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Combien valent les journalistes ?

Alors que leur métier est menacé, les journalistes continuent à faire leur travail à l’ancienne. Pire, “le journalisme est devenu un métier standardisé”, regrette Robert G. Picard. “La plupart des journalistes partagent les mêmes qualités (…), utilisent les mêmes sources, posent les mêmes questions et produisent des articles relativement similaires”. Conclusion: les journalistes sont interchangeables. Par conséquent, ils ne méritent que de bas salaires et mènent les médias à leur perte.

Guillaume Guichard, sur E24, traduit en français l’essentiel de la conférence du professeur en économie des médias Robert G. Picard sur la valeur du journalisme, publiée par le Christian Science Monitor (en anglais).

• L’analyse de Robert G. Picard est également commentée par le professeur en journalisme Jeff Jarvis, sur Buzz Machine : The journalism bubble :

Les journalistes ont fini par avoir une vision sérieusement gonflée de leur propre valeur. C’était une bulle qui a maintenant éclaté.

Comment, dès lors, les journalistes peuvent-ils à nouveau “créer de la valeur” ? Jarvis et Picard sont d’accord sur le principe : par la “spécialisation” et la “collaboration”, mais pas sur les modalités…

• Sur le même thème, un précédent billet de Jeff Jarvis : Journalists: Where do you add value? :

A ces deux précédentes recommandations aux journalistes (“si vous ne trouvez pas une bonne raison pour que quelqu’un mette un lien vers ce que vous êtes en train de faire, c’est que vous ne devriez pas le faire” et “faites ce que vous faites le mieux, des liens pour le reste”), Jarvis en ajoute une troisième :

La question que tout journaliste doit se poser : est-ce que je suis en train d’ajouter de la valeur ?

1 Comment

  1. voilà effectivement une bonne question que tout membre de notre profession devrait se poser, en France mais comment ?? Car il n’y a pas 36 chemins: poser la question de la valeur créée par un journaliste via son travail (voire même la valeur d’un journaliste, sur le marché donc), oblige à poser une équation en termes… ECONOMIQUES et MARKETING. Car si vous voulez penser en termes de valeur, il faut par définition entrer dans une logique économique et marketing (et ainsi quitter la logique traditionnelle sur laquelle repose le journalisme actuel en France qui consiste notamment à entretenir une séparation forte entre les journalistes et leur audience, et donc rejeter largement l’orientation marketing…) Mais l’immense majorité des confrères journalistes en France refuse ces mêmes termes: on continue de privilégier des grilles de rémunérations standardisées (certes l’individualisation des rémunérations progresse mais ce n’est encore pas la règle, tant s’en faut), les promotions se font à l’ancienneté (même pour accéder à des postes d’encadrement, même si les journalistes n’ont pas de compétences pour manager, gérer un service, une équipe: les mauvais exemples sotn légion), on refuse de s’impliquer un tant soit peu dans la gestion économique et managériale des médias (“c’est le boulot des managers, les journalistes n’ont pas à s’en occuper” entend-on fréquemment dans les rédactions…) et surtout comment juger la valeur ajoutée d’un papier ? Pour cela il faudrait construire des outils de mesure donc… et donc introduire, in fine et implictement ou explicitement, des outils de mesure contenant en leur principe même des critères de… PERFORMANCE et de PRODUCTIVITE, termes encore plus honnis dans le journalisme. Oulala…
    Mais rassurez-vous chers confrères journalistes, nous en sommes loin car la première étape nécessaire (pour arriver à évaluer performance et productivité) n’existe même pas dans la majorité des rédactions: il n’existe pas en effet de REELS politique et outils MARKETING (il suffit de constater combien les journalistes ne connaissent pas les critères basiques de leur audience…) Quand je dis REELS, cela vaut dire que les pseudo études marketing, de lectorat (même les focus groups ou autres bêtises) réalisées régulièrement n’ont que peu de valeur… marketing: il suffit de travailler dans des secteurs économiques fortement marketés pour constater le fossé entre le “pseudo marketing” pratiqué dans la PQN et PQR et dans d’autres secteurs économiques qui modifient régulièrement leurs logiques en raison du marketing (reprendre la défintion précise de ce qu’est le marketing moderne: cf. le Mercator par exemple). Pas de réelles politique marketing dans la presse donc pas encore de véritable évaluation de la valeur de journalistes…
    Robert Picard a raison: c’est un vieux “routard” de ces questions, toujours présent dans les diverses conférences internationales sur le journalisme et toujours présent sur le terrain également: effectivement, il n’est pas “politiquement correct” mais ça fait du bien… Idem pour Jeff Jarvis qui lui, en plus, s’implique dans ces questions à redéfinissant le curriculum des programmes proposés dans “son” école de journaiisme à la CUNY….

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