chronique de la vie d'un nolife

Comment la Chine dévoile les points faibles de Google

Victime de pirates chinois, Google menace de se retirer de Chine et engage un bras de fer avec le gouvernement chinois sur la censure de son moteur de recherche… A lire les commentaires un peu partout en ce moment, j’en aurais presque l’impression que “Google attaque !”, que “Google vient de déclarer la guerre à la Chine !” J’ai pourtant nettement le sentiment que c’est exactement l’inverse qui se passe. C’est Google qui est attaqué. Et si l’affaire prend une telle ampleur, c’est que l’attaque est réellement sérieuse et Google très embarrassé (Résumés de l’affaire :

• Lemonde.fr : Google, piraté, menace de quitter la Chine

• NouvelObs/Reuters : Pékin renouvèle ses avertissements à l’égard de Google
).

Ce n’est pas tant l’avenir des affaires de Google en Chine qui est en jeu, que le cœur-même de son modèle économique dont la vulnérabilité est ainsi dévoilée à la face du monde. Ce que la Chine attaque, ce sont bien les deux piliers du business de Google : la neutralité de son moteur de recherche et la confidentialité des données personnelles des internautes, récoltées par Google pour cibler ses publicités.

La Chine s’en prend à Google pour des motifs, vraisemblablement, purement “domestiques”, dans son projet policier dément de bâtir autour de l’internet chinois une Muraille de Chine électronique (Pierre Haski, de Rue89, sur son blog Chinatown : Bras de fer Google-Chine : vers un Internet chinois « harmonisé » ).

Mais pour ce faire, elle avait déjà réussi à contraindre Google à renoncer à l’un de ses principes fondateurs : la neutralité des résultats proposés par le moteur de recherche, pourtant garante de leur qualité et de leur crédibilité pour les internautes.

Google a accepté de faire en Chine ce qu’il s’était pourtant promis de ne jamais faire : tripatouiller les résultats de recherche, et, pire encore, selon les règles imposées par la censure chinoise. C’est plus qu’un détail, c’est une brèche ! Une brèche dans laquelle s’engouffrent déjà l’Allemagne et l’Australie (• GNT : Les attaques contre Google liées à des piratages antérieurs ?

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) et dont la firme américaine fait porter, à demi-mots, la responsabilité sur le gouvernement chinois, c’est aux données personnelles stockées par Google sur ses propres utilisateurs que l’on s’en prend. D’après Google lui-même, les pirates ont eu accès partiellement à des comptes de courrier électronique Gmail d’opposants chinois sur ses propres serveurs. Si Google n’est pas en mesure d’assurer la confidentialité de telles données (alors que, dans ce cas précis, ça met en jeu la sécurité même des utilisateurs chinois concernés), quelle confiance peut-on lui conserver pour toutes les données personnelles que nous lui confions tous de par le monde ?

Ce que la Chine révèle, c’est que Google est vulnérable, et pas seulement en Chine. Il est vulnérable partout ! Que restera-t-il de son business, s’il laisse s’installer dans l’esprit des utilisateurs le sentiment que les résultats de son moteur ne sont pas fiables et la confidentialité des données que nous lui confions pas assurée ?

Je dispose personnellement d’un compte de courrier électronique Gmail chez Google, et je navigue en ligne en y étant le plus souvent connecté. Google connait également mes lectures sur le web à travers l’usage de mon agrégateur de flux RSS Google Reader, et il sait beaucoup de choses sur ce qui se passe sur mon blog, avec les outils statistiques Google analytics, que j’y ai moi-même installés. Non seulement toutes ces données de navigation permettent d’établir un profil extrêmement précis et indiscret de ma propre personnalité, mais Google est parfaitement en mesure de le rattacher à ma véritable identité “civile”, à travers mon adresse mail. Et comme j’ai également utilisé par le passé son service de publicité sur ce blog, il connait même mon adresse postale !

Je suis transparent pour Google. Et lui, Google, à qui est-il transparent ? A des pirates chinois derrière lesquels se profile un État policier aujourd’hui. Et à qui d’autre demain ?

Il est intéressant de relever que Google réagit si violemment (dans les termes tout du moins) car il est attaqué sur la sécurité des données personnelles de ses utilisateurs. Et il y répond en soulevant le problème de la censure de son moteur de recherche en Chine, établissant lui-même le lien entre les deux questions.

La réaction de Google dans cette affaire chinoise me semble moins “héroique”, comme semble l’apprécier Francis Pisani (Transnets, Francis Pisani : Google puissance/3 – Serveurs, bande passante et cyber power ) que finalement très embarrassée, ainsi que le suggère Jack Shafer sur Slate (Slate.fr : Le pari de Google en Chine ). La menace de quitter la Chine n’est d’ailleurs peut-être rien d’autre qu’une “gesticulation diplomatique” (<3>)… et n’est vraisemblablement pas le cœur de l’enjeu pour la firme américaine.

En le prenant en tenaille sur ces deux fronts, le gouvernement chinois met à jour de véritables points faibles de Google. Le succès de l’entreprise au niveau mondial est entièrement basé sur la confiance que lui portent ses utilisateurs. Si elle faisait défaut, c’est tout l’édifice qui s’effondre. Si Google mène bien face à la Chine une bataille d’image, c’est moins pour se donner celle du défenseur de la liberté d’expression (même s’il est toujours appréciable d’avoir une telle image), que surtout pour restaurer aux yeux de ses utilisateurs sa propre crédibilité, qui sortira, quoiqu’il en soit, écornée par cette affaire.

Google a construit l’outil rêvé de “Big Brother”, qui fait baver d’envie tous les États policiers. Google et sa version centralisée d’un Web dans lequel nous lui sommes tous transparents nous fait prendre à tous un gros risque pour la préservation de nos libertés. Il est peut-être sincère dans son ambition d’être gentil (“Don’t be evil” est sa devise), mais a-t-il réellement les moyens de cette ambition ?

18 Comments

  1. On le crie depuis des années… la centralisation du web dans laquelle s’est engagé google peut très mal finir… à commencer par tuer l’innovation… puis la dictature pointe son nez. Il faut qu’on utilise Google en étant capable de nous en dégager en 2 secondes. J’essaie toujours de veiller à ça.

  2. À mon avis, l’hypothèse proposée par F. Pisani est autrement plus intéressante. Ce que l’histoire révèlerait c’est au contraire la puissance de Google, capable de défier un État fort en pariant sur un des plus gros marchés du monde.

    En tous cas, sans doute une page d’histoire qui se tourne ici. Fin de la guerre froide, début de la guerre de la cognition.

    http://pisani.blog.lemonde.fr/2010/01/19/google-puissance3-%E2%80%93-serveurs-bande-passante-et-cyber-power/

  3. @ JM Salaün

    J’ai lu les billets de Francis et sa position me semble assez optimiste sur la réalité du rapport de force et donner un rôle un peu trop beau à Google, qui tolérait plutôt bien jusqu’à maintenant la censure de ses résultats de recherche sur Google.cn.

    Alors certes, Google change aujourd’hui de politique, puisque cette censure devient subitement un problème. Cette réponse ne peut être considérée que comme de circonstance, puisque c’est en “réponse” à une autre question que celle qui était posée : la vulnérabilité de Google (et de quelques autres !) face à une attaque de nouveau type, qui semble piloté en sous main par un État.

    D’ailleurs la position de Google est ambigüe : appel à la négociation d’un côté, et menaces de l’autre, mais des menaces qui sont contradictoires l’une avec l’autre (“débrider” le moteur Google.cn ou quitter la Chine). D’autant que le gouvernement chinois, à mon avis, n’a pas réellement grand chose à redouter d’un départ de Google !

    Tout ça pourrait aussi bien finir comme l’entrevoit Jack Shafer sur Slate (traduction française ici)

    je pense que le cours des choses va sauver la face de Google en Chine où le gouvernement annoncera devenir partenaire de Google sur la cyber-sécurité (et d’autres pays), et Google, pas forcément le même jour, se dira contente des nouvelles règles de filtrage du gouvernement chinois.

    Mais Google devra de toute façon gérer la situation nouvelle créé pour lui, et qui ne lui est pas réellement favorable : des pressions grandissantes des États (y compris démocratiques) pour lui imposer le filtrage des résultats de recherche, et la gestion d’un problème de sécurité grandissant, avec la multiplication d’attaques organisées sophistiquées, auxquelles sa taille et son caractère centralisé le rendent plus fragile.

    Mon opinion, par rapport à celle de Francis, est que Google a bien plus à perdre sur ces deux points qu’il n’a réellement à gagner à redorer son image de chevalier blanc de la liberté de l’information en Chine (qu’il avait pas hésité à sacrifier jusqu’à maintenant).

  4. Pour information les résultats français et allemands sont déjà filtrés, officiellement, sans que ça ne choque personne (ou alors c’est passé inaperçu).

    En France sont filtrés les résultats “contraires à la loi locale”, bref, plus ou moins comme en Chine quoi (sauf que la loi chinoise est probablement bien moins libertaire). Concrètement sont filtrés des sites négationnistes. C’est facilement vérifiable objectivement à l’aide de quelques expressions de recherche (qui montrent que les sites en question son indexés mais qu’ils ne ressortent jamais même en citant expressément des passages, alors qu’ils apparaissent bien dans les autres pays).

    Bref, on filtre des sites négationnistes (aux dernières nouvelles seulement ceux ci, même pas de sites pédophiles). Je ne suis pas choqué.

    Mais … je ne peux pas connaitre tous les sites qui sont ou pas filtré, et donc pas garantir que le filtrage n’est pas étendu à autre chose. On délègue un chèque en blanc à notre état et à Google, sans aucun moyen de contrôle ni d’opposition.

    Ces filtrages sont bien existants chez nous, et on a beau jeu de critiquer qu’ils le soient en Chine. Le problème est pourtant le même : les citoyens n’ont pas de contrôle sur ce qui est fait, et les dérives potentielles sont dangereuses.

  5. Google attaque la Chine pour masquer ses propres faiblesses et son omniprésence sur internet. Google accuse la Chine de censure, mais est attaqué pour non respect de la vie privée et stockage d’informations personnelles… Un bon coup de com’ de la part de la firme américaine qui tente de se racheter une conduite.

  6. La problématique de Pisani n’est pas celle de l’image prioritairement, mais celle du marché, c’est le 3e billet qui m’intéresse pas les précédents. Google était bridé par Baidu sur le marché chinois et c’est là qu’est l’enjeu à la veille de l’explosion du téléphone cellulaire sur ce marché.

    On est un peu dans la même situation du début de la révolution industrielle ou des firmes se conduisaient comme des États (p ex La Baie d’Hudson au Canada), mais avec la complicité de leur État d’origine pour prendre des marchés. Google sera appuyé par l’État américain, comme Baidu l’est par l’État chinois.

    Je ne crois pas à la vulnérabilité informatique de Google, mais bien à sa puissance de frappe non pas centralisée, mais au contraire décentralisée dans une multitude de centres de données répartis sur la planète et reliés par des liaisons hautes vitesses dédiées. Les attaques de hackers, même sophistiquées, sont monnaies courantes et il est logique qu’elles frappent plus fort la principale firme. Que l’État chinois ait pris cette initiative ne serait pas étonnant.

    L’intéressant est le mélange de politique, technique et marché. Rien de nouveau dans l’histoire économique sauf qu’on est sur le terrain du cognitif, ce qui n’est pas rien.

    L’enjeu est aussi là. Combien de temps l’État chinois sera-t-il capable de tenir une censure forte, peu compatible avec l’économie et l’image de la firme basée sur l’échange de connaissances ? Ou inversement quelle sera la capacité de Google à tenir ce cap face aux critiques des États ?

    Il y a bien une volonté de négocier, bien sûr, mais pour l’ouverture des marchés.

  7. Cette article repose sur une mauvaise interprétation. La Chine n’a jamais demandé à google d’accéder aux données de ses utilisateurs de manière légale.

    Il ne faut pas mélanger deux choses qui ne sont pas du même ordre :
    -* un bras de fer légal entre un état et une entreprise, qui révèle un rapport de force
    -* une action illégale de piratage, qui est un moyen de contournement (utilisé par le faible)

    Le fait d’avoir été piraté par l’état chinois ne révèle aucunement d’une faiblesse de la part de google :
    -* il s’agit d’une faille du navigateur IE, donc d’une faiblesse de microsoft
    -* l’affaire a été révélée et le coupable dénoncé, donc une faiblesse de l’état chinois, qui sait donc qu’il ne peut pas recommencer de tels coup de manière systématique en toute impunité,
    -* le fait que l’état chinois utilise le piratage montre qu’il est impuissant à contrôler les données de google de manière légale. google menace même de revenir sur le contrôle des résultats du moteur de recherche ! ce serait une défaite sur tous les fronts pour l’état chinois
    -* ce sont des données de dissidents chinois qui ont été piratées, donc de manière anecdotique, ce sont ces dissidents qui “se sont fait avoir”, pas google, dont l’immense majorité des données reste en parfaite sécurité.

    Je suis plutôt d’avis que c’est effectivement google qui attaque la Chine et la Chine qui est en position de faiblesse (relative) dans l’histoire.

  8. @ Quentin

    La Chine n’a jamais demandé à google d’accéder aux données de ses utilisateurs de manière légale.

    En effet, et personne n’a jamais dit ça, en tout cas à ma connaissance, et certainement pas moi. S’il y a “mauvaise interprétation”… elle vient peut-être de vous ?

  9. @ JMS

    Je faisais bien référence à ce billet de Francis moi-aussi (qui est pointé dans le mien).

    Il y a peut-être là une différence de perception transatlantique sur le sujet. 😉

    Je continue à voir la position de Google dans cette affaire comme défensive (et embarrassée). Google se place lui-même dans une position de négociation pas très cohérente avec l’État chinois en revenant, de sa propre initiative, sur sa propre décision d’admettre le filtrage politique chinois. Il ne me semble en réalité en position de ne négocier que des modalités d’un filtrage dont il a déjà admis le principe. (ce qui rejoint la position de Shafer sur Slate.com)

    Je vois surtout (et c’est peut-être là que ma perception est plus européenne que la vôtre ou celle de Francis), une sorte de “changement d’ambiance” en ce moment dans l’attitude de certains États, qui cherchent à “reprendre pied” sur ce web mondialisé et ultralibéral (au sens européen de “libéralisme économique”), totalement dominé par des firmes américaines, dont Google est l’emblème, si ce n’est le pivot.

    J’en vois les premiers signes sur le terrain judiciaire, où l’on assiste à une sorte de “re-territorialisation” du web : une jurisprudence se forme ainsi peu à peu qui permet aux juridictions nationales d’intervenir sur le web (avec une bataille très intéressante, sur un second niveau, sur la nationalité du droit que ces juridictions appliquent, une fois admis que ces juridictions nationales sont compétentes). Ces batailles se jouent actuellement, par exemple, sur les terrains de la propriété intellectuelle et du droit d’expression. Google est en première ligne sur ces deux points, et pour le moment, il perd plutôt du terrain, et se voit contraint d’une certaine manière à re-territorialiser lui-même ses services, à se fragmenter pour adapter ses services au droit de chaque espace national.

    Au croisement de la politique et de l’économie, dans le domaine fiscal par exemple, s’ouvre également pour Google un nouveau champ de bataille, avec une pression nouvelle pour re-nationaliser la fiscalité portant sur les bénéfices de Google (voir les attaques en France sur l'”évasion fiscale” vers l’Irlande des bénéfices de Google réalisés en France, conduisant à un débat en cours sur la proposition d’une “taxe Google” pour y répondre).

    Les projets en cours en France à travers les lois Hadopi et Loppsi relèvent d’une logique comparable, et visent à établir des filtrages nationaux sur les contenus du web, non plus à travers Google, mais en tentant de placer le point de contrôle sur les fournisseurs d’accès internet (les leviers politiques utilisés sont cette fois le respect de la propriété intellectuelle, la lutte contre la pédophilie et les abus du droit d’expression).

    Là où je veux en venir, c’est qu’il est fort possible, à mon avis, que dans ce bras de fer Google/USA contre État chinois, Google ne trouve guère d’alliés en Europe. Au contraire.

  10. La mauvaise interprétation que vous faites, c’est de croire que réussir à pirater un compte google constitue une victoire sur google. Si la Chine obtenait de google d’avoir accès aux données utilisateur, ce serait une victoire, mais on en est bien loin.

    Avoir une victoire sur quelqu’un permet généralement d’obtenir des concessions du vaincu. Or ici c’est google qui demande à la Chine de faire des concessions, et menace de partir !

  11. La situation de Google par rapport è l’Europe est très différente de celle par rapport à la Chine.

    Dans le premier cas, il s’agit seulement d’encadrer un peu une firme qui bat la monnaie sans vergogne et en faisant fi des équilibres économiques de la branche qui l’alimente (En passant, les blogueurs qui lui sont en réalité affermés, le plus souvent inconsciemment, jouent pour elle le rôle d’un lobby efficace). Ici les marchés sont déjà gagnés, il s’agit simplement de répartir plus équitablement le gâteau publicitaire. Mais compte tenu de son taux de profitabilité, Google dispose d’une large marge de manœuvre pour négocier.

    La question des données privées et celle de la propriété intellectuelle qui agitent les européens ne me paraît pas pour Google un pb insurmontable, plutôt un espace de négociation. Plus on retarde plus on maintient un avantage concurrentiel. (Très différent pour Facebook dont c’est le gagne pain).

    Avec la Chine, il s’agit d’autre chose, de conquérir des marchés. Ces marchés sont à la fois énormes et protégés. Il faut faire sauter les verrous. Ironiquement les confrontations se sont déplacées, montrant le déplacement des enjeux planétaires. Au 18-19e, l’Amérique copiait les livres de l’Europe.

  12. @ Quentin

    C’est manifestement vous interprétez mes propos : “La mauvaise interprétation que vous faites, c’est de croire que…”

    Mais je ne crois pas ça ! Je crois les dirigeants chinois tout à fait avisés, au point de n’avoir jamais formé le moindre espoir que Google leur ouvrirait ses portes en grand.

    Je pense en revanche que ne pas assurer la confidentialité des données de ses utilisateurs n’est pas une victoire pour Google, et comme je le dis précisément dans ce billet : j’estime que c’est pour Google moins un enjeu chinois qu’une question de confiance vis à vis de l’ensemble de ses utilisateurs.

    Pour ce qui est du gouvernement chinois, je ne pense pas spécialement qu’il soit à la recherche d’une victoire sur Google (quel intérêt politique cela aurait-il ?). En revanche, c’est une victoire sur les opposants au régime, auxquels il est clairement indiqué que le gouvernement entend bien utiliser tous les moyens à sa disposition pour les identifier et les faire taire. Il suffit d’ailleurs de montrer une fois qu’on peut le faire pour produire l’effet désiré.

    Quant à savoir qui a fait des concessions dans l’affaire, il me semble que c’est manifestement Google en acceptant cette censure, même s’il cherche à se racheter aujourd’hui.

  13. @ JMS

    Google est coincé entre deux combattants bien plus gros et autrement plus puissants que lui, dans un enjeu qui le dépasse (le chiffre d’affaires annuel de Google est à peine supérieur à une seul journée d’exportations chinoises !)

    Le message d’Hilary Clinton au gouvernement chinois me semble clair : le bras de fer réel n’a pas lieu entre Google et la Chine, mais entre les gouvernements chinois et américain par Google interposé, et pas sur le seul enjeu d’internet, mais sur les relations commerciales globales (et probablement aussi monétaires) entre les deux pays. Google n’est qu’un motif de façade, ce qui permettra de trouver une issue sans que les gouvernements ne perdent la face. Google, lui, s’en tirera comme il peut.

    Quoiqu’il en soit la campagne de communication internationale mettant la grenouille Google au niveau du bœuf chinois remporte un beau succès. B-)

  14. Que Google soit un instrument ou un prétexte pour un jeu pjus important est une évidence. Mais cela ne signifie pas qu’il n’ait pas l’appui du gvt US, bien au contraire.

    De plus, il ne faut pas oublier que Google est le champion d’une des rares branches à n’avoir été que très peu affectées par la crise financière ce qui lui donne un poids certain sur la politique économique US.

    Et enfin que la branche de la com a été historiquement le fer de lance des exportations US. Juste après la guerre, J Valenti le patron de la MPEA, l’organisme d’exportation d’Hollywood qui avait ses entrées à la Maison blanche disait (je cite de mémoire) : «là où entre le film américain, on vend plus de blue jeans et de coca-cola»..

    Il faut aussi penser le Web comme vecteur de commerce. Par exemple, là où YouTube entre, on vendra plus de film et de musique US.. Ou encore, là où le moteur s’impose, il sera plus facile de placer des messages publicitaires pour les produits et services US.

  15. Vous affirmez dans cet article que ce fait constitue une attaque de la Chine contre google (Vous dites par exemple “Ce que la Chine attaque, ce sont bien les deux piliers du business de Google : …”)

    Je pense que c’est une mauvaise interprétation.

    Premièrement c’est google qui a rendu cette affaire publique. Je ne connais aucune entreprise qui communiquerait de plein grès sur quelque chose qui lui fait du tort. Ici il est clair qu’il s’agit d’une manoeuvre de google pour obtenir des concessions de la Chine (plus exactement revenir sur des concessions passées). Donc une attaque de google…

    De plus google a indiqué que “l’attaque n’avait pas atteint son objectif, faute d’accès au contenu des messages”. L’attaque dont il est question ici visait, je le rappelle, des dissidents chinois, pas google. Donc que les utilisateurs se rassure, en dépit de la “sophistication de l’attaque”, leurs données sont toujours en sécurité…

    Dans cette affaire c’est donc bien google qui attaque la Chine, pas l’inverse.

  16. Cet épisode est à plusieurs lectures :
    – Google a été “evil” en se pliant à une censure d’Etat et en espérant se faire des nouilles encore sur le volume, mais ça n’a pas payé, Baidu reste en tête. C’est difficilement acceptable, d’un point de vue stratégique.
    – Google n’est pas à l’abri de failles (ce cas-là) ni de pannes (problèmes d’accessibilité Gmail l’an dernier) et c’est problématique quand pareille société se lance dans les services aux entreprises, cloud computing et tutti quanti.
    – Internet n’est pas le même pour tous, malgré toutes les promesses de mastodontes comme Google. La citation en fin de cet article est éloquente : http://french.cri.cn/781/2010/01/22/304s210384.htm. Eric donne un autre exemple en commentaire lui aussi. Les projets de filtrage du web en France et ailleurs (ACTA) vont dans ce sens. Un exemple plus personnel : j’ai voulu montrer Deezer à une amie dans un pays hors UE, le service n’est simplement pas accessible.
    – la Chine fait un bras d’honneur à qui elle veut et les moyens de pression sur elle… sont faibles sinon nuls. C’est un empire monde, avec ses règles (je n’emploie pas le mot “lois” à dessein, certaines règles étant plutôt tacites ou… mafieuses). Les faibles en ont peur (contrefaçon, corruption), pour les forts l’appât du gain fait taire les dernières réticences.
    – que des gens s’excitent sur le pouvoir de Google, soudain déguisé en hérault de la liberté de parole, alors que ce n’est pas son rôle, est à la fois naïf et consternant. Dans les régimes autoritaires, le business prime sur les bons sentiments. Les exemples sont légions.
    – si vraiment ça dégénère (ce n’est pas ce qui se profile à l’horizon en l’état actuel des “pourparlers”, semble-t-il), cette affaire offre à Google une très honorable porte de sortie alors que la porte d’entrée ne l’était pas vraiment.

  17. @ JMS

    Je crois qu’on est pas si loin d’être d’accord sur le fond, en fait. C’est juste la présentation de Google par Francis comme une sorte de héros/héraut de la liberté d’expression (et autres références à la Cie des Indes ou de la Baie d’Hudson) qui m’indisposent. Alors que je le vois plutôt empêtré dans des négociations géopolitiques entre États qui le dépassent largement (et ne l’intéressent pas au premier chef), relatives aux règles du commerce international et au taux de change yuan/dollar (et c’est ça qui intéresse au premier chef Hilary Clinton et justifie la réaction du gouvernement américain, à mon avis).

    @ (enikao)

    Je suis bien d’accord avec toi. 😉

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