Aujourd’hui, interro écrite sur l’avenir du journalisme !

Vérification de l’information sur internet, développement de “l’auto-journalisme”, attentes du public en matière d’information et rôle que peuvent y jouer les journalistes, effondrement historique de la presse quotidienne, situation complexe et diversifiée vis à vis de la montée en puissance d’internet des médias traditionnels (presse parisienne, presse régionale, magazines ou télévision)…

Aujourd’hui, j’avais interro écrite sur l’avenir du journalisme, avec Romain, étudiant en école de journalisme. Voilà ma copie.

Lucidité québécoise sur la mort du journalisme et la renaissance de l’information

[Laurent Gloaguen me signale->http://embruns.net/logbook/2010/02/10.html] ce remarquable documentaire, [{“Quand le public prend la parole”}, de Pierre Szalowski->http://vtele.ca/emissions/ontuelaune/9966.php], sur l’avenir du journalisme et de l’information, diffusé dans l’émission {“On tue la Une”}, sur V Télé, le samedi 6 février 2010, et intégralement (et gratuitement) disponible en ligne.

Un grand nombre de journalistes, blogueurs et professionnels québécois de l’information dressent un constat remarquablement fin et complet de la situation du journalisme face à internet et à la prise de parole en ligne du public. Le regard est tout aussi valable pour le Québéc que pour la France. C’est la mort du journalisme, mais aussi – et en même temps – la promesse de la renaissance de nouvelles formes de journalismes… Bon conseil : prenez vraiment le temps de visionner ça en entier. 😉

Pourquoi l’iPad ne sauvera pas les journaux en ligne

Les smartphones tels que l’iPhone d’Apple, et plus encore aujourd’hui l’iPad, sa nouvelle tablette électronique, sont présentés par certains comme les sauveurs de la presse en ligne, qui ne parvient toujours pas à être rentable.

Ce n’est qu’un mirage, et de nouvelles applications apparaissent déjà sur ces nouvelles interfaces : des agrégateurs d’actualités, qui placent à nouveaux tous les sites de médias en concurrence les uns avec les autres, ruinant leurs espoirs de parvenir un jour à faire payer le lecteur pour de l’information en ligne.

Droit à l’avortement, ou le problème de l’information sur le net illustré par l’exemple

Que faire face à la désinformation sur le net, qui prend parfois des formes masquées assez sournoises, comme dans cet exemple d’un site consacré à l’information sur l’avortement ?

Censurons et interdisons, en plaçant des verrous un peu partout sur le net, comme nous le propose la logique promue par le gouvernement avec son projet de loi Loppsi ? Labellisons les sites “de journalistes”, seuls à même d’apporter des garanties de fiabilité à l’information diffusée, assurent les journalistes professionnels en mal de crédibilité ?

Il y a une autre stratégie, que je crois nettement plus efficace, vu le fonctionnement d’internet et le rôle qu’y jouent les individus eux-mêmes, quand ils agissent de manière concertée ou auto-organisée.

Le blog : un média-jardin sur le web, avec terrasse ouverte sur le monde

Nombre de blogs proposent bel et bien aujourd’hui une autre manière de faire du journalisme, en marge des circuits du journalisme professionnel et de ses médias {mainstream}, au point de séduire même des journalistes professionnels qui y retrouvent une forme de liberté perdue.

Le sociologue Denis Muzet propose une analyse très perçante du phénomène : pourquoi les blogs ça marche ? Ce sont des médias spécialisés, qui offrent sur le monde un regard décalé qui apparait aujourd’hui plus explicatif que celui des médias généralistes, ce sont des {“médias jardins-terrasses”}. Ce sont aussi des {“médias de connivence”} qui permettent aux lecteurs de renouer une relation qui s’est aujourd’hui dissoute avec des médias “traditionnels”, dont la perte massive de crédibilité est très sous-estimée par la plupart des journalistes professionnels.

Le journalisme peau de chagrin : fin des professionnels, retour aux sources

Ce sont juste deux chiffres piochés, à de très bonnes sources ;-), au cours de mes lectures sur le web. Il suffit de les rapprocher pour faire émerger une image de l’avenir du journalisme qui me semble très parlante. Celle… d’une peau de chagrin.

Dans ces deux chiffres, il y a vraiment de quoi inciter à la panique la totalité de la corporation des journalistes traditionnels… On peut en faire plusieurs lectures, mais toutes conduisent à l’inexorable conclusion que le domaine du journalisme professionnel n’est certainement pas dans une phase d’extension par la grâce du web, mais qu’il est plutôt sur son déclin, refermant une page d’histoire qui n’était d’ailleurs pas si ancienne que ça…

Franck Rébillard : un risque de briser “cet enchevêtrement si spécifique à l’internet” ?

S’il y a bien une originalité forte de l’information en ligne, c’est l’interrelation entre des espaces de publication et de diffusion très différents les uns des autres, entre blogs et agrégateurs, entre éditeurs industriels et commentateurs passionnés, etc. Et de fait, cette limitation des subventions aux « professionnels » risque de briser quelque peu cet enchevêtrement si spécifique à l’internet, ou en tout cas de le faire évoluer dans un sens particulier.

Presse et pub: quand la Muraille de Chine s’est effondrée

Il s’agit là d’un changement majeur dans le nouveau régime de l’information en ligne et l’on ne s’en est pourtant quasiment pas aperçus. La {“Muraille de Chine”} entre les contenus éditoriaux et la publicité, censée exister dans les médias traditionnels, est tombée sur internet et personne se s’est élevé pour dénoncer cette atteinte manifeste à l’un des piliers de la déontologie journalistique. Étrange…

Presse en ligne : le débat qui n’a toujours pas eu lieu…

Et que ressort-il de tout ça ? Un débat qui tourne en rond. Et même pire : un débat qui n’a pas eu lieu… car les journalistes préfèrent en mener un autre. Ne pas répondre à notre interpellation sur leur place dans l’ensemble de l’écosystème de l’information en ligne, mais revenir encore et toujours sur la question nombrilistique par excellence des journalistes entre eux : {leur-indépendance-à-eux} vis à vis du pouvoir politique…