règne aujourd’hui entre «collègues» dans les grands titres de la presse française. Par ailleurs, 20minutes.fr ne peut pas vivre sans Hufnagel car il est littéralement l’ADN de ce site, le dépositaire du concept «évitons le plus possible l’AFP» et un intransigeant défenseur de la qualité du site.

(/noir)

Divergence de stratégie, germe de conflits

Entre le projet défini par Pierre-Jean Bozo et Élisabeth Cialdella d’un côté, et celui défendu par Johan Hufnagel et son équipe de l’autre, on voit poindre comme un hiatus ! Mise à jour : Élisabeth Cialdella, et plusieurs autres cadres de 20minutes, ont quitté l’entreprise depuis quelques temps, [selon Le Monde ]

Pierre-Jean Bozo défend un journalisme en ligne plutôt “traditionnel”, centré sur l’édition par des professionnels de contenus “certifiés”, plaçant les commentaires sous strict contrôle éditorial (et ne sachant pas très bien si on dit “un” blog ou “une” blog. cf. vidéo. 😉 Soit dit sans ignorer le caractère charismatique et visionnaire de Pierre-Jean Bozo lui-aussi :-)) ), tout cela en complémentarité avec les autres médias d’un groupe, dont le site n’est qu’un des outils au service de la promotion d’une marque globale. Avec l’ambition claire de dégager des synergies publicitaires…

Johan Hufnagel défend au contraire un site communautaire “à la pointe du web 2.0”, se nourrissant au maximum de la participation des internautes, développant autant que possible la réactivité et l’innovation, et restant… totalement autonome du groupe 20minutes.

Notre journaliste gréviste de 20minutes.fr reconnaît que cette autonomie totale de la rédaction en ligne pose un problème de fond :

(noir)Le problème, c’est qu’Hufnagel était trop puissant pour la direction de la rédaction qui le chapeaute et qui connaît mal le web. Hufnagel est une forte tête qu’on imagine mal se faire dicter quoi que ce soit par une hiérarchie moins compétente que lui pour diriger un site Internet. Corinne Sorin, la directrice de la rédaction, n’avait donc aucune prise sur le site web. En tant que rédacteur, je n’ai pratiquement jamais eu affaire à elle pour une question journalistique. Elle a donc voulu reprendre la main. C’est aussi simple que ça.

(/noir)

Et cette situation s’inscrit dans un contexte de tensions entre la direction et l’ensemble des journalistes de 20minutes (web et papier), récemment constitués en société de journalistes, au sujet de l’indépendance rédactionnelle vis à vis de la pression publicitaire, comme le raconte aujourd’hui Stéphane Alliès, sur Mediapart

A la croisée d’une triple tension

Le “cas” Hufnagel se retrouvent ainsi à la croisée d’une triple tension traversant les rédactions de 20minutes :

– un conflit de management entre un rédacteur en chef-web charismatique, soutenu par sa rédaction, et une nouvelle directrice encore peu implantée (d’autant qu’elle arrivait du Canada) et peu au fait du web.

– une tension déontologique entre des journalistes attachés à l’indépendance rédactionnelle vis à vis de la pression publicitaire, et une direction concentrée sur la rentabilité financière d’une entreprise dont les ressources proviennent à 100% de la publicité.

– une divergence de fond entre deux visions stratégiques du développement du site web de 20minutes et de ses relations avec le reste du groupe dont il dépend.

Avec un tel cocktail, la moindre étincelle faisait déborder le vase…

Notre journaliste gréviste de 20minutes.fr, auquel je laisse le dernier mot, ne semble guère voir de “sortie de crise” acceptable à l’horizon :

(noir)«On fait les choses de manière humaine, on n’est pas chez France Télécom», nous a déclaré le directeur administratif pour commenter la situation actuelle. Justement, on est persuadé de l’inverse. La rédaction de 20 Minutes est devenue une entreprise normale où l’on vire les gens parce qu’ils ne plaisent pas à la hiérarchie. Au lancement du papier, 20 Minutes était une bande de potes agités qui se surpassait pour défendre son titre, c’est aujourd’hui un lieu silencieux où tout le monde cherche un job en douce. Depuis l’arrivée d’Hufnagel en 2006, 20minutes.fr était une bande de potes agité qui se surpassait pour défendre son titre, c’est aujourd’hui un lieu (pas encore) silencieux mais où tout le monde se demande si il ne doit pas déjà chercher un job ailleurs.

(noir)Comme tous les médias qui ont connu le succès jeune, 20minutes.fr vieillit mal. Avec la mise à pied d’Hufnagel, 20minutes.fr est définitivement sorti de son adolescence, de cette année et demi d’insouciance qui a vu le site devenir le quatrième site d’information français en défendant une ligne éditoriale originale. Restent heureusement les bonnes vieilles dépêches AFP, nos meilleures ennemies qui vont devenir nos seules amies.

(/noir)

—-

Complément :

– Philippe Gras, sur Le Mague : “Un Journaliste en Grève raconte la Guerre des Chefs à 20 minutes “

—-

Complément (vendredi 16h30) :

Le “solide développement” de 20minutes France

Le groupe norvégien Schibsted, propriétaire de 50% de 20minutes France, publie aujourd’hui des résultats financiers décevants, sauf pour la France, selon latribune.fr.

(noir)Le groupe de presse norvégien publie une baisse de son bénéfice net au deuxième trimestre à 177 millions de couronnes (-54%) sous l’effet d’éléments exceptionnels.

(/noir)

(noir)Schibsted s’est notamment félicité du “solide développement” de 20 Minutes en France. Sur un an, le gratuit a vu son résultat d’exploitation passer de 0,1 million d’euros à 1,8 million d’euros pour un chiffre d’affaires en progression de 29%, à 15,2 millions d’euros.

(/noir)

—-

Mise à jour :

Le conflit est aujourd’hui terminé et la rédaction de 20minutes.fr a repris le travail. Lire sur novövision :

“20minutes.fr : la grève est terminée”

“Conflit à 20minutes.fr : la rédaction s’explique”

6 Comments

  1. Article très intéressant, dommage de voir ces divergences stratégiques, et surtout ces problèmres d’égo, dans un titre comme 20 minutes…

    Même si le site n’a pas pour moi un contenu fort et de fond, cela restait un très bon site pour s’informer rapidement et surtout un de ceux qui semblait avoir le mieux compris ce que devait être un journal en ligne.

    Je pensais que le fait d’être à la base un journal gratuit, et surtout jeune, permettrait d’éviter ces guerres que connaissent les autres médias papiers plus anciens. Et finalement on se retrouve semble-t-il avec une direction qui comprend mal le web et qui prend peur face à son émancipation.

    Et ce qui est encore plus désolant, et pour l’avoir déjà vécu dans ma carrière hélas, on se rend compte une fois de plus que face à un rédac chef semble-t-il charismatique, connaissant son sujet et capable d’animer une équipe avec passion et amitié (Il a sans doute des défauts aussi ;)), et bien la direction prend peur de son pouvoir et de son talent au lieu de se féliciter d’avoir tiré le gros lot…Et ensuite on se demande pourquoi nos médias crèvent gentiment la gueule ouverte en se demandant comment vendre du papier plutôt que de se projeter dans le futur…

  2. Merci pour vos analyses, celle-ci va comme plusieurs autres nourrir mes réflexions sur les modèles économiques de la presse Internet.

    Sur les derniers résultats financiers de 20 Minutes, j’ai noté ceci : l'”édition web” n’est pas (pas encore …) rentable, l’édition papier, si (Résultats trimestriel en hausse pour “20 Minutes” France, Les Echos 19/08/2008). En clair, pour l’instant, les éditions papier drainent plus de pub’. A mon avis, c’est à prendre en compte dans la guerre de pouvoir entre le rédac-chef web et la direction de 20 Minutes. Si Hufnagel avait dirigé un site rapportant plus de pub’ qu’il ne coûte, le conflit aurait il eu lieu ?

    PS : je ne suis pas journaliste, juste très gros utilisateur de presse (documentaliste). Et sous SPIP aussi 🙂

  3. PS : Les commentaires sont invisibles sous mon IE 6.0, ils sont sont en caractères noirs sur fond noir.

  4. PS 1 : Les commentaires sont invisibles sous mon IE 6.0, ils sont sont en caractères noirs sur fond noir.

    PS 2 : J’ai également, la première fois que je tente de poster le comm’, une error 404. Ensuite, si je reviens en arrière puis réessaie, ça passe.

  5. “l’étincelle qui fait déborder le vase” 🙂

    Belle image 😉 !!
    Sinon, papier très informé et intéressant. Je suis persuadé que vous gagneriez à faire votre coming out, en sortant de l’anonymat. On se connait ?

Comments are closed.