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Conflit à 20minutes.fr : la rédaction s’explique

La rédaction de 20minutes.fr publie ce soir un communiqué pour expliquer les raisons de la fin de la grève, de manière plus détaillée que sur le site 20minutes.fr, un communiqué dont l’AFP n’a repris que quelques bribes

Je re-publie ce communiqué intégralement, parce que sur internet il n’y a aucune contrainte de place, et que je ne vois pas pourquoi on ne diffuse pas les documents en intégralité de manière à permettre au lecteur de se faire juge lui-même :

(noir)Communiqué de presse: pourquoi la rédaction de 20minutes.fr a levé la grève

(noir)La rédaction de 20minutes.fr, en grève depuis lundi 11 août à 18h, a repris le travail vendredi 15 août à 16h, à l’issue d’une rencontre avec Sverre Munck, président du conseil d’administration de 20 Minutes France, qui s’est déplacé spécialement de Norvège vendredi matin.

(noir)La discussion a eu lieu, en l’absence de Pierre-Jean Bozo, PDG de 20 Minutes France, toujours sur un bateau en Polynésie. Nous avons toutefois appris qu’il devrait écourter ses vacances d’une semaine et revenir lundi pour gérer la situation.

(noir)Selon Sverre Munck, Johan Hufnagel, rédacteur en chef de 20minutes.fr, ne sera pas licencié pour faute grave. Selon Corinne Sorin, directrice de la rédaction, sa mise à pied à titre conservatoire est levée: il est en dispense d’activité rémunérée, jusqu’à la date de son entretien, le 22 août.

(noir)La rédaction Web, choquée par la méthode, exigeait depuis le début de la grève, la levée de la mise à pied. Il nous avait été signifié à de multiples reprises que cette décision était irrévocable. Nous sommes donc heureux que la direction ait changé d’avis et que notre mouvement ait pu faire bouger les lignes.

(noir)Des négociations entre Johan Hufnagel et le conseil d’administration ont commencé ce vendredi 15 août matin, alors que toute discussion était rompue entre lui et la direction, depuis sa mise à pied. «Cet épisode ne va pas atteindre la réputation et l’honneur de Johan Hufnagel», nous a assuré Sverre Munck.

(noir)Nous ne savons pas si Johan Hufnagel pourra revenir à la tête de la rédaction Web un jour. Mais nous réaffirmons notre opposition à son éviction, qui semble plus liée à des questions personnelles qu’à des fautes managériales, comme il lui été reproché dans un premier temps.

(noir)Le départ de Johan Hufnagel nous paraît être une faute stratégique car c’est un grand rédacteur en chef Web qui a amené 20minutes.fr à la quatrième place des sites d’informations (hors aggrégateurs de contenu). Malheureusement, si la situation ne s’améliore pas, il pourrait aller renforcer la concurrence.

(noir)Pour pouvoir reprendre le travail, nous exigions d’avoir un rédacteur en chef «à temps complet» sur le Web. Nous l’avons obtenu. Clémence Lemaistre, rédactrice en chef adjointe, en qui nous avons totale confiance, interrompt ses vacances et reviendra dès lundi pour assurer l’intérim.

(noir)La grève est terminée, mais nous restons extrêmement vigilants: nous souhaitons que la direction de 20 Minutes France applique les promesses de l’actionnaire de suivre de près le management, afin qu’un tel incident ne puisse plus se produire.

(noir)Les journalistes «ex-grévistes» de la rédaction de 20minutes.fr

(/noir)

Mon commentaire :

Il est heureux que ce conflit social, une première dans la brève histoire de la presse française en ligne, trouve une issue de compromis qui semble satisfaire
les parties, et au premier titre les journalistes de la rédaction.

Il n’en reste pas moins que ce conflit trouve son origine en partie, j’en reste persuadé, dans une ambiguïté sur la définition du projet de 20minutes.fr, qu’il faudra bien un jour clarifier :

– s’agit-il d’un quasi-site “pur web”, au même titre que Rue89 ou Mediapart, ou à un dégré différent lepost.fr (dans la mesure ou celui-ci reste lié au monde.fr et au Monde), pouvant affirmer une identité spécifique et une stratégie de développement autonome sur le web ?

– ou bien 20minutes.fr est une “déclinaison” sur le web de la marque 20minutes et obéit à une stratégie de groupe ?

Cette question est d’autant plus cruciale que le succès indéniable du site a été acquis, jusqu’à maintenant, grâce à la stratégie d’autonomie défendue vigoureusement par Johan Hufnagel.

Son départ semblant irrévocable, 20minutes.fr va-t-il donc changer de projet ? Ce changement de projet (certains journalistes redoutent clairement une “normalisation”) sera-t-il fatal au site web ?

5 Comments

  1. Bah, finalement, conflit d’humeur au moment d’un changenent de boss, comme il en existe des milliers par année.
    Toujours pitoyable de voir deux managers adultes être incapables de s’entendre.
    Ne pas avoir gérer ses émotions, c’est grave pour notre époque. Et des deux côtés…

    Comme quoi gérer c’est un métier en lui-même.

  2. @ thierryl

    Pas d’accord avec vous thierryl, et c’est ce que je m’efforce de montrer depuis quelques jours : ce n’est pas qu’une question d’égo, c’est bien plus profondément une question de stratégie d’entreprise. Mais je ne vais pas vous refaire 100 fois mon argumentaire… 🙁

  3. Oui, j’ai bien lu les trois billets en entier narvic.
    Je ne fais que livrer mon impression. qui est différente mais pas sotte après la déclaration de la rédaction.

    C’est une question de point de vue assez indécidable.
    On peut pointer du doigt les structures, ou les hommes.

    Pour ma part, je pense que l’attitude est le lien le plus fort du manager avec la réalité, ne jamais trop personnaliser le boulot, ne pas prendre pour soi ou sur soi, c’est la base du travail psychologique.
    C’est le coeur de compétence de ce curieux métier qui est dédié à l’animation humaine.

    Je suis toujours surpris qu’il existe autant de mauvais managers. C’est vrai que rarement on rencontre de purs professionnels et qu’il correspond à un virage ou une transformation dans la carrière de quelqu’un. Il existe pourtant une littérature énorme sur le sujet qui permet de comprendre et de s’adapter.

  4. Je ne crois pas qu’il s’agisse du tout dans cette situation d’une question de bon ou de mauvais manager (les deux sont bons), mais d’un conflit de projets dans une situation d’innovation.

    Et je ne crois pas non plus que les expériences de management forgées ailleurs soient transposables à ce secteur si spécifique de la presse.

    Le management d’une rédaction de journalistes est une situation tout à fait particulière, qu’on ne rencontre dans aucun autre type d’entreprises, car l’accumulation des particularités de tous ordres (juridiques, économiques, sociaux, politiques, historiques, etc.) y est maximum. C’est d’ailleurs ce qui fait que la presse n’échange pas ses managers avec les autres secteurs. Elle produit les siens, elle n’emprunte pas ceux des autres et n’en prête pas non plus.

    Il existe également une abondante littérature à ce sujet.

  5. Vu l’heure et mon état d’ébriété de retour de la féria de Béziers, je vais juste me contenter d’expliciter mon accord avec Narvic. C’est vraiment une question de conception de la web-info qui se joue à 20minutes.fr, et pas qu’un truc de RH… Le management est quelque chose de très important dans la presse, encore plus dans le web, où l’on est soumis à des cadences infernales. @ ThierryL, si l’on ne personnalise pas ce boulot, on fait un mauvais site, ni plus ni moins. Et je parle d’expérience, pour avoir étrenné plusieurs rédactions web… 20minutes.fr a été pensé par Hufnagel et aura beaucoup de mal à vivre sans. Moi qui ai quitté cette rédaction pour faire du journalisme d’enquête dans les meilleures conditions (à Mediapart) et m’épanouir enfin pleinement dans ce métier, j’arrive encore à ressentir de la nostalgie pour 20minutes.fr, c’est vous dire…

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