sur le web

Comment les journalistes ont appris à tisser des liens sur la toile

Tiens, j’ai acheté Libé aujourd’hui… Celui en papier, oui, oui. Celui qu’il faut acheter (1,30€ tout de même, pour seulement 32 pages en petit format. Y a peut-être un problème, non ?). On y parle du journalisme de liens, de Jeff Jarvis… et même de moi et de ce blog. Vous pensez bien que je n’allais par rater ça. Je vais mettre la page sous verre, ça me fera un souvenir. :o)

La journaliste d’Ecrans/Libération Frédérique Roussel fait une bonne présentation de la question du journalisme de liens et des sites d’information, avec une petite pub bienvenue pour notre petit bébé aaaliens.com.

Pour ceux qui n’ont pas de kiosque à journaux prés de chez eux, l’article est disponible en ligne (et en ligne, il est gratuit… Y a peut-être un problème, non ?). Je vous mets un lien vers l’article de Frédérique Roussel et son encadré, mais sur novövision je vais aussi vous en donner bien plus que ça… L’intégral de mes réponses à Ecrans, parmi lesquelles Frédérique Roussel a utilisé ce qui l’intéressait pour son article, selon l’objectif et les contraintes qui étaient les siens.

Changement de tactique avec les journalistes

J’ai en effet inauguré avec Frédérique Roussel une nouvelle méthode dans mes relations avec les journalistes qui me sollicitent pour des articles sur des sujets en rapport avec la thématique de ce blog.

Echaudé par une expérience désagréable avec Arrêt sur Images, et constatant que je n’étais pas le seul à avoir ce genre de problèmes avec la manière qu’ont certains journalistes de rapporter les propos tenus par ceux qu’ils interrogent, j’ai décidé de changer de tactique.

Puisque l’article pour lequel elle souhaitait m’interroger était destiné à être publié sous une forme écrite, et puisqu’il se trouve que j’ai appris à écrire moi aussi (voyez-vous ça), j’ai proposé à Frédérique Roussel que toute cette affaire se passe directement par écrit, sans passer par cette étape inutile d’un entretien oral, transcrit ensuite par écrit. Frédérique m’a trouvé “dur en affaire”, mais elle a accepté de jouer le jeu… Le jeu consistant, bien entendu, à ce qu’elle exploite ces réponses exactement comme elle l’entendait, ou qu’elle ne les utilise pas… 😉

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Le journalisme de liens sur Ecrans.fr/Libération

(Ecrans) Le journaliste, tisseur de liens

Frédérique Roussel se penche sur le développement récent du journalisme de liens dans les sites d’information, aux USA puis en France, et sur ses enjeux pour le journalisme. (narvic : la journaliste m’a interrogé à cette occasion).

(Ecrans) aaaliens, carrefour de contenu

Frédérique Roussel fait une présentation d’aaaliens.com, en complément d’un article sur les enjeux du journalisme de liens.

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L’intégral de l’interview pour Ecrans.fr

Frédérique Roussel : Que signifie journalisme de liens?

Narvic : On désigne par là la prise de conscience par les journalistes de quelque chose qui est à la base du web, que les internautes et notamment les blogueurs connaissent et pratiquent depuis toujours, mais que les journalistes n’ont réalisé que tardivement : sur le web, placer un simple lien hypertexte, c’est déjà diffuser une information.

Les journalistes professionnels ne se sont mis que très récemment à placer des liens externes dans leurs articles et dans les sites de leurs médias. Auparavant, ils ne le faisaient pas pour plusieurs raisons, plus ou moins valables : techniquement, leurs outils professionnels de publication – contrairement à ceux des blogueurs -, ne le permettaient pas toujours ; commercialement, c’était une stratégie délibérée des éditeurs de sites de presse de “ne pas envoyer les lecteurs vers la concurrence” (ce qui s’est révélé être un mauvais calcul) ; culturellement ensuite, les journalistes restent plutôt prudents, voire frileux, avec internet et ils ne sont pas très ouverts à l’innovation dans un domaine qu’ils ne connaissent pas toujours bien. C’est aussi une profession d’individualistes, qui ne sont pas toujours enclins à reconnaître que leurs confrères, ou surtout des non-journalistes, ont déjà dit des choses intéressantes et valables sur le sujet qu’ils traitent…

Les journalistes ont eu jusqu’à maintenant une vision de l’information en ligne assez “égocentrique”. Ce qui était de l’information, c’était ce qu’ils produisaient eux, leurs articles. Mais les liens vers leurs articles (et vers d’autres contenus que ceux produits par les journalistes) sont aussi des informations. Sélectionner, vérifier, évaluer et hiérarchiser ces liens, c’est un travail de traitement de l’information. Ça relève aussi de l’activité des journalistes.

Quand est né le concept aux Etats-Unis?

Je ne sais pas qui a inventé la formule de “journalisme de liens”, mais celui qui aura fait le plus pour populariser l’expression est le journaliste américain et professeur de journalisme à New York Jeff Jarvis, notamment dans un billet célèbre de février 2007 sur son blog BuzzMachine : “New rule : cover what you do the best. Link to the rest” . “La nouvelle règle : couvrir ce que l’on fait le mieux. Faire un lien vers le reste.” Il voulait dire par là que c’est une perte de temps pour un journaliste de redire dans son article ce qui a déjà été dit ailleurs, alors qu’un simple lien suffit pour que le lecteur puisse y accéder d’un clic. Sur le web, on est à un clic de tout : il suffit de mettre un lien.

Le site politique américain conservateur The Drudge Report aura beaucoup contribuer aussi à démontrer que l’on pouvait pousser cette idée encore plus loin : ce site ne diffuse en effet que des liens vers d’autres sites et c’est un remarquable succès d’audience. De plus des sites automatisés comme GoogleNews ou Digg.com ne sont au fond, eux-aussi, que des sites de diffusion de liens. Alors si un algorithme peut le faire, un humain pourrait peut-être le faire de manière plus pertinente…

Quand avez-vous commencé à populariser le concept en France?

Les blogueurs francophones qui s’intéressent à l’avenir du journalisme et des médias en ligne, et qui sont souvent eux-mêmes journalistes, sont très attentifs à ce qui se passe et se dit aux Etats-Unis sur ces questions. L’idée a donc été “importée” en France et popularisée assez rapidement dans les blogs spécialisés. J’ai beaucoup “milité” moi-même pour propager cette “stratégie des fous à lier” sur mon propre blog et aussi ailleurs. 😉 Pour illustrer ce principe et mieux le faire comprendre, nous avons aussi mis en ligne un agrégateur de liens collectif, réunissant des blogueurs francophones, dont plusieurs journalistes : aaaliens.com.

Mais il aura fallu que de très grands sites américains comme ceux du New York Times et du Washington Post se mettent à placer couramment des liens externes dans leurs articles, où sur leurs pages d’accueil, voire qu’ils se mettent à proposer des pages entières de liens recommandés sur un sujet, lors de la dernière campagne présidentielle par exemple, pour que les sites français des “grands” médias tels que Le Monde ou Le Figaro, notamment, s’y mettent à leur tour. Mais ces pratiques étaient déjà courantes dans toute la blogosphère. Les sites d’information “pur web” comme Rue89 (et même Ecrans 😉 ) pratiquaient déjà ça avant Le Monde ou Le Figaro.

Qu’apporte cette pratique et à quoi répond-elle?

Sur internet, il existe une profusion d’information disponible, et dans ce flot immense et continu tout n’est pas facile à trouver ni toujours fiable. Une “perle” peut passer inaperçue et une erreur, ou même une falsification, peuvent parfois se répandre largement avant d’être arrêtées. Il y a pour les internautes des problèmes de repérage, de sélection, de tri de l’information, entre ce qui est intéressant, important et valable et ce qui ne l’est pas. Les moteurs de recherches et les outils automatisés d’agrégation apportent une réponse, mais ils trouvent rapidement leurs limites. Les humains se révèlent finalement de meilleurs dénicheurs et trieurs, leur approche est souvent plus pertinente. On désigne souvent cette approche “humaine”, par opposition aux algorithmes de recherche, comme celle de la “recommandation”.

L’enjeu pour les journalistes avec le journalisme de liens est de faire valoir leur capacité de recommandation des informations pertinentes auprès des lecteurs, une des fonctions du journalisme traditionnel qu’ils ont tous simplement abandonnée en ligne au profit des blogueurs. Les journalistes avancent souvent que l’intérêt de leur démarche professionnelle par rapport à d’autres est de s’imposer des procédures de vérification de l’information, des critères déontologiques, d’honnêteté et d’indépendance dans leurs sélection de l’information. Ils peuvent certes continuer à le faire avec les informations nouvelles qu’ils sont allé chercher sur le terrain, directement à la source. Mais ils peuvent également le proposer au sujet de l’information qui circule sur internet et qui n’est pas produite pas des journalistes. C’est même, à mon avis, ce qu’on attend le plus des journalistes en ligne : non pas qu’ils passent leur temps à réécrire tous la même information sur le même événement (si quelqu’un à déjà mis l’information en ligne, il n’y a aucun intérêt à la reproduire, il faut simplement la lier). En revanche, il y a peut-être un réel intérêt à ce qu’ils sillonnent le web dans tous les sens, pour dénicher du contenu intéressant qui n’avait pas été découvert par les autres, qu’ils le vérifient et qu’ils le rediffusent sous une forme validée.

Est-ce que “The Daily Best” vous paraît être un modèle dans ce domaine?

Ce site est purement dans une logique de journalisme de lien : sa fondatrice Tina Brown le dit elle-même, il “tamise et il trie”, il est “l’ami qui est à l’écoute de ce qu’il y a de mieux et le transmet”. Son intérêt est également qu’il est vraiment l’un des premiers sites qui regroupe sur une même plate-forme les deux aspects les plus innovants du nouveau journalisme sur internet : le format interactif du blog et l’agrégation de liens. On est très loin de sites des médias classiques, qui se cantonnent très largement à un journalisme traditionnel, hérité du papier, et qui n’a pas beaucoup cherché à s’adapter à internet.

L’aggrégation de liens sélectionnés vous apparaît-elle comme une piste d’avenir du journalisme en ligne?

Je crois que mes réponses précédentes sont assez claires : ma réponse est oui. 😉

3 Comments

  1. Ne vous faites donc pas tant de souci : ce n’est pas parce que vous avez été distingué par un obscur journal de droite qu’on renoncera à vous lire 🙂

    Sans rire : Bravo !
    La qualité dans le contenu, ça finit toujours par être remarqué.

    (Il fallait bien que quelqu’un ose vous dire cette banalité, c’est moi qui m’y colle).

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